musiques contemporaines - experimentales

Publié le 26 Novembre 2022

Cyprien Busolini / Bertrand Gauguet - Miroir

   Le saxophoniste français Bertrand Gauguet n'est pas un inconnu sur ce blog. J'avais rendu compte d'un précédent disque, Contre-courbes, avec le pianiste britannique John Tilbury. Sur le même label français, Akousis, qui se consacre aux nouvelles musiques expérimentales improvisées. Le saxophone alto de Bertrand est rejoint pour ce nouvel opus par l'alto de Cyprien Busolini, musicien de formation classique qui s'est tourné vers la musique contemporaine et l'improvisation tout en continuant une collaboration avec l'Ensemble Fratres, ensemble de musique ancienne jouant sur des instruments anciens. Le présent disque regroupe deux longues pièces d'un peu moins d'une demie-heure chacune, enregistrées à La Muse en Circuit (Centre National de Création Musicale, Alfortville, France) le 3 septembre 2021.

   Comme pour le disque précédent, les amateurs d'Éliane Radigue, dont je suis évidemment, se sentiront en pays de connaissance. Les deux musiciens restent au ras des vibrations, donc des oscillations qui donnent son titre (au singulier) à la première pièce. Les notes du saxophone sont tenues, prolongées, celles de l'alto sont glissantes. Les deux instruments se répondent, se croisent, avec des moments d'une incroyable intensité, d'une épaisse densité, ce qui fait des périodes plus calmes des invitations à une écoute plus fine encore. Ce qu'on entend surgir de cet étonnant duo, de cet étrange ballet de souffles et de frottements, c'est un frémissement floral d'une infinie délicatesse, l'avènement d'une seule vaste oscillation, étendue, respirante, renaissante, dans laquelle les deux instruments sont comme fondus, attentifs à ne pas rompre la magie d'une alchimie intime, qui nous entraîne toujours plus loin dans une lente dérive magnifique.

   La seconde pièce, Vacillation, est peut-être plus radicale encore dans sa manière, au cours de la première partie, de se tenir au bord du vide, à la naissance du souffle, les cordes de l'alto à peine touchées. Les instruments bourdonnent, vacillent en effet, pour écouter un infra-chant qui monte peu à peu au milieu de leur intrication, qui se tord et se perd dans le silence pour reprendre à partir de dix minutes dans des poussées plus puissantes, oh rien de fracassant, une belle force qui s'épuise littéralement dans une longue coulée pour faire entendre l'alto frémissant sur ses cordes, rejoint par le saxophone dans des tenues aiguës. On est, à partir de quinze minutes environ, au cœur d'une plénitude majestueuse, avec des phases d'une grande douceur. Et le morceau entame un retour à ses origines, l'alto balbutiant, le saxophone devenu comme un léger tapis de drones, dans un enlacement vaporeux d'une sensualité immatérielle.

    Les deux musiciens entraînent les auditeurs dans les arcanes du son, au seuil de l'inaudible, de l'imperceptible, pour une célébration frémissante de beauté fragile.

Pas de vidéo à vous proposer pour le moment. À découvrir sur bandcamp ci-dessous.

Paru début septembre 2022 chez Akousis Records / 2 plages / 53 minutes environ

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Publié le 23 Novembre 2022

Jürg Frey - Lieues d'ombres

Le Temps ouvert...

Piano : Reinier van Houdt

   Le groupe Wandelweiser me poursuit. Je l'avais présenté brièvement pour célébrer la sortie de pièces pour piano d'Anastasis Philippakopoulos, autre membre de ce groupe qui considère la pièce 4'33 de John Cage comme fondatrice de nouvelles voies musicales,  groupe auquel appartient le compositeur suisse Jürg Frey, né en 1953, fondateur du Forum musical de Lenzburg. Clarinettiste de formation académique, et non pianiste, il poursuit une carrière d'instrumentiste. Lieues d'ombres, triple cd, réunit sept compositions écrites entre 1984 et 2016. Il s'agit de la deuxième collaboration, sur le même label, entre le compositeur suisse et le pianiste et compositeur néerlandais Reinier van Houdt.

