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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 10:16
Terminal Sound System - Dust songs

   Terminal Sound System, nom du projet de l'australien Skye Klein initié à la fin des années 90, a sorti son nouvel album, Dust Songs, en décembre 2014 sur le label allemand Denovali. Je ne connais pas les albums antérieurs, au nombre d'une dizaine.

   Je passe sur le premier titre, petite mise en oreille. Les choses sérieuses commencent avec "By the meadow", boucles de guitare et chant hanté, voix brumeuse réverbérée avec écho, drones sombres. On est happé dans un monde entre post-rock et folk noir. Chaque titre est profondément faillé en deux ou trois fragments par des silences, ce qui permet reprises et décrochages. Les mélodies sont hypnotiques, envahies de vagues bruitistes, de poussées inquiétantes. Après un silence, "By the meadow" prend des allures de voyage intersidéral, nous voici dans une musique ambiante d'outre-monde, avec des tournoiemens profonds. Si on écoute cette musique fort, ce que le musicien recommande, on éprouve la puissance de cet univers. "Silver minds" nous invite à fermer nos yeux d'une voix doucement insinuante, manière de nous laisser emporter par le chant des machines. La guitare gratte, l'électronique vient saturer l'espace sonore, puis la lumière flamboie, lacère le noir de traînées électriques, des percussions sourdes pulsent. Silence, à nouveau. La voix revient, hallucinée, comme chavirée, pour nous intimer d'ouvrir les yeux tandis que les machines se taisent peu à peu. "Keepers" débute avec la guitare trébuchante, la voix étrange et hypnotique, les grondements à l'arrière-plan, chanson ouverte sur un espace grandiose, des enroulements de particules, des comètes enrouées. Mélodies de poussière, chants rouillés tout aussi bien, une matière travaillée par le néant, ces béances qui l'ouvrent sur des surgissements d'une énergie dévastatrice. "My Father, My Mother" est un hymne poignant, au-delà du cri : fragments de mélodie superbes qui dérapent dans un univers animé de battements profonds, la voix épuisée, lointaine, planant au-dessus des décombres pulsants. Silence, et ce qui revient n'est-ce pas les débris d'un monde perdu, vite recouverts par le chant trouble, primal, le battement lancinant de tambours démultipliés. Silence encore, contraste entre la guitare d'une luminosité intermittente et les agitations électroniques menaçantes ; puis fin écorchée vive...

   "keepers" en écoute avant de continuer...

   Cette musique est habitée, travaillée par un combat intérieur qui la rend constamment intéressante, colorée par une hyper mélancolie ravagée. "Shadows" s'ouvre sur orgue et guitare, champs gravitationnels électroniques, percussions lourdes, claquements rapprochés, puis la voix s'empare de nous, nous tord dans les boucles insistantes, grondantes, ça grésille et s'arrête, repart apparemment à l'identique, mais les sons dérapent, glissent, c'est un entonnoir, un vortex fracturé, nouveau départ presque hard rock cette fois, retombées lourdes, écrasements, cymbales, encore un trou, la guitare tranquille, les tricotements et lacérations adjacentes, les déflagrations profondes, mais une cloche cristalline illumine le puits, un brouillard synthétique s'envole, irradie avant la nuit. "The Silver world" semble repartir du même lieu, mais la voix de Marcus Fogarty, filtrée et déformée elle aussi, est encore plus ouatée dans les aigus. La composition prend des allures de balade sereine sur un champ de ruines. Musique de science-fiction, par certains aspects, avec des échappées post-rock complètement explosées. "Morning Star" vient de plus loin. Voix vocodée robotique, guitare laconique ou doublée d'une rythmique percussive haletante, mélodies subverties, recouvertes d'un déferlement continu lui-même strié de lames acérées, fin abrupte.

    Un album extrêmement prenant, sans concession, comme les fragments d'un continent disloqué, d'un après-monde malgré tout beau et envoûtant.

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Dust Songs, paru chez Denovali Records fin 2014 / 8 pistes / 48 minutes

Pour aller plus loin :

- le site de Terminal Sound System

- la page de Denovali consacrée à l'album

- "My Father, My Mother" en écoute :

Programme de l'émission du lundi 1er juin 2015

Acoustique :

Michael Vincent Waller :  La Riva Sud / Return from the Fork  (Disque 2 / pistes 2 & 9, 13'), extraits de The South shore (XI Records, 2015)

Jean-Luc Fafchamps :  Back to the pulse (p. 1, 16'17), extrait de Back to... (Sub Rosa, 2013)

Électr(on)ique :

Manyfingers :  Ode to Louis Thomas Hardin / The Dump Pickers of rainham / Erasrev (p. 1 à 3, 14'30), extraits de The Spectacular Nowhere (Ici d'Ailleurs, 2015)

Yannis Kyriakides & Andy Moor : Day two / Doorways Make You Forget (p. 5 - 6, 8'40), extraits de A Life is a billion Heartbeats (Unsounds, 2014)

4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 17:40

Une chanteuse est née !

   Après Sous les arbres paru en 2012, 27 fois l'aurore signe une vraie naissance. Salomé Leclerc, jeune québécoise qui s'est produite à trois reprises aux Francofolies de Montréal avant même de sortir son premier album, affirme un tempérament, un talent d'auteur-compositeur, et puis une voix entre velours et écorchure qui, dans certaines chansons, fait irrésistiblement penser au grand Bertrand Cantat dans ses meilleurs moments (qu'elle ait chanté "Le vent nous portera" n'est pas un hasard !). Si le premier album a vite été étiqueté "folk", celui-ci défie les étiquettes. Pop-rock ? Sans doute, par la présence de la guitare électrique notamment et de la section rythmique. Chanson francophone ? Bien sûr, et comment ! Mais Salomé ne se laisse pas enfermer dans le format chanson et dans le souci du tube, même si elle sait très bien le faire, ayant le sens des mélodies évidentes. Chaque morceau est aéré par un passage instrumental qui la propulse ailleurs, la pose en musicienne plus qu'en simple auteur de chanson.

