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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 20:04

Antony-and-the-Johnsons-Swanlights.jpg

   Mystère d'envols  

   Dès les premières notes, l'émotion, intense. La voix, le piano, tout est nouveau, les tâtonnements dans le recueillement du dit, every/ everything/ everything is new, la harpe s'ajoute au piano, la voix s'élance sur le vide, s'enroule et coule dans la volupté du mélisme accompagnée des cordes, de la guitare plus tard. Une envolée somptueuse, et folle, un hymne vibrant à la vie. C'est le premier titre de Swanlights, le quatrième disque d'Antony Hegarty et de son groupe, autrement dit d'Antony and the Johnsons. On sait qu'il sera difficile de rester à une telle hauteur, et j'avoue ma surprise à lire toutes ces chroniques qui prétendent que l'album ne commencerait vraiment qu'avec le titre éponyme, le sixième de l'album. Antony évolue d'album en album, s'affirme comme un vrai compositeur, et pas seulement de chansons. Ne l'enfermez ni dans la pop, ni ailleurs ! Antony est un artiste à part entière, un vrai musicien qui cherche en s'entourant d'autres musiciens et compositeurs de talent, comme je le signalais dans l'article consacré à Another World.

  Antony and the Johnsons Swanlights Le second titre, "The Great White Ocean",  est émouvant dans sa simplicité quasi folk, voix-guitare sèche et un fond lointain de cordes pour une histoire qu'on peut relier avec l'ours blanc ensanglanté de la pochette, un aurevoir à toute la famille. Co-signé par le génial Nico Muhly, "Ghost" réalise l'accord idéal entre la voix de contre-ténor ou de haute-contre d' Antony ( ce sont bien sûr des approximations) et le piano caracolant, les cordes caressantes : il s'agit d'ouvrir le ciel, de partager sa peau comme le serpent convoqué dans cette incantation vibrante. Comprenez bien que l'horizon d'Antony, c'est aussi celui de la mélodie, du lied.., ce qui n'exclue pas hélas un titre plus facile comme "I'm in Love", envahi par des répétitions stériles. Suit un délicieux intermède pour cordes et piano, "Violetta", à la grâce mystérieuse. Le titre éponyme commence comme certains morceaux de Robert Wyatt, murmures fondus dans le lent tournoiement sonore du piano et des cordes glissandi, puis la voix se détache, décolle, se dédouble dans un halo suspendu sur un mur électrique animé de courtes saccades et traversé d'éclairs de guitare, le piano repart, emporte le morceau vers sa disparition, véritable évaporation à l'image de ce que suggère le titre, avec ce néologisme de "Swanlights", splendide trouvaille pour évoquer le rayon de lumière émis par un esprit au moment de quitter un corps. Lumières du cygne, cygne-lumières, juste avant le bouleversant "The Spirit Was Gone", thrène admirable, tremblé dans les harmoniques du piano et de lointaines cordes qui s'approchent. Là, les répétitions ne sont pas agaçantes ou synonymes de faiblesse d'écriture, elles sont signifiantes, "it's hard to understand", la plainte se retourne en elle-même, dérisoire annulation du temps mortifère. L'ondulant "Thank you for your love" prend des teintes cuivrées, ronflantes, sorte d'hymne affolé après le désolé titre précédent. La construction soignée de l'album devient de plus en plus évidente, Antony alternant tensions sublimes et relâchements presque triviaux. Co-signé et co-interprété par Björk, "Flétta" est un duo lumineux ponctué de pauses très douces, intimes, servi par un piano tour à tour introspectif et endiablé. "Salt silver Oxygen" commence de manière primesautière, « The flying horse carries me across the sky », fait se succéder des images étonnantes - notamment celle d'un Christ devenu femme, dansant avec son cercueil, tandis que l'orchestre, d'abord léger, entame une marche ponctuée par le trombone, s'envole et se dissout...Le disque se referme avec un autre chef d'œuvre,  "Christina's farm", dont les paroles font écho au premier titre : « everything was new / every sock and shoe / my face and your face tenderly renewed ». Le piano, avec son martèlement obstiné, est encore pour beaucoup dans l'extraordinaire beauté de ce morceau lyrique. Le chant d'Antony y est à son plus haut niveau, dépouillé des tics qui agacent tant certains : plein, recueilli, suave comme il sait l'être, la modulation comme caresse de l'ineffable. « i awoke to find a whiteness inside / everything did shine, slyly, from each body ». Tout brille en effet après le passage de cette voix archangélique qui tutoie l'au-delà des apparences.

