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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 17:31

 Erik-K.-Skodvin-Flare.jpeg  Musicien norvégien né en 1979, fondateur du label Miasmah recordings, graphiste, Erik K. Skodvin a sorti fin 2010 Flare, premier album publié sous son vrai nom (parmi ses pseudonymes, Deaf Center ou Svarte Greiner) sur le label berlinois Sonic Pieces, qui a le vent en poupe sur Inactuelles.

   L'album est envoûtant : dix atmosphères ciselées dans le moindre détail, prenantes, denses, belles. Le norvégien associe des sons acoustiques - guitare, piano, claviers, violon, basse, avec quelques incursions de voix - à quelques bruits environnementaux choisis. Tout est traité avec une grande sobriété, chaque note ou chaque son se détachant nettement : une évidente prédilection pour des sons bruts, rêches, crée pour l'auditeur une impression de grande proximité, atténue ce que la musique a de dramatique dans ses développements par nappes crescendo ou par insidieuses progressions, lents paliers qui nous entourent peu à peu. Un zeste de réverbération, quelques échos, donnent à la musique une profondeur souvent somptueuse, une aura rêveuse mais tendue, farouche.

   Le premier titre, "Etching an entrance" donne le ton : on commence peut-être à l'intérieur du piano, en caressant, frottant les cordes, tandis que surgissent des sons caverneux, épais, que le piano se fraye un chemin entre les deux. Comme une eau-forte (c'est le sens d'etching), la matière sonore est travaillée au burin, imprime des sillons précis dans la pâte. "Matiné", c'est le piano qui écarte le silence à coups de notes résonnantes, s'étoffant en brèves grappes, rejoint par la guitare grattée et des drones discrets, surmontés par un violon stratosphérique, aux sonorités fines, limpides : pour la salutation de quelle aube de glace et de grâce, traversée par des oiseaux séraphiques ? Extraordinaire pièce ! On frappe sur une caisse (de guitare ou sur le cadre du piano), ce qui éveille le piano aux notes préparées (dirait-on), une voix s'élève, légère, translucide, "Pitch Dark" est un autre miracle de ce disque. La guitare domine "Falling eyes", enregistrée de très près pour nous donner le moindre frottement et tout le dégradé des échos : simple, et beau. "Neither dust" chemine au fil de boucles de guitare parsemées de quelques notes de piano et de virgules de claviers, de vents, peu à peu développées en filoches enveloppantes. On croît entendre des profanateurs de tombes au début de "Graves", scandé par des coups sourds dans une atmosphère épaisse, ténébreuse à souhait, avec voix d'outre-tombe : debout les morts, les Temps sont venus, car il y a paradoxalement quelque chose de presque jubilatoire, dans cette tranquille et méthodique avancée. Piano roi, grave, pour "Escaping the day", tout en échappées de lumières troubles : ne marche-t-on pas sur la mer de cendres à la rencontre du Mystère ? La guitare flambe sur "Stuck in burning dreams", tournoiement de visions au rythme du grattement lancinant. Et puis voici "Vanished", orgue souverain, prince anthracite serti par le piano lumière : lointain écho des chansons perdues de Nico avec son harmonium, il ravira aussi les amateurs de Tim Hecker : un diamant noir pour rêveurs fous... Le violon réapparaît dans le somptueux "Caught in flickering lights" à la splendeur élégiaque, transcendant le grattement obstiné de la guitare, les gonflements sonores sourds surgis des profondeurs. Un parcours impeccable, impressionnant !

