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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 16:49
Bruce-Brubaker-hope-street-tunnel-blues.jpg  Bruce Brubaker fait décidément partie de ces rares pianistes qui n'ont peur de rien, qui vont jusqu'au bout de leurs enthousiasmes musicaux. Sur hope street tunnel blues, sorti en 2007, il propose un programme qui alterne des œuvres de Philip Glass et d'Alvin Curran. Si le premier a gagné les faveurs du grand public, le second reste dans l'ombre alors qu'il est l'un des compositeurs majeurs de ce temps. De Glass, Bruce interprète une transcription de "Knee Play 4", un fragment de l'opéra Einstein on the beach", "Wichita Vortex sutra", deux morceaux typiques de ce minimaliste au lyrisme fluide, le célébrissime "Opening",  un morceau que je ne me lasse pas de réécouter, mais aussi une des très belles études pour piano, la cinquième, intériorisée et frémissante, un versant moins grand public de ce compositeur prolifique. D'Alvin Curran, Bruce retient le morceau éponyme, prodigieux, une machine à accumuler de l'énergie avant de se résoudre en fleuve irrésistible, en vrai blues lancinant. Et il se lance à nouveau dans ce monument pour piano, "Inner cities", dont il interprète cette fois, après la première pièce sur son disque précédent, la seconde, tout aussi radicale dans sa beauté  lumineuse et désolée, dans son obstinée recherche d'absolu. Plus de vingt minutes si loin des vaines agitations, si près du son originel et ultime à la fois...
      Bruce-Brubaker-time-curve.jpgFidèle à Philip Glass, Bruce Brubaker a sorti voici quelques mois un nouvel opus où il interprète ses six études dans la version originale de 1994. À écouter pour ne pas enfermer le minimaliste dans des clichés injustes ! Comme dans ses disques précédents, le pianiste en profite pour entraîner ses auditeurs vers de nouveaux continents. Cette fois,  vers un autre de ses compatriotes, né en 1943, William Duckworth, compositeur, professeur de musique à l'université de Bucknell, à qui l'on doit un superbe cycle pour piano,  "The time curve preludes"(1977-1978), que certains considèrent comme l'une des premières manifestations du postminimalisme. En tout cas, un grand cycle, dont nous n'avons ici que le premier livre de 12 préludes. Alors, un Debussy du postminimalisme ? Assez juste pour quelques pièces vaporeuses, lignes impalpables et clapotements. Il y a aussi du John Cage - compositeur qu'il a beaucoup étudié, dans ces pièces imprévisibles, discrètement envoûtantes, je pense au sixième prélude, carillon en boucles serrées, l'une des pièces où le titre d'ensemble se comprend le mieux, l'auditeur pris dans les filets du temps courbe. Comme des miniatures d'une extraordinaire fraîcheur, labiles, des truites qui s'échappent dans les éclaboussures, éblouissantes et rieuses.
Pour aller plus loin
- Bruce Brubaker sur MySpace, mais oui, les musiques contemporaines envahissent la célèbre plate-forme !!
- mon article précédent consacré au pianiste, le 19 novembre.
- une vidéo où Bruce montre comment il "prépare" son piano pour jouer la musique de William Duckworth.

