Musiques Singulières

Entre actualité et inactualité, prendre le temps des musiques différentes (plus ou moins selon l'humeur !). D'autres arts s'invitent régulièrement.
    L'index des musiciens présents dans ces colonnes est à votre disposition dans la catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures, avec rediffusion le dimanche dans l'après-midi .
  Vous pouvez me retrouver sur Facebook où je poste notamment des photographies personnelles, des trouvailles "empruntées" à mes amis, histoire de recomposer un univers ...
   À compter du 9 février 2013, le blog s'élargit avec les chroniques de Timewind, nouveau collaborateur passionné : pour vous proposer encore plus de Musiques singulières !

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 19:33

david lang death speaks« tu retourneras à la poussière

tu iras

retourneras à la poussière

 

iras vers le soleil

comme moi, iras vers le soleil

iras vers la lumière

iras vers la lumière »

   C'est la mort qui parle dans "you will return", première mélodie du cycle "death speaks" composé en 2012 en réponse à une commande du Carnegy Hall et du Stanford Living Arts pour compléter un programme comprenant déjà the little match girl passion enregistré en 2009 par le compositeur, pour la première fois sur un autre label que Cantaloupe co-fondé avec Michael Gordon et Julia Wolfe. Retour à Cantaloupe  - déjà lors du disque précédent, this was written by hand (2011)- avec sa troisième incursion majeure dans le domaine de la musique vocale. Tandis que the little match girl passion (la Passion de la petite fille aux allumettes) partait du conte d'Andersen (que vous pourrez (re)lire à la fin de l'article consacré à ce disque de 2009) et de la Passion selon saint Matthieu de Bach, le cycle de cinq mélodies prend appui sur les lieder de Franz Schubert, uniquement sur les textes. Le point commun des deux disques est évidemment la proximité, la rencontre avec la mort. Frappé par le décalage entre la félicité finale de la petite fille ayant trouvé refuge dans les bras de sa grand-mère au ciel et l'émotion débordante, les pleurs souvent versés par le lecteur bouleversé, David Lang a alors songé au lied de Schubert  "Der Tod und das Mädchen" (d'ailleurs traduit en inversant les termes en français : La Jeune fille et la Mort). Un lied divisé en deux parties : dans la première, la jeune fille supplie la mort de passer son chemin ; dans la seconde, cette dernière tente de la rassurer par de douces paroles ( "Donne-moi la main, douce et belle créature ! / Je suis ton amie, tu n'as rien à craindre. / Laisse-toi faire ! N'aie pas peur, / Viens doucement dormir dans mes bras"). Le lecteur d'Andersen est si l'on veut dans la situation de la jeune fille effrayée par la mort chez Schubert, alors que la petite fille d'Andersen semble avoir suivi les paroles rassurantes de la mort qui ne lui a donc pas menti sur son sort dans l'au-delà, puisqu'elle semble s'être confondue avec la grand-mère tant aimée. Partant de là, de cette présence de la mort personnifiée, David a cherché, avec l'aide d'Internet, dans toute l'œuvre vocale de Schubert les paroles prononcées par la Mort, personne à part entière. Il a retenu des extraits de trente-deux lieder, les a grossièrement traduits et "élagués" pour constituer cinq textes. L'élagage, le rafraîchissement (David emploie le verbe "to trim") a le mérite d'enlever toute l'emphase d'un romantisme volontiers mélodramatique. Le résultat, c'est que le texte ainsi épuré, allégé,...vole en effet vers la lumière !

   Toujours soucieux de sortir sa musique de l'étiquette "classique", et conformément à la volonté commune des trois fondateurs du label, David Lang a fait appel à des musiciens venant de la mouvance rock indépendant, pop : Bryce Dessner (de The National) à la guitare (électrique), Owen Pallett au violon et en seconde voix, Shara Worden au chant et à la percussion basse...mais aussi au jeune et fougueux, talentueux Nico Muhly qui, s'il appartient au monde des musiques contemporaines, écoute de tout et en fait son miel. Quatre interprètes qui sont aussi quatre compositeurs au service de la musique de David. Un quatuor qui prendrait des allures de groupe pop - j'y reviendrai - pour des lieder d'aujourd'hui...

