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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 20:36
Il s'appelle Spyros Chronopoulos, cet athénien né en 1980, et fait de la musique depuis 1993, apprend-on sur son très beau site. Déjà le nom me fait rêver : contracté en Spyweirdos, l'espion étrange, dieu des sons, chronophage halluciné par ses études de physique, spécialité acoustique. Quand, par surcroît, il invite deux musiciens de jazz, John Mourjopoulos, aussi professeur d'acoustique à Thessalonique, et Floros Floridis, improvisateur averti, le résultat est totalement dépaysant, renversant. Imaginez. Le disque s'ouvre sur un arrangement  hérétique et flamboyant  d'Epistrophy  de Thelonius Monk, parasité par des échantillons bruitistes et des remontées humides de sous-sol. Ethnic Music cleansing commence par un chant murmuré recouvert par un échantillon d'instruments méconnaissables, avant de laisser la place à des boucles cuivrées puis à un duo jazz piano-contrebasse achevé par la batterie pour relaisser la place au chant initial. Après ces mises en oreille, la porte s'ouvre sur l'inconnu, Spyweirdos investit la Wet house : il y pleut, tout suinte, l'orgue s'insinue dans les coins, vous enveloppe comme de loin, appels de la maison engloutie d'un film de Tarkovski, avec des chevauchements de bandes sonores d'époques révolues qui finissent absorbées par les claviers liquides. At, le quatrième titre, peut alors se déployer, majestueux, orgue et hautbois suave sur un fil rythmique frémissant, piano à l'arrière-plan, le tout ponctué de déchirements puissants de saxophones basses (à vérifier) : impressionnant et inoubliable morceau, d'une densité rare ! Utopia semble revenir au jazz pour jouer en virtuose des changements de vitesse, du ralenti énigmatique du piano au début, rejoint par la basse, le saxophone dans un phrasé miné par  des  aplats mécaniques, aux brusques et courtes accelérations frénétiques qui achèvent de disloquer l'ensemble. En hommage à l'inventeur d'instruments et au compositeur de bandes sons pour dessins animés Raymond Scott, Raymond bound est un joyeux et irrévérencieux compendium de fragments hétéroclites coulés dans une cadence rythmique quasi immobile, menacée d'effilochement, guettée par des poussées mièvres, recouverte in fine par le tintinnabulement d'un troupeau mené par son berger...Arrivé à ce stade, on est prêt à tout, l'alphabet des possibilités a défilé dans un raccourci audacieux, un sens très sûr de l'espace sonore. Les trois musiciens assènent le coup de grâce, The letter after Oméga, géniale synthèse d'une musique ambiante habitée et fascinante, et d'un jazz profond et chaleureux, réduit à son essence, débarrassé de sa tendance au bavardage : boîtes à rythmes, souffles rauques, claviers étagés et parcimonieux au bord du silence. Tout sombre, il n'y a plus rien, puis le morceau caché surgit pour nous happer dans ses strates de lumières obscures, aux découpures rythmiques implacables. Apothéose électronique de toute beauté pour un disque étonnant et remarquablement conçu. 
Paru en avril 2008 chez Ad Noiseam.
Prolongements
- le site Myspace de Spyweirdos.
- le site personnel du musicien.
-une vidéo en public des trois musiciens pour Raymond bound, en décembre 2007 lors du Synch Festival d'Athènes, important festival de musique électronique qui se déroule  dans une usine désaffectée non loin de l'Acropole.
- une autre vidéo, pour la face étrange de Spyweirdos, musique extraite de "Ten Numbers" :