Programme de l'émission du diamnche 6 décembre 2009
Iggy Pop : A machine for loving / She's a business (pistes 10 et 11, 6' 30), extraits de Préliminaires  (Emi, 2009)
Nancy Elizabeth : Tow the line / Cat bells / Canopy / Lay low (p.3-6-7-8, 16' ), extraits de Wrought iron (The Leaf label, 2009)
Danton EEprom : Desire no more / Confessions of an english Opium-Eater (p.5-6, 16' ), extraits de Yes is more (InFiné, 2009)
Julia Wolfe : my lips from speaking (p.5 à 7, 15' 40), extraits de Dark Full Ride (Cantaloupe Music, 2009)
The Backlash : Myers mood / Overblast (p.1-7, 10' ), extraits de Scratch'n win (Waxurecords, 2009)
6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 19:10
   Ce qui frappe dès l'abord, c'est la présence massive du piano. La jeune galloise, pour son second album "Wrought iron", a été conquise par l'instrument dans un bâtiment abandonné en Espagne, où elle était partie enregistrer. L'anecdote laisse rêver. On imagine les grilles lourdes, baroques, en fer forgé, le piano comme un appel dans les grandes salles désertes. Alors que "Battle and Glory" faisait retentir toute la panoplie idéale des instruments folk, de la harpe 12 cordes au dulcimer, dans des morceaux souvent très enlevés, "Wrought iron" est d'une veine plus intime. D'autant plus bouleversant que l'accompagnement s'est resserré, ce qui ne veut pas dire appauvri d'ailleurs, mais moins d'instruments en même temps. Guitares, mais aussi une belle apparition de la trompette sur le très folk "Lay low", harmonica sur le bluesy "The act", cloche sur le miraculeux "Winter, baby" et sur "Cat Bells" à la beauté suspendue,  pincée de choeurs, percussions diverses...tous servent la voix fine, fragile, flexible, transparente de Nancy Elizabeth et ses superbes mélodies. Ce deuxième disque confirme l'émergence d'une grande chanteuse, compositrice accomplie, capable de se renouveler profondément d'un disque à l'autre. On le sait dès le premier morceau, "Cairns", piano presque solo, morceau au hiératisme si doux, ponctué de choeurs séraphiques : paysage immémorial, un rêve d'harmonie. "Bring on the Hurricane", le titre suivant, est un petit bijou folk où la voix de Nancy joue de toutes ses nuances tandis que la guitare nous emporte, relayée par de courts choeurs puissants. Le piano revient au premier plan (il n'avait pas tout à fait disparu...) avec "Tow the Line", chanson dépouillée un brin mélancolique sur laquelle s'appuie avec parcimonie l'harmonica On le retrouve sur l'un de mes titres préférés, "Divining", complètement hanté par "Videotape", le magnifique dernier morceau de In Rainbows de Radiohead : la jeune galloise peut tout se permettre ! "Canopy", parfois a capella, la voix qui semble se renverser, et les fées qui viennent vous caresser, encore un morceau envoûtant, le meilleur du celtique, et rien à voir avec le catastrophique dernier album d'Alan Stivell -qui fut parfois capable du meilleur, dans un autre siècle..., une douceur fulgurante. Et puis il y a "Ruins", somptueuse ballade d'une sirène pudique et suave, la raucité étrange de la voix par moments, le piano royal doublé par un piano jouet sur la fin. Magique, cet album, enchanteur. Nous avions Merlin, voici Nancy Elizabeth !
Paru sur The Leaf label. 11 titres, environ 41 minutes.
Pour aller plus loin
- Nancy Elisabeth sur MySpace
- Chronique du premier album sur ce blog.
- Une video en concert du titre "Lay low" (elle est à la guitare, pas au piano...) :


