Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
N.B Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

Recherche

Publicités imposées !

Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 14:17
Alvin Curran / John Adams - Illuminations musicales

Nouvelle publication d'un article paru le 13 septembre 2008, remanié.

Des Canti Illuminati à Light over water

Quatrième album d'Alvin Curran, sorti en 1982 chez Fore, Canti Illuminati a été heureusement republié en 2002 chez  Fringesrecordings, label italien dont le site Internet ne fonctionne malheureusement pas. Deux morceaux autour de vingt-cinq minutes chacun constituent cette oeuvre extraordinaire, ce long voyage rimbaldien dans la mer des sonsL'album s'ouvre d'ailleurs sur l'évocation d'un univers maritime, avec des cornes de brume. Embarquement pour le pays de la voix reine, dérivante et délirante, parfois voix de gorge à la David Hykes ou à la Terry Riley. La voix d'Alvin, en solo ou démultipliée, tisse une nappe ondulante dans laquelle le synthétiseur ainsi que divers échantillons  viennent se couler pour nous entraîner dans la musique illuminée. Des nuées de voix viennent à la surface agitée par les pulsations électroniques, dans un mouvement puissant et caressant. C'est un hymne à la vie toujours renaissante, qui brasse et intègre tous les éléments : on y entend même brièvement  le père d'Alvin chanter à l'âge de 75 ans une chanson yiddish à l'occasion d'une réunion familiale. L'électronique ici devient humaine, est un processus au service de la voix vivante. Incarnée, elle magnifie le surgissement miraculeux des sons, la jeunesse rayonnante d'une oeuvre qui, si elle appartient à l'évidence à la mouvance psychédélique, n'a rien perdu aujourd'hui de son souverain naturel. La musique est toujours authentiquement pour Alvin une aventure dans laquelle on se jette à corps perdu, un viatique qui transporte et transfigure celui qui s'y abandonne. Loin des écoles et des sectarismes, elle est à la fois individuelle, composée et interprétée par le seul Alvin (voix, synthétiseur, piano et bande magnétique), et universelle comme peut l'être un raga acoustico-électronique. Aussi est-elle un classique, dans le sens de plus noble du terme, sans âge, dans sa beauté improvisée au bord du temps. Un disque indispensable. Merci encore, Alvin.
Prolongements
- le
site d'Alvin Curran, sur lequel vous trouverez un (trop) court échantillon des Canti,dans la section "Listen".
- un extrait des Canti Illuminati :

Alvin Curran / John Adams - Illuminations musicales

   L'année suivante, en 1983, John Adams - en même temps que Shaker Loops en 1987 chez New Albion Records - publie Light over water, une symphonie pour cuivre et synthétiseurs, une de ses meilleures compositions. On y retrouve l'influence de Steve Reich, transfigurée par une écriture à la fois légère et ciselée des textures sonores.

   Les vidéos sont illustrées par des œuvres du peintre russe Vladimir Kush (né en 1965).

 

 

15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 17:22
Moinho - Elastikanimal

Douces et discrètes musiques...

   Moinho, mot portugais signifiant "moulin", est le nom du projet du pianiste Franck Marquehosse. Après son premier album Baltika sorti en 2012, il nous propose Elastikanimal, titre énigmatique a priori, qui renvoie, nous dit-on, au personnage du roman d'Édith Azam, Du pop corn dans la tête. Le piano est parfois ici accompagné d'un quatuor à cordes, ou épaulé voire remplacé par le vibraphone ou le marimba de Stéphane Garin. C'est peut-être le piano, l'animal élastique du titre. Les mélodies sont dépouillées, volontiers un peu répétitives. Rien de démonstratif. Voilà une musique intimiste qui se situe dans "l'entre-deux", dans "Les Lointains", sans effet, sans électronique. Comme un retour aux sources limpides du lyrisme. On pense en l'écoutant à des pianistes comme l'américain Dustin O'Halloran sur Vorleben ou Lumiere, ou l'allemand Nils Frahm. Pourquoi la musique devrait-elle nous abrutir, nous submerger de décibels, d'électricité ? Pourquoi devrait-elle se faire bruit ? Le piano de Moinho est parfois comme amorti, assourdi, il vient de l'intérieur. Nous avons besoin aussi de douceur, nous avons terriblement besoin de douceur. De simplicité aussi. On a envie de se laisser porter par des mélodies que certains trouveront trop évidentes, à tort. "Elastikanimal" double le piano par le vibraphone ou le marimba, d'où un petit côté reichien qu'apprécieront tous les admirateurs de Steve. Ce qui compte, c'est l'émotion, et elle est là, à chaque ponctuation de ce phrasé qui n'est pas sans évoquer les ondulations minimalistes. Justement, le titre huit s'intitule "Les Ondes". Il s'abandonne aux cordes suaves, divinement mélancoliques, de cette mélancolie qui, loin de nous déprimer, exalte notre sensibilité, nous réapprend la majesté tranquille de la beauté. "Cairn" revient à un friselis pianistique délicat, prolongé par les cordes langoureuses, qui suspendent l'attention au beau milieu de la composition avant de développer des variations plus fortes, plus prenantes, comme la promesse d'un disque à venir après les staccato finaux. Envoûtant, ce dernier titre !