Paru chez  Secretly canadian / 11 titres / 43 minutes

Mes titres préférés : Everything is new / Ghost / Violetta / Swanlights / The Spirit was Gone / Flétta /  Salt siver Oxygen / Christina's farm // Presque tout, en somme...

Pour aller plus loin

- une fausse vidéo du dernier titre :

 

 

- le site officiel d'Antony


Programme de l'émission du lundi 15 novembre 2010

La Pop dans tous ses états :

 Shannon Wright : Dim reader / On the riverside / Commoners saint (pistes 4 à 6, 9'30), extraits de Shannon-Wright-Secret-Blood.jpgSecret Blood (Vicious circle, 2010) Décidément une chanteuse que j'aime bien. Sur scène, invisible derrière ses mèches, énergie électrique. Mieux encore sur disque, car on entend le piano et les autres instruments, recouverts par la basse en concert.

  Antony and The Johnsons : Swanlights / The Spirit was gone / Flétta (p.6-7-9, 14'), extraits de Swanlights (Rough Trade, 2010)

 Valgeir Sigurdsson : Grylukvaedi / Dreamland (p.1-2, 8'30), extraits de Draumalandid (Bedroom Community, 2010)

Le ciel brûle :

 Kafka : Rewind part 1 & 2 (p.3-4, 11'), extraits de Geografia (Pyromane Records, 2010) Comme on le voit, un label qui porte bien son nom !

13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 16:50

Steve Reich Double Sextet 2x5    Le Triomphe d'Éros

   Certains attendent de Steve Reich qu'il révolutionne le monde musical à chacune de ses œuvres. Ne nous a-t-il pas donné de mauvaises habitudes ? L'aventure commence dans les années 65-66, avec ses premières pièces pour bande magnétique, It's Gonna Rain et Come Out. Depuis, Steve n'a pas cessé de frapper fort : Drumming (1971), immense composition percussive influencée par ses études au Ghana ; l'étourdissant Six Pianos (1973), pour lequel Max Richter fonde l'ensemble du même nom ; Music for Eighteen Musicians (1976), monolithe de presqu'une heure et sommet de la transe reichienne ; Tehillim (1981), lié à ses études de la cantilation hébraïque, instruments et chant convergeant dans une psalmodie à nulle autre pareille ; Desert Music (1984), splendide rencontre avec la poésie de William Carlos Williams (1883-1963) ; Electric Counterpoint (1987), interprétée par le guitariste Pat Metheny ; Different Trains (1988), interprétée par le Kronos Quartet, dans laquelle pour la première fois des fragments d'entretiens (avec les témoins des voyages ferroviaires dans l'Amérique des années 40 -qui ne sont pas sans évoquer d'autres sinistres trains, européens ceux-là ) sont traités comme des parties instrumentales, un monument de cette fin de vingtième siècle ; City Life (1995), qui échantillonne les bruits de la ville moderne pour les intégrer aux sonorités acoustiques de l'ensemble instrumental ; Three Tales (2003), fulgurante traversée du vingtième siècle synthétisé pourrait-on dire en trois moments technologiques ("Hindenburg" / "Bikini" / "Dolly") ; 2005, c'est le magnifique Cello Counterpoint interprété par Maya Beiser ; 2008, les  Daniel Variations... et j'en oublie, en partie (in)volontairement !