Programme de l'émission du dimanche 29 novembre 2009
Larvae : Polemic dub / 164 spin (pistes 1 et 2, 9' 30), extraits de How to desintegrate (Creative space, 2007)
Didier Petit : Coupes et découpes / Élision / Interlude rituel / Almost / Soleil bleu / La Tour de Babel (p.1 à 6, 16' 30), extraits de Don't explain (Buda Musique, 2009)
William Duckworth : The Time Curve preludes I à IV, Book I (p.10 à 13, 12' ), extraits de time curve (Arabesque Recordings, 2009), disque du pianiste Bruce Brubaker.
Fuse Ensemble
: Big skate / Train (p.1 et 3, 12' 10), extraits de Big skate (2009)
Julia Wolfe : Lad (p.1-2, 17' ), extraits de Dark Full Ride (Cantaloupe Music, 2009)
Larvae : Nothing ends (p.4, 5' 38), extrait du même disque que ci-dessus (un mini cd vendu avec un autre de Spyweirdos).
26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 11:40
   Ancien rocker, DJ et producteur électro installé à Londres, le français d'origine marseillaise Danton EEProm signe son premier véritable album Yes is more (après des maxis, des remix...) sur le label InFiné, qui continue à frapper décidément très fort après nous avoir proposé l'excellent trio Aufgang voici peu. L'album est dans la lignée d'un Agoria, pour aller vite, assez éclectique, inégal aussi, disons-le d'emblée..
Meph.- Tu me rassures ! J'ai cru que tu allais faire comme tout le monde, encenser sans nuance le nouveau petit génie, car il est de bon ton de confondre information et publicité, n'est-ce pas ?
Dio.- Encore à me surveiller ! Tu es un code de déontologie à toi tout seul, ma parole ! Pire qu'un ange gardien !! Mais tu as raison, beaucoup de blogueurs hurlent dans le sens des sirènes médiatiques, s'effacent pour relayer des informations quasiment publicitaires, par manque d'audace ou par crainte de décevoir leurs visiteurs (attention, je n'ai pas dit "tous les blogueurs"...Ouh, le paquet d'ennemis virtuels que je risque de m'attirer !). Pour revenir à moi, le début de l'album me laisse sur ma faim. "Thanks for nothing" a tout du tube, morceau dance avec un petit côté rock, assez ennuyeux pour tout dire à part deux envolées un peu après deux minutes et à la fin. "Give me pain" commence de manière surprenante, à l'accordéon presque façon Piazzolla. Comme dans le titre précédent, Danton chante, voix cette fois plus nasale, plus aiguë. Le morceau traîne un peu, dynamisé par des accès funky, cuivrés et un beat pulsant. "Stillettos rising" est déjà nettement mieux, plus dépouillé au ras des beats (si j'ose dire), ambiance épaisse, alternance entre voix masculine basse et voix féminines en hoquets secs...
Meph.- Allez crache, avoue...
Dio.- C'est vrai, j'ignorais tout des stilettos, ces fins talons aiguilles comme d'affilés couteaux pour blesser nos cœurs.
Meph.- Romantique de pacotille, précieux commun. Tu préfères encore le morceau suivant, pourtant, comme moi. Tu aimes ce qui est ferme, serré, étroit, ajusté, "Tight", chef d'œuvre de techno sensuelle, érotisé par les brefs soupirs féminins qui émaillent ces neuf minutes, au secours, parfois les sirènes déchirent l'air vibrant pendant ce coït machinique virtuellement infini.
Dio.- Comme tu y vas, Meph...
Meph.- Ne fais pas l'effarouché. Tu as bien regardé la pochette, comme tout le monde, et ce qui pend là entre les pattes du cheval, c'est le canal musical de Danton, l'envers du chapeau, le vrai visage du dandy qui éclabousse les conventions.
Dio.- Ce que certains nomment son côté "révolutionnaire", pseudonyme oblige ?
Meph.- "Desire no more", moi je traduis "désir pas mort", voilà ma réponse. Ne pas se fier aux apparences. Avec ce morceau (celui-là ou le susdit comme le nez  lubrique au milieu du cheval, c'est du pareil au même...), on est au centre de la libido, voix des profondeurs abyssales, leit-motiv techno-gothiques. La salle capitulaire souterraine de l'album, chambre aux fantasmes. Splendide.
Dio.- Tout à fait d'accord. Et ça continue...
Meph.- Oui, le sommet... (morceau en écoute après l'article)
Dio.- Déjà sorti sur un maxi en 2007, je l'avais manqué.
Meph.- "Confessions of an english opium-eater", ça s'appelle, car Danton puise son inspiration un peu partout. Confessions d'un mangeur d'opium de Thomas de Quincey, traduites dès 1828... par notre délicat romantique, Alfred de Musset. Plus de dix minutes de techno minimale, implacable, magnifique, la quintessence du genre, diabolique à me donner son âme, vraiment.
Dio.- Avec une fin...on voit les flammes noires, la combustion par le dedans. On a oublié le début laborieux de l'album, tout pardonné.
Meph.- Et le morceau suivant est d'une sensualité (faussement)perverse réjouissante !" The feminine man" entremêle la voix masculine épaisse, caverneuse et la petite voix délicieuse de Chloé sur fond de pulsations douces, de cloches et claviers langoureux.
Dio.- Comment ne pas fondre...Même veine pour "Unmistakably You", peuplé de voix déformées, grimaçantes, beats sautillants, musique de transe pour des fantômes ou des morts-vivants.
Meph.- Influences cinématographiques dans l'air, films de vampires ou d'épouvante passés à la moulinette du mixage.
Dio.- C'est le moment d'émerger , perdus dans la musique, "Lost in music", musique de club...
Meph.- Tu ne sais pas t'arrêter d'admirer. Musique bavarde pour draguer la minette... Je préfère "Attila", plus sombrement jouissif.
Dio. Tu m'aurais laissé parler... Danton cède à la facilité, même à la fin de ton morceau. Des titres chantés, "Vivid love" est peut-être le plus convaincant, mais les claviers sonnent assez ringards.
Meph.- Sans parler du dernier morceau, sans parole, juste un sac d'air, comme son titre l'indique.
Dio.- Tu es vraiment excessif, je trouve, c'est joli. Oublions les faiblesses, le début et la fin ; le disque vaut pour son cœur...
Meph.- Tu m'exaspères avec ton vocabulaire sentimental. Le disque vaut pour sa caverne centrale, son gouffre basaltique, les titres 3 à 8..
Dio.- Un peu le 9, et je te concède la moitié d'"Attila" pour complaire à ta sauvagerie hongroise...
Meph.- Bougre d'hongre !! Tu n'as même pas parlé du pseudonyme, à part "Danton"...
Dio.- EEprom ? Strange ! Pas un nom d'écrivain exotique, ni de cinéaste-culte underground. Un acronyme :
Electrically Erasable Read Only Memory, une forme de mémoire morte effaçable électriquement et programmable, que disent les spécialistes. Une manière d'afficher son implantation dans les musiques électroniques, en somme.
Pour aller plus loin
-le morceau-culte, sur You Tube (fausse vidéo...)

