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Musiques Singulières

    Au fil du temps, une encyclopédie visuelle et sonore des musiques différentes (plus ou moins). Pour les amateurs de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique ! Utilisez le module "Recherche" pour trouver musiciens ou disques. Créé le 20 février 2007.
N.B. Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

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25 mai 2020 1 25 /05 /mai /2020 17:00
Alvin Curran - Inner Cities
(Nouvelle parution d'un article initialement mis en ligne le 8 mai 2007 après une première émission spéciale consacrée à Alvin. Illustrations sonores en plus )
Le piano intérieur (1)
   En ce dimanche où l'actualité triomphe, il aura pu paraître incongru de diffuser une musique aussi déconnectée de tout que celle d'Alvin Curran. Mais justement, il me semble urgent, vital, d'inviter la musique de la long(ue) distance (ce beau nom de label...) dans le débat, de creuser les apparences pour retrouver le réel enfoui sous le spectacle. Né én 1938, Alvin Curran étudie avec Elliott Carter, fréquente Morton Feldman, John Cage, fonde l'ensemble Musica Elettronica Viva avec Steve Lacy, Richard Teitelbaum et Frédéric Rzewski, ensemble qui, entre 1966 et 1971, se livre à de très libres improvisations. Compositeur éclectique, il écrit des oeuvres instrumentales, électroacoustiques, crée des pièces radiophoniques, réalise des installations sonores qui relient plusieurs pays, collabore à des ballets, bref est incontournable dans l'univers des musiques nouvelles, innovantes, sans pour autant jouir de la notoriété d'autres compositeurs américains de sa génération comme Steve Reich par exemple. C'est que l'artiste rebondit sans cesse, étonne par des projets imprévus ou difficiles à médiatiser, déjoue toutes les étiquettes. A des musiques explosives, tonitruantes, succèdent des compositions méditatives. A côté des collages qui mêlent bruits, cris, cornes de navire, sections déchaînées de cuivres rutilants, il y a la musique pour piano, déjà entendue dans cette émission(voir le 18 février pour un disque magnifique..), trop peu entendue pourtant. Il y a ces Inner Cities, ces onze pièces d'une durée totale d'environ quatre heures trente que le pianiste flamand Daan Vandewalle aime interpréter intégralement dans certains festivals, réunies dans ce coffret de quatre disques (avec livret en français, distribué par Harmonia Mundi) sorti en 2005. Les quatre premières font l'objet de cette première émission spéciale. Trois pièces méditatives, chacune d'une durée comprise entre vingt et trente minutes, et une quatrième pour piano-jouet d'un peu plus de sept minutes : le début d'un cycle majeur, l'un des premiers monuments de la littérature pour piano du vingt-et-unième siècle après les études de Pascal Dusapin. J'ai pensé d'abord à Morton Feldman, pour cette manière de dérégler le temps, de le distendre de l'intérieur, à John Cage pour la fabuleuse liberté, légèreté d'une musique qui semble toujours improvisée, naissante, insoucieuse de sa fin, à Gurdjieff pour sa simplicité, sa limpidité confondante, et puis je n'ai pensé à rien qu'à la musique...Compte-rendu d'une Expérience, ces quelques mots :
  Où vont ces notes, ces sons que la nuit égrène du bout de ses doigts aventureux ? Nul projet, pur jet, dépot de notes rejouées à satiété. Musique obstinée qui glisse dans les failles pour troubler l'inconnu, surprendre les secrets du dedans. Inner Cities, labyrinthes éclos au détour de quatre notes qui ne formaient qu'à peine une mélodie. Rien ne se joue, tout se déjoue, se troue. La musique est avènement, pure et miraculeuse immanence pour qui s'y abandonne dans l'oubli de tout. Il faut accepter de ne plus rien attendre pour que tout nous soit donné par surcroît, par surprise. Alors qu'on pense entendre les pas feutrés de la mort, on découvre les vertus du silence, prélude aux jaillissements cristallins, aux grappes résonnantes, aux escaliers martelés du descendre dans la spirale vertigineuse du moi. Balbutiements sublimes, tâtonnements féconds zébrés de fractures qui nous échouent soudain sur des plages inconnues traversées dirait-on par les sources radieuses de l'Énergie.
 
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Paru en 2005 chez Long distance / 4 cds / 11 plages / 4h 24 environ

 

(Addendum)

   J'aime bien cette vidéo pour Inner Cities 5, en direct du Horse Hospital de Londres, le 29 juin 2013, six ans après mon article initial. Au piano, Justin Snyder. La vidéo passe au noir un peu avant 4' - pour y rester !, et c'est parfait, dans la mesure où la musique d'Alvin est en effet une œuvre au noir...