Paru en 2010 chez sonicpieces / 10 titres / 36 minutes

Pour aller plus loin

- le site personnel de Erik K. Skodvin 

- Album en écoute sur Soundcloud

- "Matiné " en particulier :

 

 

Programme de l'émission du lundi 14 janvier 2013

Peter Broderick & Machinefabriek : Blank Grey / Homecoming (Pistes 4-5, 17'48), extraits de Blank grey Canvas Sky (Fangbomb, 2009)

Christian Fennesz & Ryuichi Sakamoto : Pistes 9 à 11, Disque 2 (16'20), extraits de Flumina (Touch, 2011)

Erik K. Skodvin : Etching an entrance / Matiné / Pitch dark (p. 1 à 3, 11'10), extraits de Flare (sonicpieces, 2010)

Maya Beiser / Michael Harrison : Just Ancient Loops I Genesis (p.1, 10'09), extrait de Time Loops (Cantaloupe Music, 2012)

P.S. Je crée une nouvelle catégorie : "Musiques Ambiantes / électroniques" pour réorganiser (!!) mes références, sachant que bien des musiques ne rentrent pas dans les tiroirs (en dépit du fourre-tout "Hybrides et mélanges", pas clair d'ailleurs...à voir !)

26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 18:29

Under-the-Snow-The-Vanishing-point.jpg   Under The Snow est le nom d'un duo italien composé de Stefano Gentile, à la guitare, aux objets, et de Gianluca Favaron aux microphones, boucles et électronique, tous les deux utilisant de surcroît des enregistrements de terrain. The Vanishing Point, sorti fin janvier de cette année sur le label Silentes, est en téléchargement libre, à la différence de leurs autres productions sur le même label.

  Il pleut, d'une pluie ruisselante, continue. La guitare cherche des accords, tandis que des drones commencent leur discret ballet. Un chien aboie, qui reviendra ponctuer les quatre titres. Des stridences strient l'espace sonore, la guitare brode sur quelques boucles. Le décor est planté pour ce "First point" : le tempo est résolument très lent, étiré, la musique atmosphérique sera une tapisserie électroacoustique tout en ondulés, en granulations capricieuses. Mais la tension monte, c'est le "Second Point". L'orgue surgit, monolithique et lumineux, par-dessus le chancel. Serti d'objets sonores qui aèrent et lacèrent sa trame, il déploie ses vagues successives, imperturbable, dans une élévation crescendo de grandiose allure. Décidément, tout un courant des musiques électroniques d'aujourd'hui aime l'atmosphère des églises et des cathédrales (voir l'illustration de "couverture"), est animée d'un esprit mystique diffus - je n'ai pas dit "religieux". Le titre suivant fait office d'intermède : retombée dans des sons divers, errance sonore. Notre attention est alors interpellée par les coups frappés au seuil de la longue pièce éponyme, presque vingt-deux minutes. C'est le feu cette fois qui grésille à l'orée, palpite en bouquets d'étincelles. L'orgue réapparaît, plus puissant encore, sombre et rutilant dans sa comète de drones tournoyants comme des vrilles insistantes, têtues. Il veut nous envahir, s'installer. Des cloches ou bols chantants se font entendre de moment en moment : musique cérémoniale, véritable lévitation prolongée. Les drones constellés de fines sonneries aigues se balancent doucement dans nos oreilles sur un fond de poussières discrètement crachotantes. Cette musique récuse la virtuosité : simple, austère, minimale, ne viserait-elle rien moins qu'à l'extinction de la conscience et, tout en s'approchant extatiquement du point obscur de la disparition, l'abolition de toute vanité ? L'orage se rapproche, gronde par intervalles : pour quels déchaînements une fois passé le rappel final des bruits extérieurs et ce point ultime mis par le silence ?

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Paru en janvier 2012 sur le label Silentes / 4 titres / 41' environ

En écoute et en téléchargement libre sur Bandcamp 

Pour aller plus loin

- le site du duo

Programme de l'émission du lundi 19 novembre 2012

Erdem Helvacioglu : The Billowing Curtains / Bench at the park / Jittery Chase / Six clocks in the Dim Room (Pistes 1 à 3-5, 16'), extraits de Eleven Short Stories (Innova Recordings, 2012)

Dunaewsky69 : Andante in modo d'une canzona (p.1, 5'57)

Kotra : The Signals of Szymanowski (p. 3, 6'39), extraits de Myths & Masks of Karol Szymanowki Music by Ukrainian Sound Artists (Kvitnu, 2011)

Grande forme :

• Peter Broderick and Machinefabriek : Session I & III (p. 1-3, 30'44), extraits de Mort aux vaches (2012)

3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 13:17

   En concert en Belgique le 4 mai 2012, avec des images projetées de la compositrice elle-même (vidéaste par ailleurs).