               
19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 20:34
    Après vous avoir présenté deux compositeurs américains radicaux de musique électronique, je vous propose deux anglais plus facilement écoutables. Marconi Union est un duo réunissant Richard Talbot et Jamie Crossley, qui se sont rencontrés à Manchester où ils travaillaient dans un magasin de disques. Comme Richard écrivait de longues pièces de musique ambiante très minimale, Jamie  eut l'idée d'ajouter une instrumentation, et la collaboration déboucha plus de dix-huit mois plus tard sur un premier album, Under Wires and Searchlights, paru en 2003  sur un petit label  indépendant, Ochre Records. Encouragés par le succès d'estime obtenu, ils signent en 2005 sur un label plus prestigieux, All Saints Records, label né en 1991  pour prendre le relais d' Opal   fondé par Brian Eno. Outre Brian, son frère Roger Eno, Jon Hassell et Harold Budd appartiennent à cette écurie des grands compositeurs de la musique ambiante. Une chance donc pour le duo, qui s'inscrit en effet sans heurt dans le catalogue. La musique est moelleuse, distille une mélancolie voilée. Les mélodies se déploient dans une apesanteur prolongée d'échos où guitare et claviers se font discrètement incantatoires par leur jeu très minimal, les boucles étirées. Rien de fracassant, bien sûr, mais un disque fort bien conçu, idéal pour se relaxer, rêver... Ils viennent de sortir un nouveau disque, A Lost Connection, disponible sur leur site. Il n'est pas étonnant de trouver parmi leurs amis Loscil (cf. article du 26 octobre 2007), dont je trouve d'ailleurs la musique plus élaborée et au final plus originale.
     iTALtEK, alias Alan Myson de Brighton, explore d'autres directions, plus risquées. Si l'album  Cyclical, paru en mai de cette année chez Planet Mu Records, est plus inégal que le précédent, il est plus dépaysant, plus fort. Le premier titre éponyme donne le ton avec un dub frémissant, parcouru  de  déchirements synthétiques : un véritable choc, une splendide ouverture, qui annonce un créateur exigeant, personnel. On s'enfonce dans une musique abstraite, désincarnée avec pINS, le titre suivant , avant de revenir avec wHITEmARK à des mélodies caricaturées, lointaines. bLOODLINE  développe des rafales sombres dans un désert carbonisé, ambiance angoissante garantie. Avec tOKYOfREEZE, c'est une deuxième surprise, un morceau tout simplement envoûtant , implacable dans son économie rythmique et son éternel retour de cellules synthétiques. Morceau presque pastoral, sTILLsHORES, agrémenté de cloches, relâche la tension. vERSUS alterne rythmes dub et mystérieuses intrusions de claviers lointains. Sans doute un disque pour insomniaques, plus lyrique qu'il n'en a l'air, comme on peut l'entendre dans le dernier titre, dEEPpOOLS. A suivre.
Pour aller plus loin :
- écouter
Marconi Union.
-écouter
iTALtEK. Sur le site de Planet Mu, on peut écouter et télécharger des MP3 de Cyclical.
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Programme de l'émission du dimanche 14 septembre 2008
Marconi Union : Sleepless (piste 1, 5' 41)
                                    These European Cities (p.2, 7' 10)
                                    Through Glass (p.3, 5' 49), extraits de Distance (All Saints Records, 2005)
Spyweirdos/Mourjopoulos/Floridis : Wet house / Hat (p.3 et 4, 13' 30), extraits de Epistrophy at Utopia (Ad Noiseam, 2008) Article à venir sur ce disque étonnant !
Alvin Curran : Canti illuminati (p.2, 24' 10), extrait de Canti illuminati (Fringesrecordings, 2002)
Kyle Gann : On reading Emerson (p.10, 8' 09), extrait de Private Dances (New Albion Records, 2007)

6 septembre 2008 6 06 /09 /septembre /2008 14:27

  Carl-Stone-2.jpg  Daniel-Menche-2.jpgCarl Stone et Daniel Menche, deux compositeurs américains nés respectivement en 1953 et 1969, sont de vieux routiers de la scène électronique. Carl, le Californien, compose de la musique électro-acoustique depuis les années 70, intervient aussi bien dans son pays qu'en Australie ou, assez régulièrement, au Japon où il écrit pour des chorégraphes, des cinéastes, conçoit des programmes radiophoniques et des installations multimédia. Daniel, originaire de l'Oregon, est l'auteur d'une vingtaine d'albums sur différents labels.