   Savourons ces instants arrachés à la fureur de nos sociétés trépidantes.

-----------------------

Paru en 2017 chez 1631 Recordings  (parution numérique) / 9 titres / 43'

Pour aller plus loin :

- le disque en écoute et disponible sur bandcamp :

- "Cairn" en écoute ci-dessous :

Programme de l'émission du lundi 8 mai 2017

Son Lux : Prologue / Break / Weapons (Pistes 1 à 3, 8'40), extraits de At War With Walls and Mazes (anticon, 2008)

Carl Craig : Theo Parrish - Falling up / Psyche - From beyond / paperclip People - Throw (cd1 / P. 8 - 10 - 5, 19'), extraits de Sessions (!K7 Records, 2008)

Emanuele Errante : leaving the nowhere / counterclockwise (p. 1 - 3, 13'40), extraits de time elapsing handheld (Karaoke kalk, 2011)

Richard Skelton : Grey-back (cd1 / p. 7, 14'41), extraits de Verse of Birds (Corbel Stone Press, 2012)

Published by Dionys
commenter cet article
5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 12:06
Richard Skelton - Verse of Birds / Véarsa Éan

  Je ne sais pas si j'ai un cœur de lion, mais les Richard m'attirent dans leur orbite. Après la découverte majeure de Richard Moult, c'est au tour de Richard Skelton de s'imposer à mes oreilles. Originaire du Lancashire, cet anglais vit actuellement sur la côte ouest de l'Irlande. Comme Richard Moult, c'est un musicien enraciné dans des paysages naturels sauvages d'une grande beauté, particulièrement les landes de la chaîne des Pennines. Il a commencé à composer de la musique après la mort de sa femme Louise en 2004. Ce travail de deuil, d'une certaine manière, a pris des dimensions considérables : sous plusieurs pseudonymes en plus de son propre nom pour d'innombrables albums, tant sous forme physique que sous forme de téléchargement. Je commence seulement à aborder ce continent sonore, découvert à la faveur d'une vidéo sur YouTube. On le rapproche régulièrement de Brian Eno, pour la dimension ambiante de son œuvre, et d'Arvo Pärt pour son atmosphère de religiosité ardente et désolée. De fait, par-delà les rapprochements, il vaut pour lui-même, ayant bâti un univers singulier, beau et puissant.

En ce non-lieu très sûr et très vertigineux   

   Conçu du printemps 2010 à l'hiver 2011, Verse of Birds (et Véarsa Éan en irlandais, titre du disque 2), qu'on peut traduire par Vers d'oiseaux, ou Versets d'oiseaux (plus heureux en français !), a été enregistré sur la côte ouest de l'Irlande. À l'origine, le disque est conçu comme l'accompagnement sonore des textes du recueil The Flowered rocks, publié chez Corbel stone Press comme le disque, recueil que je n'ai pas encore lu. Le premier titre, "Vessel", installe une brume sonore tissée de harpe (?), guitare et cordes entrelacées indissociables d'un arrière-plan de retraitements électroniques. C'est une écume épaisse surgie de la mer sur laquelle glisse le vaisseau, une écume immémoriale, frémissante. Il n'y a pas de rivage, seulement ce chevauchement âpre sur les collines des vagues. "Calm bearer" est un concert de plaintes écorchées, soulèvements de cordes dans un chœur en canon perpétuel à la lancinante beauté. On retrouve la harpe, ou plutôt le dulcimer, sur "Bond that Does not break". Chaque pièce est un poème sonore composé de variations agencées en boucles, ce qui n'est pas sans faire penser au minimalisme, mais ici l'ampleur des variations se fait symphonique. "Bond that Does not Break" le dit à sa manière : le lien ne casse pas, lie la chaîne harmonique qui, pour être traversée de surgissements incessants, ne dévie pas de son cours, de son rythme océanique. Des courants nous portent vers le promontoire, "Promontory", incantation dans les aigus aiguisés, les raclements, quelque chose d'énorme nous aspire, sauvage. Quelle musique grandiose, à la splendeur farouche ! Et la mer nous reprend, rude et fière, le dulcimer imperturbable campé sur la houle profonde et le chant des violons comme l'envol de milliers d'oiseaux, entendu peut-être depuis les chambres étroites du navire, "The Narrow Rooms" du titre. Arrivé là, je craque, littéralement happé par l'hymne à la mer qu'est "Of The Sea", où l'on croit entendre dans chaque vague la plainte des goélands. Plus de huit minutes trente, mais cela pourrait durer toute l'éternité. Horizon infini de pleine mer, infinis tournoiements qui ligotent le Temps, le densifient pour qu'il rende l'âme une bonne fois pour toute. Majestueux requiem d'un hors-temps à l'indestructible sérénité par-delà les aléas et les frimas. Le premier disque se termine avec "Grey-back", plus de quatorze minutes d'une respiration abyssale, spectrale, comme si tous les instruments étaient voilés. Cette pièce d'une mélancolie désolée me fait penser à "As Long as I can Hold my Breath", deuxième partie de l'album Avallon Sutra de Harold Budd, en plus implacablement sépulcral. Extraordinaire, en tout cas !