   Les deux compositions réunies sur ce nouveau disque paru chez Nonesuch ont en commun d'utiliser une technique à laquelle Steve recourt régulièrement depuis Electric counterpoint : le ou les musiciens jouent contre une bande qu'ils ont préalablement enregistrée. Effet de miroir qui favorise les jeux de variations, au centre de sa musique de contrepoint. Steve précise toutefois que les œuvres peuvent être interprétées en concert par deux sextets et deux quintettes. Lorsqu'on lui a demandé d'écrire une pièce pour l'ensemble Eighth Blackbird, soit une flûte, une clarinette, un violon, un violoncelle, un vibraphone et un piano, Steve a d'abord refusé, arguant qu'il travaillait plutôt pour des paires ou des multiples d'instruments identiques, plus pratiques pour produire les canons à l'unisson. Par contre 2x5, interprété par Bang On A Can, s'inscrit dans la lignée des interprétations de ce groupe fondé par Julia Wolfe, David Lang et Michael Gordon pour interpréter la nouvelle musique américaine, hybride passionnant d'une écriture contemporaine rigoureuse -très marquée par les minimalistes bien sûr, et d'un esprit rock, énergique et ouvert à toutes les expérimentations. Bang On A Can n'a cessé de rendre hommage à Steve, qui inspire des musiciens très divers un peu partout, en saluant et servant l'énergie qui innerve sa musique. En retour, le compositeur signe une composition faite pour un groupe rock. Un percussionniste, David Cossin, qui joue notamment avec Glenn Kotche (tiens, je n'ai encore rien écrit sur ce musicien, déjà diffusé à plusieurs reprises...), Evan Ziporyn, polyinstrumentiste et compositeur au piano, Robert Black à la basse électrique, Mark Stewart et Bryce Dessner, - ce dernier noyau du groupe The National, aux guitares électriques : j'énumère les musiciens pour montrer que Steve est incontournable. Leur interprétation de 2x5 est radieuse : on entend chaque note avec une incroyable précision. La machine pulsante avance dans la double lumière des guitares, sous la houlette de la basse électrique et du piano, très percussif comme d'habitude, le percussionniste n'ayant pas le rôle moteur.. L'écriture est ramassée, d'une superbe densité, tranchante et légère. Ce qui me frappe toujours plus chez Steve, c'est son économie, rigoureuse, sa sérénité. Sa musique tourne le dos à la mélancolie, car elle est célébration continuée de l'instant propulsé vers l'avenir. Le pulse reichien est au fond la traduction musicale d'un culte de l'énergie d'essence érotique, ou religieuse comme je l'écrivais à propos des Daniel Variations, et il suffit de relire le Cantique des Cantiques pour comprendre que les deux sont loin de s'exclure. Toute composition chez lui vise l'orgasme : Fast / Slow / Fast, démarcation des indications pour les sonates bien sûr, mais aussi mouvement physiologique et schème mystique. Cette musique qui a horreur du vide, qui joue du contrepoint et de l'unisson, chante la Vie pleine, la vie des corps en fusion, la vie des esprits en quête d'Unité. Et ce n'est pas le magnifique Double Sextet qui ouvre le disque qui me fera dire le contraire. Écoutez-le à fort volume, intensément. Il est la foudre et le vent, la caresse et le discernement, le transport et la saisie très douce. Musique de rapt et d'envol, de ravissement et de si pure joie, miracle d'Eros juché sur les épaules d'Apollon. Je ne connais aucune musique plus solaire. Animée d'un irrésistible élan, elle semble répondre à un merveilleux appel, court vers l'Absolu sans réticence pour y jouir, infiniment plus encore qu'en chemin déjà où elle irradiait d'aise et d'émoi.

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Paru chez Nonesuch /Deux compositions / Six plages / 43 minutes

Pour aller plus loin

- une (fausse) vidéo permettant d'écouter le premier mouvement du Double Sextet :

 

 

Programme de l'émission du lundi 8 novembre 2010

Max Richter : Song / Flowers for Yulia (Pistes 1 et 2, 11'05), extraits de Songs from Before (FatCat, 2006)

                                  Infra 3 / Journey 2 / Journey 3 (p.4 à 6, 8'), extraits de Infra (FatCat, 2010)

Grande forme :

 Steve Reich : Double Sextet (p.1 à 3, 23'), extraits de Double Sextet / 2x5 (Nonesuch, 2010)

Psychoangelo : Pipe Dream in Silver (p.3, 7'56), extrait de Panauromni (Innova, 2010)

Published by Dionys - dans Steve Reich
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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 18:02

   Fredito ne m'en voudra pas : son blog (helvelleshirsutes) figure maintenant dans mes liens (là, à gauche) sous la mention : "Un blog sobre et beau : photos, dessins, gouaches, textes, pour un retour à l'essentiel." Une attention au minuscule, à l'infime, qui me fait penser au recueil de Jacques Ancet, L'Imperceptible, paru en 1998 aux Éditions Lettres Vives, Collection Terre de poésie. Dont voici un extrait :

Comme à ce moment de l'aube,Reiko Imoto 1
où tout est là sans y être,
le souffle levé de l'air.
Quelque chose vient. C'est comme
la même voix de toujours,
celle qui parle sans parler.
On attend. On va savoir.
C'est comme presque le jour.
Les objets cherchent leur nom :
lessive, cuvette bleue.