   "Arlon" a tout du tube, mais quel son, quelles paroles ! Basse profonde et pulsante, « Pendant ce temps / La neige est blanche / Les arbres parfois se penchent / Il y a toujours une éclaircie  / Du haut des toits de Paris / Il y aura toujours avant l'aurore / Un réverbère qui s'endort », c'est l'histoire d'une fuite vers le bout du monde « à marcher dans la noirceur ». Les synthétiseurs se déchaînent. Dommage que ce soit le seul titre à abuser de la répétition du refrain, car la fin est vraiment bien envoyée. "En dedans", c'est l'entrée véritable dans l'univers de Salomé, guitare sombre, batterie sèche, syncopes, « Ya la pluie qui coule à l'intérieur / Parce que ma vie est un bocal / Qui emprisonne les larmes // Pas d'église / Je prie à l'intérieur / parce que la vie est le vacarme / Que la foule réclame ». Superbe chanson écorchée, « qui retourne à la noirceur », encore elle, mais flamboyante, illuminée par un passage somptueux avec un dialogue entre basse, percussions et cuivres :  au-delà des paroles, la lumière de la seule guitare, soutenue par la basse sombre. "L'icône du naufrage" navigue sur fond soyeux de guitare envolée, d'orgue profond, de claviers cuivrés, avec le battement de la batterie. « Oui on s'est retrouvés derrière la façade / À chercher les draps qui nous servaient d'armure ». Encore une fois, la musique envahit le titre, on se laisse porter...jusqu'à la fin, nette, encore un point qui la distingue radicalement des faiseurs de chansonnettes fatiguées, sans idée ! 

Salomé Leclerc - 27 fois l'aurore

   Incendie de langue sous la cendre des neiges intérieures

   Avec "Un bout de fil", j'ai su très vite que j'écrirais cet article. Un souffle, le piano calme, la voix émouvante, nue. « Ma route est le vertige / Fatiguée ». Tout un programme, « Sur le bord de l'abîme / J'arrêterai ». Un synthétiseur chuinte, le piano égrène ces quelques notes, avant la venue du brouillard. "Le Bon moment" paraîtra plus convenu au premier abord, mais voilà une belle section de cuivres, un brusque décrochement dans l'étrange, « le réel en suspens / effacer le néant / Que tourne le vent », les idées musicales se suivent pour le plus grand plaisir des oreilles. Salomé Leclerc transcende la chanson, dérive vers le pur poème sonore. Bref, elle compose de la musique, je vous le disais !!

   Plus évidemment rock dans les premières mesures, "Vers le sud" vire à la ballade bluezzy, pour « errer le temps qu'il faut / Poser son cœur au chaud ». Il est temps, car voici "Les Chemins de l'ombre", autre miracle de l'album, sa voix à la Bertrand Cantat, un phrasé extraordinaire. « Un autre cri, j'espère / Avant de perdre la voix / Avant de n'avoir rien d'autre à écouter / Que l'ennui au fond de nous qui garde sa volonté ». Orgue hammond (?), chœurs discrets, guitare et batterie, « Pour que la nuit garde son obscurité par défaut ». Je rends les armes, j'abdique, je m'incline devant cette beauté souveraine. Reste à "Attendre la fin", piano et xylophone, la voix fragile s'élève, le morceau s'amplifie, joue sur des échos tout en nous tenant par une rythmique intense : ne s'agit-il pas d'une superbe chanson...d'amour ? La musique prolonge les paroles jusqu'à une fin délicate.

   Le titre suivant, "Et si cette fois était la bonne", pourrait n'être qu'une bluette. Le piano électrique enveloppe le tout dans une ouate rêveuse pour dire « le besoin d'être ailleurs / marcher d'autres lieux / D'ailleurs il me semble / Qu'on ait tous les deux / Besoin d'avoir peur ». Plus loin, on retrouve « le besoin de noirceur », on glisse dans l'ailleurs musical, cordes et trombone, couleurs chaudes et troubles. Diantre, nous voilà "Devant les canons", l'heure est grave pour un « scénario écrit dans les détails ». La guitare électrique déchiquète le fond, la voix chavire et bouleverse, confession à mi-mots. Encore un titre magnifique ! « T'as pas de cœur / Tu règnes dans la brume / Et tu sens ma peur / T'en es fier j'présume ». Le plaisir d'entendre la langue française si bien maniée, si bien chantée, elle que tant de chanteurs français abandonnent pour ânonner un anglais insipide qui n'a jamais intéressé aucun anglophone (je rappelle la phrase de Brian Ferry : « Les Francophones devraient arrêter d'essayer de faire semblant de savoir chanter en anglais, ils n'ont jamais été crédibles aux yeux d'aucun Anglais. »). Encore...un chef d'œuvre de sensibilité, de musicalité. Un dernier petit tour, c'est "J'espère aussi que tu y seras", chanson dépouillée, guitare et voix, mais chœurs navrés à l'arrière-plan. Un au revoir sublime.

Salomé, tu n'as pas dansé

je ne suis pas tétrarque,

(ni Pétrarque !)

mais j'ai le cœur qui danse

après t'avoir écouté

tu m'embarques

avec toi le naufrage

est chemin de lumière sombre

je te suivrai plus loin encore

emmène-nous

suis ta voie

sans te soucier des genres

pour notre plus grand bonheur.

Paru en 2014 chez Les Disques Audiogramme/ 11 titres / 44 minutes environ

Pour aller plus loin

- le site de Salomé

- clip "Arlon", bon titre, mais pas le meilleur n'oubliez pas. La vidéo n'a pas de véritable intérêt, à part la jolie figure de Salomé...Rien d'autre pour le moment à vous proposer.

