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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
N.B Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

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Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 18:02

   Fredito ne m'en voudra pas : son blog (helvelleshirsutes) figure maintenant dans mes liens (là, à gauche) sous la mention : "Un blog sobre et beau : photos, dessins, gouaches, textes, pour un retour à l'essentiel." Une attention au minuscule, à l'infime, qui me fait penser au recueil de Jacques Ancet, L'Imperceptible, paru en 1998 aux Éditions Lettres Vives, Collection Terre de poésie. Dont voici un extrait :

Comme à ce moment de l'aube,Reiko Imoto 1
où tout est là sans y être,
le souffle levé de l'air.
Quelque chose vient. C'est comme
la même voix de toujours,
celle qui parle sans parler.
On attend. On va savoir.
C'est comme presque le jour.
Les objets cherchent leur nom :
lessive, cuvette bleue.

 

En contrepoint, je vous livre ce texte de Frédito, posté sur son blog le 22 janvier de cette année :

           Menthes

Affreuses menthes blanches
S'élevant du port éteint
Comme des serpents secs

Bois aux molles branches
Pratiquant l'art très défunt
De plaire au varech

Improbables tranches,
Meute plus hirsute que le thym,
Que rien ne cornaque

Sous la longue manche
D'un ciel rêvant au matin
Vous faites une flaque

 

Et la musique, me direz-vous ? N'est-elle pas dans les mots, dans l'attention du regard ? De toute façon la voilà, Fredito l'aime, celle du mystérieux Peter Smith sur les photo-montages de Reiko Imoto. Celui-ci s'intitule "The Return of the forgotten girl" :

 

 

Pour aller plus loin :

- le site de Peter Smith, je l'ai débusqué ! Né en Angleterre, il écrit de la musique et crée des sons pour la télévision, l'animation, les arts visuels, aussi pour les entreprises, et ce depuis vingt-cinq ans. Il a quitté son pays dans les années 90 pour s'installer aux États-Unis quelques années avant de revenir à Londres et en Europe. Site riche en trouvailles, à fouiller...

- le site de la galerie où j'ai découvert Reiko et Peter Smith.(Vous y retrouverez la photographie ci-dessus.)

- Je connaissais Astérix chez les Helvètes : je viens de comprendre qu'il fallait lire Astérix chez les Helvelles. Les helvelles hirsutes, peuple redoutable...de champignons comestibles ! Cueillez-le, je vous l'offre !!helvsel1

30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 22:08

   En plein Stare Mesto, non loin des flux piétonniers de Prague, une ruelle d'un autre temps, oubliée. Une galerie s'y est installée. C'est là que je découvre Reiko Imoto, photographe japonaise née à Kobe, qui a étudié aux États-Unis et vit à Bruxelles. Ses photographies interrogent le temps, questionnent la réalité en dévoilant d'autres strates, d'autres perspectives. Prague, après tout, est à moins de cent kilomètres de Litomerice, la ville natale d'Alfred Kubin, dessinateur de génie et auteur de cet étonnant roman, L'Autre côté, paru en 1909, qu'il illustra lui-même.

   Je vous propose un photo-montage de Reiko, illustré par une musique de Peter Smith (que je n'ai pas identifié), musique parfaitement sinistre. Faites de beaux cauchemars...


Published by Dionys - dans inactuelles
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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 20:57