- Danton EEprom sur MySpace
- l'intégralité du disque en écoute ici.
Programme de l'émission du dimanche 22 novembre 2009
Zahia : Zahia (piste 11, 8' ) extrait du disque éponyme.(2009)
Danton EEprom : Stilletos rising / Tight (p. 3 et 4, 15' ), extraits de Yes is more (In Finé, 2009)
Nancy Elizabeth : Cairns / Bring on the Hurricane / Divining (p.1-2-5, 10' 30), extraits de Wrought Iron (The Leaf Label, 2009)
Radiohead : Videotape (p.10, 4' 42), extrait de In rainbows (Warner Chappell, 2008)
Philip Glass : Opening / Knee play (p.4-1, 13' 50), extraits de hope street tunnel blues (Arabesque recordings, 2007)
William Duckworth :Préludes I à III (p.7 à 9, 7' 20), extraits de time curve (Arabesque recordings, 2009            deux disques du pianiste américain Bruce Brubaker.
Aufgang : 3 vitesses (p.7, 5' 03), extrait du disque éponyme (In Finé, 2009)
19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 15:31
   Tout me menait vers Bruce Brubaker, ce pianiste américain enseignant à la Julliard School et directeur du département de piano du New England Conservatory de Boston. Parce qu'il compte parmi ses élèves Francesco Tristano Schlimé, l'un des deux pianistes de l'excellent trio Aufgang (chroniqué récemment). Et parce qu'il interprète les grands compositeurs américains que je défends depuis longtemps. Philip Glass et John Cage dans son premier disque paru en 2000 sur le label Arabesque, auquel il reste fidèle depuis. John Adams et Alvin Curran sur Inner Cities paru en 2003. Voilà un enregistrement magnifique pour découvrir ces deux immenses compositeurs, même si trois (quatre ?) des cinq œuvres proposées sont disponibles ailleurs. "Phrygian Gates" et "China Gates" de John Adams ont été enregistrées par la pianiste Gloria Cheng-Cochran sur le label Telarc en 1998. Ce sont deux compositions qui témoignent d'une première période minimaliste de John Adams, qui a depuis pris ses distances avec ce courant. Sous les doigts de Bruce, la première est une longue pulsation flottante sur un brouillard lumineux coupé de cadences dynamiques ; la seconde,  incantation en boucles chromatiques intenses. Le pianiste belge Daan Vandewalle a quant à lui consacré un coffret de quatre cds aux Inner Cities d'Alvin Curran, l'un des premiers monuments pour le piano de ce vingt-et-unième siècle (cf. chronique).
   Bruce Brubaker propose en plus une transcription inédite pour piano d'une aria de l'opéra Nixon in China de John Adams : page au lyrisme fluide, sensible, toute en transparences tranquilles.(à écouter ici)
  Et puis il joue, il ose jouer la musique d'Alvin Curran. "Endangered species", un morceau ailleurs interprété au diskklavier, échantillonneur et synthétiseurs. Ici, c'est une interrogation litanique d'une bouleversante douceur posée au bord du silence dans la ouate de l'impalpable.(à écouter ici) Et puis il y a "Inner Cities I", première pièce de l'immense cycle d'Alvin. Comparer les interprétations de Daan et de Bruce ? Les deux sont remarquables. Daan, rigueur analytique, tenue et densité, toucher ferme ; Bruce, attention, retenue et douceur, toucher tendre... Pour aller vite ! À chaque écoute, de toute façon, je bascule, quelque chose s'ouvre, se déclenche, je frémis, j'écris. Ceci par exemple :