Shara Worden   Il y a cette voix, d'abord, une voix qui me saisit à chaque fois. Tout mon être frémit, frissonne, s'élance avec elle. Je ne suis plus ici, je suis avec elle. Car Shara Worden, chanteuse, compositrice et fondatrice de My Brightest Diamond, est l'une des plus belles voix de ce temps : séraphique, archangélique, à la fois limpide, claire, et très légèrement trouble, au sens propre diaphane, qui laisse voir à travers. La voix idéale pour incarner cette Mort si vivante qui nous tend les bras pour nous emmener sur l'autre bord : caressante, envoûtante, irrésistible, sublime. Une soprano aux inflexions plus basses de mezzo, capable de monter dans des aigus miraculeux, de redescendre dans des graves veloutés d'une ineffable tendresse. La rencontre de la voix de Shara et de la musique de David Lang me prend par surprise et me comble, me ravit.

   La musique de David...je la connais si bien, je la reconnais, elle m'atteint toujours au plus profond. Pas une note qui ne soit à sa juste place; le refus du pathos, de l'emphase.  Discrète, au double sens de "qui n'en dit pas trop", "qui se conduit avec réserve" et, au sens mathématique, de "qui est composée d'éléments discontinus, séparés, distincts". Le choix de la guitare en tant qu'instrument dominant est à cet égard remarquable, mais le piano, s'il est un peu moins présent, va dans le même sens, et le violon se limite à des segments fragmentés, loin des glissendi raccoleurs. Chaque note est une goutte de lumière, tantôt limpide, tantôt plus trouble, sur laquelle se déploie la voix suave de Shara. Chaque mélodie est à la fois simple, évidente, et d'un extrême raffinement dans l'accompagnement - n'a-t-on pas l'impression d'entendre ça et là une harpe, un clavecin, à la faveur du jeu savant de variations, de reprises qui tissent un réseau doucement hypnotique? - qui réussit à donner l'impression d'une incroyable profondeur. Les instruments soutiennent la voix, l'entourent, le piano et la guitare parfois indiscernables,  comme le calice autour du pistil vocal, un calice toujours surgissant, reformé à chaque note autour de la voix en apesanteur. Si la musique atteint ainsi une grâce impondérable, confortée par le phrasé calme et serein, elle est également pleine de force, son chemin alors émaillé de frappes percussives, d'éclats brefs. La musique de David Lang est auguste, spirituelle, au-delà de toute tristesse, vraiment métaphorique : n'est-elle pas là pour aider à franchir le pas, à passer de l'autre côté, et donc à nous transporter jusqu'à nous faire oublier notre plus vieille et tenace peur ? Plus encore, elle est négation de la coupure, effacement du hiatus. La mort personnifiée, c'est toujours la vie qui nous montre le chemin.

  

L'autre composition de l'album, "départ" (2002), répond à une commande de la Fondation de France pour la morgue de l'hôpital Raymond Poincaré de Garches. Les médecins, frustrés de pouvoir faire si peu pour accompagner les agonisants au moment crucial, ont demandé à un artiste italien de créer une morgue et à Scanner et à David un accompagnement sonore approprié. "depart" est constitué de couches de violoncelles jouées par Maya Beiser (ici un article ancien, qu'il faudrait que je retouche d'ailleurs...), couches qui partent en décalé un peu comme dans un canon, formant un mille-feuilles d'amples glissandi sur le continuum vocal de quatre voix féminines - dont celle d'Alexandra Montano, décédée depuis lors, à la mémoire de laquelle la pièce est dédiée. Peu importe à vrai dire la destination de l'œuvre : vous n'êtes pas dans une morgue, elle peut s'écouter partout, de préférence en nocturne, comme une musique d'ambiance, planante. "Depart" est un requiem qui nous fait comprendre que la mort, cette forme inconnue de la vie, n'est qu'une construction imaginaire, une fiction... Tentez l'expérience en voiture, en pleine nuit (sans perdre les pédales, tout de même...) : d'une hyper-mélancolie splendide, une invitation au voyage grave et belle...