 

En contrepoint, je vous livre ce texte de Frédito, posté sur son blog le 22 janvier de cette année :

           Menthes

Affreuses menthes blanches
S'élevant du port éteint
Comme des serpents secs

Bois aux molles branches
Pratiquant l'art très défunt
De plaire au varech

Improbables tranches,
Meute plus hirsute que le thym,
Que rien ne cornaque

Sous la longue manche
D'un ciel rêvant au matin
Vous faites une flaque

 

Et la musique, me direz-vous ? N'est-elle pas dans les mots, dans l'attention du regard ? De toute façon la voilà, Fredito l'aime, celle du mystérieux Peter Smith sur les photo-montages de Reiko Imoto. Celui-ci s'intitule "The Return of the forgotten girl" :

 

 

Pour aller plus loin :

- le site de Peter Smith, je l'ai débusqué ! Né en Angleterre, il écrit de la musique et crée des sons pour la télévision, l'animation, les arts visuels, aussi pour les entreprises, et ce depuis vingt-cinq ans. Il a quitté son pays dans les années 90 pour s'installer aux États-Unis quelques années avant de revenir à Londres et en Europe. Site riche en trouvailles, à fouiller...

- le site de la galerie où j'ai découvert Reiko et Peter Smith.(Vous y retrouverez la photographie ci-dessus.)

- Je connaissais Astérix chez les Helvètes : je viens de comprendre qu'il fallait lire Astérix chez les Helvelles. Les helvelles hirsutes, peuple redoutable...de champignons comestibles ! Cueillez-le, je vous l'offre !!helvsel1

30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 22:08

   En plein Stare Mesto, non loin des flux piétonniers de Prague, une ruelle d'un autre temps, oubliée. Une galerie s'y est installée. C'est là que je découvre Reiko Imoto, photographe japonaise née à Kobe, qui a étudié aux États-Unis et vit à Bruxelles. Ses photographies interrogent le temps, questionnent la réalité en dévoilant d'autres strates, d'autres perspectives. Prague, après tout, est à moins de cent kilomètres de Litomerice, la ville natale d'Alfred Kubin, dessinateur de génie et auteur de cet étonnant roman, L'Autre côté, paru en 1909, qu'il illustra lui-même.

   Je vous propose un photo-montage de Reiko, illustré par une musique de Peter Smith (que je n'ai pas identifié), musique parfaitement sinistre. Faites de beaux cauchemars...


Published by Dionys - dans inactuelles
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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 20:57