   Max Richter InfraMax Richter, pas encore sur Inactuelles ? Si ! En tant que fondateur, en 1989, du groupe Piano Circus, six pianos pour interpréter Steve Reich, Terry Riley, Michael Nyman et tous les grands noms du minimalisme et des alentours. Cet allemand qui a étudié en Grande-Bretagne vit désormais à Berlin, se consacre à une carrière solo véritablement commencée en 2004 avec The Blue Notebooks. J'écoute actuellement Infra, sorti en juin de cette année, et Songs from Before , de 2006. Dès le premier morceau de ce dernier, "Song", je crois entendre du Arvo Pärt : la pureté qui désarme, la joie poignante, la lenteur tintinnabulante, l'orgue ponctué de percussions étouffées, de cordes éthérées."Flowers for Yulia", c'est comme un lointain écho de "Tabula Rasa", du même Arvo : prière balbutiée, litanie de cendres blanches dispersées dans la neige, majesté de la déréliction...Puis le piano s'avance, seul, mélancolique et nu comme chez  Harold Budd, suivi d'un court poème de Haruki Murakami sur fond de pluie. "Ionosphere" ? Un interlude d'un peu plus d'une minute qui m'évoque le travail de Pierre-Yves Macé sur Passagenweg (Je sais, ce disque est postérieur !)...Vous vous inquiétez ? Ferais-je de Max Richter un plagiaire ? Sur le même disque, "Automne music 1", n'est-ce pas du Michael Nyman ? Nyman que l'on retrouve sur Infra avec le merveilleux "Infra 4", droit sorti de  Drowning by Numbers, musique pour le film de Peter Greenaway. Voilà encore Wim Mertens dans "Infra 3" et dans l'envoûtant "Infra 5", valse lancinante et frénétique... ou encore dans "Automn Music 2", difficile parfois de départager l'anglais Nyman et le belge Mertens, tant ils sont cousins ! Je comprends Max Richter. Imprégné de toutes ses musiques qu'il a tant interprétées ou écoutées, il les Max Richter Songs from beforerecompose pour nous, à dose homéopathique. Il sait que nous sommes des gens pressés : pas de longs titres (maximum inférieur à sept minutes, la majorité entre deux et quatre, parfois moins). Tout pour plaire, en somme, et je ne lui en veux pas, j'aime sa musique, et tant mieux si grâce à elle on découvre ses inspirateurs. Avez-vous vu Valse avec Bachir, le superbe film d'animation du réalisateur israélien Ari Folman ? Max Richter a signé la musique, une des plus belles musiques de film de ces dernières années. Le minimalisme peut enchanter le grand public. Je dois vous avouer quelque chose : si j'étais compositeur, je serais peut-être Max Richter, mon semblable, mon frère. Nous sommes tous  quelque peu des arlequins dans la société de surconsommation.

- Songs from Before : paru en 2006 chez FatCat / 12 titres / 37 minutes environ... seulement ? Ne mesurons pas le sublime avec des unités dérisoires...

- Infra : paru en 2010 chez FatCat / 13 titres / 40 minutes environ

À noter que ce dernier disque correspond à une musique conçue pour un ballet, ce qui explique aussi la brièveté des titres...? (J'ai pourtant vu une superbe chorégraphie sur l'intégrale de Music for Eighteen Musicians de Steve, pas loin d'une heure sans coupure.)

Pour aller plus loin

- le site officiel de Max Richter

- Max Richter sur MySpace

- Infra à écouter sur le site du label FatCat

- Un photo-montage à partir du titre "On the nature of Daylight"...dans Shutter Islands de Martin Scorcese. Il est partout, Max Richter !!!

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 18 octobre 2010

Coup de cœur :

 Antony and the Johnsons : Everything is new / Ghost (pistes 1 et 3, 7'45), extraits de Swanlights (Rough Trade, 2010)

Grande forme :

 Nico Muhly : Wonders (p.5 à 7), extraits de mothertongue (Brassland / Bedroom community, 2008)

Voix de femmes :

 Shannon Wright : Palomino / Violent colours (p.1-2, 7'), extraits de Secret Blood (Vicious Circle, 2010)

 Elastik : Clinik / Panik (p.3-8, 10'40), extraits de Metalik (Sounds Around Records, 2010)

 Olivia Pedroli : To be you / Bow (p. 4-1, 8'45), extraits de The Den (Betacorn / Dscograph, 2010) 

N.B Pas d'émission lundis 25 octobre et 1er novembre.