   Ayant donné ces quelques renseignements, je m'interroge. QUI ? Qui écoutera l'intégralité de ces plus de trois heures de musique ? Qui se donnera ce luxe incroyable ? Prendre le temps d'écouter vraiment la musique de Jürg Frey, toutes affaires cessantes, car on ne saurait l'écouter autrement, il me semble, en tranches ou courts extraits. Bien sûr, les mélomanes habitués aux longues symphonies (rarement de plus d'une heure, toutefois...), les amateurs de concerts fleuves,  des grandes pièces minimalistes, ce qui fait encore peu de monde. Peu importe, me direz-vous. Vous avez raison. Je me suis lancé dans ce recueil pianistique, souvent obligé de m'interrompre, il faut le reconnaître. Alors je suis très intimidé par les notes magnifiques d'un autre musicien membre de Wandelweiser, Michael Pisaro-Liu, compositeur américain dont le très beau Barricades mérite vraiment le détour. Il écrit notamment ceci : « J'ai passé des centaines d'heures à écouter la musique de Jürg Frey. Je connais autant certaines de ses pièces que les miennes ou celles de n'importe qui d'autre. » Je suis d'avance écrasé, non ? Chroniqueur scrupuleux je suis, sans doute, mais me voilà loin du compte pour mes écoutes et... moins compétent du point de vue techniques musicales. Tant pis. Je rends compte comme je peux, à mon niveau d'auditeur attentif.

  D'abord on ne sait pas où l'on va. On est perdu. La première pièce, "La Présence, les Silences" dure quarante minutes. Des blocs de quelques notes nettement séparées, parfois répétées, avec du silence autour, entre. Puis on discerne une mélodie, je suis d'accord avec Michael Pisaro-Liu, qui dit que c'est la révélation majeure dans ce recueil. Oui, une mélodie à une autre échelle qu'une chanson de trois ou quatre minutes, une mélodie distendue, élargie, qu'on n'entend qu'avec le recul, en prenant de la distance, comme on doit le faire pour des inscriptions visibles seulement en altitude. C'est cela, prendre de l'altitude, prendre conscience de la courbure du Temps. C'est pourquoi j'ai choisi le titre « Le Temps ouvert...». Le titre est venu en premier, il s'est imposé à moi. Cette musique nous libère de la prison temporelle, descelle* les intervalles qui constituent le temps. J'entends d'ailleurs les répétitions d'une même note, jusqu'à 52, comme une manière d'ouvrir le temps, de nous forcer doucement à entendre derrière l'apparente similitude la différence entre chaque appui sur la touche, à entendre venir ce qu'il y a derrière et qui déjà l'informe. Chaque note s'enveloppe de son halo d'harmoniques propres et sans en avoir l'air nage sur place dans le fleuve immobile sans rive, devenu cosmique. Chaque note a le temps d'affirmer sa Présence, parce que le Temps ne coule plus, se manifeste simplement dans sa radieuse immanence. Il faut dire que l'interprétation de Reinier van Houdt est, comme d'habitude, prodigieuse d'intelligence sensible. On arrive à certains moments de cette longue pièce à une douceur abyssale, dans laquelle on se laisse aller avec volupté. Car ne croyez pas cette musique froide. Elle vit, dans les surfaces, dans les profondeurs, dans les interstices, ne cesse de rayonner d'un bonheur calme dans l'oubli splendide de l'après.

   La mélodie est plus directement audible dans "San Lazaro Bros", pièce sublimement élégiaque, dont le titre porte prosaïquement le nom de la marque du cahier de musique dans lequel elle a été écrite en 1984 (c'est la première composition publiée de Frey). Contrairement à la précédente, elle est constituée d'une suite d'harmonies enchaînées, progressant comme mue par un appel. En plus des légers froissements des mains ou manches sur le clavier, on entend de temps à autre un infime déraillement de la note. Ces discrets signes de présence (humaine, matérielle) ne font qu'accentuer la dimension mystique de cette ascension potentiellement infinie.