   Unseenworld , label qui se consacre aux rediffusions d'oeuvres d'avant-garde, a republié en février de cette année l'un des tout premiers albums de Carl Stone, Woo Lae Oak, sorti en 1982. Plus de vingt cinq ans plus tard, le disque n'a rien perdu de son étrangeté lancinante. Une seule composition de 54 minutes déploie ses boucles électroniques à partir d'une simple corde frottée produisant un tremolo continu et d'une bouteille jouée en soufflant à l'intérieur. Le résultat n'est pas sans évoquer la musique traditionnelle japonaise avec les sonorités du shakuhachi (la bouteille devient flûte de bambou...) : à écouter assez doucement, on se trouve devant un lac très calme, nimbé de brume, dont la surface reflète parfois le passage des grues. Woo Lae Oak, qui doit son titre à une chaîne de restaurants coréens, dont un est justement installé à Los Angeles, est, à la croisée du dépouillement zen et du minimalisme le plus rigoureux, un témoignage troublant des possibilités d'un usage basique de la bande magnétique.
   Glass Forest, sorti aussi  en février chez Important records, serait le dernier disque compact de Daniel Menche, qui dit ne plus publier dorénavant que des vinyles ou des DVDs. Trois morceaux, trois plongées de vingt minutes à l'intérieur d'un drone vivant, parcouru de frémissements, pulsations, crépitements, sonneries lointaines : propulsés au coeur obscur de la matière, nous écoutons sidérés le chant libéré de l'infiniment imperceptible qui nous submerge. Musique terrifiante, inexorable, à trembler : un train qui fore vers le centre de la terre, vers le centre du noyau central du grand rien où l'homme n'existe pas. Dans la forêt de verre chaque son nous atteint, scande notre néant : musique pascalienne en somme, qui bannit tout divertissement. Le troisième titre, d'une incroyable splendeur noire, conclut un album dans la lignée du travail d'une Annie Gosfield (cf. articles du 24 avril et du 2 mai 2008).
















- le
site de Carl Stone, riche en MP3 de musique électronique en direct.
- le
site de Daniel Menche.
- le site My space du
label Unseen Worlds, sur lequel vous pourrez écouter un extrait du disque de Carl Stone, et aussi de KMH, de Lubomyr Melnyk (cf. article du 6 mars 2008).
- une vidéo à partir d'un titre de Carl Stone extrait d'une compilation de ...1996 !!

22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 22:39
   Voilà un moment que je pense à vous présenter quelques vidéos inspirées par les musiques de David Shea (ou pour lesquelles il a composé la bande sonore), musicien dont l'un des morceaux sert d'indicatif d'ouverture à mon émission depuis quelques années, et auquel j'ai consacré un article le 3 juillet 2007.
One ride pony est le résultat de la collaboration entre la danseuse Suzanne Ohmann et l'artiste visuel Alex Vermeulen. La danseuse a remporté le premier prix au "Festival aan de Werf" d'Utrecht en 1995, avant d'avoir l'idée d'en faire un court film. La composition puissammment colorée, visuelle, de David Shea, écrite spécialement pour le film, est une réussite indéniable de la musique électronique. Plus de dix minutes inspirées pour apprécier l'été...

   Seem est un court-métrage expérimental de Ben de Loenen et Tijmen Hauer réalisé pour le Festival International du Film de Rotterdam en 2005 sur une musique de David. Film magique en noir et blanc sur l'écriture, ses pouvoirs er ses illusions. Il est peut-être incomplet (?)

   Le troisième film, Scènes de Seine, a été réalisé par Christian Jacquemin sur la musique de Tryptich III (version très proche de l'indicatif). Il propose une navigation dans un environnement urbain modélisé au moyen de formes simples et abstraites, s'inspirant du livre Espèces d'espaces de Georges Pérec, dont le prière d'insérer est dit par Philippe Mondon au début du film :

L'espace de notre vie n'est ni continu, ni infini, ni homogène, ni isotrope. Mais sait-on précisément où il se brise, où il se courbe, où il se déconnecte et où il se rassemble? On sent confusément des fissures, des hiatus, des points de friction, on a parfois la vague impression que ça coince quelque part, ou que ça éclate, ou que ça se cogne. Nous cherchons rarement à en savoir davantage et le plus souvent nous passons d'un endroit à l'autre, d'un espace à l'autre sans songer à mesurer, à prendre en charge, à prendre en compte ces laps d'espace. Le problème n'est pas d'inventer l'espace, encore moins de le ré-inventer (trop de gens bien intentionnés sont là aujourd'hui pour penser notre environnement...), mais de l'interroger, ou, plus simplement encore de le lire; car ce que nous appelons quotidienneté n'est pas évidence mais opacité: une forme de cécité, une manière d'anesthésie.