14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 15:08

Nico Muhly Mothertongue        Languemusique !

   Mothertongue, paru en 2008, est le second disque de Nico Muhly, ce jeune compositeur prodige qui nous a déjà valu l'excellent Speaks volumes, paru l'année d'avant sur le même label Bedroom Community / Brassland. C'est un véritable oratorio de voix venues de très loin, du plus profond de nous. Des voix-instruments, des voix-émotions.

   Le titre éponyme, qui se développe en quatre mouvements pour un total de dix-neuf minutes environ, se veut une archéologie de notre banque de souvenirs. Nico s'est sondé lui-même : en résultent deux pages pleines de nombres, adresses, noms d'états, liste de capitales des pays de l'Afrique de l'Ouest, numéros de téléphones, de sécurité sociale, codes, bref de tout ce qui nous constitue, se dépose au fond de notre mémoire. Harpe, hautbois, cordes, les claviers de Nico et la basse électrique de Valgeir Sigurdsson accompagnent la mezzo-soprano Abigail Fischer dans cette composition somptueuse que j'ai envie de qualifier de micro-reichienne. Pulse reichien en effet, balbutiements démultipliés, enchevêtrement des textures sonores qui magnifie les timbres grâce à une écriture d'une exceptionnelle précision et densité. L'élève, à l'évidence, égale le maître, voire le surpasse (Est-ce possible ?? Blasphème !) par la variété des effets, le sens de la surprise.

   "Wonders", trois mouvements pour quinze minutes, est tout aussi splendide, d'une inventivité débordante. Clavecin, céleste, claviers entourent le trombone et la voix de Helgi Hrafn. Si le point de départ est un madrigal de Thomas Weelkes (1575-1623), Nico Muhly subvertit sans cesse avec une virtuosité confondante la forme classique. Et ce trombone, boisé, profond, qui accompagne les peurs éprouvées par le voyageur circulant dans les climats extrêmes des environs de l'Islande que le texte évoque, quelle trouvaille ! Merveilles, merveilles ! Après les "New things & New tidings", voici le diable importunant un cocher, le morceau qui part en quenouille, envahi par le trombone, le clavecin harcelant. La complainte de l'évêque de Chichester contre le compositeur Weelkes, ivrogne et d'une attitude dégoûtante en présence des enfants, devient une méditation lancinante traversée de voix superposées, entrecroisées, polyphonie vertigineuse ponctuée par les accents puissants du trombone.

   Comme si tout cela ne suffisait pas, le disque se termine par "The only Tune", une chanson folk explosée, très inspirée par Three Tales, l'un des chefs d'œuvre de Steve Reich. La chanson a marqué Nico dans son enfance à cause du contraste entre la limpidité tranquille de la mélodie et la violence du texte, l'histoire de deux sœurs dont l'une pousse l'autre dans la rivière pour la noyer. La ratiocination minimaliste est parfaitement adaptée à ce récit traumatisant. L'ambiance hallucinée de l'ensemble, la déconstruction en restituent les tréfonds ténébreux avec le meunier repêchant le corps grâce à sa longue, longue gaffe ("with his long, long hook").

   Quel disque ! Ce coup de maître confirme le talent de ce jeune compositeur qui fait si bien son miel de tous ses souvenirs musicaux.

Paru en 2008 chez Brassland / Bedroom Community / 10 titres / 49 minutes

Pour aller plus loin

- Nico Muhly sur MySpace

- la page du label Brassland consacrée à l'album, très bien renseignée.

- De belles images pour le premier titre , "Archive" : vidéo un peu lente à charger...

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 11 octobre 2010

L'événement :

The Third Eye Foundation : Anhedonia / Standard deviation (p.1 & 2, 21'30), extraits de The dark (Ici d'ailleurs, 2010)  Sortie prévue le 8 novembre. Retrouvailles avec Matt Elliott, ce grand monsieur de la musique électronique et du folk sombre, très sombre...