 

 

- mon article consacré à son premier album, N°1.

11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 20:16

 Christina Vantzou N°1 La signature du mystère

  Nul doute que les inconditionnels de Stars of the Lid ou de Tim Hecker ne soient réjouis par ce premier album de Christina Vantzou, artiste américaine née à Kansas City, vivant à Bruxelles depuis une dizaine d'années. Vidéaste ayant formé avec Adam Wiltzie, justement, l'un des deux musiciens du duo Stars of the Lid, le groupe The Dead Texan, elle a produit un certain nombre de films, notamment d'animations, avant de décider de passer à la musique avec cet album. Nul doute aussi que la sortie n'ait été éclipsée par la sortie du disque de A Winged Victory for the Sullen, rencontre d'Adam Wiltzie, encore lui, et du pianiste Dustin O'Halloran. Assez injustement, à mon sens. J'écoute en ce moment les deux disques en parallèle : je reste assez déçu pour le moment par A Winged..., que je trouve poussif et complaisant, allez, je lâche le pire, mou...Par contre, le disque de Christina, dans sa sobriété, son sens de l'épure, est d'une densité impeccable. Certes, comme le signalent certains chroniqueurs, pas vraiment d'envolées, d'action en somme. Il me semble que ce n'est pas le projet de Christina Vantzou. Avec ses synthétiseurs, des échantillons et sa voix, elle a d'abord réalisé sur trois ans un long morceau de quarante-cinq minutes avant de le retravailler avec la collaboration du Magik Magik Orchestra (violoncelle, deux violons, un alto, un cor, clarinette et clarinette basse, flûte), pour aboutir, à l'issue d'une session de deux jours à San Fransisco avec les musiciens,  à cet album de dix titres, une musique ambiante qui fusionne électronique et acoustique.

   Sur un mur mouvant de drones éclosent des fleurs acoustiques : quelques notes de piano, une ligne de violoncelle ou de violon, la couleur d'un cor ou de la clarinette. Pas question pour ces fleurs de se détacher, d'acquérir une quelconque autonomie : elles appartiennent au mur, se replongent en lui pour ressortir plus loin, légèrement différentes. Cette musique est organique, animée de sourdes vagues. En l'absence de toute percussion, elle a une puissance incroyable, elle est irrésistible. Précisons qu'il convient de l'écouter à très fort volume pour en apprécier tout le relief, gommé sinon. Ces dix titres filent une toile monochrome - je songe à la peinture - dans laquelle on finit par distinguer des nuances, des aspérités. Magnifique hymne à la vie multiforme des matières, aux amples ondulations respiratoires, aux surgissements voluptueux, cet album réécrit les meilleurs Tangerine Dream, s'inscrit dans la mouvance d'un Ingram Marshall. J'aime cette constance du geste musical, cette insistance à faire apparaître la beauté en sculptant à même l'épaisseur des tessitures électroniques, donnant à l'auditeur l'impression que c'est la qualité même de son écoute qui produit de qu'il entend enfin, et qu'il n'avait pas jusqu'alors su discerner. C'est pourquoi, en dépit de la déception éprouvée par certains, je parlerais de générosité, de confiance. Cette musique joue devant et en nous le jeu toujours à recommencer de la création du monde, pour que nous renaissions dans la somptuosité solennelle du mystère, paraphé en filigrane par les épiphanies acoustiques. Un premier disque d'un hiératisme puissant, envoûtant. Décidément, le label Kranky est au meilleur de sa forme ces derniers temps !

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Paru en octobre 2011 chez Kranky / 10 titres / 46' environ

Pour aller plus loin

- le site de Christina Vantzou.

