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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 16:03
Krotz Struder - 15 Dickinson songs

   Y a-t-il ce qu'on appelle un « Jour » ?

   Julien Grandjean met en musique les poètes qu'il aime : Henri Michaux, Robert Walser, Fernando Pessoa, Heinrich von Kleist, Hölderlin, etc. Depuis quatorze ans ! Et je n'en savais rien ! Jamais entendu parler. Ainsi va la poésie aujourd'hui, souterraine. Souveraine pourtant lorsqu'on la débusque, qu'on la sort de la mine, soudain les diamants dans leur gangue commencent à briller, attendent d'être polis, sertis.

    Sous le pseudonyme rocailleux de Krotz Struder, il travaille comme un orfèvre la poésie brute d'Emily Dickinson (1830 - 1886), la recluse d'Amherst (Massachusetts), poétesse à peu près ignorée de son vivant, dont on découvrit l'essentiel des quelques mille huit-cent poèmes après sa mort dans un coffre fermé à clé. Chacun des quinze poèmes choisis devient une chanson, dont la durée assez brève varie entre une minute vingt et trois minute quarante-six, juste le temps de sertir le poème - rarement plus de quelques strophes - entre une courte introduction instrumentale et une répétition ou une coda. Voix, guitare acoustique ou électrique, clavier, chœurs : rien de plus, la simplicité au service de la poésie. S'agit-il de folk, de pop ? Question oiseuse ! Chaque chanson est un modeste combat pour mettre en valeur les textes d'Emily. Krotz Struder se situe dans la lignée d'un Georges Brassens, d'un Guy Béart, de ces artisans qui font vibrer les mots avec leur seule voix accompagnée de très peu. Ce dépouillement n'est pas pauvreté, il est hommage rendu à une poésie qui, surtout chez Emily Dickinson, est d'autant plus intense qu'elle est allusive, abrupte, découpée par ces tirets longs qu'on trouve partout comme des trouées par où descend l'inspiration fugace et fulgurante dans son mystère.

   Que l'album s'ouvre par le poème titré "The Foreigner" (les titres ne sont pas de la poétesse) n'est évidemment pas un hasard de la part d'un artiste qui se sent sans doute aussi étranger dans son siècle que la poétesse d'Amherst dans le sien.

Where every bird is bold to go
And bees abashless play,

The foreigner before he knocks
Must thrust the tears away.

Où chaque oiseau est fier d'aller
Où les abeilles jouent sans contrainte,
L'étranger avant de frapper
Doit réprimer ses larmes

   J'imagine qu'il adhère sans réserve aux mots de "Beauty" :

Beauty crowds me till I die
Beauty mercy have on me
But if I expire today
Let it be in sight of thee —

La Beauté m'assiège jusqu'à la mort
Beauté aies pitié de moi
Mais si j'expire aujourd'hui
Que ce soit sous tes yeux –

   On n'oubliera pas le magnifique "The Spot", avec son envoûtante introduction à deux guitares (?), qui a un petit côté Leonard Cohen, jusque dans la voix d'ailleurs : 

I never saw a Moor —
I never saw the Sea —
Yet know I how the Heather looks
And what a Wave must be.

I never spoke with God
Nor visited in Heaven —
Yet certain am I of the spot
As if the Charts were given —

Je n'ai jamais vu de Lande –
Je n'ai jamais vu la Mer –
Pourtant je sais à quoi ressemble la Bruyère
Et ce qu'est une Vague.

Je n'ai jamais parlé à Dieu
Ni visité le Ciel –
Pourtant je suis aussi sûre du lieu
Que si j'en avais la Carte –

   Krotz Struder réussit le tour de force d'illuminer par un accompagnement "hawaïen" ou hyper mélodieux des textes d'inspiration apocalyptique comme "The Ruin" ou "The Cap of Lead", ou à traiter de manière presque légère - j'ai pensé à "Avalanche" de Leonard Cohen, encore lui, en beaucoup moins dramatique, plus anecdotique, le mot n'étant pas ici péjoratif -  " The Thought before", pourtant marqué du spectre de la folie qui guette :

I felt a Cleavage in my Mind —
As if my Brain had split —
I tried to match it— Seam by Seam —
But could not make them fit.

The thought behind, I strove to join
Unto the thought before —
But Sequence ravelled out of reach
Like Balls — upon a Floor.

J'ai senti un accroc dans mon esprit -
Comme si mon cerveau s'était déchiré -
J'ai tenté de faire - Reprise sur Reprise -
Mais les pièces ne s'ajustaient pas.

J'ai lutté pour enchaîner une pensée
À la pensée suivante -
Mais j'ai perdu le Fil qui s'est emmêlé
Comme des Pelotes - Sur le sol.

"Red cravat" est traité comme un blues désabusé, prononcé du bout « de mes lèvres de granit ». "The Western Mystery" a la grâce alanguie d'une ballade chantée par un admirateur à demi ailleurs, qui n'en revient pas de ce qu'il voit. Car le disque est pris entre une noirceur et un émerveillement, les deux pôles de la poésie d'Emily, éternelle chercheuse d'un paradis improbable, à portée de regard qui sait, mais dont l'image est toujours concurrencée par des visions d'effroi. D'où l'incrédulité peut-être faussement détachée de "The little Pilgrim" :

Will there really be a “Morning”?
Is there such a thing as “Day”?
Could I see it from the mountains
If I were as tall as they?

Has it feet like Water lilies?
Has it feathers like a Bird?
Is it brought from famous countries
Of which I have never heard?

Oh some Scholar! Oh some Sailor!
Oh some Wise Men from the skies!
Please to tell a little Pilgrim
Where the place called “Morning” lies!

 

Y aura-t-i pour de vrai un « matin » ?
Y a-t-il ce qu'on appelle un « Jour » ?
Pourrais-je le voir des montagnes
Si j'étais aussi haute qu'elles ?

A-t-il des pieds comme les Nénuphars ?
Des plumes comme un Oiseau ?
Nous vient-il de pays fabuleux
Dont je n'ai jamais entendu parlé ?

Oh, un Savant ! Oh, un Marin !
Oh, un Sage venu des cieux !
Qu'il dise à une petite Pèlerine
Où se trouve le lieu nommé « matin » !