    Quant à l'origine pop-rock des interprètes, elle est transcendée par l'écriture précise, magistrale d'un compositeur qui, comme les plus grands, n'est plus d'aucune chapelle. Une musique contemporaine intemporelle, un elixir parfaitement décanté !

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Paru chez Cantaloupe Music en 2013 / 6 titres (5+1) / 42 minutes

Pour aller plus loin

- le site de David Lang

- chronique d'un autre disque de David Lang : this was written by hand

- Pas de vidéo. Fermez les yeux, écoutez, c'est pour vous, David ne m'en voudra pas : les deux premières mélodies du cycle éponyme.

 

Photographie : © Dionys Della Luce (cliquez sur la photo pour l'agrandir)

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 19:12

Le Piano sans peur (2)

   Autant je suis déçu par le dernier double album que le pianiste et compositeur allemand Nils Frahm vient de sortir en collaboration avec le guitariste F.S. Blumm (sur l'excellent label sonic pieces, comme quoi personne n'est parfait...), autant je trouve mon compte dans cette œuvre pour piano et synthétiseur improvisée en concert par un Nils très inspiré. Né en 1982, après une solide formation classique, Nils Frahm s'établit à Berlin où il a également son propre studio, le Durton Studio, qui lui a permis en quelques années de devenir un producteur respecté. Il a travaillé notamment avec Peter Broderick, Deaf Center, Dustin O'Halloran. Pas étonnant que Thom Yorke l'ait repéré et que le label berlinois sonic pieces déjà cité l'emploie si souvent.

  Où l'on s'aperçoit, une fois de plus, que le piano s'insère avec aisance dans un environnement électronique, synthétique. Voilà une performance en tout point conforme aux souhaits du fondateur du label Erased tapes (voir article précédent).

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Publié par Dionys - dans Le piano sans peur
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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 17:51

  Je souhaite prolonger la chronique de Timewind, opportunément publiée au moment où le pianiste semble enfin sortir de son relatif isolement en rejoignant un label aussi emblématique qu'Erased Tapes, sur lequel on retrouve de très jeunes et talentueux compositeurs-interprètes comme Peter Broderick ou Nils Frahm. Je me souviens avoir découvert Lubomyr Melnyk grâce à l'article d'un autre blog, en anglais (celui-ci n'existait pas encore), auquel le rédacteur avait associé deux fichiers-son téléchargeables sur un site d'hébergement : l'intégralité de The Song of Galadriel ! Que j'ai gardée en mémoire et vous transmets à mon tour ( le site ne propose pas de lecteur...) en espérant que cela vous donnera envie d'aider l'artiste !

http://www.mediafire.com/folder/8vvt526far02d/Lubomyr_Melnyk

   C'est l'occasion de saluer la ligne de ce label - dont le nom est par ailleurs un hommage indirect à David Lynch, sans aucun doute. Voici ce que dit Robert Raths, son fondateur : « J'ai toujours été extrêmement intéressé par un dialogue entre deux pôles opposés, entre le traditionnel et le contemporain, le numérique et l'analogique. Cette zone entre l'électronique et l'acoustique, la musique pop et le monde du classique. En rapprochant ces mondes, ou à tout le moins en commençant un dialogue sur la manière d'utiliser le meilleur de chaque côté, en en faisant quelque chose de stimulant, d'actuel, de notre temps. Au début, les gens ont pu trouver difficile de voir le lien entre chacun de nos artistes, mais je crois qu'au fil des années ce que le label recherchait est devenu de plus en plus évident. »

  Maintenant, place à une courte vidéo où l'on voit quelques étapes de la création du visuel de l'album par l'artiste américain Gregory Euclide (!!):

Programme de l'émission du lundi 27 mai 2013

Musiques pour Disklavier :

- Jocelyn Robert : bolerun 2 (Piste 4, 11'04), extrait de immobile (merles 2012)

Grande forme :

- Kyle Gann : Unquiet Night (p.10, 16'20), extrait de Nude rolling down an escalator / Studies for disklavier (New World Records, 2005)