   Max Richter InfraMax Richter, pas encore sur Inactuelles ? Si ! En tant que fondateur, en 1989, du groupe Piano Circus, six pianos pour interpréter Steve Reich, Terry Riley, Michael Nyman et tous les grands noms du minimalisme et des alentours. Cet allemand qui a étudié en Grande-Bretagne vit désormais à Berlin, se consacre à une carrière solo véritablement commencée en 2004 avec The Blue Notebooks. J'écoute actuellement Infra, sorti en juin de cette année, et Songs from Before , de 2006. Dès le premier morceau de ce dernier, "Song", je crois entendre du Arvo Pärt : la pureté qui désarme, la joie poignante, la lenteur tintinnabulante, l'orgue ponctué de percussions étouffées, de cordes éthérées."Flowers for Yulia", c'est comme un lointain écho de "Tabula Rasa", du même Arvo : prière balbutiée, litanie de cendres blanches dispersées dans la neige, majesté de la déréliction...Puis le piano s'avance, seul, mélancolique et nu comme chez  Harold Budd, suivi d'un court poème de Haruki Murakami sur fond de pluie. "Ionosphere" ? Un interlude d'un peu plus d'une minute qui m'évoque le travail de Pierre-Yves Macé sur Passagenweg (Je sais, ce disque est postérieur !)...Vous vous inquiétez ? Ferais-je de Max Richter un plagiaire ? Sur le même disque, "Automne music 1", n'est-ce pas du Michael Nyman ? Nyman que l'on retrouve sur Infra avec le merveilleux "Infra 4", droit sorti de  Drowning by Numbers, musique pour le film de Peter Greenaway. Voilà encore Wim Mertens dans "Infra 3" et dans l'envoûtant "Infra 5", valse lancinante et frénétique... ou encore dans "Automn Music 2", difficile parfois de départager l'anglais Nyman et le belge Mertens, tant ils sont cousins ! Je comprends Max Richter. Imprégné de toutes ses musiques qu'il a tant interprétées ou écoutées, il les Max Richter Songs from beforerecompose pour nous, à dose homéopathique. Il sait que nous sommes des gens pressés : pas de longs titres (maximum inférieur à sept minutes, la majorité entre deux et quatre, parfois moins). Tout pour plaire, en somme, et je ne lui en veux pas, j'aime sa musique, et tant mieux si grâce à elle on découvre ses inspirateurs. Avez-vous vu Valse avec Bachir, le superbe film d'animation du réalisateur israélien Ari Folman ? Max Richter a signé la musique, une des plus belles musiques de film de ces dernières années. Le minimalisme peut enchanter le grand public. Je dois vous avouer quelque chose : si j'étais compositeur, je serais peut-être Max Richter, mon semblable, mon frère. Nous sommes tous  quelque peu des arlequins dans la société de surconsommation.

- Songs from Before : paru en 2006 chez FatCat / 12 titres / 37 minutes environ... seulement ? Ne mesurons pas le sublime avec des unités dérisoires...

- Infra : paru en 2010 chez FatCat / 13 titres / 40 minutes environ

À noter que ce dernier disque correspond à une musique conçue pour un ballet, ce qui explique aussi la brièveté des titres...? (J'ai pourtant vu une superbe chorégraphie sur l'intégrale de Music for Eighteen Musicians de Steve, pas loin d'une heure sans coupure.)

Pour aller plus loin

- le site officiel de Max Richter

- Max Richter sur MySpace

- Infra à écouter sur le site du label FatCat

- Un photo-montage à partir du titre "On the nature of Daylight"...dans Shutter Islands de Martin Scorcese. Il est partout, Max Richter !!!

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 18 octobre 2010

Coup de cœur :

 Antony and the Johnsons : Everything is new / Ghost (pistes 1 et 3, 7'45), extraits de Swanlights (Rough Trade, 2010)

Grande forme :

 Nico Muhly : Wonders (p.5 à 7), extraits de mothertongue (Brassland / Bedroom community, 2008)

Voix de femmes :

 Shannon Wright : Palomino / Violent colours (p.1-2, 7'), extraits de Secret Blood (Vicious Circle, 2010)

 Elastik : Clinik / Panik (p.3-8, 10'40), extraits de Metalik (Sounds Around Records, 2010)

 Olivia Pedroli : To be you / Bow (p. 4-1, 8'45), extraits de The Den (Betacorn / Dscograph, 2010) 

N.B Pas d'émission lundis 25 octobre et 1er novembre.

14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 15:08

Nico Muhly Mothertongue        Languemusique !

   Mothertongue, paru en 2008, est le second disque de Nico Muhly, ce jeune compositeur prodige qui nous a déjà valu l'excellent Speaks volumes, paru l'année d'avant sur le même label Bedroom Community / Brassland. C'est un véritable oratorio de voix venues de très loin, du plus profond de nous. Des voix-instruments, des voix-émotions.

   Le titre éponyme, qui se développe en quatre mouvements pour un total de dix-neuf minutes environ, se veut une archéologie de notre banque de souvenirs. Nico s'est sondé lui-même : en résultent deux pages pleines de nombres, adresses, noms d'états, liste de capitales des pays de l'Afrique de l'Ouest, numéros de téléphones, de sécurité sociale, codes, bref de tout ce qui nous constitue, se dépose au fond de notre mémoire. Harpe, hautbois, cordes, les claviers de Nico et la basse électrique de Valgeir Sigurdsson accompagnent la mezzo-soprano Abigail Fischer dans cette composition somptueuse que j'ai envie de qualifier de micro-reichienne. Pulse reichien en effet, balbutiements démultipliés, enchevêtrement des textures sonores qui magnifie les timbres grâce à une écriture d'une exceptionnelle précision et densité. L'élève, à l'évidence, égale le maître, voire le surpasse (Est-ce possible ?? Blasphème !) par la variété des effets, le sens de la surprise.