   Les choses ne sont pas comme elles devraient être : « Le ciel est bas, les nuages maigres », ce serait du Baudelaire, un coup de spleen, mais Emily ne désespère pas. En dépit des mauvais signes, elle ne cesse de célébrer la nature, son message, avec une candeur que rend fort bien Krotz Struder par son phrasé à peine mélancolique, sa distanciation, comme si tout cela nous parvenait de très loin, d'un autre monde, en témoigne le poème "The Letter" :

This is my letter to the world,
That never wrote to me, —
The simple news that Nature told,
With tender majesty.
Her message is committed
To hands I cannot see ;
For love of her, sweet countrymen,
Judge tenderly of me !

Voici ma lettre au Monde
Qui ne M'a jamais écrit -
Les simples Nouvelles que la Nature disait -
Avec une tendre Majesté
Son Message est confié
À des Mains que je ne vois pas -
Pour l'amour d'Elle - Doux - compatriotes
Jugez-Moi avec - tendresse

   Un disque qui fait du bien, qui réchauffe, parce qu'il nous parle, de nous, du monde, je veux dire du fond du monde, de ce monde lavé par les crépuscules, de ce monde à la beauté étrange, irréelle, « Nuit après Nuit son trafic pourpre / Jonche le débarcadère de ballots d'Opale » ("The Westerne Mystery"),  ce monde que le monde qui se prétend monde, le monde médiatique, ne voit plus jamais, dirait-on.

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Paru en septembre 2016 sur le label Wild Silence / 3 titres / 64 minutes environ

Pour aller plus loin :

- l'album en écoute (et à acheter, édition limitée) sur la page bandcamp :

- les traductions ci-dessus sont dues à Patrick Reumaux. On les trouvera dans :

Emily Dickinson, Le Paradis est au choix (Paradise is of the option), Librairie Élisabeth Brunet - Rouen, 1998 (repris aux Éditions Points, 2007, sous le titre "Emily Dickinson, Lieu-dit l'éternité, poèmes choisis, traduits et présentés par Patrick Reumaux). On trouve une autre traduction dans la collection Poésie / Gallimard, sous un autre très beau titre "Car l'adieu, c'est la nuit..."

 

Programme de l'émission du lundi 28 novembre 2016

Illuha : The Relationship of Gravity to the persistance of Sound (p. 3, 12'45), extrait de Akari (12k, 2014)

Grande forme :

* David Colohan / Richard Moult : A moorland shrine (p. 1, 21'34), extrait de Branded by Constellations (Fluid audio, 2015)

Michel Banabila / Rutger Zuydervelt : Macrocosms / Prey  (p. 5 - 6, 8'45), extraits de Macrocosms (Tapu Records, 2016)

Chris Brown : 13-11-8-6 (p.5, 9'20), extrait de Six Primes (New World Music, 2016)

Programme de l'émission du lundi 5 décembre 2016

Krotz Struder : The Spot / Beauty / The Western Mystery (p. 6 - 4 -11, 8'), extraits de 15 Dickinson Songs (Wild Silence, 2016)

Alexander Kandov : Olivine (Pisces) / Interlude II / Amethyst (Aries) / Chrysophas (Taurus) (p. 4 à 7, 14'), extraits de Crystals of the Zodiac (Etcetera, 1991)

Chris Brown : 13-6-5-4 / 7-6-5-4 (p.3 - 4, 16'), extrait de Six Primes (New World Music, 2016)

Anne-James Chaton / Thurston Moore / Andy Moor : Tout ce que je sais / Clair Obscur (p. 1 - 2, 12'), extraits de Heretics (Unsounds, 2016)

22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 16:11
Illuha (1) - Interstices

   Le japonais Tomoyoshi Date et l'artiste sonore américain Corey Fuller (dont la famille s'est installée au Japon depuis 1983) se sont rencontrés en 2006. Après Shizuku, premier album de leur duo ILLUHA enregistré dans une vieille église, sorti en 2011, Interstices, sorti en 2013 sur le même label 12K, nous propose trois longues plages méditatives enregistrées en direct, "Interstices II" et "Interstices III" au temple Yougenji de Tokyo, "Interstices I (Seiyal)" dans la boîte de nuit Forest Limit, toujours à Tokyo.

   Leur musique est une savante alchimie entre captations sonores diverses et instruments. "Insterstices II", premier titre sur l'album, étire ses presque vingt-quatre minutes dans une atmosphère de grande sérénité. Née dans un nuage de frottements, une mélodie se construit, sans se presser, nourrie de soupirs entre les notes. Cordes pincées de cithare ou de koto plutôt, orgue à bouche peut-être qui laisse onduler ses notes en arrière-plan, un soupçon de guitare, synthétiseurs, créent une trame flottante, miroitante, pointillée de craquements. On se laisse porter par le flux, queue de comète animée d'une vie minuscule et prodigieuse, qui s'éteint autour de dix minutes avant de renaître avec le piano pour une seconde partie à la mélancolie feutrée, vite habitée, habillée de scintillements harmoniques, de vents sonores très doux. C'est splendide. Les notes se suspendent au silence, résonnent, se répondent...

   "Interstices I (Seiyal)" file les notes, relève davantage de la musique ambiante au premier abord. La trame aérée, translucide, se densifie, tout en grappillages qui servent de fond au poème dit par Tadahito Ichinoseki. Puis la pièce monte en intensité, constituée de longues nappes sonores de synthétiseurs entre lesquelles dansent de courts motifs. Le lent retour à l'apaisement termine cette pièce qui n'est pas sans beauté, mais manque de véritable originalité.

   L'inspiration est là pour "Interstices III", la plus longue plage avec ses plus de vingt-six minutes. Dès le début on plane très haut, du Harold Budd décanté, sublimé, croisé avec du Christina Vantzou. Oiseaux stratosphériques, atmosphère extatique d'imperceptibles girations et dérives au gré de quelques notes d'un piano brumeux perdu dans les couches lumineuses et douces des synthétiseurs. C'est le déploiement majestueux d'un vol de grues en migration dans la nuit qui vient, le chant lointain et solennel de la beauté en allée, la lente incarnation du monde levant dans les multiples sons se déposant dans les interstices de l'hymne immense.

