Après un premier album ambiant, minimaliste et radicalement au bord de l'audible, et une expérience avec Angil, les stéphanois
reviennent avec une musique moins en retrait, distillant une pop-électro au charme hypnotique insidieux. Piano brumeux, répétitif, à la lenteur envoûtante, percussions tranquillement fascinantes,
guitares immobiles, accompagnent le chant traîné-murmuré. Des textures électroniques troubles, scratchées de tournoiements parasites, des échantillons venus d'un monde lointain, enveloppent le
tout de voiles mystérieux, comme sur le très beau High Treason. Ils ont évidemment écouté Radiohead, mais on songe aussi à Stars of the Lid ou à Tim Hecker (voir
article du 19 juin 2007), ce dernier pour l'ouverture du morceau suivant, Night lights, orgue pulsant sur fond de nappes grésilleuses. L'album pourrait sembler monotone, mais je le
dirais plutôt monochrome, se lovant entre ombre et lumière. Chaque titre installe une atmosphère pénétrante, une étrangeté qui suspend le temps, avec des mélodies simples et évidentes nimbées de
halos de particules : ça vient de là-bas, ça nous envahit, on ne bouge plus, engourdis, à l'écoute de ce qui parfois n'émerge pas tout à fait comme dans le très court Airtight part 1.
Fête foraine engloutie pour automates, pendules et boîtes à musique, traversée de quelques accélérations, intrusions plus lourdement percussives, toujours à la fin résorbées dans de sourds
tourbillons, dans le retour obsédant du même, ad libitum comme dans le dernier titre, Teddy Gun, plus de neuf minutes à traverser des nuages épais chargés d'une électricité
pétrifiante...Je ne sais s'ils connaissent Half Asleep, mais ils sont cousins dans des univers parallèles. Comme pour Valérie Leclerc, je leur pardonne de trahir la langue française, -car
j'appelle trahir le choix de l'anglais pour des considérations commerciales, je ne parle même pas de l'accent lamentable de la plupart : ici, les inflexions douces, intériorisées de cet anglais
en demi-teintes contribuent à créer ces paysages mélancoliques d'un monde décalé, résolument en marge, hors course. Une magnifique surprise pour tous ceux qui aiment sombrer, se laisser absorber
dans les rêves en oubliant tout le clinquant de l'aujourd'hui. Ce disque est un poison subtil, on y revient, encore, et encore, pour chercher la clé qui nous permettra d'accéder au monde de
l'éternel retour.Pour les découvrir :
- le site du groupe.
- leur page sur MySpace.
Une vidéo en public de High Treason aussi pour avoir une idée du travail vidéo qui accompagne leur musique depuis les débuts du groupe:
-----------------------------------------------------------------
Programme du dimanche 4 mai 2008 (troisième partie et fin...)
B R OAD WAY : Caution wet floor (piste 1, 4' 48)
Letters inHearts (p.2, 4' 47)
The Key maker (p.3, 7' 47), extraits de Enter the automaton (Jarring Effects, 2008)
J'entends d'abord deux voix, celles de Thom Yorke et Beth Gibbons, qui montent dans l'aigu, se tordent et sanglotent, nasillent ou murmurent, voix de tête irritante(s), voix de fausset, aptes à capter et à exprimer toutes les nuances du spleen contemporain, voix écorchées de l'émotion qui chavire et submerge. On peut être agacé, je les adore, ces deux voix inoubliables qui chuchotent nos rêves et chavirent vers l'infini si désirable de l'amour parfait. Elles flirtent avec la bluette pour mieux déraper vers la rage ou l'incantation, la plainte simplement humaine.