Programme de l'émission du lundi 3 novembre 2014

Salomé Leclerc : Vers le sud / Et si cette fois était la bonne / Devant les canons (Pistes 6 - 9 & 10, 13'), extraits de 27 fois l'aurore (Disques Audiogramme / Tôt ou Tard, 2014)

FWF : Self deconstruction / Praise by choice / Sound is now a virus (p. 1 à 3, 15'30), extraits de Skeptics (Auto-produit / Sunruin, 2014)

Anne-James CHATON & Andy Moor : Sul volo / Metro/ Not guilty (p. 6 à 8, 12'30), extraits de Transfer (Unsounds, 2013)

David Lang : Mountain (p. 2, 12'27), extrait de Hallowed Ground (Fanfare Cincinnati, 2014), disque consacré à trois compositeurs américains.

14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 13:00

   « Nous traquons l'élégance et la qualité »

   C'est un mystère, une énigme, autour d'un document retrouvé. Le texte est dit par plusieurs voix, accompagné d'une musique énigmatique plongeant l'auditeur dans une zone intermédiaire, entre rêve et réalité. Quelque part entre slam, chanson et musique d'ambiance, gentillement expérimentale. L'auteur du texte, Thomas Malésieux, est bibliothécaire à Montbéliard. Il dit avoir puisé dans les films d'Antonioni une source d'inspiration, mais cette piste n'est pas limitative pour ce cinéphile passionné. La musique, signée David Lavaysse, prend son temps, ciselée avec précaution pour envelopper le scénario dans un ailleurs indéfini. Cet album est hors du temps, produit artisanal d'une longue passion. Car il a fallu quatorze ans pour que le projet aboutisse ! Quatorze ans après la rencontre de Thomas et de David dans une file d'attente de Londres. « Transformer l'à-peu-près d'une soirée en veillée très prisée » donne le la de ce projet atypique et charmant. Loin des logiciels et des technologies ébouriffantes, voilà une équipe qui raconte et joue une histoire, avec des timbres de voix, des timbres d'instruments, en toute simplicité, comme on conte des contes à la veillée, justement. On est "en bonne compagnie", « dans la cour d'une demeure du siècle dernier / incognito et anonymes, en petit comité ». L'auditeur sera-t-il, lui ausssi, « tel l'explorateur en quête de l'unique orchidée » ? En y repensant, j'associerai volontiers cette expérience à celle que tentais ( et tente encore peut-être, mais je ne les suis plus) L'Ensemble rayé. Comme eux, ils n'ont pas la grosse tête, n'abandonnent pas notre langue pour soi-disant parler à tous (quelle bêtise !). L'album joue « cartes sur table » ses voix posées, sa guitare, sa batterie, ses claviers, ses petits bruitages, pour une bande son au « final énigmatique », proposant « Un carnet de souvenirs personnels. / Toute une mémoire de noms, de titres essentiels. ».

   C'est le deuxième album du label Quadrilab, basé à Montréal et à Marseille. Le premier rassemblait une série de titres de musiciens gravitant autour de Quadrivium radio, une radio originale qui diffusait à la fois de la musique expérimentale et des contenus scientifiques, qui n'émet plus, mais dont vous pouvez retrouver une sélection d'enregistrements sur son site. Sur ce premier disque, on retrouve une composition de Guillaume Gargaud, une atmosphère plutôt sombre, avec aussi le beau titre de Jull, "Les Ruines". Si vous êtes intéressé, il vous sera offert moyennant une participation aux frais de port au départ de Montréal (offre en bas de la page Quadrivium).

Paru en mai 2014 chez Quadrilab / 11 titres / 26 minutes environ

Pour aller plus loin

- la page que lui consacre la maison de production sonore 1fusé . L'édition du disque est due à l'excellent label indépendant Ici d'ailleurs, page en français, comme pour tout ce qui est ici, d'ailleurs, ce dont je me réjouis sans modération, na !!

- le site Bandcamp de Quadrilab, avec le disque en écoute et à acheter (Cd ou en téléchargement) : (Ci-dessous, commencez au début, il a tendance à afficher le titre 6...)

Programme de l'émission du lundi 6 octobre 2014

En Chanson :

* Salomé Leclerc : Un bout de fil / Les Chemins de l'ombre / Attendre la fin (Pistes 4 - 7 & 8, 10'40), extraits de 27 fois l'aurore (Tôt ou Tard, 2014)

Grandes formes / Rivages électroniques :

* Michel Banabila & Oene Van Geel : Sinus en Snaar / Echoes from Hadhramaut (p. 1 - 3, 23'10), extraits de Music for viola and electronics (Tapu Records, 2014)

* David Shea : Wandering in the Dandenongs (p.3, 17'44), extrait de Rituals (Room40, 2014)

Programme de l'émission du lundi 13 octobre 2014

Hommage au label Room40 :

* David Shea : Green Drgon Inn (p.6, 14'47), extrait de Rituals (Room40, 2014)

* Spyweirdos (avec Antonis Anissegos) : Second Act (p.2, 14'38), extrait de Piano Acts (Room40, 2014)

Greg Haines : Wake Mania Without End II / Habenero (p. 6 - 7, 12'), extraits de Where we were (Denovali Records, 2013)

Michel Banabila & Oene Van Geel : Kingdomof Earth (p. 5, 9'23), extraitsde Music for viola and electronics (Tapu Records, 2014)

 
 

 

 

 

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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 17:02

   Mellotron, Novachord, Farfisa...et les autres !