Le film est découpé en cinq scènes, chacune correspondant à une association entre une évocation géographique personnelle et un moment de la journée. Vous trouverez le film au format Windows media à l'adresse suivante :

http://aii.ensad.fr/travaux/02-03/seine/seine.wmv

 
Pour plus de renseignements sur le film : http://aii.ensad.fr/travaux/02-03/seine/index.htm (les données ci-dessus en sont extraites)

Je dédie ce choix à Bernard T., que je remercie de ces réactions et suggestions. J'espère que tu auras reçu mon courriel.

17 juin 2008 2 17 /06 /juin /2008 10:45
    A chaque fois que j'écoute la musique d'Ikue Mori, des images des peintures d'Yves Tanguy viennent m'envahir. Sa source d'inspiration est pourtant ailleurs. Ikue Mori rend hommage, à travers Myrninerest, album paru chez Tzadik en 2005, à une artiste visionnaire anglaise, Madge Gill. Née en 1882, Madge est initiée au spiritisme en 1903 par une tante. Mariée à son cousin dont elle a trois fils, elle perd le second, emporté par la grippe espagnole en 1918. Elle met au monde une fille mort-née l'année suivante, reste alitée pendant des mois et perd l'usage de son oeil gauche. C'est à partir de là qu'un esprit-guide, appelé "Myrninerest", la fait rentrer en communication avec l'esprit de ses enfants morts. Commence alors une oeuvre considérable, tricots et broderies, dessins à la plume et à l'encre noire (le plus souvent) ou de couleur, depuis la carte postale jusqu'à des très grands formats sur des rouleaux de calicot de plusieurs mètres, écrits et improvisations pianistiques. Elle travaille la nuit, à la bougie, traçant uniquement des visages féminins, le sien ou celui de sa fille morte, d'autres encore, une centaine parfois sur une même composition. De temps en temps, "Myrninerest" apparaît aussi, visage à la Dieu le père, une croix sur le front. Tous ces visages regardent droit devant, fixement, enveloppés dans des robes-tapisseries, des motifs géométriques et architecturaux, cernés d'escaliers, de damiers, de quadrillages : visages prisonniers d'un dédale ornemental fascinant, énigmatique. Madge ne s'arrêtera de dessiner qu'après la mort de son fils Bob, en 1958. Elle se met à boire, la fin approche. Elle a exposé plusieurs fois ses oeuvres dans East End, mais se refusait le plus souvent à les vendre, affirmant qu'elles appartenaient à "Myrninerest". C'est à sa mort en 1961 qu'on trouve chez elle des centaines de dessins empilés dans des placards et sous les lits, qui se trouvent maintenant disséminés dans des musées du monde entier, notamment dans la Collection de l'Art brut à Lausanne.
   "Myrninerest" signifierait "mine innerest self" (mon moi le plus profond). A l'univers labyrinthique et proliférant de Madge, à mi-chemin entre figuration et abstraction symbolique, Ikue Mori répond en nous immergeant dans un monde inconnu de sons électroniques générés par son ordinateur. Née en 1953 à Tokyo, Ikue vit à New-York depuis 1977. Percussionniste, compositrice et improvisatrice, elle est également graphiste. On conçoit qu'elle ait été intéressée par l'univers de Madge, autant par sa radicale altérité que par sa prégnance spirituelle. L'art est un medium qui nous invite à passer au-delà des apparences : en cela il est descente vers les gouffres, abandon à l'inconnu qui nous happe et nous traverse. L'itinéraire d'Ikue va dans le même sens. D'abord percussionniste dans le groupe DNA d'Arto Lindsay, elle tente dans les années 80 et 90 diverses expériences dans le monde de la musique improvisée à la commande de boîtes à rythmes : elle jouera ainsi avec Zeena Parkins et Fred Frith, mais sera aussi invitée (en compagnie des deux précédents d'ailleurs) par un ensemble de musique contemporaine prestigieux comme