15 step, le premier titre de In Rainbows, commence sur le constat d'une dysharmonie: "You used to be allright / What happened ? / Did the cat get your tongue ? / Did your string come undone ? ", la voix mâchonne les mots sur fond de boîtes à rythmes qui semblent presque déréglées, livrées à elles-même, puis la guitare intervient, la mélodie se construit, tout roule trop bien, et ça bascule heureusement avec l'irruption des claviers et quelques choeurs discrets d'enfants en salves joyeuses, la chansonnette est devenue musique haletante, envolée vers l'ailleurs. C'est l'alchimie Radiohead, qui bouscule les schémas convenus et crée tant de malentendus : ce ne sont plus de simples chansons ronronnantes, ce sont des confidences, des cris rentrés, des aveux, des coq-à-l'âne qui appellent une musique en perpétuelle transformation, épousant les méandres intérieurs. " I am trapped in this body and can't get out", entend-on dans le titre suivant, Bodysnatchers, qui commence roguement sur des guitares enrouées, rock lourd, saturé que vient éclairer au bout de deux minutes une guitare lyrique, tout s'allège et se décante un bref moment avant le retour de la rage impuissante, l'aveu final, "I'm a lie". Après un début éthéré, Nude est une confession désenchantée, à voix nue en effet, entre guitare, percussion tic-tacante et claviers lointains, choeurs d'anges en sourdine : " So don't get any big ideas / They're not gonna happen / You'll go to hell / For what your dirty mind is thinking." Pas d'avenir pour la pensée, retour de l'obscurantisme : penser est sale, penser c'est pécher. Haro sur les intellectuels ! Mieux vaut plonger vers les étranges poissons du fond de l'océan, là où tes yeux "turn me into phantoms", nous dit le titre suivant, chanson calme, guitare et voix, percussion, puis jeux d'échos, eaux troubles des claviers, lente coulée vers l'insoutenable, "I get eaten by worms and weird fishes", appels et dépression avant la remontée inespérée, les lumières qui pulsent, "I hit the bottom and escape" : c'est Weird fishes / Arpeggi, premier point culminant de l'album, la musique qui sauve des abysses, des cauchemars. Dès lors, l'album est comme transfiguré, affirmation de l'être en tant que manque, de son besoin impérieux de lumière. " I am the next act waiting in the wings / I am an animal trapped in your car", affirmations qui ouvrent All I need, ce curieux credo, crescendo qui explose, écartelé par une image ambivalente de l'autre "s'all wrong / s'all right". Faust Arp surprend alors par ses arrangements de cordes, sa grâce aérienne liée au surgissement d'images surréalistes, à l'euphorie amoureuse : " I love you but enough is enough / (...) / There' no real reason". L'amour est sans raison...la séparation ne s'explique pas non plus, dira le titre suivant, Reckoner, romance sucrée qui plaide non coupable pour l'aimée : " You are not to blame (...) / Because we separate like ripples on a blank shore". House of cards, contre l'évidence, réclame l'amour plutôt que l'amitié, aveu déchiré de déni sur une rythmique butée, conscient que " The infrastructure will coillapse". Jigsaw falling into place, dans cette perspective, dit le désir panique du retour, le rythme se précipite, les guitares hurlent avec la voix qui clame, mais " words are blunt instruments"...Et c'est le chef d'oeuvre qui clôt l'album, le referme vraiment, Videotape : introduction au piano, la voix nue du désespoir, chant d'adieu, percussions en courtes rafales et choeurs, le murmure qui se perd, le piano qui poursuit obstinato en boucles et les percussions claudicantes qui traînent la patte, ô cette admirable coda, le sublime après la mièvrerie frôlée si souvent, les affleurements du désespoir, les désirs d'arc-en-ciel...
Il faut cesser de déchiqueter les vrais albums ! Un morceau n'a de sens que dans son contexte. In rainbows est inégal, c'est sûr, et tel titre pris isolément peut sembler faible. Mais cette musique raconte une histoire, c'est un voyage sentimental d'aujourd'hui, l'odyssée banale et bouleversante d'un être en quête d'amour qui finit par se replier sur une cassette vidéo : "When I'm at the pearly gates / This'll be on videotape / My videotape / When Mephistophilis is just beneath / And he's reaching to grab me " L'autre ne s'atteint que dans le média : " You are my centre when I spin away / Out of control on videotape (...) This is my way to say goodbye / Because I can't do it face to face ". Prenons le temps, écoutons la musique, écoutons la voix, les mots, le tout, avant de juger, de jauger à l'aune réductrice de l'apport supposé du disque à l'avancée de la musique. C'est du beau travail, modeste, vrai, et c'est déjà beaucoup !
----------------------------------------------------
Programme du dimanche 4 mai 2008 (deuxième partie, je suis en retard...)