   Une très belle découverte !

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Paru en 2013 sur le label 12k / 3 titres / 64 minutes environ

Pour aller plus loin :

- l'album en écoute (et à acheter, édition limitée à 500 copies) sur la page bandcamp :

Programme de l'émission du lundi 14 novembre 2016

Florent Ghys : Tuesday noon around 12:21 (Piste 7,  5, 58'), extrait de bonjour (Cantaloupe Music, 2016)

Michel Banabila / Rutger Zuydervelt : Kaleidoscope / Stokjes / Upwards (p. 1 à 3, 13'30), extrait de Macrocosms (Tapu Records, 2016)

Matt Christensen : Honeymoons / Sometimes (p. 1 - 2, 15'10), extraits de Honeymoons (Miasmah, 2016)

Illuha : Vertical Staves of Line Drawings And Pointillism (p. 2, 12'11), extrait de Akari (12k, 2014)

Douwe Eisenga : Piano concerto (mvt 2) (pour deux pianos (p. 4, 8'28), extrait de Piano Files II (2016)

Programme de l'émission du lundi 21 novembre 2016

Grandes formes :

* Douwe Eisenga : Piano concerto (mvt 2 & 3) (pour deux pianos (p. 4 - 5, 19'30), extraits de Piano Files II (2016)

* Illuha : Interstices II (p. 1, 24'), extrait de Interstices (12k, 2013)

Krotz Struder : Red cravat / Western mystery / The Little Pilgrim (p. 10 à 12, 8'), extraits de 15 Dickinson Songs (Wild Silence, 2016)

 

8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 17:29
Douwe Eisenga - The Piano Files II

La musique du bonheur  

   Le compositeur néerlandais Douwe Eisenga nous gâte en ce moment. Après le très beau Simon Songs, le piano reste à l'honneur avec ses Piano Files II, son compatriote Jeroen van Veen toujours au clavier.

   Les Chants d'automne (titre en français) qui ouvrent l'album sont les dignes successeurs des Chants estivaux du Piano Files de 2009. Écrits pour quatre pianos, tous sous les doigts de Jeroen, ils nous entraînent irrésistiblement dans leurs mélodies tournoyantes, leurs éclats sereins et clairs. C'est une averse belle de notes vives, une folie joyeuse, comme une course dans les champs baignés de soleil, tantôt ralentie par une saine fatigue, tantôt prise d'accès de fougue incandescente. On ne s'arrête jamais, sauf une fois, épuisés de bonheur, avec une reprise toute en quasi sourdine d'une délicatesse élégiaque, et l'on se laisse aller dans une apesanteur rêveuse, doucement carillonnante. Magnifique !

   Kick, version pour deux pianos, commence par une introduction presque mystérieuse, le deuxième piano répondant comme par brèves monosyllabes décalées aux boucles obstinées et contournées du premier, puis le dialogue se fait plus égal. La marche se poursuit, tranquille, avant un bref silence et une reprise en accéléré. La pièce est une exploration brillante de motifs entrelacés typique d'un minimalisme que Douwe préfère nommer "maximalisme", puisqu'il tire le maximum d'un matériau limité, mais plus mélodique que dans le minimalisme et emprunte d'un rythme volontiers effréné, que je rattache aux musiques foraines, aux manèges, d'autant que "kick" signifie "ruade". La seconde partie de ces seize minutes est absolument éblouissante, d'une étincelante puissance, c'est tout juste si la coda nous laisse souffler.

   La suite nous propose une version pour deux pianos de son concerto de piano, en trois mouvements : plutôt vif, lent, puis animé et énergique. Le premier mouvement va caracolant à un rythme métronomique comme une machine bien huilée, avec de beaux aperçus contrapuntiques. Le second chemine doucement, câlin, dans des médiums ponctués de quelques aigus et d'un zeste de graves, d'où son aspect velouté, chatoyant, comme une draperie légèrement agitée par la brise, mais d'une grâce pudique de jeune fille dansant, à peine ondulante, avant de se lancer sans frein dans la joie du mouvement vers la fin, puis de revenir à sa retenue et de s'immobiliser. Le troisième mouvement propose d'abord la chevauchée exquise de deux cavaliers qui virevoltent, font des entrechats : rien d'appuyé, c'est d'une légèreté aérienne, puis le ton se fait plus grave, le morceau monte en puissance, la cadence devient obstinée, les variations serrées. Pièce diabolique, martelée avec une précision, une élégance incroyables. Et quel souffle, quelle jubilation dans ces ajours sertis de lumière, de la dentelle pianistique qui nous enserre dans ses rets pour notre plus grand plaisir !

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Paru en 2016 / 5 titres / 59 minutes environ / Disponible sur le site du compositeur seulement sous forme de fichiers compressés (hélas !), ce qui en dit long peut-être sur la diffusion difficile de beaucoup de musiques, à moins que ce ne soit un choix de la part du compositeur...

Pour aller plus loin :

- la page du site de Douwe Eisenga consacrée au disque.

- une mise en oreille sur soundcloud :

Programme de l'émission du lundi 7 novembre 2016

Florent Ghys : Monday morning /Thursday morning (Pistes. 5 - 6, 15'), extraits de bonjour (Cantaloupe Music, 2016)

Krotz Struder : Cap of lead / The Thought before (p. 8 - 9, 6'20), extraits de 15 Dickinson Songs (Wild Silence, 2016)

Grandes formes :

* Douwe Eisenga : Kick (pour deux pianos (p. 2, 16'10), extrait de Piano Files II (2016)

* Illuha : Diagrams of The Physical Interpretation of Resonance (p. 1, 17'14), extrait de Akari (12k, 2014)

1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 15:20
Florent Ghys - Bonjour

   Contrebassiste et compositeur, le bordelais Florent Ghys a choisi de s'expatrier pour trouver enfin une maison de disque et un milieu musical réceptif à ses créations. C'est très logiquement qu'il a trouvé sa place chez Cantaloupe Music, le label de David Lang, Michael Gordon et Julia Wolfe, les fondateurs du Bang On A Can All-Stars. En effet, sa musique réfère autant au post-mimalisme qu'à un rock indépendant voire au jazz. Comme les trois américains, il crée une musique intense où la part acoustique reste forte, ancrée dans une instrumentation à base de cordes, mais avec percussion ou encore guitare électrique. Il est temps qu'il rejoigne bien d'autres musiciens que je défends, l'ayant repéré (grâce à Timewind) avant son départ pour les États-Unis pour des compositions magistrales dont je n'ai jamais rendu compte dans ces colonnes, allez savoir pourquoi.