21 mai 2020 4 21 /05 /mai /2020 16:00
Transcriptions pour deux violons (P. Glass) et compositions originales (N. Muhly)

Transcriptions pour deux violons (P. Glass) et compositions originales (N. Muhly)

   En avril 2016, un disque sorti chez Harmonia Mundi réunit comme à égalité le maître et "l'élève" : Philip Glass, né en 1937, et Nico Muhly, né en 1981, qui a travaillé comme éditeur, chef d'ensemble et soliste, donc très proche et fidèle collaborateur du premier. Il est amusant de constater que, si les compositions de Nico précèdent celles de Philip sur le disque, contrairement à ce que laisserait supposer à la fois l'ordre vertical de la pochette et la mention des compositeurs au dos, les compositions de Philip Glass sont toutefois majoritaires pour la durée (33' environ pour Glass / 22 pour Muhly) Les "Four Studies", composées, arrangées pour les violonistes Angela et Jennifer Chun, auxquelles elles sont de plus dédiées, sont éblouissantes. Nico Muhly y assure la partie de claviers, qui servent de bourdon. La première de ces études, titrée "Suspensions", est un morceau aérien, à l'écriture déliée, mélodieuse, en effet comme en suspension. Un lent tournoiement anime le cœur de la composition où les deux violons se répondent dans un parfum d'angélique grâce. La deuxième, "Fast canons" est encore plus magique, un exquis ballet tourbillonnant dans une atmosphère extatique. C'est absolument sublime !De "Fast" on passe à "Slow" pour la troisième étude, "Slow Canons", langoureuse, tout en enlacements des deux violons. On retient son souffle, tellement l'inspiration est de haute volée, d'une beauté presque déchirante à force d'élans vers le ciel. La quatrième est la moins limpide, marquée d'un trouble léger, persistant, comme hantée par un paradis perdu. Je pensais en l'écoutant au magnifique premier quatuor à cordes de Gavin Bryars. C'est dire que Nico Muhly appartient bien à la grande famille des minimalistes et post-minimalistes, avec comme atout un art savant du contrepoint. Suit "Honest Music", une composition ancienne figurant sur son premier album solo paru en 2007, speaks volumes. Un seul violon enregistré sur plusieurs pistes et un accompagnement électronique quasiment orchestral donnent à la pièce une dimension grandiose et fragile à la fois, la composition évoluant par glissendi coupés de brefs silences et renaissant dans des envolées éthérées, déchirées de coupes sombres aux accents dramatiques. Tout converge vers un lent embrasement spiralé du violon et de l'accompagnement. Magnifique !

   Le reste du programme du disque, consacré à Philip Glass, propose un arrangement pour les deux violons d'Angela et Jennifer Chun du célèbre "Mad Rush", pièce pour piano solo que le compositeur interprète souvent, qui fut, rappelons-le, destinée à accompagner l'entrée du Dalaï-Lama dans la cathédrale Saint Jean le Divin à New-York à l'occasion de sa première allocution publique sur le sol américain en 1981. Les deux violons donnent évidemment à ce morceau une dimension très différente : plus de douceur, de suavité, une gravité aussi, et puis on se rend compte de la subtilité des variations. Cette belle version est suivie par une pièce en dix-sept parties (réparties sur sept plages) de 1993, "The Summer House", elle aussi arrangée pour les deux sœurs. Et c'est du meilleur Philip Glass !!

  Un disque indispensable pour les amateurs, avec un livret trilingue (anglais / français / allemand), ce qui change...

 

Nico Muhly / Nadia Sirota - Keep in touch
Fulgurances contemporaines de l'alto !

  En septembre de la même année, Nico Muhly signe la musique d'un disque sur lequel l'altiste Nadia Sirota figure en position horizontale de signataire, en bas à gauche, tandis que le nom de Nico Muhly se lit verticalement, sur le côté droit, après la remontée du titre de l'album en équerre en bas à droite. C'est le fruit d'une collaboration étroite entre le compositeur et son amie de longue date Nadia Sirota, mais qui doit aussi beaucoup à la participation d'un autre ami, le compositeur, producteur et ingénieur du son islandais Valgeir Sigurðsson. Le programme est ambitieux : un concerto pour alto en trois mouvements, avec l'orchestre symphonique de Détroit, et la pièce "Keep in touch", interprétée par l'ensemble Alarm Will Sound et la chanteuse et compositrice Anohni, fondatrice d'Antony and the Johnsons.

  Le premier mouvement du concerto virevolte, l'alto presque fondu dans l'orchestre. C'est joyeux, rutilant, avec de belles attaques graves des bois, des percussions très en avant, comme une promenade bondissante dans un univers qui ne cesse de lever, pâte colorée striée de timbres plus clairs qui se calme pour laisser l'alto chanter à la fin. Le second est comme une clairière illuminée par un soleil. La lumière est vaporeuse, irréelle, l'alto chante éperdument sur le frémissement des cordes, sur les surgissements graves des bois, tout un monde de pépiements. La tension monte, l'orchestre se déchaîne en lourdes vagues, puis tout revient à une indicible douceur glissante dans une irisation des coloris et un grand moelleux de l'ultime retombée mystérieuse. Au contraire, le troisième mouvement semble être traversé de courants électriques, de fulgurances presque dissonantes, de fractures puissantes. La pulsation est plus marquée encore que dans le premier mouvement. Je dirai que si le premier est d'esprit glassien, celui-ci est plus reichien, mais là aussi avec une confondante expressivité, une palette sidérante. Nico Muhly tire parti de l'orchestre avec une incroyable maestria, se permet des changements brusques d'éclairage. Il casse la pulsation devenue chaotique entrechoc de blocs sonores un peu après 4'30, pour faire revenir l'alto dans un émouvant solo, comme une étude insérée dans la masse, avant de reprendre le fil de ce magma métamorphique, de plus en plus visité d'éclairs, de frémissements cristallins. Et c'est une apothéose étincelante, cinglante, à la splendeur miraculeuse et délicate !!!