D'autres mondes inhumains, trop humains :

- Alva Noto : uni rec / uni dia (p.4-5, 13'30), extraits de univrs (raster-noton, 2011)

- Mendelson : Une seconde vie (Cd 1 / p.3, 12'10), extrait du triple Cd sans titre (Ici d'Ailleurs, 2013)

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 19:27

   Il est des disques que l’on hésite à acheter, ou que l’on achète par fidélité à un compositeur; il est des disques dont on croit savoir d’avance qu’ils vous décevront. Corollaries était de ceux-là, et une première écoute distraite est bien sûr venu confirmer l’inévitable et puis...

   Mais faisons un petit retour en arrière. J’ai découvert Lubomyr Melnyk au détour d’un article de ce blog sur Moon Ate the Dark. Ma curiosité a fait le reste.

   Né en 1948, Lubomyr Melnyk est un pianiste d’origine ukrainienne - avec une allure quelque part entre Soljenitsyne et Arvo Pärt !! Il réside aujourd'hui au Canada. Il se fera rapidement connaître comme l’un des pianistes les plus rapides du monde (19 notes à la seconde), mais ce n’est pas pour cela que nous connaissons son nom aujourd’hui . Être le Paganini du piano et finir en singe savant exhibé sur des plateaux de télévision par un vulgaire animateur et pour un public inculte aurait pu être le destin de ce pianiste virtuose, mais Lubomyr Melnyk est avant tout un artiste, et son don lui a permis d’être à l’origine d’une nouvelle façon de jouer du piano : le piano en mode continu.

   Si le piano en « mode continu » ne peut être joué que par un virtuose, ce n’est pas pour autant une musique virtuose éprouvante à écouter. Lubomyr Melnyk joue un flot de notes très rapides et crée ainsi une tapisserie sonore, une rivière, un torrent de notes qui glissent autour de l’auditeur et l’emportent dans un flot sonore et lumineux. La musique est si rapide que l’oreille s’attache aux notes qui surgissent du flot constant comme les embruns crées par une cascade et provoquent ainsi une impression de ralentissement, voire de suspension de la musique. L’on est emporté par les flots, mais l’on perçoit le scintillement à la surface. Musique virtuose, dense, rapide, mais paradoxalement calme et reposante, car on est comme immergé dans la musique.

Deux disques majeurs pour découvrir Lubomyr Melnyk.

   La plupart des disques de Lubomyr Melnyk sont auto produits et peuvent être achetés directement via son site. Outre le superbe KMH (chroniqué dans ces pages), je vous conseille tout particulièrement The Song of Galadriel pour piano solo, "Windmills", une pièce pour deux pianos de toute beauté. D’un accès un peu plus difficile, The Voice of Trees, œuvre un peu austère pour deux pianos et trois tubas créée pour la Kilina Cremona Dance Company.

   Peu de temps après ma découverte de cet artiste atypique, j’apprenais la collaboration de Lubomyr Melnick avec le label Erased Tapes et l’enregistrement d’un disque par et avec Peter Broderick. Si cette nouvelle me semblait excellente pour faire sortir Melnyk du quasi anonymat de son petit cercle d’initiés, d’un point de vue musical j’étais plus dubitatif, craignant un virage par trop commercial.

... et puis contre toute attente, la magie opère. Le premier titre "Pockets Of Light" commence comme du Lubomyr Melnyk « classique » et, sans que l’on s’en rende vraiment compte, un son surgit doucement en arrière fond, un bourdonnement électronique qui s’avère être le violon de Peter Broderick, puis vers la cinquième minute, c’est une voix qu’il nous semble entendre et quelque instants plus tard, sans que l’on s’y attende, Peter Broderick se met à chanter, un chant presque comme un murmure, un très beau texte écrit par Broderick : dix-neuf minutes de bonheur! Le deuxième titre, "The Six Day Moment", est le seul titre solo de l’album, il commence tout en douceur, et tisse au fil de ces onze minutes une toile lyrique et virtuose. Dans "A Warmer Place",  Lubomyr Melnyk est à nouveau accompagné au violon par Peter Broderick, comme une suite du premier titre, un beau mariage entre les deux instruments. "Nightrail From The Sun" sonne différemment; le piano résonne comme une harpe et semble « préparé », on pense au piano de Michael Harrison joué en intonation juste. En arrière plan, Peter Broderick crée un fond sonore avec un synthétiseur Juno, et une guitare électrique vient parachever cette tapisserie sonore. "Le Miroir d’Amour" qui clôt le disque voit de nouveau Lubomyr Melnyk accompagné au violon par Peter Broderick, mais celui-ci est plus présent et commence le morceau presque en solo. C’est le seul vrai duo du disque.