   Avec Bonjour, il signe son quatrième disque sur Cantaloupe. Deux contrebassistes (dont lui, bien sûr), une violoncelliste, un guitariste et un percussionniste forment un orchestre de chambre restreint, chaque instrumentiste donnant aussi de la voix. Le disque a été enregistré en direct.

  La guitare électrique ouvre" Friday 3PM", le premier titre, avec quelques notes piquées en boucle, vite rejointe par le chœur puis les autres instruments dans une sorte de canon brouillé. La parenté avec l'univers de David Lang me semble toujours aussi patente : même patient constructivisme, même élaboration d'une pâte sonore de plus en plus dense passant comme par-dessus de menus déraillements, se tissant de réitérations en réitérations toujours plus lancinante, envoûtante. Avec des sonorités presque crues, à vif, nous entraînant jusqu'au bout du souffle des voix. "Wednesday" couple violoncelle et voix en courtes virgules répétées, sur lesquelles les autres instruments tissent un contrepoint capricieux et savant. On est proche du halètement, dans quelque chose de très sensuel, que la guitare suspend avant que la(les) contrebasse(s) ne s'en mêlent. Tout repart avec une rythmique brute, et chaque fois c'est la guitare qui casse la dynamique et la relance pour revenir au motif initial, avec une belle montée en puissance pour transcender la petite sauvagerie de chambre ! On s'accorde, on souffle à peine, c'est "Thursday afternoon", très rock au début dans son déhanchement, puis ça s'épaissit, on est dans un mouvement langien, la musique lève, se fait majestueuse dans ses glissandis. C'est parti, du grand Florent Ghys, le magnifique "Sunday", un abandon langoureux, beaux sons, une sérénité, une chaleur. La pièce procède par petites unités retouchées, fondues, prolongées, qui donnent naissance à des climats heureux. On entend des touches cristallines qui ponctuent l'avancée vers les hauteurs diaphanes. Froissement rapide des cordes sourdes, c'est "Monday Morning", puis silence, le violoncelle dialogue avec la guitare, l'atmosphère est ouatée, mystérieuse. On s'étire dans le murmure de voix multipliées, le mélodica pianote entre les cordes qui recommencent à frémir tandis qu'un battement grave de contrebasse s'amplifie, efface tout, puis le chant des instruments reprend, facétieux et animé,  pour se terminer dans une micro tempête échevelée, grinçante. "Thursday morning" semble plus élégiaque, mais tout autant fantasque en fait, il bavarde familièrement, c'est sans doute la pièce la plus proche du jazz, avec son allure improvisée. Sauf que les voix de retour brouillent les pistes, nous ramènent à vendredi, au premier titre. On s'aperçoit ainsi de l'aspect cyclique de l'album, plus concerté qu'il n'y paraît, capable en quelques mesures de passer certaines frontières musicales, la fin de ce "Thursday morning" fleurant bon une musique de chambre de bon aloi. Avec le dernier titre, "Tuesday noon around 12:21", il serait aussi bien minuit dans cette fantasmagorie tournoyante des cordes alanguies picorées de pizzicati. Le temps s'est arrêté, tourne en rond...

   Un album à déguster avant de vous perdre avec délices dans les méandres de compositions antérieures de Florent Ghys comme son Hommage à Benoît Mandelbrot (2011) ou GPS40 de 2010, dont vous trouverez la présentation sur son site (voir ci-dessous).

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Paru en 2016 sur le label Cantaloupe Music / 7 titres / 50 minutes environ

Pour aller plus loin :

- le site de Florent Ghys

- l'album en écoute (et à acheter) sur la page bandcamp :

- "Sunday" en direct :

24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 10:11
Larry Polansky - Three Pieces for two pianos

   Cofondateur du collectif de compositeurs Frog Peak Music (qui comprend notamment Alvin Curran, Kyle Gann, Michael Byron, des compositeurs importants encore trop peu connus, présents sur ce blog) guitariste, mandoliniste et compositeur, enseignant en Californie, Larry Polansky allie algorithmes et chansons populaires américaines. Il a joué avec le guitariste Nick Didkovsky, chanté, publié aussi bien de la musique chorale, de chambre que des pièces pour piano ou électroacoustiques.

   Comme parfois, je ne rivaliserai pas avec le livret, érudit et technique, de Michael Winter. D'ailleurs, au diable la technique, les mathématiques, puisque ce qui compte c'est le résultat pour l'oreille, l'agrément que la musique est censée apporter à l'auditeur. Ce qui compte, c'est que la pièce éponyme (2006 - 2007), en quatre parties pour plus de trente-trois minutes, est un monument de la musique pour piano d'aujourd'hui. La pièce commence presque timidement, note à note, puis le second piano répond, vient se nicher en contrepoint d'une ligne au lyrisme limpide, méditatif, le mouvement s'accélère dans une sorte de ronde, le calme revient, une ligne monte, monte à nouveau, entourée de diffractions, d'éclats transcendantaux pour ainsi dire, retour au calme et lente remontée sourde dans un clapotis d'aigus. Superbe début post-lisztien avec une coda intériorisée. La deuxième partie s'ouvre quelque part entre Federico Mompou et Claude Debussy, raffinée, de plus en plus retenue dans sa mélancolie distinguée, émaillée de quelques dissonances. L'interlude qui suit reprend les matériaux du début précédent, matériaux qu'il allège de leur poids mélancolique. Avec la troisième partie, la plus longue, les quatre mains se lancent dans un curieux canon comme si quatre motifs à la Morton Feldman se croisaient, s'enchevêtraient, se chevauchaient. À mesure que s'étoffent et se diversifient les motifs,  se constitue un continuum diapré, micro fracturé, sous tendu par une ligne de basse profonde, tantôt calme, tantôt s'agitant jusqu'à créer des tourbillons ébouriffants. La pièce s'avance dans des vagues toujours plus hautes de médiums sur ce lit de graves, accompagnées d'une pluie erratique d'aigus carillonnants comme de fines gouttelettes vaporisées sous une vive lumière : c'est absolument magnifique et réjouissant, avec une conclusion en forme de descente chromatique irréelle.