   Le percussionniste Chris Thomson, autre ami du compositeur et membre d'Alarm Will Sound, a arrangé une version en public de "Keep on touch" (2016), pour alto et bande magnétique. La version du disque s'ouvre sur un solo austère de l'alto, rejoint peu à peu par la voix d'Anohni - alto et voix ont été enregistrés séparément.. La ligne d'alto, d'abord déchirée de coups d'archet, est enveloppée par l'Ensemble en strates épaisses et insinuantes dans lesquelles se glisse la voix. On a l'impression d'être dans un cornet acoustique saturé d'échos, de perturbations bruitistes récupérées par le phrasé halluciné de l'alto. L'avancée est irrésistible, le flux toujours plus puissant, écrasant, avant une coda glissée, toute de douceur. Que dire de la prestation d'Anohni (Antony) ? J'aime beaucoup Antony and the Johnsons, dont j'ai célébré Another World (The Crying Light, 2009) et Swanlights (2010). Mais ici sa voix n'apporte pas grand chose, on pourrait l'effacer, me semblt-il. Je suppose que c'est l'amitié entre Nico et Antony qui lui assure cette place, histoire de rester en contact (keep in touch) depuis leur collaboration de 2010.

Publié par Dionys - dans Musiques Contemporaines - Expérimentales
14 mai 2020 4 14 /05 /mai /2020 16:00
Nico Muhly, discret génie protéiforme des musiques contemporaines (1)

   J'ai déjà salué comme il se doit dans ces colonnes les grands disques solo de Nico Muhly que sont Speaks volumes (2007), Mothertongue (2008) , I drink the air before me (2010), Seing is believing (2011), et Drones (2012). Depuis, on aurait pu croire qu'il avait disparu, lui, très proche collaborateur de Philip Glass, qui a travaillé avec la chanteuse Björk, avec Antony and the Johnsons, bref du beau monde, de quoi assurer sa célébrité médiatique, d'autant qu'il compose aussi des musiques de films, pour la télévision, et ne dédaigne pas l'opéra. Pourtant, la discographie de ce jeune prodige né en 1981 semble s'arrêter en 2012... C'est qu'il est un peu comme les artistes modestes qui travaillaient sur les cathédrales : il ne met pas son nom partout, en avant. Parfois, il faut bien regarder pour découvrir qu'il signe en effet toute la musique d'un album, sans que son nom apparaisse sur la couverture (voir ci-dessus, et même pour l'extrait vidéo), ou bien son nom apparaît à égalité avec celui d'un autre compositeur. Est-ce son passé de chanteur dans le cœur de l'église épiscopale de Providence qui le conduit à cette belle humilité ? Toujours est-il qu'il continue de composer... et l'ambition de cet article (et du suivant) est justement de présenter une partie de son œuvre conçue et publiée après Drones.

   Peu après Drones sort Cycles, en 2013, sous le seul nom de l'organiste James McVinnie, principal instrumentiste de l'album, dont toute la musique est bien signée Nico Muhly. On y trouve en ouverture trois préludes pour orgue solo, d'un minimalisme flamboyant, véritable exploration de l'orgue Marcussen de la chapelle de la Tonbridge School (école privée anglaise pour garçons, fondée en 1553). Puis le fragile et troublant, mélodieux jusqu'à la suavité, "Slow Twitchy Organs", pour orgue, alto (Nadia Sirota) et marimba (Chris Thompson). Suit un cycle de sept pièces intitulé "Seven O Antiphon Preludes", où l'on retrouve l'orgue seul, auquel il faut ajouter la voix de ténor de Simon Wall. Chaque morceau commence  par une sorte de cantillation a capella, avant de laisser l'orgue développer les thèmes. Nico Muhly signe une authentique musique religieuse, pleine de ferveur, de mystère, de splendeurs austères, dont les parties vocales évoquent la musique orthodoxe. La deuxième pièce du cycle, "O Adonai", est un hymne formidable, somptueux. "O Radix Jesse" multiplie les profondeurs dans un climat doucement extatique. "O Clavis David" évoque les meilleures pages pour orgue de son ami Philip Glass : c'est d'une incroyable candeur, avec un finale glorieux inattendu. Un très beau dialogue entre aigus et graves sous-tend le méditatif "O Oriens", tandis que "O Rex Gentium" chante une royauté tranquille et lumineuse, tout en transparences. Le cycle se referme avec " O Emmanuel", hymne majestueux aux lignes hiératiques. Et ce n'est pas fini ! Après ce cycle magistral, c'est le tumultueux "Fast Cycles", chef d'œuvre d'un minimalisme exubérant, grandiose, écrasant parfois, d'une beauté ravageuse qui suggère les vertiges de l'Ineffable. Pour terminer, l'étonnant "Beaming Music" (Musique radieuse), pour orgue et marimba, cette fois le marimba souvent au premier plan. C'est une pièce assez virtuose, très rythmée, avec des raccourcis, des fulgurances, des cassures, comme une ode à la vie, pleine d'imprévus, d'aperçus surgissants, de couleurs. On peut y voir une influence de la musique pour gamelan, mariée à un lyrisme échevelé, un brin narquois, impertinent. Bref, ce disque est un des grands disques de Nico Muhly, compositeur majeur de notre temps.