   Formé en 2005, Timber Timbre, d'abord trio autour de la voix de Taylor Kirk, avec Mika Posen aux cordes et Simon Trottier aux guitares, s'est étoffé au fil des ans et des disques. Pour son cinquième disque,  Hot Dreams, le groupe canadien, toujours quelque part entre chanson à texte et pop-rock, mobilise entre trois et sept musiciens selon les titres. Bien sûr, ce qui frappe d'emblée, c'est la voix grave, un brin nonchalante, de Taylor Kirk, qui évoque celle d'un autre canadien, Léonard Cohen. Le rapprochement s'impose d'autant plus que le premier titre, "Beat the Drum slowly", mentionne à plusieurs reprises une avalanche, et comment ne pas penser au célèbre titre du troisième album "Songs of Love and Hate" sorti en 1971 ? Si l'on veut mieux cerner cette voix, je propose une autre piste, celle de Tindersticks. Croisez les deux, et vous approchez de Taylor Kirk, sans y être toutefois. 

   Maintenant, si l'on veut cerner le charme de cet album, il faut parler des timbres et des couleurs. Le nom du groupe y invite, qui joue du bilinguisme pour rapprocher le bois ou le timbre, deux sens du mot anglais "timber", du timbre français. On y gratte la guitare, on la frotte avec un archet, les cordes sont là, les percussions aussi...et les claviers prolifèrent, nous projetant dans un monde intemporel. Taylor joue du Novachord, du Farfisa, Matthieu Charbonneau du mellotron, du clavecin ou du Chamberlin M1, Olivier Fairfield du Fender Rhodes. D'où des atmosphères parfois à la King Krimson, notamment dans le magnifique, halluciné "Beat the drum slowly", pourtant commencé, en effet, doucement. Charme des synthétiseurs désuets, plongée dans l'étrange. Çà et là le ou les saxophones de Colin Stetson apporte(nt) leurs notes cuivrées. De la chanson, oui, pourtant, mais avec des échappées instrumentales superbes qui les aèrent. Comme dans le titre éponyme, presque vaporeux, sirupeux, on reste suspendu à la voix sensuelle, souple, c'est un slow langoureux, et je ne me sauve pas au galop !! Le miracle du disque, c'est l'alliance entre la voix et la variété des arrangements. Le plaisir d'un album à goûter, déguster, riche en surprise, comme l'étonnante coda du troisième titre, "Curtains?!", quasi floydienne un moment ! "Bring me simple men" serait une chanson banale si l'accompagnement n'était pas si dépaysant : le temps d'une guitare qui dérape, de cloches et d'une alliance de cordes et de marxophone (cet instrument existe bien !!), on est ailleurs. Tout est à l'avenant. L'instrumental "Resurrection Drive Pt II" donne l'impression que tous les instruments se désaccordent insidieusement, chaque note se tordant. "Grand canyon" commence comme une ballade folk, puis intervient le thérémine (j'allais l'oublier, celui-là !) pour un dernier tiers orchestral. "This low Commotion" est un blues chaloupé enveloppé notamment de mellotron, farfisa et guitare hawaïenne. "The new Tomorrow" est sans doute le titre qui fait le plus penser au chanteur de Tindersticks et à la musique de ce groupe, avec l'étonnant mélange de courtes griffures électriques et de moments nonchalants où les paroles semblent à la limite de l'inconsistance, lâchées du fond d'un suprême détachement. Le morceau bascule dans sa deuxième moitié dans des paroxysmes nerveux qui contrastent avec le mielleux du wurlitzer. Taylor Kirk joue du crooner dans "Run from me", sucrerie ponctuée par le piano grave sur un tapis discret de cordes, puis la voix se fait plus âpre, insistante, tandis que des voix féminines s'élèvent, mais au lieu de sombrer dans la mièvrerie, l'orgue Hammond, les guitares électriques, enflamment la fin. L'album se termine avec le lyrisme mélancolique et puissamment dramatique de l'instrumental "The Three Sisters", le pendant du premier titre, complètement inattendu dans un disque de chansons : écriture magnifique, chaleureuse, qui rapproche saxophone, cordes, synthétiseurs, piano et percussions.

   Un sacré beau disque !

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Paru en 2014 chez Arts & Crafts Productions / 10 titres / 43 minutes

Pour aller plus loin

- deux titres, "Beat the drum slowly" (dont il manque la très belle fin) et "Curtains?!", bien servis par des vidéos qui soulignent les affinités de cette musique avec les dérives urbaines oniriques, le film noir...   

12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 15:20

   Difficile de rendre compte de la singularité du projet de ce groupe, qui rassemble trois musiciens et un photographe, aussi vidéaste. Au départ, il y a la volonté de rendre compte d'une tournée en Grèce, dans ce pays frappé de plein fouet par une crise économique  déstabilisante. Pendant trois jours à Lyon, influencés par les photographies et les vidéos de Stéphane C. projetées dans le studio, Frédéric Oberland - guitariste, claviériste, saxophoniste alto, voix et "énergie noire" comme l'indique la pochette, Stéphane Pigneul à la basse, aux processus électroniques (échantillonneur, retardateur...) et à la voix également,  Ben Mc Connell à la batterie et percussions, jouent  et improvisent la musique du disque, à laquelle ils ajoutent ensuite des sons, des extraits d'enregistrement réalisés en Grèce. Le disque est sorti en décembre 2013 sur l'excellent label bruxellois Sub Rosa, que je retrouve avec grand plaisir. À défaut de vidéos, on a le visuel du cd ( et de l'édition vinyle, que je n'ai pas, mais qui semble remarquable !!), les superbes images en noir et blanc granuleux qui disent mieux qu'un long discours le climat de déréliction qui frappe une société déboussolée. Depuis, un album de remixes a prolongé ce qu'ils conçoivent comme une odyssée sonore (au pays d'Homère, on n'en attendait pas moins). Place à la musique...