   Avec "Old Paint" (2010, pour un seul piano), Larry Polansky retravaille une chanson traditionnelle de cow-boy, "I Ride an Old Paint" en flirtant avec l'atonalité : sur et autour de la ligne fluide de piano, la voix de Larry égrène les paroles, tandis que diverses percussions ponctuent la mélodie. C'est délicieusement improbable, ravissant. Les cinq "k-toods", fondées sur des mutations morphologiques, sont des pièces extrêmement vives, qui font un peu songer aux études de Conlon Nancarrow par leur virtuosité, leur polyrythmie proliférante, leur caractère endiablé pour tout dire, ce qui n'exclut pas de beaux passages rêveurs, ni un évident humour comme dans la quatrième, "baby pictures", espiègle, virevoltante, puis interrompue par des jurons, repartant comme une folle pour s'arrêter narquoisement à plusieurs reprises avant de s'emballer de plus belle. Un délice pianistique ! Ce petit cycle se conclut par une pièce moqueuse, tout en éclats rieurs, en arpèges étincelants.

   Les deux "Dismission" qui terminent le disque sont deux petits hymnes discrets pour un seul piano : rythme lent, avec de brefs mouvements vifs, comme des célébrations émues au bord du silence.

   Un disque remarquable pour découvrir l'un des grands compositeurs de notre temps.

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Paru en 2016 sur le label New World Records / 12 titres / 60 minutes environ

Pour aller plus loin :

- la page consacrée au disque sur le label : on peut y écouter des échantillons.

Programme de l'émission du lundi 26 septembre 2016 (oubliée...)

James Mc Vinnie ( musique : Nico Muhly ) : breaming Music / Fast Cycles (Pistes 13 et 12, 13'30), extraits de Cycles (Bedroom Community, 2013)

Richard Moult : Gone to ground / Mesonycticon /  (p. 4 - 5, 11'30), extraits de Aonaran (Wild Silence, 2013)

Midori Hirano : By the window / Night Traveling (p. 1 - 2, 8'), extraits de Minor Planet ( sonic Pieces, 2016)

Michel Banabila : Deep Space Mix (p. 7, 9'29), extrait de Earth Visitor (Tapu records, 2016)

Philip Glass : Notes on a scandal / Music in fifths (p. 16 - 17, 10'30), extraits de Glassworlds 4 / On love (Grand Piano / Naxos, 2016)

Programme de l'émission du lundi 17 octobre 2016

Florent Ghys : Thursday Afternoon / Sunday (p. 3 - 4, 15'20), extraits de bonjour (Cantaloupe Music, 2016)

Richard Moult : Rodorlihtung Part One and Two (p. 2 - 3, 15'), extraits de Rodorlihtung (For Evil Fruit, 2012)

Larry Polansky : old Paint / Dismission1 & 2 (p. 5 - 11 - 12, 11'10), extraits de Three pieces for two pianos (New world Records, 2016)

Douwe Eisenga : Les Chants d'automne (p. 1, 12'37), extrait de Piano Files II (2016)

15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 12:16
Richard Moult (2) - Rodorlihtung

Les Clairières du ciel

La découverte de l'extraordinaire Aonaran de Richard Moult m'a conduit à m'intéresser à l'ensemble de son œuvre. Je ne suis pas déçu de ma recherche. Rodorlihtung, publié en 2012 sur le label irlandais For Evil Fruit, vaut le détour. Enregistré sur les rivages du Loch Snizort en Écosse, on y retrouve Richard Moult au piano, aux claviers et aux sons enregistrés, avec la participation de Michael Tanner à la guitare à archet sur les titres 1 et 3.

   Ici l'on respire, le piano coule de source, soutenu par des claviers fluides. Musique atmosphérique, musique limpide et belle, tranquille et forte, tout entière sous-tendue par le mystère des lieux. Le disque est en trois mouvements de durée croissante. Après une brève introduction lyrique, la partie deux est déjà plus introspective, comme emprunte de timidité. Le piano devient harpe tissant le firmament, faisant surgir de soudaines étoiles tandis que la mer gronde, que les vagues déferlent dans le noir. C'est une splendeur océanique enveloppée de rêve, l'immersion sacrée dans la matière primordiale. Tout glisse d'évidence, tout se tait alentour de cette respectueuse exploration. Des expressions rimbaldiennes me viennent, du Bateau ivre : « infusé d'astres et lactescent », c'est le poème de la mer, en effet. Dans la troisième partie, le piano avance précautionneusement, escalade d'invisibles nuages, s'ouate d'harmoniques et de réverbérations. On n'entre pas si vite dans le temple. La musique se courbe, se tait, se fait grave, insistante, puis éclate en gerbes puissantes, magnifiques de lourdeur, tel un torrent longtemps pressé trouve l'issue. Beaux débordements, lentes retombées, et ces départs à nouveau vers d'autres rivages plus lointains, cette marche toujours recommencée aux bords du sublime dans l'extinction de tout, la montée imprévue d'une écume sourde. Cette musique est élémentaire, elle vit, elle frémit, écoute au creux des vagues les prémices de ce qui vient nous ennoblir si nous sommes attentifs. La musique de Richard Moult est authentiquement mystique, tendue vers l'au-delà, mais un au-delà déjà là, irradiant le monde. Aussi la douceur s'y fait-elle confondante, suite d'éclaboussures en crescendo dans la montée hallucinée du piano dans les aigus, vers l'inaudible et les oiseaux de rivages inconnus.

   Trente-cinq minutes seulement ? Elles suffisent pour cet album majeur. Richard Moult fait partie de ces guetteurs dont nous avons besoin pour oublier la laideur répandue dans les médias.