   Le titre éponyme est une vaste lande envahie par des ombres silencieuses qui cernent chaque note, la parent d'un brouillard irréel. Ce qui reste d'un paysage en train de disparaître, une noyade au ralenti, ou plutôt la modeste persistance d'une présence, blottie, mais refusant l'anéantissement comme on peut l'entendre dans l'affirmation sonore, la fermeté de frappe des notes en fin de composition, juste avant l'abandon ?

   "Extended Circular Music 9" tourne autour d'une mélodie dans une série d'infimes variations. La notion de « même » s'effrite devant cette obstination, de nature amoureuse, qui reprend et éclaire l'objet aimé pour en scruter la diversité secrète, invisible aux yeux pressés. La mélodie livre ainsi peu à peu des arrière-plans étonnants, elle cède sous les coups d'une note répétée, au point de renaître autre, transfigurée, et de prendre sans qu'on s'y soit le moins du monde attendu une allure sublime, assez éloignée de sa première tournure. On entend alors un chant mystérieux qui monte tranquillement vers les cieux intérieurs. Émouvant et magnifique de pureté fragile.

   Les trois pièces pour piano (dix-huit minutes environ à elles trois) transforment les notes en autant d'amers pour naviguer dans le silence. Des amers peu élevés, espacés, esquissent en pointillés une côte fantôme, aux lumières ouatées ou rarement un peu plus vives. Seule la pièce deux utilise quelques graves, d'ailleurs amortis, pour accentuer le relief. Tout se maintient comme par miracle à fleur de silence.

    "Les Tréfonds inexplorés des signes" (numéros 24 à 35) appartiennent à une série plus vaste, les premiers numéros étant pour saxophone ou clarinette et deux guitares électriques et datés des années 2007 - 2008. Ces petites pièces pour piano solo durent de moins de deux minutes à près de huit, et constituent une série de méditations sur un nombre limité de notes, parfois répétées. Posées sur un lit de silence, elles s'offrent dans leur nudité résonnante, humbles et belles, comme autant d'invitations à écouter leurs « tréfonds inexplorés ». Elles nous appellent, cloches  et sirènes à la fois tant elles ensorcellent l'auditeur attentif par leur charme discret. Mine de rien, ne contiennent-elles pas en elles, loin et pourtant si proche, l'essence du son qui ne se respire qu'avec l'oreille lavée de toute souillure ? Au fil du cycle, le ton devient plus grave. La dernière égrène métronomiquement soixante-cinq fois des notes très proches, répétées chacune plusieurs fois avant de céder la place à une voisine, puis les notes s'espacent, mangées de silence, se font plus intenses, troubles, troublantes...

   Le titre "Pianiste, alone (2)" (2013, la première pièce portant ce titre remontant à 1998 - 2004), peut s'entendre comme une allusion à la situation du pianiste, seul avec la partition qu'il doit interpréter. La musique de Jürg Frey est rien moins que difficile à jouer. Toute tentation de briller, de montrer son talent, sa technique, doit être écartée. Le pianiste doit faire corps avec la composition, en respecter les silences, mieux, en faire entendre l'infinie richesse derrière l'apparente pauvreté du matériau. Il y faut une ascèse, que j'entends chez Reinier Van Houdt chaque fois que je le "rencontre" : en tant qu'interprète, dans Lettres et Replis de Bruno Duplant, en tant que compositeur, dans le double album drift nowhere past / the adventure of sleep. Il faut s'effacer, et dans le même temps, par la profondeur de l'attention, le respect du toucher, sa délicatesse constante, exprimer ce qui ne se manifeste pas de prime abord, qui attend l'interprète, toujours au bord du gouffre, au bord de la trahison, mais aussi au bord de l'incroyable beauté de la musique de Jürg Frey. Le pianiste se tient sur le fil, tel un funambule aveugle, il avance avec d'infinies précautions, à l'écoute de ce qui monte et le ravit, comment pourrait-il jouer un tel dénuement sinon ? De son rapt initial dépend le ravissement second de l'auditeur...Cette composition faillée de silences et de séries de notes répétées propose des exercices spirituels comme autant de chemins vers l'extase, faits de tâtonnements, de reprises, d'inquiétudes, de courtes jubilations, de soudaines illuminations négatives - ces surgissements de graves profonds en basse continue, d'espoirs renaissants. La prise de son permet d'entendre, je l'ai déjà signalé, les infimes frottements qui sont les respirations intérieures du piano, et le rendent vivant : l'interprète a disparu pour se confondre avec le piano, il est le piano, pianiste, seul...