Portishead : Silence (piste 1, 5' )
Nylon smile (p.3, 3' 20)
Plastic (p.5, 3' 30)
We carry on (p.6, 6' 28 ) [ce dernier passé après Radiohead], extraits de Third (Go! discs, 2008)
Radiohead : Weird fishes/ Arpeggi (p.4, 5' 18)
All I need (p.5, 3' 49)
Faust Arp (p.6, 2' 10)
Videotape (p.10, 4' 42), extraits de In Rainbows (2008)
Vraiment un album rare, singulier, qu'il faudrait que j'intègre dans une nouvelle mouture du classement de 2006!! Tout classement est lui aussi toujours à refaire, approximatif...
Place à Tzara :
"homme approximatif te mouvant dans les à-peu-près du destin
avec un coeur comme valise et une valve en guise de tête(...)
il y a des paroles filantes
laissant une trace légère trace de majesté derrière leur sens à peine de sens..."
"tu es en face des autres un autre que toi-même
sur l'escalier des vagues comptant de chaque regard la trame
dépareillées hallucinations sans voix qui te ressemblent
les boutiques de bric-à-brac qui te ressemblent
que tu cristallises autour de ta pluvieuse vocation - où tu découvres des parcelles de toi-même
à chaque tournant de rue tu te changes en un autre toi-même"
Prolongements
- le site de Daniel Palomo Vinuesa, avec le disque en écoute.
- lire le début de L'Homme approximatif de Tristan Tzara
- mieux connaître Jean-Louis Prades, le guitariste et compositeur d'Imagho : nombreux extraits en écoute. Site en construction, mais déjà largement opérationnel, petit laboratoire pour suivre une oeuvre en cours.
et en prime, une vidéo...terrifiante, je suis désolé, une explosion nucléaire expérimentale dans le désert du Névada en 1947, avec une bande-son de Daniel Palomo Vinuesa et de Pascal Dalmasso.
------------------------------------------------------
Programme du dimanche 4 mai 2008 (Première partie)
Daniel Palomo Vinuesa : Tesla (piste 2, 6' 06)
Galileo Galilei (p.4, 5' 16)
Global # 1 (p.9, 3' 02), extraits de L'Homme approximatif (2006, Signature/Radio France)
Annie Gosfield n'a pas toujours la tête dans les étoiles. Alors qu'elle vivait à Valencia, en Californie, elle se promenait souvent dans la ville-fantôme
voisine, Mentryville, qui lui a inspiré un des titres de Lost signals and drifting satellites. Elle a recréé l'ambiance étrange de la cité abandonnée à l'aide de son piano préparé,
dans lequel elle a placé des matériaux métalliques, du bois, du caoutchouc, entre et sous les cordes, qu'elle frappe avec un maillet de caoutchouc, produisant des sons qui coexistent avec ceux
obtenus par la voie traditionnelle; rien d'étonnant au pays de John Cage, mais une belle illustration de la fécondité actuelle de l'invention. Avec The Harmony of the body-machine,
titre pris dans un livre de H.G. Wells, elle signe une collaboration impressionnante avec la violoncelliste Joan Jeanrenaud, dont elle exploite l'incroyable virtuosité technique pour la faire
dialoguer avec des sons industriels enregistrés dans des usines de Nuremberg : nouvelles harmonies, infinis bercements du métal adouci, respirations organiques de la matière caressée par le
violoncelle, engendrent une mélancolie post-humaine, celle d'un monde où l'homme n'existe plus qu'à l'état de trace.
Le titre de l'album est celui du second morceau, écrit pour quatuor à cordes et quatuor de percussions juste après son retour à New-York. Tandis que les cordes explorent les micro-tonalités et toutes les ressources acoustiques pour suggérer les étincelles volantes du titre, les percussions évoquent l'univers industriel de la machinerie lourde, dans un dialogue inspiré du constructivisme, enrichi par des rencontres de hasard et ménageant des espaces apaisés où l'on peut écouter les infimes bruissements de la matière. Il y a quelque chose de japonais dans ce morceau, qui me fait penser aux compositions de Kaija Saariaho consacrées aux jardins japonais, pour l'espèce d'austérité suave qui se dégage de cette joute impeccablement menée.