Le titre, me direz-vous ? Je ne vois guère comme comme traduction (rien sur les pages liées à Richard), que « Les clairières du ciel ». Parfait, en ce qui me concerne...

   La couverture est une peinture de Richard Moult intitulée Mactalla.

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Paru en 2012 sur le label For Evil Fruit / 3 titres / 35 minutes environ

Pour aller plus loin :

- le disque en écoute et en vente (seulement sous format numérique) sur bandcamp :

11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 14:51
Midori Hirano - Minor Planet

   Née à Kyoto, Midori Hirano a étudié le piano dès le plus jeune âge. Elle a quitté le Japon pour Berlin où elle réside actuellement. Après avoir signé des musiques pour des films, des vidéos ou des spectacles de danse ainsi que plusieurs albums entre 2006 et aujourd'hui, elle sort sur le label berlinois sonic pieces son premier disque, Minor Planet.

   La particularité de ses compositions est sa manière d'enrober les notes de piano d'un halo de sons électroniques et de terrain, créant une atmosphère veloutée, légèrement trouble. Dès "By the window", le monde semble perçu à travers une fenêtre embuée : la musique flotte au gré des douces ondulations des bribes mélodiques développées en boucles sur un fond chatoyant de claviers. L'effet s'intensifie sur "Night Travelling" : épais brouillard, piano plus lointain qui semble se dématérialiser, se fondre dans un nuage de sons eux-mêmes très irréels. On songe alors à certaines compositions d'Harold Budd. On marche doucement sur les traces des "Rabbits in the path" du titre suivant. La terre est meuble, tout pourrait peut-être s'effondrer tant les terriers s'entrecroisent sous nos pieds. Ne sont-ils pas, ces lapins, en train de danser pataudement dans la poussière qui monte au détour du chemin, là, enfin là plutôt, car on ne discerne que de vagues contours ? "Two Kites" est hanté par des sons erratiques en avant du piano cotonneux dont les accents se réduisent à de courtes phrases mélodiques brisées, revenant inlassablement à un point de départ s'éloignant. La pièce se termine avec le mystère de pas, de déplacements à peine audibles. Nous sommes loin d'ici. Comment ne pas penser pour ce curieux voyage aux films de Kiyochi Kurosawa ? Nous étions au pays des fantômes, des esprits, tout près du nôtre, mais irrémédiablement à côté.

   Le ton change avec "She Was There". La musique s'est rapprochée. Nous y sommes, sur cette planète mineure. Les couches électroniques se croisent, pulsent fort, accompagnées de déchirures intenses, d'orages magnétiques. "Haiyuki" voit le bref retour du piano, porte-parole des esprits de l'autre monde, cette fois serti dans une électronique vive qui l'efface et que viennent ponctuer une énigmatique ponctuation grave, puis des picotements en rafales irrégulières, des sons éclatant dans l'espace. Indéniablement un excellent titre ! Mais "Rolling Moon" est tout aussi réussi, témoigne d'une belle maîtrise des matériaux électroniques. Sur un continuum, les textures se boursouflent, germent, créant un univers sonore absolument fascinant en perpétuelle métamorphose. C'est d'une grande beauté, avec quatre minutes hypnotiques, envoûtantes, pour finir cet album... que certains trouveront un peu court.

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Paru en septembre 2016 chez sonic pieces / 7 titres / 35 minutes. Attention, édition limitée de 350 cds disponibles seulement sur le site de sonic pieces.

Pour aller plus loin :

- le disque disponible et en écoute partielle (quatre premiers titres) sur bandcamp :

Programme de l'émission du lundi 3 octobre 2016

Florent Ghys : Friday 3PM / Wednesday (Pistes 1 & 2, 13'30), extraits de Bonjour (Cantaloupe Music, 2016)

Grande forme :

* Richard Moult : Rodorlihtung Part three (p. 3, 20'14), extrait de Rodorlihtung (For Evil Fruit, 2012)

Krotz Struder : The Foreigner / Wandreing is done / The one, the other / Beauty (p. 1 à 4, 8'), extraits de 15 Dickinson Songs (Wild Silence, 2016)

Chris Brown : 13-11-8-6 (p.5, 9'20), extrait de Six Primes (New World Music, 2016)

Programme de l'émission du lundi 10 octobre 2016

Angélique Ionatos : Début du monde / Optimisme (Et si l'arbre brûle) (p. 4 - 5, 9'20), extraits de Reste la lumière (Ici d'ailleurs, 2015)

Krotz Struder : The Deathless Tree / The Spot / The Ruin (p. 5 à 7, 7'10), extraits de 15 Dickinson Songs (Wild Silence, 2016)

Grande forme :

* Larry Polansky : three pieces for two pianos (p. 1 à 4, 33'41), extraits de Three pieces for two pianos (New world Records, 2016)

Mendelson : Comment a-t-il osé ? (p. 6, 3'05), extrait de L'avenir est devant (Ici d'Ailleurs, 2016 réédition du disque de 1997)

27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 17:34
Nicolas Horvath à la Philharmonie de Paris

   Passionnés de piano et admirateurs de Philip Glass, réservez votre Nuit blanche de samedi, car le pianiste Nicolas Horvath, régulièrement présent dans ces colonnes, interprètera dans l'ordre chronologique de composition la totalité de l'œuvre pour piano du compositeur américain. Le concert commencera à 19 heures. Il doit durer douze heures, sans interruption : nouvelle performance et expérience de transe pour ce pianiste habitué aux concerts fleuves.

    Cela vous effraie ? Lui ne bougera pas de son piano, c'est sûr, pas même pour aller aux toilettes comme à l'accoutumée (il s'entraîne spécialement, jeûnant et s'abstenant de boire le temps qu'il faut pour ne pas être dérangé pendant le concert). Vous, vous pourrez aller et venir, discrètement bien sûr, vous assoupir ou dormir à certains moments, c'est à votre guise...