 

Touche le fondMagritte à Budapest ?

Touche-le

Touche le fond           le fond

Touche

Et

Rebondis

Bondis

Touche le bond

Le bond du fond

Tout au fond

Touche tout le fond

Le Tout du fond

Au fond du fond

Sans relâche

Touche

Ne te lasse pas

Appuie sur la touche

Qui les contient toutes

Délivre-nous des touches

Ne lâche pas la touche

Tu la tiens       ne cesse pas de la frapper

Ostinato

Ça vient          ça cède

Touche la touche

Coule dans la douceur des dessous

Touche sous la touche

Il n’y a plus de fond

Tout vient       l’eau des touches remplit la bouche d’infini

La touche fait souche dans la renverse du ciel

La touche touche

Accouche le silence    le silence qui lance

Le silence délicat des aubes diaphanes

Le silence qui danse éperdu au bord des notes caressées

 

En écoutant Inner Cities I d’ Alvin Curran

27 septembre -19 novembre 2009



Programme de l'émission du dimanche 15 novembre 2009
Zahia : Lèvres roses / Afrique / Apologie de la vie (pistes 8 à 10, 14' 30), extraits de l'album éponyme.
Spéciale Alvin Curran
Alvin Curran : Endangered species (p.2, 7' 20)
                                 Inner Cities I (p.5, 23' 59), extraits de inner Cities (Arabesque recordings, 2003)
                               
Hope steet tunnel blues III (p.3), extrait de Hope street tunnel blues (Arabesque recordings, 2007)
Published by Dionys - dans Alvin Curran
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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 22:44
   Ancien carillonneur, organiste et pianiste maître du "strumming", Charlemagne Palestine a rencontré le compositeur et violoniste Tony Conrad dans les années soixante où ils ont joué ensemble de leurs instruments respectifs, mais aussi d'instruments de leur invention comme le "long string drone" de Tony et "l'alumonium" pour lui,  avant de le perdre de vue pendant plus de trente ans. Au début des années 2000, ils se retrouvent en Belgique où Philippe Franck de Transcultures organise une série de concerts : ils joueront à nouveau ensemble, et le résultant est tellement sidérant qu'un disque naît, fruit d'un "aural symbiotic mystery", titre qui sera donné à l'album paru en 2006 chez Sub Rosa.
  Voilà pour l'histoire des retrouvailles entre ces deux géants des débuts du minimalisme, avant que la génération Steve Reich ne l'infléchisse vers une tendance répétitive.à la fin des années soixante. Toujours vivants, plus que jamais, ils marient le strumming , les drones, les sons tenus, pour envelopper l'auditeur dans un réseau serré d'harmoniques, de résonances dont l'effet est hypnotique. La musique progresse par nappes, se déploie avec lenteur ou dans un climat de transe. L'orgue en fond continu joue un peu le rôle de la vînâ dans la musique indienne, musique que les deux compères ont étudiée et pratiquée depuis longtemps. Le violon est souvent méconnaissable, son épais, comme écorché, saturé, trituré par des étirements, avec le piano qui vient se loger dans la pâte sonore, rejoint à mi-parcours de cet unique morceau d'un peu plus de cinquante et une minutes par la voix de Charlemagne à pleins poumons dans ce qui devient de plus en plus un  magma en suspension travaillé par le pulse obstiné du piano, avec d'imprévisibles chutes de tension, des stases fabuleuses. Symbiose, en effet, entre les deux  musiciens qui n'ont rien préparé : ils jouent ensemble, c'est tout et c'est totalement inouï, inoubliable, une musique qui balaye, torrentielle par accès. Il arrive que le violon rie, qu'il rabote le temps tandis que l'orgue pleut des tuyaux de lumière, que la voix et le violon s'orientalisent dans des aigus tordus de cornemuse étranglée, un chant de gorge chamanique... Une rencontre au sommet, le disque rare de deux chercheurs d'absolu.
Paru en 2006 chez Sub Rosa, le label bruxellois si précieux dans le domaine des musiques contemporaines, expérimentales, électroniques...Enregistré au théâtre Mercelis de Bruxelles en octobre 2005.
Pour aller plus loin
- un article antérieur sur un autre album de Charlemagne Palestine.
- le site officiel de Charlemagne Palestine.(avec une page d'accueil à son image...et le reste qui semble à l'abandon !)
- un entretien avec Daniel Varela en juin 2002, très intéressant (en anglais)
- Tony Conrad sur MySpace.
- et bien sûr Néosphères (dans mes blogs favoris).
- une vidéo : Charlemagne Palestine en concert le 28 août 2009 à la Lygten Station de Copenhague (laissez la vidéo se charger pour éviter les coupures déplaisantes).