   En 2015, le nom de Nico Muhly réapparaît sur la droite de la couverture en jaune orangé, avec en grisé à gauche celui du compositeur Ernest Bloch. Au dos, leurs deux noms "Muhly & Bloch" en jaune orangé avant les titres principaux.

Nico Muhly Cello concerto
Nico Muhly s'attaque aux grandes formes du répertoire.

Ernest Bloch (1880 - 1959), compositeur, violoniste et chef d'orchestre suisse naturalisé américain, 'encadre' Nico Muhly, avec sa rhapsodie hébraïque pour violoncelle et orchestre de 1916, lyrique et chaleureuse, et ses "Trois poèmes juifs pour orchestre" de 1917, évocations colorées discrètement orientales (on n'est pas loin des couleurs d'un Stravinsky, mais en moins sauvage).

Le concerto pour violoncelle de Nico Muhly constitue le cœur de cet album. Si le violoncelle développe des lignes mélodiques flexibles, l'arrière-plan orchestral est évidemment assez éloigné de l'univers d'Ernest Bloch. Pas d'enveloppement en arrondis, beaucoup d'à-plats, de brisures, de perturbations rythmiques. L'écriture du premier mouvement  est nerveuse, serrée, plus proche de celle de David Lang dont j'entends parfois le phrasé impressionnant, sa manière de sculpter à même la lave. C'est tout à fait superbe, avec un deuxième mouvement onirique, sur lequel la harpe vient poser sa délicate toile arachnéenne. Le tout devient une immense berceuse relevée de cordes aux frémissements éloquents, animée sur la fin par des soulèvements puissants, énigmatiques. Le troisième mouvement commence 'à la Philip Glass', animé et enjoué. Les boucles se succèdent, mais déchirées par de brusques interventions, des décrochages, qui donnent une tension incroyable à cette trame pulsante, un peu reichienne aussi. La partition est émaillée de constantes trouvailles de coloris, de timbres, joue sur les contrastes, les hauteurs, avec une maestria magnifique. Un concerto à réjouir les vivants et réveiller les morts par sa coda dramatique.

(à suivre)

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- Cycles paru en 2013 chez Bedroom Community (HVALUR19CD) / 13 plages / 55 minutes environ

- le Concerto pour violoncelle paru en 2015 chez Steinway & Sons /  7 plages /  65 minutes environ

Publié par Dionys - dans Musiques Contemporaines - Expérimentales
9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 17:00
Anastassis Philippakopoulos - Piano works

    Le temps s'allonge / entre deux mondes / depuis toujours*

   Membre du collectif de compositeurs Wandelweiser depuis 2003, le compositeur grec Anastassis Philippakopoulos laisse peut-être parler dans les douze pièces pour piano de ce disque un aspect de sa personnalité profonde, loin de toutes les querelles, de toutes les chapelles qui divisent artificiellement le champ de la musique contemporaine. C'est le pianiste et compositeur français Melaine Dalibert qui interprète ces courtes pièces tranquilles, à l'image de la mer étale et frissonnante dont la photographie orne les deux faces intérieures de l'album. Deux ensembles nous sont proposés : sept pièces "annuelles" (de 2013 à 2018, avec un dédoublement pour la dernière année 2018, puis un cycle de cinq pièces baptisé "Five piano pieces". Le titrage fait penser aux tableaux abstraits d'un Mondrian ou d'autres modernes ayant renoncé à indiquer un sens, une lecture, une interprétation. La musique ne dit rien d'autre qu'elle-même, mais je ne sais pas si l'on peut encore parler de minimalisme ici. Pas de boucle, de répétition évidente, pas ce culte du plein qui est souvent le principe moteur du minimalisme, en dépit de son principe, "le moins est le mieux", mais un moins décliné jusqu'au vertige dans des pièces longues. Je préfère parler de musique minimale, de musique volontairement pauvre en apparence, parce qu'elle refuse toute virtuosité, toute brillance. C'est une musique intériorisée, décantée, qui donne à chaque note une importance primordiale. Dans les pièces "annuelles", il n'y a aucune superposition de note, pas de contrepoint. Les notes sont égrenées, comme on égrène un chapelet, ou encore un komboloï, pour se détendre, occuper les doigts. Chaque pièce est ainsi une pure surface, comme l'indique le photo-montage de couverture. Mais une surface vibrante d'harmoniques. L'espace entre chaque note est celui du chemin des harmoniques vers le silence. Aussi chaque pièce est-elle à sa manière déambulatoire, dans un cloître intérieur où tout résonne pour réjouir l'oreille attentive. On peut considérer qu'il s'agit d'exercices spirituels visant à se concentrer sur l'essentiel, la beauté des sons qui traversent l'espace. Chaque son est une île, chaque ensemble un archipel. La notion de structure ne convient plus, d'abord parce qu'elle implique souvent une complexité, et puis parce qu'il n'y a pas de sens, de direction obligée dans la tension d'un retour de motif, de figure. Anastassis Philippakopoulos efface toute trace d'élaboration, toute dramatisation, pour nous plonger dans le scintillement pur de ce qui advient, pas à pas, patiemment. À sa manière, par son dépouillement ascétique, sa démarche redonne à l'auditeur sa liberté, car il n'a plus rien à attendre, son intellect lui est inutile, il n'a plus qu'à se laisser porter, qu'à se laisser envahir...