- une vidéo de Christina elle-même pour son premier titre, "Homemade mountains" :

 

 

- Pour écouter les remixes (sortis avec le DVD du film) : sur Bandcamp

8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 10:57

Esquisses avant la chute

Tim-Hecker-Dropped-pianos.jpg  Ravedeath, 1972, le précédent album du canadien Tim Hecker sorti début 2011, était lié à une photographie représentant un piano sur le point d'être précipité d'un immeuble par un groupe d'étudiants du MIT. On y entendait peu le piano, sur cet album magnifique — que je n'ai pas chroniqué, pitié, ne me tuez pas, trop à faire que voulez-vous. Dropped pianos, sorti en novembre de la même année, nous propose neuf esquisses recentrées sur le piano : saisi avant la chute.

   D'emblée, le faste sombre de la musique de Tim nous emporte très loin. Sur un doux fond pulsant, le piano irradie littéralement, démultiplié par les jeux d'échos, prolongé par les claviers en nappes profondes comme l'infini. Du Harold Budd, plus chargé d'énergie, tonique à sa manière noire. On l'imagine perché dans une tour immergée ou dans une cathédrale à demi écroulée, très haut devant son piano et son orgue, égrenant sa musique stratosphérique, nébuleuse et maritime à la fois. Car Tim transcende les éléments, efface les limites. Sa musique explore l'au-delà qui est ici, que nos occupations, nos divertissements dirait Pascal, nous empêchent de percevoir. Une telle musique peut se permettre de nous faire entendre ses doigts sur les touches sans qu'on crie au scandale. Elle se gorge de vibrations, de vents harmoniques comme dans "Sketch 4". Chaque note résonne somptueusement dans "Sketch 5", graves en avant relayées par des aiguës répétées dans une hallucinante litanie, comme si le temps se bloquait, enfin suspendu. L'univers se tord avec les notes résonnantes, s'enflamme d'un feu radical surgi de l'orgue presque aphone dans le dernier titre, proprement abyssal, parcouru de frémissements froissés. Tim Hecker est le chantre d'une fin du monde incessante, toujours déjà commencée.

   Comment une telle photographie aurait-elle pu le laisser indifférent ? Notre société en est donc là, à se donner du divertissement, du "fun", en précipitant un piano du haut d'un immeuble ? Il n'y a plus rien d'autre à faire pour sortir de l'ennui de la société d'hyper-consommmation que de massacrer la beauté, de la fracasser. Je rappelle que ce meurtre dont la symbolique est frappante (!!) a été perpétré par des étudiants du Massachussets Institute of Technology. Est-ce à dire que la technologie ne supporte pas ou plus des formes de beauté qui ne seraient pas liées à elle — le piano, nous sommes d'accord, est en lui-même aboutissement technologique, mais issu de processus artisanaux ou industriels antérieurs aux nouvelles technologies — et chercherait donc à les anéantir ? Ce disque est une réponse à la barbarie peut-être (j'ose l'espérer) inconsciente de ce geste. Le piano survit aux nouvelles technologies, se marie à elles pour les sublimer. Plus que jamais, il est l'instrument roi, universel et rayonnant. Il retourne sa chute en envol, parce qu'il est toujours présence d'un ailleurs qui nous dépasse.

   Comme il est beau, ce disque intemporel, digne prolongement d'une discographie exemplaire, d'une ligne tenue loin des modes éphémères...

TimHecker-Ravedeath-1972.jpg

Tim-Hecker-An-Imaginary-Country.jpg


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Paru en 2011 chez Kranky / 9 titres / 32 minutes

Pour aller plus loin

- le titre 1 en écoute (fausse vidéo) :

 

 

- le site officiel de Tim Hecker (à noter la signification du nom du site : soleil aveugle...)