Grande forme :

Nico Muhly : Mothertongue (p.1 à 4, 19'), extraits de mothertongue (Brassland / Bedroom community, 2008)

Vers l'Orient :

Natacha Atlas : Intro / Makaan / Bada Al Fair / Ghoroub (p.1-2-4-14, 10'), extraits de Mounqaliba (World village / harmonia Mundi, 2010) Je ne connaissais que de nom cette chanteuse belge d'une famille d'origine marocaine, qui a déjà une dizaine de disques à son actif, est célèbre notamment par la reprise de "Mon amie la rose" de Françoise Hardy. De l'Orient, il y a le chant arabe, l'orchestre très égyptien. De l'Occident, le piano, qui fournit de beaux interludes, deux textes en français, dont encore une reprise de F. Hardy.

8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 15:07

Duane Pitre est l'un des musiciens de référence de ce blog. Sa discographie reste hélas limitée, mais, ô joie, Origin vient de sortir en CD : une composition en cinq parties dont j'espère vous reparler bientôt. En attendant, une belle vidéo d'un extrait de "Koan Collage", traitements électroniques et sons acoustiques ou électro-acoustiques pré-enregistrés. Les visuels sont de Greg Hunt.

 

 

Pour mieux connaître Duane Pitre

- "Aux portes d'une nouvelle perception"

- "The Harmonic Series"

- Ses disques sont disponibles ici.

- Duane Pitre sur MySpace

 

Programme de l'émission du lundi 4 octobre 2010

Michael Fiday : Some rivers different (p.22, 8'30), extrait de some rivers different (Innova, 2009)

So Percussion / Matmos : Swamp (p.6, 6'55), extrait de Treasure state (Cantaloupe Music, 2010)

Le ciel brûle :

Agora Fidelio : Les métamorphoses / Il est des livres (p.1-2, 10'05), extraits de Les illusions d'une route : Barcelone (autoproduit, 2010) Premier d'un triptyque annoncé et quatrième album de ce groupe toulousain bien enflammé. De très beaux moments, et une évidente authenticité, émouvante.Kyle-Gann-Nude-rolling-down-an-escalator.jpg

Olivia Pedroli : The Day / House (p.2-9, 8'30), extraits de The Den (Betacorn / Discograph, 2010) Une Suissesse qui chante en anglais sans me faire hurler, pas si mal. Et puis une superbe mise en place, des accompagnements raffinés... avec le concours de Valgeir Sigurdsson, que je ne cesse de retrouver à tous les coins...des bons disques !

Grande forme :

Kyle Gann : Unquiet night (p.10, 16'20), extrait de Nude rolling down an escalator / Studies for disklavier (New World records, 2005) Un absolu.