    Disons-le tout de suite, c'est d'emblée d'une force et d'une beauté à couper le souffle. Du post-rock comme on l'aime lorsqu'il n'est pas englué dans les lourdeurs et les manières. Du post-rock enflammé, qui fait brûler le ciel - je pense toujours à ce beau titre "Le Ciel brûle" que la poétesse russe Marina Tsvétaïéva donna à l'un de ces recueils. Un rythme lourd, obsédant, des guitares stratosphériques. C'est "Opening Theme / Ablaze in the distance". Larsens, traînées de feu, cris fondus dans la masse chaotique des sonorités écorchées, et puis des moments de calme, d'émotion pure, avec les belles sonorités des guitares et autres sons échantillonnés. La musique est alors entre ambiante et blues urbain. Elle s'évade, décolle de l'univers noir qu'elle transcendait déjà par les fulgurances inaugurales, avec un petit côté inattendu genre guitare hawaïenne ou - je suis d'accord avec un critique attentif - Ry Cooder, un tempo mélancolique splendide, la solitude qui chante. "sophia's shadow" propose ensuite un court intermède tapissé de sons de rue, avec comme un contrepoint au clavier sonnant alors comme un orgue, brève ouverture vers un ciel improbable. "Buy Gold (Beat Song)" est une ballade hallucinée menée par des guitares suavement enrouées ou limpidement lyriques, avant l'embrasement dans l'épaisseur d'une masse en fusion. Par contraste, "La traversée" commence de manière extatique, quasi immobile autour d'un bourdon puis d'un battement rapide et sombre qui traversera comme un oiseau d'acier tout le morceau. Mais l'intensité va crescendo, l'atmosphère est électrique. Les guitares éructent, des drones puisssants envahissent l'horizon. Énergie noire, tu es là !! Tout se résorbe pourtant comme par magie pour laisser la guitare sonner divinement, soutenue par une batterie discrète et le saxo des cordes électroniques frissonnantes. On n'en est qu'au quatrième titre, mais on sait déjà qu'on tient là l'un des plus beaux albums de 2013 (Comme je suis content de n'avoir pas encore constitué ma liste des disques pour cette année !).

    La suite ? Une longue dérive, somptueuse, fastueuse, envoûtante. "Nuage noir" est un micro concerto pour environnement sonore et guitare, tour à tour délicate, tout en froissements et en ajours ciselés, acérés. On retrouve le battement d'ailes sur "Kyrie eleison", envahi à l'arrière-plan de sons de manifestations et de chants orthodoxes, batterie nerveuse et nappes profondes tissant une musique plus nettement expérimentale, électronique, à la limite d'un rock débridé, free. Suit "Silencer", autre intermède méditatif, court dialogue entre guitare(s) et sons étirés de claviers. "Ourobouros" est la suite directe du premier morceau, en plus développé : d'un peu moins de dix minutes, on passe à plus de dix-sept. Un long blues lynchien, du temps de bluebob" avec John Neff, mais dilaté, creusé de silences, de résonnances, où l'on retrouve aussi le saxophone torturé qui dialogue avec une guitare affolante de beauté. Musique aérienne, une merveille hors du temps, la plus belle réponse à toutes les crises. Qui explose en lourdes rafales dans la seconde moitié, une fin du monde au ralenti, démultipliée. Comme on est loin des pesanteurs à la Sigur Ros (je vais m'attirer des ennemis !) ! Ce n'est pas le feu du ciel, sa colère, qui déferle, c'est un chant plus haut que la révolte, incandescent jusqu'au sublime, se résorbant en retombées à la gravité songeuse. Après un tel moment, "Call John Carcone" capte quand même nos oreilles, s'ouvrant sur un curieux carillonnement émaillé de fragments enregistrés, prélude à un nouveau déchaînement des guitares sur un rythme puissant : magnifique lyrisme sombre, découpé par une batterie implacable, sonorités éraillées s'engouffrant dans l'espace immense, fuite loin du monde arrêtée brutalement...C'est l'arrivée sur "L'île", insectes, le ressac de la mer, mais le grondement pulsant de la basse, les claviers majestueux donnent au titre une ambiance mystérieuse, celle d'une liturgie contemporaine que ne renierait pas un Tim Hecker perdu au fond de sa cathédrale basaltique. Échos, drones réverbérés, bruits divers se croisent dans cet espace immense hanté de voix échantillonnées, soudain éclairé par les sonorités cristallines d'une clochette venant apaiser la fin de ces onze minutes..."Outro (For the Following)", dans cette perspective, est comme un chant de renaissance émouvant, tiraillé entre chœurs synthétiques et message enregistré.

   Un disque majeur !!!!!!!!  Sublime et puissant !

   Je ne voudrais pas terminer cet article sans remercier une fois de plus l'auteur du blog "un(e)énergumène" (en lien ici et dans le module "Liens", sur la droite de cette page, c'est le huitième), à qui je dois cette découverte formidable !

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Paru chez Sub Rosa en décembre 2013 / 11 titres (de 2 à 17'39) / 75 minutes !!

Pour aller plus loin

- "Ourobouros", en direct à l'église Saint-Merry le 24 avril 2013 (avec le renfort de Garreth Davis) :

- Trois titres en écoute sur soundcloud :

Programme de l'émission du lundi 14 avril 2014

Anne Chris Bakker : I Thought My Heart Was Calm (p. 2, 16'02), extraits de Reminiscences (Dronarium, 2014)

Katharine  Norman : Fuga Interna (begin) (Piste 6, 10'20), extrait de Shadow piano (Innova Recordings, 2013)  Piano :  Xenia Petrova

Grande forme :

* Dennis Johnson : November (fint du cd 1, 25'), extrait de November (Irritable Hedgehog Music, 2013)

Programme de l'émission du lundi 5 mai 2014

Le Ciel brûle :

* Oiseaux-Tempête : Opening theme (Ablaze in the distance) / Sofia's shadow / Buy Gold (Beat Song) (p. 1 à 3, 17'), extraits du disque sans titre (?) (Sub Rosa, 2013)

Christina Vantzou  : Anna Mae / going Backwards to recover that which was left behind / Brain fog (p. 1 à 3, 10'30), extraits de N°2 (Kranky, 2014)

Andy Moor / Yannis Kyriakides :  Minores / Katsaros (p. 1 - 2, 12'40), extraits de Rebetika (Unsounds, 2010)

Autechre : Irlite (cd 1 / p. 2, 10'01), extrait de Echai (Warp Records, 2013)

 

17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 22:00

Des lumières sous la pluie (2004), Acte (2007), Vu d'ici (2008), Derrière moi (2011), et maintenant Jamais trop tard...La ligne claire des titres, pour commencer, un tracé qui est aussi un peu de mon histoire de blogueur...