Programme de l'émission du lundi 20 février 2012

Andy Stott : New ground / Intermittent (Pistes 2 & 4, 9'50), extraits de Passed me by  5modern Love, 2011)

Breton : Pacemaker / Edward the confessor (p. 1-3, 7'), extraits de Other people's problems (FatCat, 2012)

Rodolphe Burger : Sweet Jane / Venus in Furs (p.7-8, 11'30), extraits de this is a Velvet Underground song I'd like to sing (Dernière bande / l'Autre distribution, 2012)

Grande forme :

• Florent Ghys : Hommage à benoît Mandelbrot (23'40) (autoproduit)

 

Programme de l'émission du lundi 5 mars 2012

Vénus en fourrures :

Rodolphe Burger : Venus in Furs (p.8, 6'06), extrait de this is a Velvet Underground song I'd like to sing (Dernière bande / l'Autre distribution, 2012)

• The Velvet underground & Nico : Venus in Furs (p.4, 5'10), extrait de l'album éponyme (Polydor, 1967)

• Trash Palace : Venus in Furs (p.5, 3'31), extrait de Positions (Discograph, 2002)

Half Asleep : The Bell / The fifth stage of sleep / For God's sake, Let them go (p. 2 à 4, 12'), extraits de Subtitles for the silent versions (We are unique Records, 2011)

Mathias Delplanque : Passeport 2 (lille) / Passeport 3 (Dieppe) (p. 2-3, 16'), extraits de Passeports (Bruit clair / Cronica, 2010)

Le ciel brûle :

Fennesz / Daniell / Buck : Unüberwindbare Wände (p.1, 8'33), extrait de Knoxville (Thrill Jockey records, 2009)

17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 16:22

itsnotyouitsme-Everybody-s-pain-is-magnificent.jpg  Après walled gardens sorti début 2008 et fallen monuments deux ans plus tard, le duo formé par Caleb  Burhans, violoniste-compositeur, et Greg McMurray, guitariste, sort sur le même label New Amsterdam Records son troisième album, un double cd de 88 minutes qui confirme leur exceptionnel talent. Quatorze titres sur deux faces : six introductions ou interludes entre une et trois minutes, huit morceaux amples entre sept et douze. Autrement dit deux longues suites soigneusement agencées, deux plongées dans ces harmonies post-minimalistes, ambiantes, où s'opère l'idéale fusion entre les sonorités électriques du violon de Caleb et/ou de la guitare de Greg, et des effets électroniques, résonateurs, claviers fender rhodes ou casio. Il en résulte une musique hypermélancolique somptueuse qui vous transporte doucement, insidieusement, vers des contrées paradoxalement belles et lumineuses. Les textures sont riches, épaisses, en perpétuelle lente évolution, parcourues de boucles qui en tirent d'autres de l'arrière-plan. On pense à des étoffes lourdes soulevées par le vent, à des froissements irisés. Tout se voile parfois dans des sonorités densifiées par une saturation bien dosée, des effets de flou, si bien que les rares "attaques" acoustiques dépouillées, par exemple au oud (si je ne me trompe...) sur "words we weren't allowed to say"acquièrent un relief saisissant. Le début de l'album, au titre si beau, "The Snake of forever", avec ses trompes, cornes de brume dirait-on, me fait irrésistiblement penser au début de  Dark Waters sur l'album éponyme du grand Ingram Marshall, un des plus inspirés compositeurs de musique électronique, qui sait sertir son cor anglais dans un fourreau d'harmoniques issues de bandes préenregistrées. Les amateurs de Slow Six, ceux des deux premiers albums, les meilleurs, trouveront quant à eux en itsnotyouitsme un groupe frère. Cette musique lente est pourtant animée d'un feu intérieur, d'une folie qui éclate ça et là en gerbes troubles, tandis que la lumière ne cesse de sourdre comme une source vive des amples développements harmonieux, que les notes discrètes sont peu à peu rejointes par des queues de comètes aux multiples particules frémissantes. Les sons filent dans la nuit infinie, réberbérés, sublimés. Oui, les fantômes parmi nous, "the Ghosts among us", nous apprennent à regarder le ciel "until the end of (our) time", parce que nous pourrions quitter ce lieu et nous mêler à nos héros : phrase tissée à partir de quelques titres qui en disent plus que très souvent. Un disque à l'image de nos vies fragiles, déchirantes, d'autant plus magnifiques qu'elles sont vouées à la disparition, à la perte, "glowing embers, pillared palaces". Précipitez-vous, la beauté seule nous sauve de nos vies obscures !