Programme de l'émission du dimanche 8 novembre 2009
Zahia : Mon arme bleue / Je gis sur le sol / Je suis / Jeune algérienne (pistes 2-3-5-7, 15' ), extraits du disque éponyme (pour les références, voir article précédent)
Charlemagne Palestine / Tony Conrad : l'intégrale de an aural symbiotic mystery (Sub Rosa, 2006)
7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 15:54
   Un coup de cœur pour reprendre le fil distendu de ce blog (le temps de faire le vide de l'oreille pour mieux recevoir l'or qui raye le néant...). Des mots qui sonnent justes sur des environnements sonores électro, post-rock, posés au millimètre, au ras du silence dont ils n'ont pas peur. "Je suis nature / je suis mature / Je suis rature", la marque du slam qui slalome entre les mots, avec Salomé Barrot pour les très belles photographies, Selecta Seb pour les textes et Bruit : fantôme pour la musique. C'est une tribu qui contribue à dire la première personne d'aujourd'hui, "rester planté là / au milieu du carrefour / désorienté par la circulation", prendre le temps d'ouvrir la boîte aux souvenirs, de vibrer à l'appel "d'un doux rêve".
   Voyage vers les racines oranaises, la grand-mère qu'il n'a pas connue auquel le disque rend  un touchant hommage au terme d'un parcours qui parvient à déjouer les pièges du nombrilisme grâce à une salutaire candeur car, oui, Sébastien Seb est tel un candide qui se cherche dans l'indifférence du monde, sur fond de terribles fantômes qui ressurgissent au final, après l'évocation de Zahia suivie d'un long silence, le retour des trois lettres FIS, celles du Front Islamique du Salut, morceau torturé, puissant, inquiétant, après tant de rêveries qui ne cèdent pas à la mièvrerie, pas même la "Jeune algérienne", descendante de ces odalisques de harem, des algériennes peintes par Delacroix. Le disque est conjuration, exorcisme frais déployé autour de l'hymne à l'Afrique-mère (titre 9), parce qu'il y a en lui le refus de laisser aux Occidentaux "la joie d'occider ces gens là-bas" : titre ensorcelant, incandescent qui débouche sur l'apologie de la vie (titre 10) - et là j'entends les ricanements de certains lecteurs, mais après des propos qui sembleront parfois bien lénifiants, le morceau décolle dans une vision lucide d'un monde en voie de machinisation, la musique se fait implacable, presque techno, les mots se déchaînent et s'enchaînent. Parce que "l'homme derrière son costume a toujours un cœur" dans ce disque gorgé de douceur, d'effleurements et de caresses, qui croit encore dans les mots simples. Une invite salutaire à cesser de jouer les durs, à s'abandonner à l'effusion pour vivre l'infusion mystique.
11titres (+1 caché), environ 45 minutes.
Pour aller plus loin
- Zahia sur MySpace.
- L'album est en téléchargement intégral libre sur le site de Zahia.
27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 23:20
Un extrait de la musique d'Andrew Byrne : en concert au Poisson blanc à New-York, avec le pianiste Stephen Gosling et le percussionniste David Shively.