   "Wonders", trois mouvements pour quinze minutes, est tout aussi splendide, d'une inventivité débordante. Clavecin, céleste, claviers entourent le trombone et la voix de Helgi Hrafn. Si le point de départ est un madrigal de Thomas Weelkes (1575-1623), Nico Muhly subvertit sans cesse avec une virtuosité confondante la forme classique. Et ce trombone, boisé, profond, qui accompagne les peurs éprouvées par le voyageur circulant dans les climats extrêmes des environs de l'Islande que le texte évoque, quelle trouvaille ! Merveilles, merveilles ! Après les "New things & New tidings", voici le diable importunant un cocher, le morceau qui part en quenouille, envahi par le trombone, le clavecin harcelant. La complainte de l'évêque de Chichester contre le compositeur Weelkes, ivrogne et d'une attitude dégoûtante en présence des enfants, devient une méditation lancinante traversée de voix superposées, entrecroisées, polyphonie vertigineuse ponctuée par les accents puissants du trombone.

   Comme si tout cela ne suffisait pas, le disque se termine par "The only Tune", une chanson folk explosée, très inspirée par Three Tales, l'un des chefs d'œuvre de Steve Reich. La chanson a marqué Nico dans son enfance à cause du contraste entre la limpidité tranquille de la mélodie et la violence du texte, l'histoire de deux sœurs dont l'une pousse l'autre dans la rivière pour la noyer. La ratiocination minimaliste est parfaitement adaptée à ce récit traumatisant. L'ambiance hallucinée de l'ensemble, la déconstruction en restituent les tréfonds ténébreux avec le meunier repêchant le corps grâce à sa longue, longue gaffe ("with his long, long hook").

   Quel disque ! Ce coup de maître confirme le talent de ce jeune compositeur qui fait si bien son miel de tous ses souvenirs musicaux.

Paru en 2008 chez Brassland / Bedroom Community / 10 titres / 49 minutes

Pour aller plus loin

- Nico Muhly sur MySpace

- la page du label Brassland consacrée à l'album, très bien renseignée.

- De belles images pour le premier titre , "Archive" : vidéo un peu lente à charger...

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 11 octobre 2010

L'événement :

The Third Eye Foundation : Anhedonia / Standard deviation (p.1 & 2, 21'30), extraits de The dark (Ici d'ailleurs, 2010)  Sortie prévue le 8 novembre. Retrouvailles avec Matt Elliott, ce grand monsieur de la musique électronique et du folk sombre, très sombre...

Grande forme :

Nico Muhly : Mothertongue (p.1 à 4, 19'), extraits de mothertongue (Brassland / Bedroom community, 2008)

Vers l'Orient :

Natacha Atlas : Intro / Makaan / Bada Al Fair / Ghoroub (p.1-2-4-14, 10'), extraits de Mounqaliba (World village / harmonia Mundi, 2010) Je ne connaissais que de nom cette chanteuse belge d'une famille d'origine marocaine, qui a déjà une dizaine de disques à son actif, est célèbre notamment par la reprise de "Mon amie la rose" de Françoise Hardy. De l'Orient, il y a le chant arabe, l'orchestre très égyptien. De l'Occident, le piano, qui fournit de beaux interludes, deux textes en français, dont encore une reprise de F. Hardy.

8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 15:07

Duane Pitre est l'un des musiciens de référence de ce blog. Sa discographie reste hélas limitée, mais, ô joie, Origin vient de sortir en CD : une composition en cinq parties dont j'espère vous reparler bientôt. En attendant, une belle vidéo d'un extrait de "Koan Collage", traitements électroniques et sons acoustiques ou électro-acoustiques pré-enregistrés. Les visuels sont de Greg Hunt.

 

 

Pour mieux connaître Duane Pitre

- "Aux portes d'une nouvelle perception"

- "The Harmonic Series"

- Ses disques sont disponibles ici.