   Les "Five piano pieces" semblent à première approche en rupture avec le calme souverain des précédentes. La première, sans renoncer à la juxtaposition des notes, joue de contrastes puissants entre graves et aigus, les notes sont plaquées avec force, mais les résonances qui les relient désamorcent les conflits potentiels, si bien que la seconde en vient à esquisser des lignes mélodiques, change les distances entre les notes pour les rapprocher parfois. C'est l'aube d'un chant dans un matin limpide, un oiseau invisible à la pointe d'une branche. La troisième est comme un aperçu de roches brutes éparses dans un jardin japonais, dont on sort par un modeste chemin de petites dalles. La quatrième donne pour la première fois une impression de vitesse, mais c'est pour mieux dirait-on la déconstruire, en phrases ironiques, ouvertes à nouveau sur l'anéantissement  du son. De courtes boucles de deux notes apparaissent dans la cinquième, aussitôt faillées, ramenées à un balancement régulier de cloche qu'inonde le silence.

Le temps

              était rempli

                         d'ailes

en infinies

                 rivières*

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* Citations de Giacinto Scelsi, extraites de L'Homme du son  (Actes Sud, 2006)

Paru en février 2020 chez Elsewhere Music / 12 plages / 35 minutes environ

Pour aller plus loin :

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 17:00
Caleb Burhans - Past Lives

   Caleb Burhans, cofondateur du duo électroacoustique Itsnotyouitsme avec le guitariste et compositeur Greg Mcmurray, poursuit une carrière solo depuis 2013. Chanteur et multi-instrumentiste, il a sorti en 2019 son second disque personnel, Past lives, six ans après le beau Evensong - les deux étant parus chez Cantaloupe Music. Il ne renie pas son compagnonnage avec Greg Mcmurray, qui coproduit ce nouvel album. De la musique de cet album, il dit ceci :

« Ces vingt dernières années, ma musique s'est intéressée presque exclusivement au chagrin, à la peine. Past Lives recueille quatre de ces compositions, réfléchissant aux années perdues aux dépendances et aux amis disparus. » Aussi le disque est-il dédié à la mémoire de Douglas Lowry, Jóhann Jóhannsson et Matt Marks, trois musiciens avec lesquels il a collaboré avant leur décès.

   Le premier titre, "A Moment for Jason Molina", est à la mémoire d'un quatrième musicien, chanteur et compositeur mort à 39 ans à cause d'abus d'alcool. C'est le guitariste irlandais Simon Jermyn qui l'interprète à la guitare électrique. Après une courte introduction où la guitare tisse des traînées sonores mélancoliques, le morceau nous offre un "moment" de guitare fluide à base de boucles surmontées d'accords plus sourds, puis une toile de fond éthérée tout en glissements lumineux revient approfondir la trame doucement hypnotique. La musique se fait eau lustrale, inépuisable, dans laquelle on se laisse couler, emporté vers la fin par un ralenti langoureux aux savants entrelacs.
   

   Suit un quatuor titré "Contritus", interprété par le JACK Quartet. "Contritus" fait penser à "contrition", repentir sincère, donc évoque plus largement une émotion poignante. Des passages col legno donnent à cette composition d'une quinzaine de minutes une concentration, un décanté remarquables, faisant par contraste paraître plus déchirantes encore les interventions des cordes frottées qui, ou bien alternent ou bien se superposent à cette trame percussive très sèche. L'émotion grandit après huit minutes, comme si elle se libérait après ce long début introspectif de sévère macération. Mais après de fortes effusions, tout se calme à nouveau, drapé d'une sérénité mélancolique, d'un alanguissement miraculeux, avant que les cordes ne ronflent à l'unisson dans de majestueuses volutes pour un finale somptueux très baroque d'allure.

   Le disque séduit aussi pour la variété des instruments utilisés. Après la guitare électrique et un quatuor à cordes (deux violons, un alto et un violoncelle), "Once in a Blue Moon" fait appel à un duo de harpe et marimba : cordes pincées et frappes percussives...

    Le dialogue entre les deux instruments chante, non sans intensité, une sorte d'incantation répétitive qui va s'étoffant, nous enveloppant d'un rets de plus en plus serré constitué par les notes pointues de la harpe et la marche bondissante du marimba. La tension se relâche un peu trois minutes avant la fin, harpe et marimba se font plus graves, plus vibrants, pour entreprendre une marche mystérieuse dans des futaies profondes. Puis, c'est une échappée imprévue, une coda spiralée, orientalisante...