   Au final un beau disque pour découvrir l’univers de Lubomyr Melnyk. Et, en bonus, une superbe pochette dont on peut voir la création sur le site d’Erased Tapes. À signaler également la sortie du disque The Watchers, une collaboration entre le guitariste James Blackshaw et Lubomyr Melnyk. Un disque d’improvisations enregistrées dans un club de jazz. Agréable, mais d’un intérêt mineur...

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Paru chez Erased Tapes en avril 2013 / 5 titres / 63 minutes

Une chronique de Timewind

Pour aller plus loin

- le site de Lubomyr Melnyck

- un extrait de Corollaries :

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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 15:51

Le Piano sans peur (1)  

   J'inaugure une nouvelle série consacrée au piano, en concert sauf exception (il y aurait alors des fichiers audio). L'idée est de mettre l'accent sur des pièces longues, ou des cycles majeurs, interprétés  par les pianistes les plus exigeants, aventureux, fous, décidés à prendre tous les risques pour donner à entendre des musiques singulières, inouïes ou pas. Contemporaines, pour l'essentiel, ou inactuelles, d'où la présence d'Erik Satie en ouverture, interprété par le fougueux Nicolas Horvath lors d'un marathon de 9 heures le 3 décembre 2011 au Théâtre municipal de Perpignan. Sans surprise, les captations viendront le plus souvent des principaux sites de mise en ligne de vidéos. L'intérêt est de rassembler un corpus, de l'extraire de la masse innombrable des vidéos diffusées sur Internet.

   Le titre de la série reprend celui d'un de mes articles consacrés à Alvin Curran.

   Le Fils des étoiles , créé à Paris en 1892, est la musique de scène de la pastorale kaldéenne éponyme de Joseph Péladan, co-fondateur de l'ordre kabbalistique de la Rose-Croix.

Nicolas Horvath interprète "Le Fils des étoiles".

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Publié par Dionys - dans Le piano sans peur
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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 18:56

   Né en 1960, ce pianiste et compositeur formé à l'Académie de musique Felix Mendelssohn Bartholdy de Leipzig est évidemment à sa place dans ces colonnes. Son abondante production discographique ne comporte-t-elle pas des intégrales ou quasi intégrales de compositeurs comme Morton Feldman, John Cage, Erik Satie, des incursions significatives dans les oeuvres de Philip Glass, Terry Riley et bien d'autres figures importantes de la musique d'aujourd'hui ? Steffen Schleiermacher est donc un fouineur, un défricheur comme je les aime, grâce auquel on fait de belles découvertes...que je tente de vous faire partager. Il dirige aussi l'Ensemble Avant-Garde, formation à géométrie variable tournée vers la musique de chambre du XXe siècle et de notre temps.  

   Parmi sa discographie antérieure, à signaler son interprétation des "Keyboard studies 1 & 2" de Terry Riley, accompagnées d'une composition personnelle superbe, "Hommage à RILEY - REICHlich verGLASS" (je respecte la typographie du titre - ce qui va bientôt tenir de la prouesse si les éditeurs de texte sur Internet continuent de s'appauvrir...). Je place la couverture et les références en bas de l'article.