30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 15:37

Laurie Anderson Homeland    Premier disque depuis 2002, Homeland marque le retour d'une artiste au plus haut. Laurie Anderson jette sur le monde, et plus spécialement les États-Unis, son pays, un regard incisif comme celui de son clone masculin Fenway Bergamot - apparence enfin dessinée de sa voix filtrée avec laquelle elle aime jouer depuis des années, qui nous scrute sur la pochette. Ce disque nous regarde, tranquillement, intensément, jusqu'au fond. La musique est d'une beauté sereine, épanouie, sculptée jusqu'aux moindres détails, informée par une pensée, une sensibilité, qui se disent dans la douceur, la délicatesse, et néanmoins une admirable fermeté. L'album développe et entrelace deux veines. L'une que l'on pourrait appeler politique, avec de grands textes qui observent le monde, débusquent ses faux-semblants, comme "Only an expert", qui revient malicieusement sur la prolifération des dits experts, "Another day in America", raconté par sa voix déformée, ou "Dark time in the revolution", qui pointe les contradictions d'un pays à la pointe de l'âge des machines où l'on enferme encore des hommes dans des cages (Mais à quoi peut-elle bien penser ?!). L'autre, avant tout lyrique, c'est-à-dire intime, personnelle, réflexions sur l'amour et notre passage sur terre. Sans solution de continuité entre les deux : sans pesanteur ou dogmatisme dans la première, sans mièvrerie ou affectation dans la seconde. Son violon glisse de l'une à l'autre. Sa voix chante, dit, murmure, caresse les mots, mieux que jamais. Avec elle, les mots comptent encore, clairs, audibles, portés vers nous par la vague musicale de mélodies magnifiques, d'arrangements subtils et surprenants interprétés par des amis et des musiciens rencontrés lors de ses multiples déplacements. On y trouve bien sûr parfois à la guitare Lou Reed, son mari depuis 2008, John Zorn au saxophone, Anthony pour deux parties vocales. Et puis la chanteuse Aidysmaa Koshkendey et deux joueurs d'igil, sorte de vièle à archet à deux cordes, tous les trois du groupe Chirgilchin, originaire de Tuva, une république ex-soviétique frontalière de la Mongolie. Elle les a vus et entendus à New-York. Enthousiasmée par leur musicalité, les nouveaux sons entendus, elle a décidé de les associer au projet Homeland, qui s'est construit au fil de ses tournées. Cela donne au premier titre, "Transitory Life", une résonance extraordinaire. On peut penser aux étonnantes réussites de Jocelyn Pook sur l'album Untold Things (2001) ou pour la bande originale de Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick. Voix de gorge d'Aidysmaa, praticienne du chant diphonique, graves profonds et ronronnants des igils, violon frémissant de Laurie, alto et claviers, créent un paysage sonore dépaysant sur lequel la voix fragile de Laurie, entre dit-chanté et chant, évolue avec une grâce suave, une gravité si douce qu'elle envoûte l'auditeur. On nous a rarement traité avec tant d'égards. Quatre couplets en forme de vignettes et un refrain pour nous rappeler notre condition humaine, notre vie transitoire (Laurie se définit comme une nomade).

   C'est toujours risqué de commencer par un chef d'œuvre comme celui-ci. "My right eye" capte pourtant notre attention : " Concentration. Vide ton esprit. / Laisse le reste du monde s'en aller. / Retiens ton souffle. Retiens ton souffle. Ferme tes yeux // Rochers et pierres. Os brisés. / Toute chose finit par revenir à son origine. / Dans la nuit. Dans la nuit. // S'il te plaît pardonne-moi si je tombe un peu à côté du but. / Mais il y a encore des choses enfouies dans mon cœur, silence. / Arrête-toi mon cœur, arrête-toi. Puis disparais. Puis disparais." Percussion légère du cœur, mots prononcés à peine, glissandi des cordes, claviers éthérés : admirable délicatesse. L'enchantement continue. À quoi bon continuer la revue ? Si l'on excepte "Only an Expert" au texte fort mais à la partie musicale plus heurtée, dissonante, peut-être un peu long avec un refrain à mon sens plus grossier (en ce sens adapté au sujet !), l'album est d'une tenue superbe. Qui d'autre que Laurie pourrait réussir "Another Day in America", véritable poème en prose, hymne bouleversant à ce pays fascinant et agaçant, au si beau refrain : "Et ah ces jours. Tous ces jours ! Pourquoi ces jours ? / Pour nous éveiller. Pour mettre entre les nuits interminables."

   Me relisant, je m'aperçois que je n'ai rien dit de "The Beginning of Memory": une histoire immémoriale, un mythe passionnant qui nous propulse très loin, qui donne la distance nécessaire pour embrasser ce parcours dans les différentes strates du réel et de l'imaginaire, avant le "Flow" final, solo dépouillé, poignant, pour violon.

  Un sommet entre pop, ambiente, expérimentale et musique du monde. Par une artiste, une grande.

Paru chez Nonesuch en 2010 / 12 titres / Environ 66 minutes. accompagné d'un DVD (pas encore regardé...).