   Voici le programme :

  • Intégrale de l'oeuvre pour piano de Philip Glass
  • 19h00: Sonatina n° 2, 600 Lines, How Now, Two Pages, Music in Fifths
  • 21h00: Music in Contrary Motion, Einstein on the Beach Suite, Improvisation, A Secret Solo, North Star & Victor’s Lament, Modern Love Waltz, Satyagraha :acte III Conclusion, Mad Rush
  • Glassworks: Opening & Closing, The Late Great Johnny Ace: Coda, Koyaanisqatsi: Prophecies, Akhnaten: Dance (acte III sc.3), Mishima: Closing
  • 23h00: The Olympian: Lighting of the Torch, Wichita Vortex Sutra, Powaqqatsi: New Cities & Anthem, The Thin Blue Line, Metamorphosis 1-5, The Screens: Night on the Balcony & More
  • Anima Mundi: Living Waters, A Brief History of Time, Orphée Suite
  • 01h00: Candyman Suite, La Belle et la Bête Suite, Etudes 1, 2, 3, 4, 5, 9 et 10, Jenipapo no 14, Now So Long After That Time (étude 6), Monsters of Grace: Epilogue, Etudes 7, 1, 8
  • The Truman Show: Truman sleeps
  • 03h00: Dracula, Naqoyqatsi: Prologue & Primacy of Number, The Fog of War, The Hours, Dreaming Awake, Metamorphosis 2 newer version
  • 05h00: Piano Concerto no 2, Secret Window end credits, NeverWas Set, Etude 11, A Musical Portrait of Chuck Close (etudes 12 & 13), The Illusionist, Notes on a Scandal
  • No Reservations Combine, Sound of Silence, Etudes 14,15,16,17,18,19,20, Dreaming Awake (version révisée)

Ce programme comprend un certain nombre de premières mondiales, pour lesquelles Nicolas Horvath a réussi à avoir les autorisations. Les voici :

Sonatina n°2 (premiere mondiale)
Improvisation (premiere nationale)
A Secret Solo (premiere mondiale)
North Star (premiere mondiale)
North Star : Victor's lament (premiere mondiale)
Coda from The Late, Great Johnny Ace (premiere mondiale)
Koyaanisqatsi : Prophecies (premiere mondiale)
Powaqqatsi : New Cities (premiere mondiale)
Powaqqatsi : Anthem (premiere mondiale)
Thin Blue Line (premiere nationale)
Anima Mundi (premiere nationale)
Anima Mundi : Living water (premiere nationale)
Candyman – Suite (premiere nationale)
La Belle et la Bete – Suite (premiere mondiale)
Naqoyqatsi : Prologue (premiere mondiale)
Naqoyqatsi : Primacy of Number (premiere mondiale)
Piano Concerto 2 for solo piano. (premiere mondiale, il n’a été donné qu’en mouvements séparés pour le moment)
Secret Window End Credits (premiere mondiale)
Paul's Simon - Sound of Silence (premiere nationale)
Dreaming Awake version revisée (premiere mondiale)

Laissons au pianiste le soin de présenter sa soirée, la vôtre...

 

Quant à moi ? Trop pris par mes obligations professionnelles, il me faudra dormir pour être en forme.

Retrouvez mes articles consacrés aux premières parutions de l'intégrale Philip Glass parues chez Grand Piano / Naxos :

- Glassworlds 1

- Glassworlds 2

- Glassworlds 3

Nicolas, lors d'une autre nuit blanche, le 6 octobre 2012, au Collège des Bernardins, interprète Music in Fifths :

20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 17:05
Richard Moult - Aonaran

   La Musique des solitudes oubliées

   Compositeur, peintre et poète, l'anglais Richard Moult, à côté de multiples collaborations, poursuit une carrière solo loin du bruit et du monde, puisant son inspiration dans les contrées sauvages et isolées de l'ouest de l'Écosse (sans doute le paysage de la photographie de couverture, prise par le musicien) et des îles Hébrides en particulier. Je le découvre avec ce Aonaran (qui signifie "Solitaire" en gaëlique écossais), sorti en octobre 2013 sur le label Wild Silence, label de Before I was Invisible de Rainier Lericolais et Susan Matthews. Cinq pièces, alternant compositions instrumentales de petites dimensions et chansons folkloriques (au sens large, et noble du terme), avec au centre une pièce monumentale. Le tout croise traditions et modernité électronique, musique ambiante et contemporaine néo-classique.

   "Rionnag Bheag" est une courte évocation instrumentale : harpe et électronique dessinent un paysage calme, intense et aéré, traversé d'éclats de lumière, posant comme le cadre d'un mystère intemporel. "Heartsease" commence au piano, un piano aux amples résonances, puis c'est la belle voix grave et vibrante de David Colohan : que voilà une superbe ballade élégiaque !

   Le vent se lève ; la harpe, le piano émergent des brumes, un dulcimer puis le piano se joignent aux frémissements : c'est "Rionnag Mór", vaste poème quasi symphonique aux mouvements de houle, alternance de vifs miroitements et de calmes contemplatifs. Le hautbois vient surplomber le flux irisé de son liant boisé. C'est une pièce extraordinaire, majestueuse, comme on en entend peu, celle d'un véritable inspiré qui nous invite à un voyage en apesanteur au-dessus de paysages grandioses parsemés de bouillonnantes mares magiques. Rarement on a à ce point l'impression d'être confronté avec la pureté originelle du monde : c'est un retour aux sources, aux forces natives, que les accents minimalistes de certaines boucles brûlantes servent à merveille. On est peu à peu immergé dans une matière fusionnelle, radieuse, à pleurer tellement c'est beau, sublime. Avec des ralentissements extatiques, des éclaboussures exquises de piano, des soubresauts graves...et la montée tellurique de la fin, prodigieux soulèvements de mondes inconnus, avant une courte coda mystérieuse !

   "Gone to ground", deuxième chanson de l'album, toujours avec la voix de David Colohan, déploie sa complainte mélodieuse venue du fond des âges, enchantée par une électronique qui n'est pas sans évoquer des sons de cornemuse, étranges et comme dépaysés quand les ombres s'agrandissent...Le disque se termine avec une pièce instrumentale dominée par le piano, "Mesonycticon", nom d'un vieux chant romain de l'Office de minuit au moment de Noël. Pièce grave, au lyrisme sombre et pourtant lumineux par ses montées chromatiques, ses échappées méditatives délicates, que ponctuent in fine quelques vagues électroniques.