   (En écoute le titre 6 du disque 1)

   Le deuxième disque s'ouvre avec "Ascend", dialogue lancinant entre un clavier égrenant ses notes avec un calme royal et un violon à l'arrière-plan tout en griffures vives et désordonnées. Peu à peu, l'intervalle entre les deux interlocuteurs se comble d'un vêtement instrumental de plus en plus dense. C'est un long envol majestueux, fastueux, souligné par de mystérieuses cymbales lorsque les oiseaux s'éloignent et disparaissent. "Little knives" suit sans transition silencieuse. Sommes-nous dans un nuage de volatiles en partance ? La musique frémit comme de multiples ailes, soudain transfigurée par ce qui ressemble à l'irruption de vagues de moog. Myriade de stridences, de cris perçants enveloppés d'une aura symphonique proprement fabuleuse. Cette musique transporte, c'est la vie reconquise, fulgurante, qui nous laisse sur une plage, un peu égarés, ravis, dans une atmosphère nébuleuse à la Tangerine Dream, celle des premiers albums. "A Kill" a des allures de raga, lente méditation à la guitare sur fond de bourdons instrumentaux qui évoquent les cornemuses. De quelle mise à mort ou meurtre s'agit-il ? Le morceau garde son mystère, se clôt sur des des gerbes de cymbales énigmatiques, et voici "Véarsa Éan", piano lumineux et cordes inextricables, l'aube d'un ailleurs absolu, de l'autre côté du monde, des manifestations. La musique se fait efflorescence prodigieuse, éclosions multiples, foisonements de beautés éphémères, avant de se résorber dans le brouillard des cymbales rituelles. On croyait avoir atteint les sommets musicaux, mais "Domain", avec plus de dix-huit minutes, recule encore les limites de la beauté. Houles courbes de cordes, soulèvements rauques de voix, tout un moutonnement orchestral, un cercle de mugissements et de stridences éparses, comme un chaudron immense dans lequel se préparerait la suprême potion, au creux des creux, la pluie lustrale venue d'en bas laver tous nos tourments s'éploie, scandée par les battements d'une mer farouche, se diffuse dans les glissendi et les tournoiements râpeux de violoncelles comme autant de phoques pleureurs. Revient alors la grande harpe éolienne dans le jaillissement des vents brefs et des écumes radieuses, apaisantes.

   Une splendeur absolue, terrassante !

[ Mon titre est emprunté à Saint-John Perse, Oiseaux, XI.]

------------------------

Paru en 2012 chez Corbel Stone Press / 2 cds,  7 + 5 titres / 1 h 47'

Pour aller plus loin :

- le site personnel du compositeur.

- "Little Knives" en écoute :

Programme de l'émission du lundi 3 avril 2017

Pascal Holtzer : Running jack / Cassie and the Red forest / The Drummer's kitchen (Pistes 2 à 4, 10'20), extraits de Rebel Camp (2007)

Jack White : Sugar never tasted so-good / Apple blossom / We're going to be friends / You've got her in your pocket (Disque 1 / p. 1 - 2 - 5 - 6, 11'20), extraits de Acoustic Recordings 1998 - 2016 (Thirdman Records / XL Recordings, 2016)

Moon ate the dark : Messy Hearts (p.6, 9'10), extrait du disque sans titre (sonic pieces, 2012)

Pantha du Prince : The Winter Hymn / Chasing Vapour Trails (p. 1 & 5, 14'46), extraits de The Triad (Rough Trade, 2016)

Melaine Dalibert : en abyme (p. 2, 10'01), extrait de Quatre pièces pour piano (2015)

Programme de l'émission du lundi 24 avril 2017

Pantha du Prince : Lions love / Islands in the sky (p. 8 & 9, 13'20), extraits de The Triad (Rough Trade, 2016)

Le Ciel brûle :

* Fennesz - Daniell - Buck : Unüberwindbare Wände / Heat from Light (p. 1 & 2, 18'), extraits de Knoxville (Thrill Jeckey Records, 2010)