Meph. - Parce que tu t'es enflammé dès le premier disque déniché dans les bacs de ta radio.

Dio. - Oui. Il y avait la pochette, déjà, à la fois sombre, illuminée, au graphisme alambiqué. J'ai été attiré tout de suite. Et la première écoute a été une révélation. Un rap tellement différent, sensible et brûlant...

Meph. - Lyrique, en somme, dans le sens le plus noble.

Dio. - En effet. J'ai chroniqué avec enthousiasme chaque étape. J'ai vu Arm et Olivier Mellano en concert, je les ai rencontrés.

Meph. - Des gars bien, chaleureux et simples... Mais dis, tu es en train de nous entraîner dans une histoire édifiante ? Tu vas faire pleurer tes lecteurs, et puis tu ne dis pas tout...

Dio. - C'est drôle que ce soit toi...

Meph. - Quoi ?

Dio. - Dans le rôle du confesseur...

Meph. - J'adore prendre les bonnes âmes en flagrant délit de péché ! Ne détourne pas la conversation, accouche...

Dio. - Tu es dur avec moi !

Meph. - Je te rappelle à ta vocation de chroniqueur. Dire toute la vérité...

Dio. - Rien qui me déplaise plus que la critique négative !

Meph. - Tu permets que j'éclate de rire ? Quand tu te lances dans le disque, tu l'écoutes en entier, comme les autres fois.

Dio. - C'est vrai. Je suis pris par les paroles, l'énergie, la puissance de la vision. Voilà, « Des éclats de vie dans les yeux / Frapper les anges, les démons / Tu fuiras les deux / Récrire mieux les rêves et les histoires », c'est un programme formidable, auquel je souscris à nouveau sans réserve.

Meph. - Après "La minute qui suit", c'est "Invisibles", « Fantôme à nouveau, invisible, à crever les bombes / Y voir dans la pluie, le brouillard », avec la participation d'Iris.

Dio. - Excellent, comme d'habitude. Une musique qui nous explose à la gueule, apocalypse à l'horizon, rythmique puissante, zébrures. Le sang qui bout à l'écouter.

Meph. - Un début selon notre cœur !!

Dio. - J'ai un peu plus de mal avec "Jamais trop tard", le vocodeur lourdingue...

Meph. - Pauvre chéri qui n'a rien compris, c'est la voix des hommes-machines .

Dio. - Je veux bien, mais cette vision binaire...là, je décroche, je suis loin de ce combat qui me rappelle les plus mauvais films américains.

Meph. - J'ai cru reconnaître John Cale au début de "Décembre", superbe échantillon, suivi par un texte comme on aime : « J'ai gardé l'horizon pour moi / Ressenti le vent d'ailleurs / Ce qu'on pourra, c'est épouser demain / Le faire briller à sa valeur » et plus loin « Au creux des roches, sentir la pierre / Nourrir le feu avant de le perdre et qu'il ricoche », un désespoir et un combat « sans baisser les bras », croire encore au monde malgré tout...

Dio. - Le grand Arm, le cœur gros comme une étoile en feu, « Pourtant le cristal brillait », le regard tourné vers le ciel, le sens du temps qui nous désarme, des formules qui font mouche : « J'écrirai le sang pour fuir les drames flous", Christ d'un monde perdu...

Meph. - Et tu voulais garder ça pour toi ? Tu appelles ça une critique négative ?

Dio. - Surtout que j'aime bien "l'Interlude rouge", gauchement mélancolique.

Meph. - Ta délicatesse se braque ensuite ?

Dio. - C'est vrai que "Le souffle" me laisse partagé : trop de machines, un univers sous le signe de l'enfer et de la haine...

Meph. - Moi, j'adore !

Dio. - Je n'en doute pas ! En même temps, il y a de belles formules, une urgence hallucinée, des fragments d'une autobiographie ardente : « J'ai suivi les étoiles un soir sans retoucher ma voix / Laissé la lune m'enlever tout ce qui s'est tu en moi / J'aboierai cette nuit, cette fois comme toutes les autres », c'est Arm le Magnifique !

Meph. - " Les Marches de l'enfer" est de la même veine, en plus poussif...

Dio. - C'est que les marches sont dures à descendre, je suis aussi un peu distant, peut-être parce qu'entre temps j'ai écouté Mendelson, son triple album, je pense en particulier à "L'Échelle sociale". "Le soir pour toi", plus calme, à fleur d'émotion pourtant, ne me convainc pas musicalement, l'ambiance jazzy me paraît factice, inappropriée, et là, pour revenir à Mendelson, il faudrait une vraie unité de composition, une ligne électro-pop plus serrée, moins d'esbrouffe...

Meph. - La fin de ce titre est calamiteuse, non ?

Dio. - Ben oui, ça flotte dans le ouaté, ambiance lounge...Et puis "L'Interlude gris", ces sirènes et ces ronronnements...

Meph. - Dis-le, ce que tu regrettes...

Dio. - La guitare d'Olivier Mellano, créditée sur quatre titres, ne s'entend pas vraiment, noyée sous ce déluge machinique, alors je le dis, je regrette "Acte", le duo parfait entre la voix d'Arm et la guitare d'Olivier.

Meph. - Et que penses-tu de la grande messe rappeuse "Aux portes de la ville", titre choral avec les voix d'Al Benz et Almereyda ? Je te sens sur les charbons ardents...