Caleb Burhans interprète seul le dernier titre, le plus court, "early music (for a saturday)", à la basse électrique, au violon électrique, à la chambre d'écho et aux sons décalés. Il donne en effet l'illusion d'une musique ancienne, tout en étant au plus proche de ce que produit le duo Itsnotyouitsme. La texture orchestrale des drones et glissendos qui s'entrecroisent, s'enchevêtrent, nous plonge dans une cathédrale sonore suave puis peu à peu saturée. Une fin magnifique pour cet excellent disque entre musique contemporaine et ambiante.

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Paru en mars 2019 chez Cantaloupe Music / 4 plages / 42 minutes environ

Pour aller plus loin :

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

23 janvier 2020 4 23 /01 /janvier /2020 17:30
Christopher Cerrone - The Pieces That Fall to Earth

   En sélectionnant les vidéos pour un de mes articles précédents sur la pianiste Vicky Chow, je suis tombé sur une composition remarquable de Christopher Cerrone, compositeur américain qui m'était inconnu. Bien sûr, je me suis renseigné, et j'ai découvert ce disque, sorti cet année chez New Amsterdam Records, The Pieces That Fall to Earth. Un choc majeur ! Qui me laisse rêveur : existe-t-il aujourd'hui, en France, un disque équivalent, qui allie musique et poésie de notre temps ? Car Christopher Cerrone met en musique trois ensembles de textes de trois poètes américains du XXe siècle. J'imagine un disque consacré à des textes de Philippe Jaccottet, Yves Bonnefoy et Jude Stéfan, avec une musique de Pascal Dusapin, par exemple. Je crains qu'un tel disque n'existe pas et que, pire, nos compositeurs ne pensent même plus à servir la poésie française... Le texte de présentation en anglais par le compositeur et pianiste Timo Andres est remarquable de précision. Il me faudra l'oublier pour vous en parler à ma manière. Pas facile !

   L'album comprend trois cycles. Le premier, qui donne son nom à l'ensemble, The Pieces that fall to earth (Les Pièces qui chutent à terre), est de la poétesse Kay Ryan (née en 1945), dont on compare parfois la poésie à celle d'Emily Dickinson par son caractère dense, ramassé. Le second, The Naomi Songs (Chansons de Naomi), est signé par Bill Knott (1940 - 2014), auteur d'une œuvre où se retrouve l'influence de poètes européens comme Rimbaud, Desnos, Char, Trakle, ou encore Lorca. Enfin, The Branch will not break (La Branche ne cassera pas) rassemble sept poèmes de James Wright (1927 -1980), qui influença d'ailleurs le second. Trois cycles pour trois univers. À la poésie abrupte, énigmatique de Kay Ryan répondent les fragiles chansons sentimentales et désabusées de Bill Knot et le désenchantement des textes autobiographiques de James Wright, dans lesquels on retrouve ses déséquilibres, sa lutte contre l'alcoolisme. Mais les trois univers  ne sont pas pour autant séparés. Ce qui les rapproche an fond, c'est un sens de l'image métaphysique, transfigurée par l'humour ou la dimension illuminée.

   Avant de parler de la musique de Chritopher Cerrone, j'aimerais vous donner à lire un poème de chacun d'entre eux. Traductions personnelles (perfectibles...).

De Kay Ryan :

The Pieces That Fall to Earth

One could

almost wish

they wouldn't ;

they are so

far apart,

so random.

One cannot

wait, cannot

abandon waiting.

The three or

four occasions

of their landing

never fade.

Should there

be more, there

will never be

enough to make

a pattern

that can equal

the commanding

way they matter.

----

On espèrerait

presque

qu'elles ne le fassent pas ;

elles sont si

éloignées,

si étranges.

On ne peut pas

attendre, ne peut pas

cesser d'attendre.

Les trois ou

quatre raisons

de leur atterrissage

ne disparaissent jamais.

S'il y en avait

plus, il n'y en aurait jamais

assez pour faire

un motif

qui vaille

l'impressionnante

manière dont elles adviennent.

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  Dernière des Naomi Songs de Bill Knot :

What language will be safe

When we lie awake all night

Saying palm words, no fingetip words -

This wound searching us for a voice

Will become a fountain with rooms to let

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Quelle langue sera sûre

Quand nous reposerons éveillés toute la nuit

Disant des mots paume, pas des mots bout du doigt -

Cette blessure nous cherchant pour une voix

Deviendra fontaine avec chambres à louer.

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Premier texte de James Wright :

Lying in a Hammock at William Duffy's Farm in Pine Island, Minnesota

Over my head, I see the bronze butterfly,

Asleep on the black trunk,

Blowing like a leaf in green shadow.

Down the ravine behind the empty house,

The cowbells follow one another

Into the distances of the afternoon.

To my right,

In a field of sunlight between two pines,

The droppings of last year's horses

Blaze up into golden stones.

I lean back, as the evening darkens and come on.

A chicken hawk floats over, looking for home.

I have wasted my life.

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Étendu dans un hammack, ferme de William Duffy à Pine Island, Minnesota

Au-dessus de ma tête, je vois un papillon couleur bronze

Endormi sur le tronc noir,

S'envoler comme une feuille dans l'ombre verte.