 

Pour aller plus loin

- le site officiel de Laurie Anderson

- Laurie Anderson, page du label Nonesuch, avec l'abum en écoute.

- le site du groupe Chirgilchin

- une vidéo à partir du titre 8, "Bodies in motion", dont je n'ai pas parlé : pas le meilleur, mais très bien tout de même (un peu trop de redites à mon goût...).

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 27 septembre 2010

Les modules fleurissent...

Un zeste de rock :

Drive-By Truckers : After the scene dies / You got another (pistes 9-6, 9' 24), extraits de The Big To-Do (Pias, 2010) Disque qui vaut plus pour le livret que pour la musique, sans grande surprise. Faut bien s'amuser !

Laurie Anderson : Thinking of You / Strange Perfumes (p.3-4, 9' ), extraits de Homeland (Nonesuch, 2010)

Grande forme :

Glenn Branca : Mouvement within (p.4, 16' 41), extrait de Renegade Heaven (Cantaloupe Music, 2000) Un des excellents albums de Bang On A Can ! Et puis l'occasion de mentionner ce guitariste et compositeur, l'un des musiciens icôniques de la no wave apparue à la fin des années 70 à New York. Une composition comme une coulée de lave, un monolithe parcouru de torsions en perpétuelles métamorphoses...

Aux marges du silence :

Michael Fiday : 7 haïku (sur un cycle de 9, p.1 à 7, ± 7' ), extraits de Same rivers different (Innova, 2009)

Réécoute :Hans Otte Das Buch des Klänge

Hans Otte : III (p.3, 6' 19), extrait de Das Buch der Klänge (ECM New Series, 1999)

Un des disques que j'emmènerais sur une île déserte, comme on dit. Hommage au compositeur et au pianiste Herbert Henck, à qui je dois de belles découvertes.

  Avis aux lecteurs : Un disque neuf (et un excellent, de surcroît, de Michael Harrison : voyez si cela peut vous faire plaisir)..) offert au premier qui postera un commentaire sur cet article. Il faudra me communiquer vos coordonnées postales par le biais du formulaire "Contact" en bas de cette page. C'est sérieux, c'est possible grâce au soutien d'un lecteur qui partage souvent mes choix. Merci Dom !

23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 15:26

 Michael Fiday Same rivers differentSorti en 2009 chez Innova Recordings, label du Forum des Compositeurs américains, Same rivers different est le premier enregistrement entièrement consacré à Michael Fiday, compositeur né en 1961 que j'avais repéré grâce au disque du guitariste Seth Josel, The Stroke that killsÉlève notamment de George Crumb et de Louis Andriessen, il se caractérise par son écriture dense, quasi aphoristique : ses compositions sont des calligraphies musicales fondées sur un geste tout à la fois économe et expressif.