------------------------------------------
Programme du dimanche 27 avril 2008
Annie Gosfield : Mentryville (piste 3, 4' 58)
The Harmony of the Body-Machine (p.4, 13' 14), extraits de Lost signals and drifting satellites (Tzadik, 2004)
Ewa7, parties 2 et 3 (p.2 -3, 23' 20)
Flying sparks and heavy machinery (p.4, 14' 38), extraits de Flying sparks and heavy machinery (Tzadik, 2001)
Rassurez-vous toutefois, elle travaille aussi à partir de matériaux musicaux conventionnels (instruments solistes, ensemble de chambre)...pour les faire sonner autrement, en les confrontant à des sons électroniques, échantillonnés, en jouant sur des micro-tonalités, des intervalles inédits, le désaccordage et la préparation des instruments, en cela dans la lignée de John Cage et de son invention du piano préparé dans les années quarante. Sa musique, jouée par de nombreux artistes de part le monde, est disponible sur trois disques, tous parus sur le label du saxophoniste John Zorn, Tzadik, label entièrement dédié à la musique expérimentale, d'avant-garde.
Lost signals and drifting satellites, paru en 2004, est le troisième et dernier en date des disques de la compositrice. A part un court morceau où elle apparaît en solo, l'album regroupe des oeuvres où les cordes interviennent soit seules, soit en interférant avec des sons électroniques. On y trouve un véritable quatuor à cordes, Lightheaded and heavyhearted, écrit nous dit-elle alors qu'elle souffrait de vertiges et se sentait étourdie, la tête vide : des moments à la mélancolie tranquille alternent avec des passages au dynamisme plus agressif pour construire un paysage mental sensible, à l'écoute des sons de l'âme. Le deuxième morceau, qui donne son titre à l'album confronte le violon de George Kentros à des enregistrements de satellites, d'ondes courtes et de transmissions radios, dans un troublant jeu d'échos qui brouille les limites entre sons musicaux et non-musicaux. Je présenterai les autres titres dans l'article suivant.
- le site de la compositrice, avec d'assez nombreux extraits en écoute.
----------------------------------------
Programme du dimanche 20 avril 2008
Promise and the monster : Trials (piste 11, 2' 41)
The delusioned and Insane (p.12, 4' 27), extraits de Transparent knives (Imperial Recordings, 2007)
Annie Gosfield : Nickolaievski soldat (p.1, 6' 57)
Freud (p.2, 4' 02)
The Manufacture of tangled ivory (p.3-4, 10' 30), extraits de Burnt ivory and loose wires (Tzadig, 1998)
Lightheaded and heavyhearted (p.1, 19' 56), extrait de Lostsignals and drifting satellites (Tzadig, 2004)
Kalylivedub : Comma (p.10, 6' 34)
...exe (p.11, 9' 30), extraits de Fragments ((Pias, 2008)
J'actualise le classement paru en avril 2007 en y incorporant quelques oublis et des découvertes plus récentes.
1. Ingram Marshall Savage Altars New Albion Records
2. Eve Beglarian Tell the birds New World Records
3. Thom Yorke The Eraser XL Recordings
4. So Percussion Amid the noise Cantaloupe
5. Maman In and out of Life Ici d'ailleurs
6. Phelan Sheppard Harps old master The Leaf Label
7. Matt Elliott Failing songs Ici d'ailleurs
8. An on Bast Welcome scissors Autoproduit (Anna Suda)
9. Sonic Youth Rather ripped Geffen Records
10. Thee Silver Mount Zion
Memorial Orchestra.. Horses in the sky
Constellation
12. Various The World is gone XL Recordings
13. Tim Hecker Harmony in ultraviolet Kranky
14. Aphex Twin Chosen Lords Reflex/La Baleine
15. Naïal Lucioles noires Reaktion
16. Scott Walker The Drift 4AD
17. Headphone Two stories high Ici d'ailleurs
18. Brifo Southfull La Baleine Productions
19. Johann Johannsson IBM1401, a user'sManual 4AD/Beggars Banquet
20. Devastations Coal Brassland /Beggars Banquet
21. Loscil Plume Kranky
22. The Album Leaf Into the blue again City Slang

Le début de la pièce est rude : juxtaposition d'échantillons vocaux déformés et entrée en fanfare des saxophones déchaînés. Mais la mise en place rythmique, puissamment dynamique, associée à des développements mélodiques complexes dans l'esprit de groupes comme Henry Cow ou d'un musicien comme Frank Zappa, dont l'esprit plane sur plusieurs plages, emporte l'auditeur dans un univers violemment coloré, aux accents parfois parodiques soulignés d'ailleurs par des titres comme "Meteoric Ice Pie Menace", "I cheer Pet eater". Vers le milieu de la pièce, avec le titre "Fall", le magma des saxophones s'ordonne peu à peu souterrainement autour de pulsions graves, telluriques, à base de drones qui débouchent sur les incroyables plages extatiques suivantes, totalement imprévues. Les saxophones sont comme absorbés, se fondent de plus en plus dans le matériau électronique qui semble d'abord les contester avec ses éructations, ses gonflements grotesques, avant de les assimiler dans des couches envahissantes, animées de mouvements oscillatoires et enrichies d'éléments dissonants. On est alors plus proche des tessitures d'un Duane Pitre avec ses "organized pitches" ou d'un Tim Hecker avec ses houles électroniques granuleuses. Le dernier titre, de quatorze minutes, "Rise", atteint ainsi une intensité et une splendeur confondantes. Nick Didkovsky a réussi une traversée improbable, du trivial et du grotesque vers un sublime d'autant plus appréciable qu'il correspond à l'acmé d'un voyage musical en perpétuelle métamorphose.