l'Ensemble Modern. Elle est remarquée dans le domaine de la musique électronique, signant un univers très personnel. Depuis 2000, elle explore les ressources de l'ordinateur portable, donnant naissance à un monde encore plus étrange, déroutant. La musique se fait possession, c'est le titre du premier morceau de Myrninerest : envoûtement, descente dans une spirale de perles sonores, mouvements de plaques tectoniques, glissades et (dis)torsions, phosphorescences, crépitements, souvenirs déchirés de carcasses mélodiques. Si vous survivez à ce choc brutal, à cette séparation d'avec le convenu et l'ordinaire, alors vous êtes prêt pour l'aventure, la rencontre avec l'esprit intérieur. Sigh est miraculeux, léger, alvéolé, parsemé de nuages de poussières sonores, de stalactites fines : on est déjà dedans, ailleurs, loin, les pendules ne marquent plus aucune heure sinon celle de l'éternité, à nouveau Yves Tanguy, je n'y peux rien. Conflict nous entraîne plus profond par une série de glissements percussifs boiteux, de dépressions larvées et de brèves éruptions de microparticules déchaînées. Vous arrivez dans le Gem palace plein de stridences minuscules, de crissements cristallins : bondissements infimes, halos tournoyants avant Take it easy travaillé par des levains en fermentation sourde, des pulsations résorbées en stases réverbérées, des déchirures inquiètes, des galops sans chevaux. L'espace s'élargit avec Expresso bongo : ralenti initial facétieux crevé d'éructations, tiens, de l'orgue reconnaissable un bref moment, en cercles lointains, des oiseaux électroniques rayent le paysage qui fait des bulles, émet des bouffées, se gonfle à nouveau de surgissements ordonnés par le bongo survolé de vols courbes et hypnotiques, puis tout s'éparpille...Vous en êtes au Ice Palace, étincelant cosmos de l'infiniment petit au coeur du cristal majeur, dans le dérapage majestueux des queues de comètes qui s'éparpillent au vent du néant. Minecat démine votre inconscient bardé de préjugés fossiles à coups de déflagrations rauques, de débordements d'eaux essentielles : ça marteau-pique insidieux, étincelles effarouchées, étouffements. Mental sonne l'heure de l'éveil, milliers de battements d'ailes de métal translucide, points d'interrogation frottés de spires radieuses...A vous de finir le voyage, qui promet d'autres surprises. Ces vignettes, toutes d'une durée comprise entre deux minutes trente et quatre minutes trente, ont une extraordinaire puissance d'évocation : les quatre dernières pièces, dont je n'ai pas parlé, conduisent à la multiple splendeur de Clash by night, magistral vol planant électronique à faire pâlir tous les tangerine dreamers par sa concision étincelante. Est-il besoin d'ajouter que plusieurs écoutes sont nécessaires pour déguster ce disque, chef d'oeuvre de la musique électronique d'aujourd'hui qui vous prend par surprise et ne vous lâche plus ?
   En guise de prolongement, une video d'un extrait de concert au Redcat enregistré le 15 septembre 2007 : elle est en compagnie de Zeena Parkins, harpe, et de Fred Frith, guitare, c'est très différent du disque, mais cela situe cette incroyable créatrice.

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Programme de l'émission du dimanche 8 juin 2008 (deuxième partie)
Ikue Mori : Sigh (piste 2, 3' 15)
                        Conflict (p.2, 3' 50)
                        Gem palace (p.4, 3' )
                        Take it easy (p.5, 3' 40)
                        Expresso bongo (p.6, 3' 40), extraits de Myrninerest (Tzadik, 2005)