- Duane Pitre sur MySpace

 

Programme de l'émission du lundi 4 octobre 2010

Michael Fiday : Some rivers different (p.22, 8'30), extrait de some rivers different (Innova, 2009)

So Percussion / Matmos : Swamp (p.6, 6'55), extrait de Treasure state (Cantaloupe Music, 2010)

Le ciel brûle :

Agora Fidelio : Les métamorphoses / Il est des livres (p.1-2, 10'05), extraits de Les illusions d'une route : Barcelone (autoproduit, 2010) Premier d'un triptyque annoncé et quatrième album de ce groupe toulousain bien enflammé. De très beaux moments, et une évidente authenticité, émouvante.Kyle-Gann-Nude-rolling-down-an-escalator.jpg

Olivia Pedroli : The Day / House (p.2-9, 8'30), extraits de The Den (Betacorn / Discograph, 2010) Une Suissesse qui chante en anglais sans me faire hurler, pas si mal. Et puis une superbe mise en place, des accompagnements raffinés... avec le concours de Valgeir Sigurdsson, que je ne cesse de retrouver à tous les coins...des bons disques !

Grande forme :

Kyle Gann : Unquiet night (p.10, 16'20), extrait de Nude rolling down an escalator / Studies for disklavier (New World records, 2005) Un absolu.

30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 15:37

Laurie Anderson Homeland    Premier disque depuis 2002, Homeland marque le retour d'une artiste au plus haut. Laurie Anderson jette sur le monde, et plus spécialement les États-Unis, son pays, un regard incisif comme celui de son clone masculin Fenway Bergamot - apparence enfin dessinée de sa voix filtrée avec laquelle elle aime jouer depuis des années, qui nous scrute sur la pochette. Ce disque nous regarde, tranquillement, intensément, jusqu'au fond. La musique est d'une beauté sereine, épanouie, sculptée jusqu'aux moindres détails, informée par une pensée, une sensibilité, qui se disent dans la douceur, la délicatesse, et néanmoins une admirable fermeté. L'album développe et entrelace deux veines. L'une que l'on pourrait appeler politique, avec de grands textes qui observent le monde, débusquent ses faux-semblants, comme "Only an expert", qui revient malicieusement sur la prolifération des dits experts, "Another day in America", raconté par sa voix déformée, ou "Dark time in the revolution", qui pointe les contradictions d'un pays à la pointe de l'âge des machines où l'on enferme encore des hommes dans des cages (Mais à quoi peut-elle bien penser ?!). L'autre, avant tout lyrique, c'est-à-dire intime, personnelle, réflexions sur l'amour et notre passage sur terre. Sans solution de continuité entre les deux : sans pesanteur ou dogmatisme dans la première, sans mièvrerie ou affectation dans la seconde. Son violon glisse de l'une à l'autre. Sa voix chante, dit, murmure, caresse les mots, mieux que jamais. Avec elle, les mots comptent encore, clairs, audibles, portés vers nous par la vague musicale de mélodies magnifiques, d'arrangements subtils et surprenants interprétés par des amis et des musiciens rencontrés lors de ses multiples déplacements. On y trouve bien sûr parfois à la guitare Lou Reed, son mari depuis 2008, John Zorn au saxophone, Anthony pour deux parties vocales. Et puis la chanteuse Aidysmaa Koshkendey et deux joueurs d'igil, sorte de vièle à archet à deux cordes, tous les trois du groupe Chirgilchin, originaire de Tuva, une république ex-soviétique frontalière de la Mongolie. Elle les a vus et entendus à New-York. Enthousiasmée par leur musicalité, les nouveaux sons entendus, elle a décidé de les associer au projet Homeland, qui s'est construit au fil de ses tournées. Cela donne au premier titre, "Transitory Life", une résonance extraordinaire. On peut penser aux étonnantes réussites de Jocelyn Pook sur l'album Untold Things (2001) ou pour la bande originale de Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick. Voix de gorge d'Aidysmaa, praticienne du chant diphonique, graves profonds et ronronnants des igils, violon frémissant de Laurie, alto et claviers, créent un paysage sonore dépaysant sur lequel la voix fragile de Laurie, entre dit-chanté et chant, évolue avec une grâce suave, une gravité si douce qu'elle envoûte l'auditeur. On nous a rarement traité avec tant d'égards. Quatre couplets en forme de vignettes et un refrain pour nous rappeler notre condition humaine, notre vie transitoire (Laurie se définit comme une nomade).