Programme de l'émission du dimanche 18 octobre 2009
Raoul Sinier : Listen close, extrait de la compilation Dixtengo
Andrew Byrne :
Part II & III (pistes 4 à 9, 14' ), extraits de White bone country (New World Records, 2009)
David Lang : the little match girl passion (p.10 à 15, 15' ), extraits de the little match girl passion (Harmonia Mundi usa, 2009)
John Luther Adams In a room / at a still point (p.1-2, 21' 10), extraits de the place we began (Cold Blue Music, 2009)
Frederic Rzewski : Dreadful memories / Which side are you on ? (p.1-2, 16' ), extraits de Which side are you on ? (Cantaloupe Music, 2003). Deux des "North American ballads" interprétées au piano par Lisa Moore, qui vient de sortir un nouveau disque consacré à la musique pour piano de Don Byron. C'est l'occasion de revisiter le site de Cantaloupe music, nettement amélioré, avec des MP3s disponibles.

22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 17:05
   Australien installé à New-York, Andrew Byrne balise de nouveaux territoires entre post minimalisme et expérimentations autour des polyrythmies, des musiques  extra-européennes. White bone country, le second cd à lui être exclusivement consacré, est un disque qui peut paraître froid, désincarné à première écoute, ce qui ne serait pas en contradiction avec la signification du titre : pays de l'os blanc, blanchi, pays désossé de sable et de sel...Le disque est en somme à l'image du désert. D'abord on ne voit que du dénuement, de la matière pure, de l'horizon. Puis l'oeil s'habitue, toute une vie minuscule surgit, tout se met à vibrer d'une lumière étrange et belle. Ainsi en est-il de cette musique qui se révèle après quelques écoutes fascinante.
   Le programme propose deux cycles séparés par un morceau de piano, "Tracks", presque le seul moment où l'on entend l'instrument sonner normalement : composition au dynamisme vigoureux, jouant sur des  polyrythmies complexes, des glissements comme dans une dune de sable qu'on escaladerait en accéléré pour se retrouver à intervalles irréguliers plus bas et recommencer la montée sans se lasser...Les neuf premières pistes présentent le cycle éponyme, pour piano et percussions, subdivisé en "Desert Terrain", "Desert Life" et "Desert Weather". Cela commence comme du Steve Reich, avec un vrai pulse percussif. (premier mouvement à écouter ici) Mais Andrew Byrne joue sur la quasi fusion des sonorités traitées du piano et des percussions : nous voilà plongés dans l'univers trompeur du désert qui abolit les différences, nivelle. Monde de micro-différences, d'unités rythmiques fragmentées à l'extrême, réitérées et redistribuées jusqu'à ce que surgissent de nouveaux motifs, que de la sécheresse nerveuse des aigus frappés naissent des sonorités cristallines, rayonnantes. Magnifique ouverture, sur laquelle s'élève le strumming à la Charlemagne Palestine de la pièce suivante, comme l'aura majestueuse du désert, gorgée d'harmoniques. Du vide naît la plénitude. L'auditeur est maintenant prêt à entendre le chant du désert. Crotales, cristaux en suspension dans la lumière radieuse (à écouter ici). Piano massif et rocailleux accompagné de gongs  incantatoires dans le lointain trouble. Piano et cloches, courte pluie diaphane, miraculeuse. Piano déguisé en cloche, coups frappés à l'intérieur, terre de fantômes. Piano seul, condamné au martèlement, ivre d'échos. Invasion des graves, le côté tellurique, chaos de roches, approche de tempête, et le neuvième mouvement revient sur les 2 et 5, une danse de particules du piano-jouet, des crotales et du glockenspiel.
   Le second cycle, "Fata Morgana : Mirages on the horizon", comprend quatre mouvements composés d'assemblages des sons du piano préparé. La référence à John Cage est explicite, assumée. Quatre paysages d'une étrangeté troublante, avec des échos aux pièces du premier cycle. Le piano se fait orchestre de gamelan à lui tout seul, obstiné, métallique, sautillant.
Paru en août 2009 chez New World Records (échantillons en écoute)/ 14 pistes, 55 minutes.
Pour aller plus loin
- le site d'Andrew Byrne (trois autres trop courts extraits en écoute).