Richard Skelton : The Narrow Rooms / Of the Sea (p. 5 & 6, 15'30), extraits de Verse of Birds (Corbel Stone Press, 2012)

Balmorhea : Remembrance (p.5, 5'49), extrait de All is mild, all is silent (Western Vinyl, 2009)

Mendelson : Les peuples / Soulèvement / La nausée (p. 1 à 3, 13'30), extraits de

Michael Harrrison / Maya Beiser  : Genesis (p. 1, 8'02), extrait de  Time Loops (Cantaloupe Music, 2012)

L'Intégrale :

Dan Joseph : Set of Four (2008) (p. 1 à 4, 27'), extrait de Electroacoustic Works (XI Records, 2017)

 

28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 14:46
Brian Eno - Reflection

   Reflection est sorti le premier janvier 2017. Eno y renoue avec la musique ambiante pure, délaissant la voie des hybridations sonores frayée par The Ship voici moins d'un an. On est dans la lignée de Lux (2012), mais avec une seule plage de cinquante-quatre minutes. Si la musique est entièrement synthétique, elle n'est pas sans évoquer des instruments traditionnels comme les gongs, cloches ou clochettes. Le principe de base de la composition est de laisser jouer les résonances des percussions électroniques tout en leur superposant des nappes de synthétiseurs. Ces résonances sont amplifiées, étendues, distordues ; elles se mélangent lorsque des grappes percussives éclatent, tout en interférant avec les matériaux continus. On connaît le discours d'Eno sur sa propre musique, qui serait là pour se faire oublier, qui n'exigerait pas notre attention. Moi, je veux bien, mais cette musique s'impose à l'attention. Je suis en train de l'écouter au casque, pas à plein volume, car j'ai même dû le baisser. Cette musique enveloppe l'auditeur par ses vagues puissantes, ses ondulations qui s'insinuent partout dans notre corps, dans notre cerveau. Tout le spectre sonore est utilisé, des graves les plus profonds aux aigus les plus fins. C'est une musique vibratoire qui émeut, au sens étymologique de mettre en mouvement, qui enfonce en nous ses flèches harmonieuses, qui décoche soudain des explosions dans nos cavités intérieures. Nous ne sommes plus que des corps résonnants, nous aussi, tant elle remplit l'espace, le saturant de ses multiples couches intriquées. Aussi, loin d'être une simple musique d'ameublement que l'on pourrait oublier, elle est au contraire le mobilier sonore de notre vide insoupçonné. En ce sens, elle est la musique idéale de notre vacuité, donc parfaite musique de méditation. Aussi est-elle par nature potentiellement infinie, non pas parce qu'elle se répèterait, mais parce qu'elle est infiniment variée, à la fois prévisible et imprévisible dans le même mouvement, vie surgissante, ondoyante, fluctuante, réfléchie. Musique de réflexion, dans les deux sens du mot en français : elle se génère elle-même à l'intérieur du cerveau-système programmé par le compositeur minutieux tout en permettant à l'auditeur une réflexion sur lui-même ou mieux, en l'aidant à une suspension de la réflexion, comme mise en apesanteur par la véritable dissolution des lignes mélodiques opérée par la prééminence des vibrations, des harmoniques, par la disparition de toute tension vers une fin et donc l'actualisation permanente d'un présent auto-suffisant, à proprement parler rayonnant. Cette musique est ambiante parce qu'elle circule autour, environne, mais quoi ? Ne riez pas, il me semble que dans notre vacuité elle éveille ce que les Hindous appellent la kundalini, l'énergie spirituelle, cosmique. C'est sans doute la raison pour laquelle je ne peux m'empêcher d'associer cette pièce aux compositions du pianiste Alain Kremski, surtout lorsqu'il mêle piano et gongs, cloches tibétaines ou bols chantants. Bien sûr, on peut écouter Reflection en faisant la vaisselle ou le ménage, mais ce serait déjà beaucoup mieux en faisant l'amour, ce qui se rapproche le plus au fond de la méditation de délivrance du "je". Sur la pochette, Eno semble se dissoudre, image giacomettienne d'une disparition en cours : le moi devient une ombre, se fond dans l'image renvoyée par le miroir. Ce disque est une invitation à s'ouvrir sur l'infini, à se dissoudre dans le Soi, à jamais, pour toujours, dans un océan de beauté.

   MAGISTRAL !

------------------------

Paru en 2017 sur le label Warp records / 54' environ

Pour aller plus loin :

- Sur sa page, Brian Eno dit comment il conçoit et vit sa musique. Ajoutons qu'une application pour smartphone permet de découvrir cette musique qu'il appelle « générative »... Quant au livret de six pages du cd, je le trouve très décevant, sans aucun intérêt, c'est vraiment dommage...