Nick Didkovsky, guitare électrique et ordinateur portable
Sasha Armbruster, saxophones alto et baryton
Beat Kappeler, saxophone baryton
Andrea Fomenti, saxophone ténor
Thomas Dimuzio, échantillonnage en direct
Beat Hofstetter, saxophones soprano et baryton
Je vous propose en écoute ici un échantillon préliminaire destiné au quatuor ARTE pour le dernier titre, "Rise", différent dans sa version enregistrée.
-----------------------------------------------
Programme de l'émission du dimanche 30 mars 2008
Une émission consacrée en majeure partie à la guitare, acoustique et électrique, dans ses rapports avec des traitements électroniques : Imagho, Pierre-Yves Macé, Nick Didkovsky, trois manières de renouveler l'écriture pour la guitare. L'électro-dub de Kalylivedub referme l'émission avant une pause (reprise de l'émission dimanche 20 avril).
Imagho : Banquise (piste1, 5' 02)
Bienvenue (p.3, 2' 52)
Mercure (p.4, 4' 50)
Meth (p.11, 2' 40)
The endurance (p.14, 5' 17), extraits de Inside looking out(We are unique records, 2008), deuxième cd "Rythm/Treble, 1998-2008)
Pierre-Yves Macé : Second mouvement pour guitare électrique (p.2, 15' 58), extrait de Circulations(Sub rosa, 2005) Voir l'article de la semaine dernière et, pour avoir une idée du concert qui s'est déroulé à Reims jeudi 3 avril, la vidéo très bien faite qui alterne entretien avec Jean-Yves et fragments d'oeuvres en direct.
Nick Didkovsky : Fall (p.6, 7' 54)
Seltzer session II (p.7, 7' 26)
I cheer Pet Eater (p.8, 5' 12)
Trades (p.9, 1' 20)
Calm (p.10, 5' 39), extraits de Ice cream time(New world records, 2007)
Kalylivedub : Silent moment (p.6, 5' 12)
See no sense (p.9, 5' 25), extraits de Fragments(Pias, 2008)
Au fond des sombres forêts, revêtue d'une chemise de nuit blanche, elle attend le Monstre : il a promis de
venir. Comme il tarde, qu'elle ne sait plus très bien ce qui l'emporte, du froid qui la saisit, de la peur ou du plaisir, elle prend sa guitare et chante. Sa petite voix acide monte dans l'air
glacé de la vaste nuit. Tout écoute et se tait. Non loin, le Monstre s'est arrêté, retient ses grognements et son haleine pestilentielle. Couché sur le dos, il laisse les étoiles le transpercer
de leurs couteaux transparents, lui ôter son lourd pelage galeux. Les chansons s'inscrivent dans son cerveau de brute. Sidéré, il se lève, et voilà qu'il s'envole, laissant sur les herbes
aplaties son ancienne dépouille.Elle, c'est Billie Lindhall, une jeune suédoise d'à peine vingt ans. Lui, c'est l'auditeur moyen, transporté par ses chansons évidentes, lumineuses. Transparent knives est son premier album, succédant à un quatre titres d'ailleurs inclus dans ce premier grand opus. C'est sorti en octobre 2007, et j'ai failli le manquer ! Douze chansons folk à la douceur angélique, à la tendre mélancolie un peu voilée. Un miracle diaphane qui ravira tous ceux qui ont aimé le disque de Nancy Elizabeth (cf. article du 30 novembre 2007). Billie Lindhall troque parfois sa guitare contre un dulcimer ou des cordes, tandis que son producteur, Jörgen Wall, intervient pour quelques parties d'orgue ou de claviers, dans les choeurs aussi. C'est si simple, le bonheur !