    Un disque magistral, sublime, rare : un des chocs de ces dernières années, qui confirme l'excellence du label discret créé par Delphine Dora, Wild Silence.

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Paru en 2013 chez Wild Silence / 5 titres / 44 minutes.

Pour aller plus loin :

- le disque disponible et en écoute sur bandcamp :

Programme de l'émission du lundi 12 septembre 2016

Rainier Lericolais & Susan Matthews : Truth past the dare (Piste 2, 12'05), extrait de Before I Was invisible (Wild silence, 2015)

Michel Banabila : What creatures is that / Star trails (p. 3 - 4, 12'30), extraits de Earth Visitor (Tapu Records, 2016)

Norman Westberg : Bunny Hill (p. 2, 10'35), extrait de 13 (Room 40, 2015)

Caleb Burhans : Oh Ye of little faith (p. 5 4, 11'05), extrait de Evensong (Cantaloupe Music, 2013)

Michael Gordon : Rewriting Beethoven's Seventh Symphony part 1 (p. 2, 5'48), extrait de Dystopia  (Cantaloupe Music, 2015)

Programme de l'émission du lundi 19 septembre 2016

Chris Herbert : As blue as your eyes lover / Cinders (p. 1 - 2, 11'), extrait de Constants (Room 40, 2015)

Michael Gordon : Rewriting Beethoven's Seventh Symphony part 2 & 3 (p. 3 - 4, 12'), extraits de Dystopia  (Cantaloupe Music, 2015)

Grande forme :

* Richard Moult : Rionnag Mór / Gone to ground (p. 3 - 4, 29'30), extraits de Aonaran (Wild Silence, 2013)

12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 16:09
Michel Banabila - Earth Visitor

   Compositeur et artiste sonore né en 1961, le néerlandais Michel Banabila a déjà derrrière lui une carrière bien remplie. S'il vient plutôt des musiques expérimentales, électroniques, il multiplie les collaborations avec des artistes de formation plus classique ou liés au jazz, aux musiques du monde. Une alliance étroite entre sons électroniques et acoustiques est au cœur de son travail avec l'altiste Oene van Geel pour Music for viola and electronics et Music for viola and electronics II. Mentionnons aussi ses rencontres fréquentes avec un autre musicien néerlandais présent dans ces colonnes, Rutger Zuydervelt alias Machinefabriek, un des maîtres actuels des musiques électroniques et ambiantes, et l'on aura une petite idée de ce compositeur éclectique et bouillonnant, que je suis loin de suivre d'ailleurs dans toutes ses réalisations, tant sa discographie est prolifique.

    Pour Earth Visitor, Michel Banabila campe une ambiance : Juin, beaucoup de pluie. Il regarde des vidéos de la NASA sur la mission Junon. Le disque viendrait de là. Un côté spatial : la terre vu par un visiteur...

   Un piano mélancolique, brumeux, parasité, c'est le début du premier titre éponyme. Une scène terrestre vue déjà à une certaine distance qui n'exclut pas l'humour, les discrets miaulements du chat de Michel participant de la bande sonore qui vire vers une certaine étrangeté, comme en témoigne une voix tordue. Un souffle envahit cette atmosphère feutrée, on sent qu'on bascule, qu'on s'éloigne encore des familiarités humaines. Nous rentrons dans l'infini royaume des musiques ambiantes, d'où nous parviennent les "Distorted Messages" du titre deux, torsade trouble de sons divers, d'instruments embués, de voix méconnaissables devenues des traînées-écho d'un monde sauvage et fascinant. Titre vraiment très beau ! "What creatures is that" accentue la dimension spatiale du disque, presque visuelle : des vaisseaux traversent l'espace, majestueusement. Pulsations, battements, respirations étranges, comme dans un roman ou un film de science-fiction. Il n'y a plus que des trajectoires, des ondes voyageuses aux résonances multiples, puis des froissements, puis rien. "Star Trails" retrouve le piano, amplifié, dialoguant avec un synthétiseur, des cordes lointaines telles des sirènes : c'est un chant solennel, un hymne lent, prélude à "The Situation Room", courte pièce dramatique qui serait très à sa place dans un film d'angoisse, même si elle est illuminée  par une poussée lyrique somptueuse. Dans ce contexte, on attendait l'invasion, voilà les étrangers par excellence , "We are the aliens" est une jungle sonore étouffante et pourtant séduisante, ensorceleuse. Le septième titre est présenté comme une reprise, un mixage de l'espace profond, "Deep spca Mix". On pense aux odyssées électroniques de Brian Eno, en un peu plus bruitiste, plus accidenté aussi, hanté par une guitare perdue, ou deux même : dérive et fière déréliction dans une circulation sidérante d'astronefs étincelants, de roches brutes avant que de sombres tourmentes ne provoquent de secrets naufrages et que ne resurgisse un piano halluciné redevenu quasi clavecin d'exo-planètes improbables.

    Un très bel album d'électro ambiante parfaitement maîtrisé. Les acquéreurs de l'album numérique se régaleront de surcroît avec un immense remix en direct du festival de Valkhof qui flirte avec une techno ravageuse, et une curieuse bande annonce abyssale, fantomatique.

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Paru en juin 2016 chez Tapu Records / 3 titres / 47 minutes.

Pour aller plus loin :

- le site personnel de Michel Banabila

- le disque disponible et en écoute sur bandcamp :

- une vidéo à partir de "We are the aliens" :

Programme de l'émission du lundi 5 septembre 2016

Caleb Burhans : Super flumina Babylonis ( Piste 4, 9'21), extrait de Evensong (Cantaloupe Music, 2013)

Michel Banabila : Earth Visitor / Distorted Messages (p. 1 -2, 12'), extraits de Earth Visitor (Tapu Records, 2016)

Grande forme :

* Rainier Lericolais & Susan Matthews : The Healers Art (p. 1, 25'31), extrait de Before I Was invisible (Wild silence, 2015)

Maninkari : titre 2 (5'25), extrait de L'Océan rêve dans sa loisiveté (Three Four Records, 2014)