- Un extrait de la version pour l'application générative :

Programme de l'émission du lundi 20 mars 2017

Rougge : Fragments 20 et 22 (Pistes 9 & 10, 11'50), extraits de Monochrome (2016)

Julia Kent : Acquario / Tithonos (p. 4 - 5, 7'16), extraits de Green and Grey (2011)

HPRIZM / High priest of APC remix : (p. 7, 4'08)

Squarepusher remix : (p. 8, 9'04), extraits de Timber Remixed (Cantaloupe Music, 2016) de Michael Gordon

May Roosevelt : Outcry (p. 8, 4'37), extrait de Haunted (2011)

Yannis Kyriakides : Music for viola (Disque 1, p.4, 11'50), extrait de Subvoice (Unsounds, 2016)

Oneohtrix Point Never : Explain (p. 10, 6'45), extrait de Replica (Software, 2011)

Programme de l'émission du lundi 20 mars 2017

L'Intégrale :

* Brian Eno : Reflection (piste unique, 54'), extrait de Reflection (Warp Records, 2017)

14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 17:15
Michael Gordon - Timber remixed

   J'avais salué avec enthousiasme la sortie de Timber en 2011 (ici). Ce double album ne mérite pas moins le détour. Outre une excellente version en public de l'œuvre originale par Mantra Percussion sur le cd2, le cd1 nous offre douze remixes inédits, douze relectures, certaines vraiment magnifiques. C'est le cas de la première, par l'islandais Johánn Jóhannsson. Le tapis percussif laisse passer des nappes fluctuantes d'orgue qui semblent l'envelopper, qui le font voyager comme le ferait un tapis volant. Une magistrale envolée ! Le new-yorkais Sam Pluta croise percussion et électronique dans une trame serrée parcourue d'harmoniques, créant une respiration vibratoire hypnotique par ses longues ondulations qui vivent de plus en plus intensément. Deuxième indéniable réussite ! Le canadien Tim Hecker disloque la nappe percussive, agitée de battements puissants, démultipliée dans une véritable galerie des glaces sonore, mais la pièce est trop courte, je trouve, comme souvent chez lui, si bien que l'on se sent un peu frustré, on attend des développements qui ne viennent pas (c'est la raison principale pour laquelle je n'avais pas rendu compte de son dernier opus, Love Streams). Après lui, l'autrichien Fennesz transfigure vraiment la pièce, ça décolle vite et fort, du superbe travail. La réappropriation est brillante, très inattendue, à la fois puissante et rêveuse !! Le musicien expérimental Oneohtrix Point Never cerne les percussions de voix synthétiques, de perturbations sonores, dans un collage comme il les affectionne, un peu foutraques, mais sacrément efficaces, avec un long crescendo final de toute beauté. Le batteur de Deerhoof, Greg Saunier, sature la composition avec ses propres percussions, d'où une courte pièce étrange et folle...non dénuée d'une pointe d'humour, ce qui ne fait pas de mal dans ce parcours ! Avec le titre suivant, je découvre HPRIZM / High Priest of APC, membre fondateur du Antipop Consortium, qui propose une version tribale avec des déhanchements rythmiques, des invasions de claviers. Là aussi une très convaincante relecture, une recomposition passionnante, qui condense au mieux la dimension de transe. Le guitariste de rock Ian Williams joue sur les échos rapprochés, accélérés, ce qui donne un titre presque abstrait dans sa ligne pure. Quant au britannique Tom Jenkinson, alias Squarepusher, il recrée le morceau avec sa guitare et diverses clochettes. On pense à Pantha du Prince et ses très beaux Elements of Light (2013) ou encore Black Noise (2010). Il réussit un moment bucolique très inspiré, traversé de zébrures de synthétiseurs, de sourdes attaques vibratoires. Un des sommets de ce disque ! Installée à New-York depuis 1977, la japonaise Ikue Mori, comme à son habitude, transforme ce qu'elle visite en OVNI sonore : chambre hantée dans laquelle surgissent girations sonores, crépitements, grondements, métallophones peut-être, toute une vie qui fait penser à une toile de Tanguy ou de Miro. Venue de Warp Records, la britannique Mira Calix crée une pièce résonnante, grouillante de facettes translucides, véritable kaléidoscope pour un voyage au pays des merveilles : c'est fragile et cristallin, lumineux, mystérieux ! Superbe ! Ce premier cd se clôt avec le remix de Hauschka, qui noue si l'on peut dire son piano préparé aux percussions initiales pour une sorte de danse qui s'embrase, radieuse, chargée de sons électroniques orchestraux. Magistral ! 

   Un album remarquable, foisonnant !