Dans le ravin derrière la maison vide,

Les sonnailles se succèdent

De moment en moment dans l'après-midi.

À ma droite,

Dans une étendue de lumière entre deux pins,

Les crottes des poulains

Flambent comme des pierres d'or.

Je me penche en arrière, tandis que que le soir s'assombrit et descend.

Un faucon plane, cherchant à rentrer.

J'ai gâché ma vie.

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   Les trois cycles ont ceci de commun qu'ils abolissent la hiérarchie entre voix et ensemble de chambre. Les instruments n'accompagnent pas la ou les voix, ils sont à égalité avec elle(s), chacun jouant sa partie en tension avec l'autre. Aussi Christopher Cerrone accroit-il le potentiel émotionnel de ses pièces. Leur relative brièveté n'en fait pas de jolies mélodies pour salons mondains. D'abord parce que l'ensemble instrumental est étoffé, offrant une palette très large de timbres : flûte, hautbois, clarinette, basson, cor, trombone, deux violons, alto, harpe, violoncelle, basse, piano, deux percussions, ce qui permet des couleurs et des intensités très diverses, à l'intérieur même d'une composition qui peut, en moins de cinq minutes, parfois en moins de deux, passer d'une atmosphère intimiste à des envolées sublimes. Ensuite parce que l'écriture musicale dilate la temporalité en alternant, superposant, des brèves et des longues, c'est-à-dire des à-plats percussifs discontinus et des notes tenues, glissées, des phases introductives épurées et des montées en puissance impressionnantes. La musique de Michael Cerrone surprend constamment, tient son auditeur par un sens dramatique très sûr, par sa densité : rien de trop, une concision éblouissante !

   La soprano Lindsay Kesselman chante le premier cycle, éponyme. La musique est à l'image des textes, mystérieuse et intrigante, ciselée. Dès la première pièce, quelle force, quelle émotion, quelle beauté fulgurante ! La voix s'envole, archangélique, on reste suspendu aux volutes de la mélodie, on vibre aux basses profondes qui la sertissent. Il y a longtemps que je n'ai pas entendu une telle musique. Je pense à Donnacha Dennehy dans Grá agus Bás, en particulier au cycle "That the Night Come" sur des poèmes de William Butler Yeats. C'est une musique foudroyante... Les demi-teintes relatives de "Hope" culminent sur le plateau de « the always tabled / righting of the / present » (le redressement toujours remis du présent), débouchent sur le très langien (de David Lang) "That will to Divest", nerveux, tranchant, sorte de crescendo descendant dans l'absurde, fini en cri. "Swept us whole", au texte à l'ironie métaphysique, revient au thème central de la première pièce, qui se fond dans un jeu de boucles vertigineux, voix et instruments en miroir. "Shark's Teeth" est murmuré comme une confidence défiant l'entendement, dans une atmosphère d'antre de sorcière, avec halètements instrumentaux, frémissements, coups de gong, et se termine sur une clausule malicieuse où le texte est dit de manière neutre sur un fond de frottements rapides. L'atmosphère devient inquiétante, grinçante, avec "Insult" : la musique est cisaille qui déchire, marteau qui frappe, voix qui déraille dans les aigus comme en panique. Le cycle se termine avec "The Woman Who Wrote Too Much", véritable micro opéra à la puissance envoûtante exprimant le drame de l'aliénation de cette femme qui écrivait trop.

   The Naomi Songs, sur des textes intimistes et désabusés, non dénués d'humour, de Bill Knott, n'est pas d'une moindre densité. La voix chaude et caressante de Theo Bleckmann (qui est également compositeur, notamment du prodigieux Anteroom sorti en 2005) monte aussi dans d'incroyables sommets et mélismes pour servir ces tableautins. Dans la troisième pièce, le montage en miroir de ses voix multipliées est l'équivalent musical parfait du contenu du texte, lequel célèbre l'ouverture infinie des mains de l'aimée lorsqu'elles s'ouvrent seules. La question au cœur de " What language Will Be Safe ?" donne sa structure répétitive obsessionnelle à la première moitié de la pièce, à laquelle répond le relâchement de la tension liée à l'irruption de l'humour.