Pour l'écouter et la voir :
- le site MySpace de Billie Libdhall. Je place ci-dessous une vidéo du splendide premier titre, Sheets.
Programme du dimanche 23 mars 2008 (deuxième partie)
Promise and the Monster : Sheets (piste 1, 3' 34)
Antarktis (p.5, 3' 46)
Light reflecting papers (p.9, 3' 19), extraits de Transparent knives(Imperial Recordings, 2007)
Gong Gong : A pas feutrés (p.9, 5' 25)
Birds in books (p.11, 4' 14), extraits de Mary's spring(F Communications/ PIAS, 2008)

Faisant suite à On stage (cf. article du 19 mars 2007), ce cinquième
opus, Fragments, confirme la mâturité d'un groupe majeur de la scène dub française. On retrouve la puissance rythmique
des compositions, le son épais et dense, volontiers sombre et dramatique, la fièvre d'ambiances saturées, mais aussi des climats lentement déployés . Magnetic dust, le quatrième titre, est ainsi un voyage hypnotique dans un mystérieux paysage intergalactique
peuplé de voix étranges, de vagues de claviers parasités et, vers la fin, de nappes de cordes inattendues. Le groupe navigue
entre rock industriel et reggae, musique expérimentale et effervescence psychédélique. Uzul Prod, projet initié par Stéphane Bernard aka Uzul (l'un de nos cinq compères, l'homme
des machines) ou Dalëk ne sont pas éloignés de ce soleil noir sidérant, qui revendique parmi ses influences Amon Tobin, Portishead ou encore
Massive Attack.
Quand on l'interroge sur ses goûts, Pierre-Yves Macé mentionne ausi bien Gavin
Bryars, Steve Reich, du côté des minimalistes, que Brian Eno, Harold Budd, pour l'ambiance calme des textures acoustiques et
synthétiques, ou encore des expérimentateurs iconoclastes comme John Cage, Alvin Curran, ou le guitariste rock Fred Frith, l'incroyable groupe
de post-rock progressif (je viens d'inventer une catégorie !)This Heat. Pas étonnant que Pierre-Yves Macé se retrouve sur Inactuelles... Né en 1980, le compositeur a
trois disques à son actif. Circulations est le second, paru chez Sub Rosa en 2005. C'est une longue pièce en quatre mouvements qui mettent chacun un instrument en concurrence
avec une bande magnétique. Les percussions, la guitare électrique, la harpe et la clarinette dialoguent avec un environnement électro-acoustique dans lequel on retrouve un échantillonnage de
l'instrument enregistré, traité et modifié, selon un principe de redoublement : se créent ainsi des circulations, des courants, des jeux d'écho, dans une grande mobilité et une impression
d'improvisation réjouissante. Ici, tout est sous le signe de la fluidité, du passage, de la création permanente, avec des surgissements miraculeux, des sources douces au milieu de chaos, des
frémissements et des battements, des convulsions et des tendresses fragiles, de l'assourdissant et de l'imperceptible. Plus on écoute ce disque, plus on l'aime pour son inventivité, ses
beautés fulgurantes et imprévues, et pour tout dire sa liberté souveraine hors des sentiers tracés, à la recherche de la musique prête à sourdre à chaque seconde. Circulations est un
disque essentiel pour découvrir la musique d'aujourd'hui et pour échapper à l'abrutissement et au formatage.Pour aller plus loin :
- Kalylivedub sur MySpace.
- le site du compositeur.
- Pierre-Yves Macé sur MySpace.
- un entretien vidéo avec Pierre-Yves Macé, qui sera à Reims jeudi 3 avril à 19h 30 au Centre Saint-Exupéry, dans le cadre d'une soirée Live Electronics organisée par Césaré, Centre national de la création musicale.
------------------------------------------------------
Programme de l'émission du dimanche 23 mars 2008
Kalylivedub : Broken atom (piste 2, 5' 03)
The Crumb (p.3, 5' 38)
Magnetic dust (p.4, 5' 40), extraits de Fragments(Pias, 2008)
Pierre-Yves Macé : Premier mouvement, pour percussion et bande magnétique (p.1, 14' 45), extrait de Circulations(Sub Rosa, 2005)