------------------------

Paru en 2016 sur le label Cantaloupe Music / 2cds / 12 remixes + la version en public de Timber / 69' + 51'

Pour aller plus loin :

- la page consacrée à l'album sur le site de la maison de disque.

- l'album en écoute sur bandcamp :

Programme de l'émission du lundi 6 mars 2017

Hommage à Alain Kremski :

* Alain Kremski : Liturgie (piste 4, 10'57), extrait de Immensité  (Shakevision, 1997)

                                            Rituel de la nuit (p. 2, 9'32), extrait de Vibrations (Auvidis, 1990)

Yannis Kyriakides : Words ans Song without words / Paramyth (Disque 1, p. 1 & 2, 26'), extraits de Subvoice (Unsounds, 2016)

Duane Pitre : Sections IV - V (p. 4 - 5, 13'43), extraits de Feel free (Important Records, 2012)

Programme de l'émission du lundi 13 mars 2017

Hommage à Yannis Kyriakides :

* Yannis Kyriakides : Toponymy (Disque 1, p.3, 12'40), extrait de Subvoice (Unsounds, 2016)

                                                    The Arrest / Floating table (extrait) (p. 1 - , 19'20'), extraits de Dreams (Unsounds, 2012)

Quatuors de notre temps :

* Jefferson Friedman : Quatuor à cordes n°3 (p. 5 à 7, 26'), extrait de Quartets (New Amsterdam Records, 2011)

 

3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 17:52
Richard Moult (3) - Sjóraust

   Troisième album sur le label Second Language, Sjóraust est encore un beau disque improbable, inclassable. Richard Moult nous convie depuis les îles des Hébrides extérieures où il semble s'être détaché du temps commun à mieux écouter la voix de la mer, signification du titre « Sjóraust », amalgame de deux termes de vieux norrois. Lui-même au piano, aux claviers, à l'échantillonneur orchestral, aux percussions, il est accompagné par David Colohan - son collaborateur habituel - à l'autoharpe (sorte de cithare) sur trois titres, par Amanda Ferry à la clarinette sur deux, sans oublier un peu de flûte baroque, du violoncelle par Aaron Marton sur quatre et deux vocalistes occasionnels. L'album se présente comme une suite, chaque titre étant désigné par la mention "Sjóraust" avec son numéro d'ordre.

   À mon sens il s'agit plus encore d'un poème musical en six chants formant un vaste hymne à la mer, présente dès l'introduction à l'autoharpe de la première partie. On l'entend gronder à l'arrière-plan, déferler sur les galets. Cordes frottées, violoncelle rejoignent David Colohan en longues touches, puis une voix féminine lit un extrait de texte de chants gaéliques tirés du recueil Carmina Gaedlica, et c'est la mer à nouveau, des oiseaux. Une étrange sonnerie ouvre le chant II, elle reviendra plus lointaine derrière le piano presque sépulcral pour cette introduction solennelle. Les cordes surgissent en force dans un véritable maëlstrom langoureux qui se résorbe assez vite dans une atmosphère apaisée. Ces deux premières parties sont évidemment des préparations pour la longue pièce trois, plus de treize minutes. Une pièce d'abord d'un grand dépouillement : le piano hésite, la clarinette pose quelques notes aussi. Le rythme est lent, méditatif. Les deux instruments tiennent un dialogue plus serré, comme une marche dans les rochers quand les pieds cherchent des appuis stables, glissent parfois. L'autoharpe leur répond en sourdine. C'est le cheminement d'une ascèse, la recherche de la lumière. Il y a évidemment du mystique chez ce solitaire (aonaran en norrois) de Richard Moult, et parler de folk mystique n'est donc pas faux, mais je vois en lui, au fur et à mesure des écoutes, une sorte de Arvo Pärt celtique. Des chœurs d'hommes et de femmes alternés vont d'ailleurs constituer l'essentiel du matériau de ce III. Qu'il s'agisse probablement de sons produits par un échantillonneur n'enlève rien à la beauté grandiose de ce chant face à la mer, s'élevant et descendant comme les marées. Comment ne pas être saisi par ce face à face hiératique qui pourrait évoquer des tableaux de peintres préraphaélites comme John William Waterhouse ou encore les scènes sublimes peintes par le romantique John Martin ?

