Publié le 14 Janvier 2026
À l'occasion de la republication par Room40 de Una Nota Solo en 2023, je m'étais livré, en même temps qu'à un brève notice biographique, à un récapitulatif de ma fréquentation de ce musicien qui m'est cher. J'y renvoie le lecteur curieux.
Avec Meditations, David Shea assume un virage déjà amorcé et plus ou moins sensible dans ses albums les plus récents. Le disque regroupe huit pièces fondées sur la pratique de la méditation selon les enseignements bouddhistes. On peut le considérer comme une suite de l'album Rituals paru en 2014. Des fragments du Sūtra du cœur du Boudha sont lus au cours du disque. Ce Sūtra est lu intégralement dans la dernière composition, "Shava". Les musiciens sont enregistrés en direct, en groupe, dans un espace et une atmosphère partagés et gérés par David Shea lui-même, qui tient à ce que le disque forme comme une conversation entre musiciens, langues et sources sonores. Meditations associe instruments anciens et modernes avec des technologies numériques : sheng (shō japonais, orgue à bouche), bols chantants en cristal // vibraphone, guitares acoustiques, guitare électrique et guitare MIDI, piano et piano électromagnétique, échantillonnage et spatialisation.
"A Sutra" commence à la guitare acoustique, sur une boucle tranquille, accompagnée d'un chant d'oiseau, mais la pièce s'étoffe vite avec le piano électromagnétique, le piano et une autre guitare. De longues résonances baignent le flux sonore harmonieux, intense. N'imaginez toutefois surtout pas une méditation béate et molle, c'est du David Shea, texturé d'oreille de maître, spatialisé magnifiquement. C'est une musique d'éveil, de splendeur rayonnante. Bol chantant en cristal et piano ouvrent "A Sunset Walk", pièce saturée d'harmoniques, bruissante de sheng, dans un dialogue dense de l'orgue à bouche avec le piano : les modulations chatoyantes du sheng contrastent avec la vivacité du piano, parfois tout en attaques bourdonnantes. Cette marche au coucher du soleil se change peu à peu en illumination extasiée. "Sitting in a painted cave" est d'abord un dialogue de guitares, mis en espace par des textures électroniques. Le texte parlé du Sūtra vient s'y fondre, laissant la musique foisonner en une tapisserie sonore enivrante, comme si la grotte peinte se mettait à vivre de toutes ses fresques pour le méditant assis là ! Les souvenirs de cette exaltation sont au cœur du morceau suivant, plus intériorisé. Sheng et piano se détachent sur des bourdons profonds et des voix d'enfants (?). L'atmosphère flottante, magnétique, est tessiture du mystère, bientôt hantée d'autres voix féminines. La grotte peinte descend en nous dans une brûlante et douce fascination...
[ Le concert du 18 octobre 2025 en direct, pour le lancement du disque, n'est pas le disque : elle en donne une idée. Et surtout... c'est une merveille ! ]
Le calme, "Stillness" (titre 5), n'est pas chez David Shea ce qu'on croit, une approche du silence extérieur. La matière sonore, par sa densité, envahit notre esprit. Ses vrilles et ses lances se tordent dans des percées étincelantes, dans une fulgurance qui vise à annihiler la pensée. Ne plus penser, c'est cela le vrai silence, quand on est perdu dans le cœur radieux qui ne se tait que lorsqu'il a atteint son but. "The Morning I Awoke" nous ramène par ses premiers accords au tout début du disque. Archets et vibraphone stratifient davantage l'espace sonore, véritable caverne (ou grotte) où se mêlent tous les sons en un flot coloré, entre agitation et calme, qui finit par se vaporiser en traînées calmes. Le sūtra du cœur ("Heart Sūtra", titre 7) s'ouvre comme un raga indien avec notamment une sorte de vina. La voix sourde de David surplombe une houle sonore profonde. Tout vient du Dedans : la musique plane, rituelle et extatique, soutient la profération du texte sacré, presque chanté à la fin. "Svaha", piano somptueux et chants bruissants, est une psalmodie radieuse, rythmée, approfondie par le chant de gorge en commun et la récitation des mantras.
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David Shea écrit une musique luxuriante d'une splendeur extatique. Regardez la couverture, et retrouvez-vous au cœur de ses méditations.
Paraît début janvier 2026 chez Room40 (Brisbane, Australie) / 8 plages / 1 heure et 4 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
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