14 juin 2008 6 14 /06 /juin /2008 14:47
   Après la joueuse de pipa Wu Man, l'une des interprètes de la dernière oeuvre de Terry Riley (cf. article précédent), je vous propose un duo singulier : la rencontre entre Ling, ravissante chinoise qui vit actuellement à Los Angeles, où elle enregistre sa voix gracile, et Nîm, musicien lillois aux claviers, guitares, qui joue également d'instruments de sa fabrication et du xun, sorte de sifflet chinois en argile, percé de six ou neuf trous, cylindre ventru effilé vers l'embouchure de soufflage. Ce dernier compose la musique sur les textes de Ling, qu'elle lui envoie par internet. Le disque alterne les parties chantées -Nîm prêtant aussi son agréable voix, et les plages instrumentales élaborées. Le résultat, s'il flirte avec la variété à certains moments, est souvent très dépaysant. Nîm a enregistré à Pékin même des sons qu'il mixe avec sa musique et qui servent de coda à chacun des morceaux. On pense bien sûr à une bande originale de film, tant Nîm a su capter les inflexions de la musique chinoise, nous plonger dans l'ambiance de la Chine immémoriale, mais il sait décoller des cartes postales sonores, car il se montre créateur d'un univers abstrait qui ne dépare pas dans le paysage de l'électro. Au sommet de la montagne industrielle, le titre 3, évoque un Kraftwerk oriental très convaincant. I shop, I am, le titre 8, commence dans une atmosphère de fête religieuse à partir de sons enregistrés pour se développer en composition électronique originale, aux textures à la Aphex Twin. Ouvrage de Tofu, juste après, est un instrumental majestueux, tricotage d'orgue en nappes veloutées, d'appels mystérieux, de percussions crépitantes et bondissantes. Un disque qui vaut décidément beaucoup mieux qu'il n'y paraît à première écoute pressée.


- Une vidéo du second titre, Made in China, hit possible, mais ce n'est pas le titre qui m'emballe le plus, sauf sur la fin, très belle.
Made in China sélectionné dans Musique et Electro
- le site MySpace de N-Naos.
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Programme du dimanche 8 juin 2008 (Première partie)
La Chine à l'honneur...
Terry Riley : Royal wedding (piste 4, 6' 24)
                             Emily and Alice (p.5, 4' 09)
                             Prayer circle (p.6, 6' 41), extraits de The Cusp of magic (Nonesuch, 2008)
N-Naos : Made in China (p.2, 4' 32)
                    Au sommet de la montagne industrielle (p.3, 6' 36)
                    Melle Susan est jugée (p.6, 2' 59)
                    I shop, I am (p.8, 5' 59), extraits de Nous (auto-produit, 2008), en vente
ici.
La photo ci-contre, c'est Nîm aux claviers et à la guitare.
21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 10:04

   Quand on cherche Gong Gong, on trouve aussi Gong, qui ne figure pas dans les références affichées de ce duo électro. Thomas Baudrillier et Jean-Christophe Baudoin construisent en tout cas avec leur échantillonneurs, machines, basse, contrebasse et percussions, un univers fantaisiste et facétieux qui n'est pas sans évoquer celui du groupe de David Aellen : morceaux joyeusement débridés, collages improbables, mystérieuses envolées réjouissent l'auditeur. Une délicieuse fraîcheur émane du premier titre, Beatle fish, pourtant construit sur un rythme hypnotique : c'est que nos deux compères y entrelacent une voix féminine échantillonnée, sensuelle, avec des clapotements aquatiques et des sortes de gloussements. Le second titre, Pinocchio, se présente comme une danse pour marionnettes combinant micro-frénésies peuplées de voix distordues, narquoises, et esquisses presqu'élégiaques, down-tempo : un bonheur ! Le titre suivant, To anything different, commence de manière très reggae, continue dans une ambiance expérimentale, avec par intervalles le jeu cristallin des claviers en fond. Coline, le titre quatre, est une merveille que ne renierait pas Massive Attack : voix ouatées et étirées, claviers planants pour une majestueuse pavane intergalactique, le duo joue dans la cour des grands, qu'on se le dise ! Si le titre cinq, Witch box, souffre d'une surdose de collages et de bidules sonores peu convaincants, tandis que le huit, Ladies & rabbits est gâché par de fastidieuses répétitions, l'album réserve encore de belles surprises. Le six, Caravane, est loufoque et réjouissant dans son exubérance dansante. Le titre éponyme, Mary's spring, balade lancinante autour d'un dialogue entre personnages de science-fiction, a une délicatesse étrange, un fort pouvoir de dépaysement grâce à une écriture concise des textures électroniques.  A pas feutrés , le titre neuf, nous entraîne dans une ronde insidieuse ralentie par une torpeur sourde tapissée de voix étranges. Le morceau suivant, June, moins abouti, sonne comme de l'électro-dub-jazzy et vaguement oriental (ouf !), mais l'album se termine sur le très joli Birds in books, inventant un flamenco répétitif, guitare acoustique et claquements de mains au rendez-vous, égayé par les interventions moqueuses d'un drôle d'oiseau. Si vous avez bien suivi l'itinéraire, trois titres évitables, et huit pour échapper à la sinistrose ambiante : l'électro, facilement désincarnée quand elle prend la technologie trop au sérieux, s'humanise ici, irriguée par une verve constante et une sensibilité plus subtile qu'il n'y paraît.
- le site de
Gong Gong.
- quelques titres à écouter sur
My Space (et ne manquez pas la vidéo de Beatle fish...)
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Programme du dimanche 16 mars 2008 (Première partie)
Deux titres de
Richard Eigner et ses amis pour commencer.
Altaï : Kophonic (p.9, 2' 29)
              Substitute the C (p.10, 5' 19)