   Venons-en à British ! . Nous sommes avertis : le pianiste allemand avoue son ignorance au sujet de la Grande-Bretagne et des Anglais. Il signale aussi le rôle relativement mineur que l'on accorde assez généralement aux compositeurs britanniques dans les musiques nouvelles. Mais il a été fasciné par le refus radical de certains compositeurs britanniques à l'égard de la virtuosité, d'un art de la composition "traditionnel" et par les partitions d'Howard Skempton, Richard Emsley ou Laurence Crane, devant lesquelles sa première réaction fut : « Mais ce n'est pas comme cela qu'on compose ! » D'où ce disque !!

   Il s'ouvre et se conclut avec deux cycles de Richard Emsley intitulés "for piano 1" et "for piano 12", eux-mêmes émiettés en 8 et 7 très courtes pièces. La musique se réduit la plupart du temps à une seule voix à l'allure capricieuse, énigmatique. Série d'éclats égrenés à un rythme variable comme autant d'aphorismes sur le silence. On ne sait où l'on va, on va dans une atmosphère raréfiée tapissée par l'action de la pédale, suspendus à ces petites escalades sonores, à ces montées successives vers la lumière. Chaque pièce est une méditation, un moment pur, décanté, une invitation à participer au mystère du son se propageant dans la salle (le label MDG privilégie l'acoustique naturelle). Parmi les indications de "for piano 1", on lit par exemple "dolcissimo molto espressivo", "un poco nobilmente", "misty and dreamy, like a nursery rhyme", mais aussi "senza espressione sempre". Sept numéros seulement pour "for piano 12", plus proche peut-être encore de l'esthétique d'un Morton Feldman. Une découverte majeure, que je dois d'ailleurs à un "ami" d'un réseau social qui avait placé une vidéo avec un extrait de ce compositeur né en 1951, encore peu représenté sur disque. Je n'ai pas trouvé l'intégrale de ces "for piano"...Mais j'ai retrouvé avec grand plaisir Steffen...toujours sur la brèche !

   "Notti Stellate a Vagli" - une composition nettement plus longue, pas loin de vingt minutes - d'Howard Skempton fut écrite comme un « complément aux Triadic Memories de Feldman », un complément libre, sans emprunt ou citation. Un hommage où l'on retrouve ce rapport au temps qui fascine tous les admirateurs du grand américain : un temps reconstruit par des motifs ressurgissant à l'improviste alors que l'on est parti très loin dans un no man's land sans repère, lâchés en plein vide, avec pour seul appui la dernière note comme à l'extrémité du monde, de tout. C'est toujours une expérience des limites, du dépouillement, et c'est toujours magique, unique : triomphe absolu du son, seul survivant si l'on peut dire. Un autre très grand moment. Quatre pièces plus courtes d'Howard Skempton figurent plus loin, toutes dédiées à Michael Finissy, presque mélodiques, rêveuses et doucement mélancoliques. 

  Michael Finisssy est plus connu pour des œuvres démesurées, virtuoses. Le pianiste nous propose deux curieux tangos dédicacés respectivement à Howard Skempton et Laurence Crane, le quatrième compositeur présent sur ce disque. Deux tangos disloqués, des souvenirs de tango, si l'on veut, extraits de Twenty-free tangos, une collection qui évoque en modèle réduit la formidable collection de tangos (127 commandés à 127 compositeurs) rassemblée par le pianiste Yvar Mikhashoff, à ma connaissance hélas jamais intégralement publiée. Par ailleurs, la "Sonata for (toy) piano", si elle est une tentative en soi intéressante, ne me réjouit guère les oreilles. Passons.

   Restent deux petites pièces de Laurence Crane : un bouleversant "Chorale" dédié à Howard Skempton, d'une humble simplicité, une pièce d'anniversaire pour Michael Finissy, tout aussi émouvante dans sa marche retenue, comme sur le fil fragile de la vie qu'il ne faut surtout pas malmener, mais dont il convient de faire résonner chaque pas.

    Un très, très beau programme joué sur un magnifique Grand piano Steinway de concert datant de 1901.

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Paru en 2011 chez MDG Scene / 26 titres / 65 minutes environ

Pour aller plus loin

- le site personnel de Steffen Schleiermacher

- "for piano 1" (1997 - 1999) en écoute :

<

  Le disque dont je parlais plus haut...

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