Paru fin septembre 2011 chez New Amsterdam Records / deux cd / 2x7 titres / 88 minutes.

Pour aller plus loin

- le disque en écoute sur bandcamp.

- le duo en concert au Poisson rouge avec Ryan Lott, alias Son Lux :

 

 

Programme de l'émission du lundi 10 octobre 2011

Brian Eno : The Real / Fierce aisles of light / sounds alien (pistes 6-8-11, 13'), extraits de Drums between the bells (Warp / Opal, 2011)

Zavoloka : Splendent viscid fluid / vivid chains / vedana is laid by her will (p. 1-2-4, 16'), extraits de Vedana (Kvitnu, 2011)

Julia Wolfe : Fuel (p. 5 à 9, 21'24), extrait de Cruel Sister (Cantaloupe Music, 2011)

Institut : Au beau fixe (p.1, 2'44), extrait de Ils étaient instantanément tombés amoureux (Institut & Rouge-déclic, 2011)

10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 16:39

Brian-Eno-Drums-Between-TheBells.jpg   Un an après ses débuts chez Warp Records avec Small Craft on a milk sea, Brian Eno récidive sur le label anglais de musique électronique et revient à l'un de ses vieux démons : créer un environnement sonore pour des textes, ici les poèmes de Rick Holland très en phase sur notre monde envahi par la cybernétique. Disons-le tout de suite : on regrettera la présence de quelques scories ! "A Title", titre dix envahi par des synthétiseurs antédiluviens, du plus mauvais goût, ou "Dow", le douze à la ligne mélodique bien pauvre, agrémentée d'une diction syncopée sommaire, ou encore "Cloud 4", un des rares morceaux chantés, ligne d'orgue sommaire et, autour de la voix de Brian, des chœurs qui sonnent piètrement. Je ne trouve pas non plus que l'entrée en matière fournie par "Bless this space" soit trépidante, déjà entendue sur d'autres albums de Brian, même si la fin plus free, avec guitares électriques survoltées, est plus inattendue. Seize titres, moins quatre : il en reste douze qui méritent le détour. Dès "glitch", on entrevoit un autre monde, là encore malgré une rythmique qui n'est pas neuve. C'est que Brian a obtenu la collaboration d'un certain nombre de voix qui s'ajoutent à la sienne. D'autres timbres, d'autres inflexions qui disent superbement les textes de Rick Holland. Plus que jamais, Eno travaille les textures, les grains, comme on le voit sur ses images qui illustrent l'album. Après la frénésie détraquée de "glitch", « there is a glitch in the system / outside the brain flow / armoured shelles melt down / explode in the main code », le miracle de "dreambirds", un piano seul, une voix, non plus synthétique et déformée comme sur le titre précédent, non, nue, posée, ambigüe pour une voix de femme, celle de Caroline Wildi - que l'on retrouve deux fois encore sur l'album -, grave et légèrement épaisse, pour dire le miracle de l'invention de nouvelles couleurs qui s'envolent dans un frémissement de sons éparpillés. "Pour it out" sonne d'abord comme des titres plus anciens de Brian, pas des meilleurs à mon sens, un peu lourdaud, mais est sauvé par la voix lumineuse de Laura Spagnuolo qui décortique les mots comme sur une table de dissection élocutoire. On se laisse porter par le flot des synthétiseurs, leurs mélodies évidentes : un moment lyrique très...anglais, why not ? "seedpods" s'inscrit dans l'évocation d'un monde synthétique à la fois intriguant et agaçant.