   C'est toujours risqué de commencer par un chef d'œuvre comme celui-ci. "My right eye" capte pourtant notre attention : " Concentration. Vide ton esprit. / Laisse le reste du monde s'en aller. / Retiens ton souffle. Retiens ton souffle. Ferme tes yeux // Rochers et pierres. Os brisés. / Toute chose finit par revenir à son origine. / Dans la nuit. Dans la nuit. // S'il te plaît pardonne-moi si je tombe un peu à côté du but. / Mais il y a encore des choses enfouies dans mon cœur, silence. / Arrête-toi mon cœur, arrête-toi. Puis disparais. Puis disparais." Percussion légère du cœur, mots prononcés à peine, glissandi des cordes, claviers éthérés : admirable délicatesse. L'enchantement continue. À quoi bon continuer la revue ? Si l'on excepte "Only an Expert" au texte fort mais à la partie musicale plus heurtée, dissonante, peut-être un peu long avec un refrain à mon sens plus grossier (en ce sens adapté au sujet !), l'album est d'une tenue superbe. Qui d'autre que Laurie pourrait réussir "Another Day in America", véritable poème en prose, hymne bouleversant à ce pays fascinant et agaçant, au si beau refrain : "Et ah ces jours. Tous ces jours ! Pourquoi ces jours ? / Pour nous éveiller. Pour mettre entre les nuits interminables."

   Me relisant, je m'aperçois que je n'ai rien dit de "The Beginning of Memory": une histoire immémoriale, un mythe passionnant qui nous propulse très loin, qui donne la distance nécessaire pour embrasser ce parcours dans les différentes strates du réel et de l'imaginaire, avant le "Flow" final, solo dépouillé, poignant, pour violon.

  Un sommet entre pop, ambiente, expérimentale et musique du monde. Par une artiste, une grande.

Paru chez Nonesuch en 2010 / 12 titres / Environ 66 minutes. accompagné d'un DVD (pas encore regardé...).

 

Pour aller plus loin

- le site officiel de Laurie Anderson

- Laurie Anderson, page du label Nonesuch, avec l'abum en écoute.

- le site du groupe Chirgilchin

- une vidéo à partir du titre 8, "Bodies in motion", dont je n'ai pas parlé : pas le meilleur, mais très bien tout de même (un peu trop de redites à mon goût...).

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 27 septembre 2010

Les modules fleurissent...

Un zeste de rock :

Drive-By Truckers : After the scene dies / You got another (pistes 9-6, 9' 24), extraits de The Big To-Do (Pias, 2010) Disque qui vaut plus pour le livret que pour la musique, sans grande surprise. Faut bien s'amuser !

Laurie Anderson : Thinking of You / Strange Perfumes (p.3-4, 9' ), extraits de Homeland (Nonesuch, 2010)

Grande forme :

Glenn Branca : Mouvement within (p.4, 16' 41), extrait de Renegade Heaven (Cantaloupe Music, 2000) Un des excellents albums de Bang On A Can ! Et puis l'occasion de mentionner ce guitariste et compositeur, l'un des musiciens icôniques de la no wave apparue à la fin des années 70 à New York. Une composition comme une coulée de lave, un monolithe parcouru de torsions en perpétuelles métamorphoses...

Aux marges du silence :

Michael Fiday : 7 haïku (sur un cycle de 9, p.1 à 7, ± 7' ), extraits de Same rivers different (Innova, 2009)

Réécoute :Hans Otte Das Buch des Klänge

Hans Otte : III (p.3, 6' 19), extrait de Das Buch der Klänge (ECM New Series, 1999)

Un des disques que j'emmènerais sur une île déserte, comme on dit. Hommage au compositeur et au pianiste Herbert Henck, à qui je dois de belles découvertes.

  Avis aux lecteurs : Un disque neuf (et un excellent, de surcroît, de Michael Harrison : voyez si cela peut vous faire plaisir)..) offert au premier qui postera un commentaire sur cet article. Il faudra me communiquer vos coordonnées postales par le biais du formulaire "Contact" en bas de cette page. C'est sérieux, c'est possible grâce au soutien d'un lecteur qui partage souvent mes choix. Merci Dom !