   Les deux pièces suivantes sont à leur tour des introductions à la seconde longue pièce, la VI, si bien qu'on peut voir comme deux livres (I - III // IV - VI) dans ce cycle. "Sjóraust IV", qui fait d'abord dialoguer mouettes lointaines criaillantes et piano résonnant, se fait brièvement danse tournoyante et folle. La mer revient avec "Sjóraust V"; un récitant lit ce qui fait d'abord penser à un fragment liturgique, mais, nous dit la pochette, serait un énigmatique texte mathématique (j'avoue ne rien avoir compris)...peu importe, c'est l'ambiance de messe qui compte, et les cordes qui surgissent, ardentes, en vagues courtes, brisées par le silence seulement occupé par la mer toujours en fond, chaque poussée comme un prière fervente, renouvelée, dans l'attente de quelque chose, de cette voix féminine qui vient enfin se fondre dans les cordes comme la corde ultime. "Sjóraust VI" peut alors se déployer après un court introït en gaélique. L'orchestre des vagues et des vents loge en son sein une chanson gaélique traditionnelle interprétée par la chanteuse irlandaise Alison O'Donnell avant de laisser dialoguer le piano, le violoncelle et la flûte baroque. Puis le silence, une clochette, la clarinette, les autres instruments revenus tournent, une vague énorme propulse le tout un niveau plus haut, une autre encore, le lyrisme intense, celui qui soulève et qui palpite pourtant de moments plus doux, plus suaves, qui épouse la mer revenue entre les phrases musicales. L'autoharpe accompagne les derniers moments apaisés de cette pièce à la sombre beauté désolée.

   Peu à peu, Richard Moult élabore une œuvre vraiment singulière, quelque part entre folk mystique et néo-classicisme épuré, servie par des apports électroniques parfaitement fondus dans le tissu musical.

------------------------

Paru en 2016 sur le label Second Language / 6 titres / 40' environ

Pour aller plus loin :

- Mon article consacré à Aonaran (2013 sur Wild Silence, reparu en février 2017 sur bandcamp)

- Mon article consacré à Rodorlihtung (2012)

- la page consacrée à l'album sur le site de la maison de disque

- Sjóraust II en écoute ci-dessous :

Richard Moult (3) - Sjóraust

Programme de l'émission du lundi 27 février 2017

Richard Moult : Gone to ground / Mesonycticon (Pistes 4 -5, 11'20), extraits de Aonaran (Wild Silence, 2013)

Johann Johannson / Michael Gordon : Remix 1 (p. 1, 8'34), extrait de Timber Remixed (Cantaloupe Music, 2016)

Richard Moult : Sjóraust I & II (p. 1 - 2, 5'45), extraits de Sjóraust (Second Language, 2016)

Sam Pluta / Michael Gordon : Remix 2 (p. 2, 8'34), extrait de Timber Remixed (Cantaloupe Music, 2016)

Richard Moult : Sjóraust III & IV (p. 3 - 4, 15'), extraits de Sjóraust (Second Language, 2016)

+ Remix "sauvage" Tim Hecker / Michael Gordon + Richard Moult

Peinture de Richard Moult, reproduite à l'intérieur de la pochette du cd.

Peinture de Richard Moult, reproduite à l'intérieur de la pochette du cd.

16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 20:49
Rougge - Monochrome

   Un grand piano, une voix qui s'envole, prononçant les syllabes d'une langue inconnue. C'est Rougge, artiste nancéien, et c'est son deuxième disque, Monochrome, huit ans après Fragments, sorti en 2007. Il s'agit encore de fragments numérotés sans qu'on sache à quel ordre secret cela renvoie. Peu importe. On est emporté. C'est une promenade qui devient une invocation, une incantation. Le piano insiste, martèle, sonore ou grondant, tandis que la voix de contre-ténor monte, descend, murmure. Quel saisissement ! Comme si la voix détachait des lambeaux d'infini...depuis un ailleurs soudain si proche. La trame mélodique, d'inspiration minimaliste, enveloppe l'auditeur dans un réseau de motifs serrés, volontiers répétés ostinato, d'où l'ambiance vite envoûtante. La voix dérape parfois de sa tessiture pour prendre des accents d'une extraordinaire douceur avant de repartir dans une suavité farouche. Comment ne pas penser à Wim Mertens, notamment dans Maximizing the audience (1988), dans le fabuleux "Whisper me", ou encore à Antony de Antony and the Johnsons ? Mais ces références ne sont que des repères grossiers, il faudrait remonter une longue tradition vocale héritée du Moyen-Âge, des monodies grégoriennes ou de certains hymnes qui ne comportaient que des sons vocalisés... ou encore vers les chants de gorge par exemple. Le chant ne dit rien dans aucune langue : le chant chante, c'est un pur chant, du chant-joie. De fragment en fragment, on dérive au fil des nuances, le temps se dilate dans des ralentis élégiaques suaves ou se contracte dans des passages nerveux et sombres. Nous sommes dans les marges, dans les arrière-mondes de la musique, quelque part où ça se déchire, où notes et vocalises épousent l'émotion. L'étreinte est langoureuse, intense, perd la notion du temps, intemporelle par essence. Et c'est cela qui ravit, l'abandon extrême, la liberté de jouir du son sans se soucier de rien d'autre.