   Et puis c'est l'envol, le grand Eno, l'orfèvre : abandonnés les synthés lourdauds, voici la musique électronique d'aujourd'hui, splendide et délicate, légère et mystérieuse, qui épouse "The Real", texte magnifique et magnifiquement dit par Elisha Mudly. Sept minutes de grâce, avec une structure en miroir qui oppose la voix naturelle et la voix retravaillée par l'électronique pour traquer le point où l'on ne peut plus dire avec certitude de quel côté l'on est, sujet de ce texte justement, qui parle de la confusion entre le réel et l'apparence.  Comment ne pas passer sur les faiblesses d'un tel artiste, capable de nous transporter aussi loin ?  Le texte servi avec une telle intelligence, une vraie écoute. Réussite aussi sur le troublant "The Airman", dit par Aylie Cooke, une des excellentes diseuses de cet album. Rick Holland dit en personne le texte du titre huit, "Fierce Aisles of Light" : diction détachée, glaciale, impressionnante, rejointe par deux autres voix, masculine de Nick Robertson et féminine d'Anastasia Afonina, pour un dialogue halluciné. Deuxième coup de maître sur fond de musiques industrielles sourdes. Le titre neuf sert d'interlude épuré avant le dernier tiers, plus inégal comme je le disais. Mais on y trouve le remonté "Sounds Alien", véritable patchwork coloré, très drum & bass, "Multimedia" qui claque, bien envoyé par Aylie Cooke, et l'étonnant chant fantomatique "breath of crows" qui termine l'album. La voix d'Eno y est bouleversante, avec un arrière-plan de cloches ou bols chantants, de sons résonnants. Troisième grand moment, totalement au-delà de tout. On aimerait que la poésie soit plus souvent aussi bien servie. Je m'étonne de lire ici ou là qu'elle ne le soit pas, au prétexte que la diction serait ampoulée ou déclamatoire. Rien de tel : les mots sont dits, articulés pour être entendus, ce qui surprend peut-être des auditeurs habitués à une bouillie verbale ânonnée pour en cacher l'insignifiance ou pire encore.

   À noter que l'album existe en version double cd : cet article ne porte que sur le cd simple.

Paru en 2011 chez Warp Records - Opal / 15 titres plus un silence / 51 minutes

Mes titres préférés : "The Real" (6) / "Fierce Aisles of light" (8) / "breath of crows" (15)

Pour aller plus loin :

- j'aime beaucoup cette vidéo sur "The Real": bien, vu, non ?

 

 

Le disque pourrait figurer dans ma catégorie "Du côté des pochettes" (à paraître d'ailleurs), comme on le voit ci-dessous.

Eno Drums between the bells 4

  

19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 17:27

Peter Broderick - How They AreMeph. - Tu en tiens pour Peter Broderick ?

Dio. - Oui, j'y reviens, et je risque d'y revenir encore.

Meph. - Qu'est-ce qui le rend si attachant ?

Dio. - Attachant, tu as employé le terme juste. Sa voix, d'abord, fragile, douce, expressive, bien timbrée, qui exprime si bien les moindres nuances de sentiment.

Meph. - Mais ce n'est pas qu'un chanteur, tout de même ?

Dio. - Pas de mépris, s'il te plaît. Il se trouve que Peter est un pianiste formidable, un guitariste intéressant, et qu'il touche avec aisance d'autres instruments. Multi instrumentiste, et compositeur, et quel, tu n'en disconviens pas après ce que j'ai écrit sur Music from FALLING FROM TREES ?

Meph. - Je t'ai même soufflé le titre ! D'accord, mais le revoilà avec un petit disque, non ?

Dio. - Sept titres seulement, un peu plus d'une demie heure...Et alors ? Qui a dit qu'un album devait avoir une durée standard ? Combien de galettes gonflées pour atteindre les quarante, quarante cinq minutes. D'ailleurs, je te ferai remarquer que l'écart n'est pas si important que cela. Et puis, mieux vaut moins, mais mieux, que plus, mais médiocre, inégal.

Meph. - Autrement dit ?

Dio. - Une forme ramassée, pleine, rien à jeter. Et originale...

Meph. - Vraiment, c'est encore possible, aujourd'hui ?