   Avec le troisième cycle, The Branch Will Not Break,un véritable ensemble vocal répond à l'ensemble instrumental : deux sopranos, deux altos, deux ténors et deux basses. La première pièce commence comme du Philip Glass, langoureux minimalisme qui nous transporte dans le hammack du personnage principal. Peu après, les montées vocales irrésistibles ont la grâce sidérante des grandes pages d'Arvo Pärt. Nous sommes en état de grâce, c'est somptueux, grandiose ! "Two Horses Playing in the Orchard", la seconde pièce, est étonnante par le contraste entre la partie instrumentale, dramatique, comme la mise en musique du galop des chevaux, mais ramassée, compacte, tranchante, et la partie vocale, qui prend des allures médiévales ou fait penser à des chants séphardiques. C'est en tout cas irrésistible ! Retombée dans les langueurs avec "Two Hangovers, Number One", dont le texte évoque les rêveries éthyliques du narrateur. Des contrepoints instrumentaux cinglants fouettent comme à plaisir cette gueule de bois trop complaisante... Émerveillemnt pastoral avec "From a Bus Window in Central Ohio, Just Before a Thunder Shower", voix surtout masculines, chœur populaire. Quasi marche funèbre, timbres lugubres, pour "Having Lost My Sons, I Confront the Wreckage of The Moon : Christmas, 1960".  Puissance sombre du trombone, explosions des voix pour l'atmosphère apocalyptique de la fin du texte. "Two Hungovers, Number Two" s'abandonne à une autre rêverie, délicieuse celle-ci, le narrateur riant de l'exultation d'un geai bleu qui ne cesse de sauter sur une branche, sûr qu'elle ne cassera pas. La musique se fait caresse, chants d'oiseaux, les voix rendent grâce en un cantique touchant. La dernière pièce est illuminée d'une ferveur intense, scandée par des répons évoquant une cérémonie qui célèbre la beauté du monde, des choses simples, lesquelles font prendre conscience au narrateur que « if I stepped out of my body i would break / into blossom » (Si je sautais hors de mon corps je commencerais / à fleurir) : vertige suicidaire, jubilation extatique ? La musique rend ce mouvement extatique avec une force confondante, superbe. 

   Pour moi aucun doute : le plus beau disque de 2019, et un des plus beaux de la décennie qui se termine !

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Paru en juillet 2019 chez New Amsterdam Records / 18 plages / 46 minutes environ

Pour aller plus loin :

- le disque en écoute et en vente sur bandcamp :

Programme de l'émission du lundi 30 décembre 2019

Machinefabriek & Aaron Martin : Wake / Wings in the Grass / Arms turn slowly (Pistes 1 à 3, 15'50), extraits de Seeker (Dronarium, 2017)

Christopher Cerrone : The Pieces That Fall to Earth (p. 1 à 7, 18'), extraits de The Pieces That Fall To Earth (New Amsterdam records, 2019)

Anne Chris Bakker : Petrichor / Wand / Interval (p. 1 à 3, 19'), extraits de Stof & Geest (Unkown Tone Records, 2019)

Programme de l'émission du lundi 20 janvier 2020

James Murray : Theseainsky (p. 3, 9'40), extrait de The Sea In the Sky (Voxxov Records, 2015)

Machinefabriek & Aaron Martin :  Seeker / A small crowd Points (Pistes 6 - 7, 10'30), extraits de Seeker (Dronarium, 2017)

Anne Chris Bakker : Stof & Geest / Traces (p. 6 - 7, 15'30), extraits de Stof & Geest (Unkown Tone Records, 2019)

Christopher Cerrone : The Naomi Songs (p. 8 à 11, 8'), extraits de The Pieces That Fall To Earth (New Amsterdam records, 2019)

Julia Wolfe : Some say (p. 1, 9'48), extrait de Steel Hammer (Cantaloupe Music, 2014)

27 décembre 2019 5 27 /12 /décembre /2019 18:00
Hommage à Vicky Chow, pianiste défricheuse des musiques d'aujourd'hui

 La pianiste canadienne Vicky Chow n'a pas froid aux yeux, ni aux doigts ! Originaire de Vancouver au Canada, elle travaille désormais à Brooklyn, pianiste en titre du Bang On A Can All-Stars, cette formation modulable mise en place par David Lang, Michael Gordon et Julia Wolfe pour interpréter les musiques des trois compositeurs et de bien d'autres contemporains. En quelques années, elle a inscrit à son répertoire des œuvres de John Cage, de Julia Wolfe, le Piano Counterpoint de Steve Reich, Surface Image  de Tristan Perich, récemment le Sonatra de Michael Gordon. Rien n'est trop difficile pour elle. Aussi à l'aise dans la virtuosité que dans l'émotion, elle aime se confronter aux compositions les plus novatrices, qui renouvellent l'approche du piano. La voici ci-dessous dans "The Arching Path" (2016) de Christopher Cerrone, un compositeur né en 1984 que je suis en train de découvrir. C'est un triptyque pour piano solo inspiré par un pont sur la rivière Basento dans la ville italienne de Potenza en Italie.

   La musique énergique, voire volcanique, de l'irlandais Donnacha Dennehy ne lui fait pas peur non plus. Elle affronte avec détermination "Stainless Staining", composé pour une autre pianiste formidable, Lisa Moore. Pour piano et sons enregistrés, elle donne à entendre un piano percussif. Les sons enregistrés sont des échantillons de piano, joués à la fois normalement et de l'intérieur de l'instrument, réaccordés pour fournir un spectre harmonique massif de cent harmoniques en sol dièse mineur. La pièce doit sa fascination à la masse d'harmoniques charriée dans une irrésistible pulsation - pas étonnant que Donnacha soit accueilli par des labels reichien et / ou languien (néologisme forgé à partir de David Lang, avec un "u" intercalé pour la prononciation française). Les martèlements étagés se chevauchant génèrent un climat frénétique et trépidant, mais non dénué d'un sfumato qui donne une dimension rêveuse assez imprévue à cette cavalcade farouche.