Dio. - En farouche individualiste, ces allégeances tribales, ce culte des balafres et de l'espèce des guerrriers au mieux me fait sourire. Je reste aux portes...Quant à "Mon visage", la musique est inaudible, une succession de clichés, une mauvaise fête foraine !

Meph. - C'était dur à venir, mais tu finis par cracher le morceau !

Dio. - "La ligne rouge " n'arrange rien, c'est confus, lourd mortel. Je préfère encore les musiques industrielles !!

Meph. - C'est un peu mieux pour "Jour quinze", quand même...

Dio. - Oui, parce que la voix d'Arm est en avant, la ligne est plus claire. J'attends la suite avec mes oreilles d'amoureux déçu, je dis ça pour paraphraser Arm. Qu'il écarte tout ce fatras, qu'il nous assène tous ses mots dits, avec un ou deux chouettes musiciens pour souligner le propos, il n'a besoin de rien d'autre. Une guitare électrique fulgurante, pourquoi pas un piano ou un violoncelle, et on pleurerait d'une telle beauté...

Meph. - Avec la participation de Peter Broderick, le tout mixé par Nils Frahm ?  T'es un sacré rêveur, est-ce que ça serait encore du rap ?

Dio. - On se moque de l'étiquette, si elle colle à la musique pour l'aplatir. De l'épure, pas de la caricature !

Meph. - Alors, ton verdict ?

Dio. - Non mais, pour qui me prends-tu ?? Il n'est jamais trop tard pour rebondir, dit le proverbe dronésien (ici, clin d'œil appuyé).

Meph. - Je le dis à ta place, critique ectoplaste : la première moitié, ça va, ça brûle ; la seconde, rien ne va plus, on nous enfume. Tu as acheté le disque, tu l'as diffusé...

Dio. - Oui, bien sûr...c'est Arm, quand même ! Et rien à dire sur le livret, avec tous les textes, un visuel sobre, impeccable !

Meph. - Pour un peu, je dirais...Amen ! Au fait, il y a un trou dans ta discographie : tu as manqué "Acte II", paru en juin 2012, deuxième production du duo selon ton cœur...

Dio. - Mea culpa. Tu me fouetteras bien cette nuit ?

Meph. - Une vidéo de ce disque tu mettras sur ton blog pour ta pénitence !!

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Paru chez Ulysse Productions / Yotanka en 2013 / 14 titres / autour de 45 minutes

Pour aller plus loin

- le disque en écoute intégrale sur Bandcamp

- Un extrait de "Acte II" pour me faire pardonner mes méchancetés. Exactement ce qu'on aime chez lui, et le grand Olivier...

 

Programme de l'émission du lundi 25 novembre 2013

Banabila & Machinefabriek  : Debris / Travelog (Pistes 8-9, 16'), extraits de Travelog (Tapu Records / Lumberton Trading Company, 2013)

Tim Hecker : Stab Variation (p.12, 6'33), extrait de Virgins (Kranky, 2013)

Nils Frahm : Says / Said and Done (p. 2-3, 18'), extraits de Spaces (Erased Tapes, 2013)

Daniel Wohl : Limbs / Insext / Corpus (p. 6-7-9, 16'30), extraits de Corps exquis (New Amsterdam Records, 2013)

3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 15:39

Dans l'ombre de Steve Reich !

Meph. - Tu as entendu ? Ils ont des oreilles, Braids ! "Victoria", le premier titre de leur nouvel album, on dirait un remix de Music for 18 instruments de Steve Reich...

Dio. - On ne va pas s'en plaindre ! Enfin une pop écrite comme de la musique, pas seulement des chansons ficelées en série.

Meph. - C'est leur deuxième album, à ce trio de Montréal. Et on se réjouit du mariage très réussi entre pop et musique électronique. Ce qui me plaît énormément, c'est l'association de la petite voix flutée, caressante de la chanteuse...

Dio. - Un parfum de Björk, Kate Bush...

Meph. - Si tu veux...association, disais-je, entre cette voix de chanteuse pour midinettes...

Dio. - Comme tu y vas !

Meph. - Tu ne me connaîs pas encore ? Je reprends : et un accompagnement vraiment élaboré, alliance de machines et de percussions synthétiques qui enveloppe la voix dans un filet serré, constamment inventif.

Dio. - Ajoute que la chanteuse donne parfois de la voix, elle a du coffre, la petite !

Meph. - C'est vrai ! Les compositions jouent avec cette voix, la démultiplient pour abolir l'écart entre l'acoustique et l'électronique. Incarnation, désincarnation ? Rêveuses, comme le début de "Hossak", le titre 4, à l'atmosphère orientale grâce au pointillisme des claviers, et en même temps décalées par des bruissements d'ailes métalliques, des réverbérations, ralentis.

Dio. - Étranges, aussi. Pense à "Girl", le morceau suivant, délicatement découpé sur fond d'orgue, trois nappes convergentes, si l'on écoute bien : la voix, l'orgue, les percussions résonnantes, c'est superbe !

Meph. - "Together" commence presque comme du Autechre : glacial, piqueté au scalpel, mais l'orgue rajoute de l'émotionnel, et puis la voix très douce vient glisser sur le tout, dans un mouvement de larges boucles parfois bégayantes...

Dio. - On est déjà de l'autre côté de l'album, celui qui n'a plus peur de la durée, avec des titres plus longs, de véritables envolées...

Meph. - De la voix de la chanteuse, mais aussi des mélodies qui meurent dans les lointains...

Dio. - Je ne te savais pas si sensible, mon cher Meph...

Meph. - Il ne faut jamais s'en tenir à l'imagerie catholique...en plus, j'aime les chœurs de "Ebben", autre pièce dépaysante, qui n'hésite pas à casser le fil du chant pour laisser surgir un véritable paysage abstrait de toute beauté. Halte au ronron, vive l'invention, qu'ils nous disent, et là j'applaudis très fort ce patrouilleur de la garde de nuit !