Dio. N'ironise pas. Je ne parle d'une originalité absolue, mais relative, c'est déjà cela. Des chansons qu'on pourrait qualifier de folk, avec un début du premier titre "Sideline" a capella, dans l'esprit de la musique celtique par exemple : côté autobiographique, allusions à sa solitude forcée, consécutive à son opération du genou. C'est intimiste, soutenu par un piano lumineux. La voix monte parfois dans de belles inflexions, émotion et retenue à la fois. En trois, c'est la guitare qui chante d'abord, épaulée ensuite par le piano, avant que n'intervienne la voix qui se contente de dire le texte. On arrive au morceau cinq, "With a key", chanson sublime encore à la première personne : tout à fait dans la mouvance des contes, une série de visions ensorcelantes d'une jeune fille nue, une clé à la main. Souvenirs ou visions, rêves, on ne saura pas. Ingénuité de la voix, piano frémissant. Vraiment digne des meilleures ballades folk. En fin de disque, "Hello to Nils", émouvant salut à l'un de ses amis, entre chant et dit, ponctué d'arrêts, le tout à la guitare sèche.

Meph. - Désolé, je ne vois pas l'originalité : tout ça pour présenter un disque folk ?

Dio. - Déjà, j'aimerais te répondre : un disque folk, et alors ? Et puis je n'ai pas évoqué l'autre face du disque, entrelacée avec la première : les titres pairs sont des instrumentaux d'inspiration minimalistes, entre Philip Glass et Wim Mertens. Sauf le deux, partagé : instrumental d'abord, dans la même veine, chanté ensuite. De vraies études, ces "When I'm gone" et "Pulling the rain"...

Meph. - Ce dernier est le plus beau. Très, très glassien, du meilleur, avec une superbe montée en puissance, un petit strumming décoiffant. Et ce sens mélodique !

Dio. - Oui, toujours une ligne claire, évidente.

Meph. - Et tu vas le classer où ?

Dio. - Pas évident, ce qui n'est pas pour me déplaire, tu le sais...

Meph. - Finalement, ce ne serait pas de la pop au sens large, entre folk et musique contemporaine ?

Dio. - Je ne vois pas où le mettre, sinon.

Meph. - Surtout que la pop, c'est un sacré fourre-tout, quand on y écoute de plus près. Un  melting-pop !!

Dio. - J'ai crains le pire..

Meph. - Un pop pourri ? Personnellement, je préfèrerais une pop houri, expression parfaite pour "With a key", non ?

Paru en 2010 chez Bella Union / 7 titres / Environ 33 minutes.

Pour aller plus loin

- le site personnel de Peter Broderick.

- une fausse vidéo sur le magnifique "Pulling the rain" :

 

 

Programme de l'émission du lundi 5 septembre 2011

Fred Frith : Dog watch / King Dawn (pistes 14-16, 9'30), extraits de To Sail, To Sail ( Tzadik, 2008)

Dakota Suite & Emanuele Errante : The North Green Down, part 1 / Leegte / Hymn to Haruki Murakami (p.1 à 3, 9'), extraits de The North Green Down (Lidar, 2011)

Grande Forme • Douwe Eisenga : Prologue / Dance 1 / Dance 2 (p.1 à 3, 21'30), extraits de Music for Wiek(Zefir, 2009)

Peter Broderick : An Introduction to the patient / Patient observation / Pil induced slumber (p.1 à 3, 10'04), extraits de Music for Falling from Trees (Western Vinyl, 2009)

Programme de l'émission du lundi 12 septembre 2011

Elisa Vellia : Kaliniktia / Pause à Hios / Anathema on etio (p. 3 à 5, 9'15), extraits de La Femme qui marche (Le Chant du monde, 2010) 

Fred Frith : Mondays / First Light (p.5-7, 6'50), extraits de To Sail, To Sail ( Tzadik, 2008)

Grande Forme • Douwe Eisenga : First Interlude / Dance 3 (p.4-5, 12'30), extraits de Music for Wiek(Zefir, 2009)

Florent Ghys : 4(3) / Zoboko (2) / Wa (2) (p.1-3-5, 13'43), extraits de Music for Dimensions (Autoproduit, 2008)

Emanuele Errante : Leaving the nowhere (p.1, 7'28), extrait de time elapsing handheld (Karaoke Kalk, 2011)