  Le disque s'ouvre avec neuf haïkus d'après Bashô  grand maître japonais du dix-septième siècle de cette forme lapidaire (5-7-5 syllabes). Cycle pour piano et flûte daté de 2005, l'ensemble vaut par sa nervosité délicate et ferme. De  trente-trois secondes à trois minutes et huit secondes, les pièces se déploient en jouant avec brio du contrepoint entre la flûte mélodieuse aux traits rapides et le piano percussif  plus intériorisé. Une merveille de précision, de justesse. "Hands On !", composition plus ancienne de 1993, interprétée par le Mantra Percussion Quartet, allie rigueur et légèreté tout en progressant vers un impalpable mystère. "Dharma Pops"  est un double hommage à Jack Kerouac, dont certains haïkus de son "Livre des Haïkus" sont mis en musique, et à Charlie Parker, parfait musicien et image de Bouddha selon le poète de la Beat Generation. Cela donne douze miniatures pour les deux violons de Graeme Jennings et Carla Kihlstedt et un narrateur : pièces arachnéennes tissées sur le silence autour des mots rares, une série de petits miracles étincelants. Le morceau éponyme est interprété par le percussionniste Christopher Froh : huit minutes trente emportées par le flux, le pulse d'une rivière tantôt calme, tantôt plus impétueuse, mais toujours transparente, dont le mouvement est donné par le vibraphone, combiné avec des percussions boisées ou métalliques. Le morceau est inspiré de fragments de textes du philosophe présocratique Héraclite : " Dans les mêmes rivières se mélangent différentes eaux qui se dispersent, se rassemblent, se réunissent et coulent ensemble, proches et séparées." Très grand moment de ferveur intériorisée. La "Protest Song" qui suit, d'après un texte du poète américain Peter Gizzi, parvient à échapper aux clichés qui collent à la musique contemporaine chantée. Le chant de la mezzo soprano reste mélodieux, se fond parfaitement dans le climat recueilli créé par le violon, la basse, la clarinette et le piano. Beau texte d'ailleurs, composé de cinq distiques qui énumèrent tout ce que ce chant de protestation n'est pas plutôt que de le définir. Le disque se termine avec une vaste pièce de plus de quinze minutes pour piano et percussion. "Automotive Passacaglia", titre emprunté à un essai de Henry Miller, déploie ses variations avec une labilité confondante : morceau à métamorphoses, d'une intensité splendide, qui nous invite, comme Kerouak ou Bashô, à prendre la route pour atteindre l'essentiel.

24 titres / 1 heure / Paru chez Innova Recordings en 2009.

Pour aller plus loin

- le site de Michael Fiday

- Voici deux des haïkus parus sous le titre "Dharma Pops":

Les gouttes de pluie

Ont beaucoup de personnalité :

Chacune d'entre elles.

--------------------------------

Inutile ! Inutile !

- Lourde pluie tombant

Sur la mer.

Programme de l'émission du lundi 20 septembre 2010

Deux nouveaux modules :

Textes, vous avez dit textes ? Intitulé clair, mais dont je ne suis pas encore satisfait...

Le ciel brûle consacré aux incandescences, aux incendies électriques. Du post rock aux musiques industrielles. Le titre est emprunté à la poétesse russe Marina Tsvétaïeva.

So Percussion / Matmos : Needles / Water (pistes 3-4, 13' 01), extraits de Treasure State (Cantaloupe Music, 2010)

Textes, vous avez dit textes ? :

Laurie Anderson : Dark time in the revolution (p.9, 5' 15), extrait de Homeland (Nonesuch, 2010)

Réécoute / Grande forme :

Scott Walker : Cossacks are (p.1, 4' 31)Scott Walker The Drift

                                   Clara (p.2, 12' 44), extraits de The Drift (4AD, 2006)

Un disque extraordinaire de ce chanteur et musicien né en 1943 à Cleveland, qui se fit connaître en Angleterre avec le trioThe Walker Brothers et ses adaptations anglaise de chanson de Jacques Brel. The Drift est un album atypique, absolument hanté (y rôdent notamment les fantômes de benito Mussolini -justement dans Clara, et d'Elvis Presley). Les arrangements sont somptueux, et la voix de Scott envoûtante...Il faudrait que je revoie le classement de mes disques 2006 : en nette hausse !

Avec une vidéo à partir du premier titre :

 

 


Le ciel brûle :

Russian Circles : Fathom / Geneva (p.1-2, 10' 45), extraits de Geneva (Suicide Squeeze Records, 2009)

La boucle se referme :

Glenn Kotche : Fantasy on a Shona Theme (p.8, 4' 06), extrait de Mobile (Nonesuch, 2006)

17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 14:37

So Percussion Matmos Treasure State  Prenez un quatuor avant-gardiste de percussionnistes, interprète des musiques de Steve Reich, David Lang et d'autres. Ajoutez un duo de musique électronique très porté sur la musique concrète, qui a travaillé avec Björk sur deux albums de référence, Vespertine (2001) et Medúlla (2004). Laissez mijoter dans un studio du Montana, l'état du Trésor. Vous obtenez, sidérés, Treasure State, paru chez Cantaloupe Music, le label fondé par David Lang, Michael Gordon et Julia Wolfe.