Dio. - "Amends" continue le voyage aux confins, sorte de féérie aux paroles pleines d'humour et de techno ambiante pleine de recoins superbes, à nouveau discrètement hantée par Steve Reich !!

Meph. - Un régal, surtout dans sa seconde moitié, suivi par une autre merveille, "Juniper", intimiste et sensuelle, voilée d'un brouillard de sons électroniques qui se développe à nouveau pour lui-même, même si le chant revient se couler dans la pâte sonore épaissie, travaillée par des éruptions répétitives et une efflorescence somptueuse.

Dio. - Pour finir sur...Steve Reich, encore, tu en conviens ?

Meph. - C'est évident. Il y a la pulsation, le martèlement, de beaux passages...

Dio. - Récupéré et détourné au profit du chant, non ?

Meph. - J'en conviens...Mais ce n'est pas ma tasse de cigüe...trop de vocalises et de joliesses.

Dio. - Personne n'est parfait. Tu es dur quand même, il y a un vrai plaisir du chant, une folie étourdissante qui a beaucoup de charme. Un fort bon disque, malgré tes réticences. Qu'ils s'émancipent encore plus du format chanson, et on applaudira des quatre mains !

Meph. - Et des pieds fourchus ! Voilà qui nous change de la pop soporifique. Un bouquet de fraîcheur, ce trio ! On les classe malgré tout dans la pop, pour la commodité

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Paru chez Arbutus Records / Full Time Hobby / Flemish Eye en 2013 / 10 titres / 55 minutes

Pour aller plus loin :

- le site du groupe

- "Amends" en fausse vidéo et deux autres titres, "Victoria" (le 1) et "Juniper", le 9, spécialement pour vous, chers lecteurs qui devrez utiliser le lecteur :

Programme de l'émission du lundi 25 novembre 2013

Psykick Lyrikah : Les Marches de l'enfer / Le soir pour toi / Interlude gris (p.7-8-9, 9'), extraits de Jamais trop tard (Ulysse Production / Yotanka, 2013)

Musiques électroniques etc. :

* Tim Hecker : Prism / Virginal I / Radiance (p.1 à 3, 12'40), extraits de Virgins (Kranky, 2013)

* Banabila & Machinefabriek  : Narita / Antennas / Rain painting (p.2 à 4, 16'), extraits de Travelog (Tapu Records / Lumberton Trading Company, 2013)

* Gareth Davis / Jan & Romke Kleefstra : Noarderljocht / Brune Hoanstrobber (p.1-2, 14'32), extraits de Tongersvel (Home Normal, 2009)

Programme de l'émission du lundi 2 décembre 2013

Psykick Lyrikah : Aux portes de la ville / Mon visage (p.10-11, 7'50), extraits de Jamais trop tard (Ulysse Production / Yotanka, 2013)

Braids Victoria / Fruend / Hossak (p. 1-2-4, 12'10), extraits de Flourish // Perish (Full time Hobby etc., 2013)

James BlakeTo the last / Our love comes back (p.9-10, 8'), extraits de Overgrown (Atlas / Polydor, 2013)

Tim Hecker : Live room / Live room out / Virginal II (p. 4 à 6, 15'), extraits de Virgins (Kranky, 2013)

  Banabila & Machinefabriek  : Dinsdag / Runner (p.6-7, 11'35), extraits de Travelog (Tapu Records / Lumberton Trading Company, 2013)

28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 19:47

 L'été, c'est la saison des rencontres. Alors, je m'efface pour céder la plume à l'ami Benoît, "collègue" de Radio Galère, une radio associative cousine de Radio Primitive. Il connaît bien la passion qui anime deux luthiers peu ordinaires : coup de projecteur sur la lutherie Racine...

     Instrument très répandu, presque symbole de l'initiation à la musique, la guitare garde toujours secrètes les étapes de sa fabrication. Il faut, pour s'en rendre compte, visiter une vraie lutherie, celle qui découpe ses planches, celle qui laisse sécher ses bois pour en apprécier leurs déformations, celle qui fait tinter chaque planchette pour en savourer la résonance et détecter les moindres fissures.
   Tout petit bout de bois est précieux et l'âme qui s'échappe des arbres se cache dans les ondes du moindre reste qui fera peut-être le décor d'une rosace. Les ondes ? Non sans évoquer les fréquences de la radio, les ondes sont les variations de teinte qui témoignent du passage d'une strie de croissance à une autre. Avec le doigt, on ne sent rien, mais en passant le regard, il apparaît comme un relief qui ferait vivre la surface vernissée.
   L'espace que nous avons visité s'appelle la lutherie Racine et les deux compères qui hantent le lieu sont Nicolas Moulard et Thierry Militello, toujours disponibles pour dire leur passion du bois et de l'instrument.
 
  La contrebasse que Nicolas regarde amoureusement fut réalisée autour de calebasses qui lui permettent des vibrations sans égal. Autour du râtelier de guitares qui attendent les finitions, on peut voir des manches en préparation et deviner les précautions à prendre pour réaliser l'assemblage final de l'ensemble.
   L'âme de chaque guitare ne tardera pas à parler, voir à chanter avec son heureux propriétaire qui ne la regardera plus jamais comme avant.
   Visiter la Lutherie, c'est d'abord prendre contact avec des artisans en voie de disparition, et c'est commencer doucement à s'engager dans la résistance à la normalisation industrielle et comptable de l'art, c'est prendre conscience de la richesse du symbolique dont les oligarques veulent la peau.

   Nous voulons encore, pour nos enfants et nos petits enfants, que la main qui patine le bois de la musique reste à jamais le symbole de la vie.

 

Un article de Benoît

Benoît anime l'émission Mets de résistance le lundi soir de 19 à 20h sur Radio Galère et un blog personnel, Le Blog de Topotore.