              Epoxy Angel (p.11, 4' 46), extraits de  Videosphere(2008)  
Gong Gong : Beatle fish (p.1, 4' 21)
                            Pinocchio (p.2, 5' 33)
                            Coline (p.4, 3' 50)
                  Mary's spring (p.7, 3' 02), extraits de Mary's spring(Pias, 2008)

14 février 2008 4 14 /02 /février /2008 15:07
undefinedLe duo stéphanois issu du collectif dub Bangarang sort début mars un CD qu'ils présentent à la fois comme faisant référence au Commercial Album des Residents et au film de Robert Altman dont ils reprennent le titre. C'est leur quatrième disque sous le nom de Brain Damage. Le troisième, Spoken Dub Manifesto, sorti en 2006, frayait de nouvelles voies dans le dub en travaillant un "dit-parlé"(néologisme que je forge à partir de "spoken word") d'une grande inventivité. Ce nouvel opus va plus loin encore à la fois dans la même voie et dans le mélange toujours plus réussi entre électro-dub et expérimental, ambient. On obtient vingt-quatre miniatures, toutes autour de deux minutes, qui cisèlent des univers sonores foisonnants, hantés par des voix qui parlent, crient, murmurent, incantent en sept langues (français, anglais, bosnien, catalan, polonais, arabe et allemand). Lieder d'aujourd'hui, d'un monde trouble et fascinant : un lyrisme floydien (référence assumée !)émane parfois de ses bribes émaillées de cloches, tapissées d'arrière-plans tournoyants. Le dub le plus sombre est traversé d'échos fragiles et émouvants, si bien que l'étiquette revendiquée par le duo, émo-dub-ambient, est assez juste : rien de désincarné dans ce dub-là, vivifié par les très nombreuses collaborations, venues notamment de l'Est où la groupe a récemment tourné. Indéniablement un groupe majeur de la scène française, à l'énergie communicative, Brain Damage signe tout simplement un disque abouti, passionnant de bout en bout. Basse et machines, et toute l'humanité en raccourcis habités.

Brain Damage sur MySpace.
Une vidéo (merci Vj-guile)qui propose un mix visuel sur un titre envoûtant extrait de Ashes to Ashes :

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Programme du dimanche 3 février 2008(2ème partie)
7 titres extraits de Short cuts(Jarring Effects, 2008):
Parce que j'en ai marre (piste 1, 2' 05)
The Palm reader (p.3, 2' 09)
Mi Nismo voda (Broj 1) (p.4, 1' 59
Trupy (p.7, 1' 55)
Toxine (p.9, 2' 04)
Tic tac tic (p.11, 2' 04)
Armer Kopf (p.12, 2' 02)