   Le parti-pris de So Percussion et de Matmos est de tirer le plus possible leurs sons d'objets, de matériaux du quotidien ou de matières élémentaires : seaux d'eau, céramiques, cannettes de bière en aluminium, bidons de peinture, aiguilles de cactus (voyez la pochette !). Trois titres sont  signés par Matmos, deux par So Percussion, deux sont co-signés, et le dernier, le sixième des huit, est une improvisation de presque sept minutes. Loin d'être difficile, inaudible, le disque est limpide, magnifique, passionnant de bout en bout, autant le dire tout de suite.

  "Treasure" ouvre le bal, facétieux comme un morceau du divin Gong, mêlant glockenspiel,  vibraphone, percussions caquetantes et cris d'animaux en folie, sitar, guitare électrique de Mark Lightcap (du groupe Acetone). On est dans une sorte de fantaisie hawaïenne, polynésienne qui s'échoue en douceur sur les notes du grand piano. Signé So Percussion, "Water" est une composition d'une beauté sereine, l'un des titres inoubliables de l'album. À partir des sons d'un seau d'eau qu'on remplit, retraités électroniquement, et qui rythment les sept minutes de la pièce, les musiciens développent un hymne aux boucles cristallines parsemé de douces phrases lointaines de trompette. Une courte pause après le milieu, puis la musique repart, lyrique, gorgée par la trompette plus en avant, dans un mouvement perpétuel aux multiples couches sonores terminé par des clapotis  et crissements. Le morceau suivant, "Needles",  est entièrement conçu à partir de sons amplifiés  et traités d'aiguilles de cactus caressées ou frappées par les musiciens. Cela donne une pâte sonore étrange agitée de battements, parcourue de frémissements liquides. Dépaysement garanti ! "Cross", signé Matmos, est d'un dynamisme parfois sauvage à base de sons grinçants de guitare électrique, de textures entrelacées, trépidantes, à la manière du free jazz. Le disque, qui joue sur des contrastes hardis, propose ensuite le médiatatif "Shard", évidemment signé So Percussion : pièce sculptée au millimètre, aux limites de l'audible dans un premier temps, sur beau tapis de vibraphone, et beaucoup à partir de céramiques manipulées en particulier par cet étonnant Dan Trueman qui retraite les sons produits avec ses propres logiciels. Au fil de la composition surgit une véritable jungle sautillante, comme si une multitude de gnomes frappaient d'improbables fûts minuscules pour nous emprisonner dans une forêt magique. Extraordinaire et jubilatoire ! Et ce n'est pas fini, car "Swamp", improvisation collective, démarre dans une atmosphère extatique, dépouillée, se charge peu à peu de cactus percussifs (si j'ose dire !), mêle eau et céramiques pour un cérémonial mystérieux : l'atmosphère est glauque, un vrai marécage en effet, habité. "Aluminium" est peut-être le titre le plus électronique, strié de vibraphones, animé de bondissements, de fourmillements. Une guitare, tiens une guitare, seule, au début de "Flame", puis, en plus des instruments déjà mentionnés (je ne les ai pas tous cités), une phono-harp inventée par Walter Kitundu, tout cela pour une atmosphère festive et débridée. Réjouissons-nous !

   Un des grands disques de cette année 2010.

Paru chez Cantaloupe Music / 8 titres / 49 minutes...de bonheur. Et de ravissantes illustrations de Robert Syrett.

Pour aller plus loin

- So Percussion et David Lang

- le site de So Percussion. (en écoute : des extraits de leur version de  Drumming de Steve Reich, etc.)

- le site de Matmos.

- Les musiciens en studio interprètent "Water" :