  Qu'on l'habille de cordes, cette voix, dans le dernier fragment, annonce une nouvelle étape, qui se concrétisera par la sortie, début mars, d'un disque réalisé avec un véritable quintette à cordes.

------------------------

Paru en novembre 2015 / 9 titres / 44' environ

Pour aller plus loin :

- l'album en écoute et plus sur bandcamp :

 

 

Programme de l'émission du lundi 13 février 2017

L'Intégrale : (enfin presque...)

Tristan Perich : Surface Image (Piste unique, 63'), extrait de Surface Image (New Amsterdam Records, 2014)

31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 08:00
Vicky Chow (2) - Tristan Perich : Surface Image

   C'est en écrivant mon article consacré à Aorta que j'ai découvert le disque précédent de la pianiste Vicky Chow, consacré à une œuvre de Tristan Perich, jeune compositeur né en 1982, devenu célèbre par ses compositions électroniques n'utilisant jamais plus de 1 bit d'information en même temps. Il a déjà publié deux albums sur le label Cantaloupe Music  : 1-Bit Music en 2007 et 1-Bit Symphony en 2010. Un troisième titré Noise Patterns est sorti sur un autre label en 2016, deux ans après celui qui m'occupe maintenant, Surface Image. Pour situer ce compositeur atypique, je précise que, non content d'avoir reçu des récompenses académiques dans le milieu de la musique électronique, il a été artiste invité au festival Sónar de Barcelone en 2010.

   La rencontre avec la pianiste Vicky Chow l'a conduit à composer pour le piano une œuvre de longue haleine, qui entrelace le flux pianistique avec quarante canaux électroniques à un bit. Il en résulte une pièce très reichienne, tendue par une constante pulsation, d'un minimalisme fascinant de rigueur. Je suis surpris de ne pas trouver dans les présentations la référence à Steve Reich, pourtant pour moi tellement évidente. Bien sûr, Tristan Perich, c'est un Steve Reich de l'ère électronique. Comme chez Steve, les motifs sont inlassablement répétés et variés, avec un jeu d'échos, de décalages, de superpositions qui multiplie les plans, enveloppant l'auditeur dans une tapisserie sonore chatoyante, dynamique, avec des crescendos puissants, de véritables courants. La différence, c'est que les sons électroniques sont d'une incroyable plasticité, changent de texture et de couleur autour du piano, se rapprochant de lui ou s'en éloignant selon les moments ; ils constituent un véritable orchestre, car les quarante haut-parleurs interagissent avec l'acoustique du piano au point de générer l'impression de cordes, de synthétiseurs, d'orgue, selon les passages. Que le lecteur ne s'effraie pas ! Toute cette technologie - je serais incapable de rentrer dans les détails ! - débouche sur une musique vraiment écoutable, d'une incroyable beauté. On sent les sons onduler, on les entend changer au fil de la trame inlassable. La vie ne cesse de sourdre de cette surface harmonieuse, à laquelle les surgissements harmoniques multiples donnent un relief changeant. Surface Image, c'est une vague sans fin, un chant, une ode prodigieuse, capable de recouvrir toutes les laideurs du monde de sa rutilance impétueuse. L'auditeur est happé, immergé (s'il l'écoute vraiment, au casque ou dans de bonnes conditions), ravi. Tout est effacé. Il n'y a plus rien que cette évidence illuminante. L'électronique est au service de la négation de la transcendance, de l'abolition de l'opposition entre surface et profondeur dans la mesure où l'image de surface produite inclut tout ce qui naît en son sein, se veut pure immanence : plus de dualité, un monisme rayonnant.

   Alors ? Oubliez mes divagations philosophiques... Voilà selon moi un chef d'œuvre de la musique du vingt-et-unième siècle, n'ayons pas peur des mots ! Magistralement interprété !

------------------------

Paru en 2014 sur le label New Amsterdam Records / 1 titre / 63'

Pour aller plus loin :

- la page consacrée au disque sur le site de Vicky.

- la composition en écoute (et plus) sur bandcamp ci-dessous :

- Vicky interprète l'œuvre en direct à la Roundhouse de Vancouver :

Programme de l'émission du lundi 30 janvier 2017
May Roosevelt : Oomph  / Vow / Mass extermination (Pistes 2 - 3 - 5, 13'), extraits de Haunted (Autoproduit, 2011)

John Halle : Sphere ['] (p. 5, 9'13)

John King : No Nickel Blues (p. 7, 6'58) interprétés par le quatuor Ethel, extraits de Heavy (Innova Recordings, 2012)

Richard Moult : Apollo Winceleseia (p. 1 à 3, 17'), extraits de Yelpyt (Second Language, 2012)

Jacob Cooper : Clifton Gates (p. 2, 9'13),  interprété par Viky Chow, extrait de Aorta / Music for piano and electronics  (New Amsterdam Records, 2016)