   Je n'ai pas parlé de la couverture, dessinée par le compositeur : l'observer, c'est une préparation à sa musique...

   Une anthologie exceptionnelle. Du dépouillement et de la rareté de ces lieues d'ombres surgit une beauté constante, fragile et doucement rayonnante.

 

* Je pensais au livre d'Andréï Tarkovski, Le Temps scellé.

Paru chez Elsewhere Music fin octobre 2022 / 3 cds, 25 plages / 3 heures 23 minutes environ

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Publié le 15 Novembre 2022

Erlend Apneseth - Nova

   Du folk...contemporain et expérimental !

   Erlend Apneseth est l'un des joueurs de violon Hardanger les plus renommés de Norvège. Nova est son premier disque solo depuis neuf ans. Qu'est-ce que le violon Hardanger ? Inspiré du violon baroque, le premier modèle (les sites ne sont pas d'accord à ce sujet...), œuvre de Jonsen Jaasted, date de 1651 et fut fabriqué dans la ville de Hardanger (Norvège), dont il garde le nom. C'est l'instrument du folklore de l'Ouest de la Norvège. Très joliment orné, (voir photographie), il se caractérise par la vibration par sympathie des cordes sous-jacentes aux cordes mélodiques.

Source : instruments du monde.fr

Source : instruments du monde.fr

   Regardez la couverture : au centre du fjord ou du lac flambe un bûcher. J'y vois flamber le violon Hardanger dans la pureté d'un milieu sauvage, d'une atmosphère sacrée... 

Je rends peu compte des disques de folk, parce que davantage orienté pour ce blog vers les musiques contemporaines et que je ne peux tout écouter, mais je suis sensible à la beauté de certains instruments traditionnels, et surtout à la manière dont certains musiciens dépassent la tradition, font de leur instrument un médium intemporel. Je pense par exemple à Josef van Wissem avec son luth, au trio Slagr, dans lequel on trouve d'ailleurs déjà un violon Hardanger, à Stéphane Mauchand pour ses cornemuses. En temps normal, le violon Hardanger accompagne chants et danses des villages, mais est utilisé aussi comme instrument solo. Erlend Apneseth, après une longue parenthèse dans l'univers électro-acoustique et de nombreuses récompenses dans le domaine des musiques improvisées, du jazz ou de la musique de chambre, célèbre les qualités acoustiques de son instrument (qu'il n'a cessé de pratiquer même pendant cette période), dont il explore ici les possibilités sonores de manière très personnelle. Les propos qui suivent éclairent le titre et la tonalité de l'album : « « Pour moi, l'une des choses les plus fascinantes à propos de l'instrument est sa capacité à remplir toute une pièce de son tout seul.(...) C'est un titre qui couvre les différents aspects de l'album. Le son de la salle donne à l'ensemble un caractère presque cosmique, une sensation d'être en lévitation ou dans une autre sphère. Pour moi, c'est avant tout un symbole de l'être humain. En Chine, ils les appelaient des étoiles invitées : de petites lumières nouvellement apparues dans le ciel nocturne, visibles pendant une courte période, puis revenant à leur forme originale. De plus, d'où je viens, "nova" est le terme désignant un sommet de montagne, ou les coins qui relient la maison en bois dans laquelle je vis. »

   Le premier titre, hommage à la beauté des mélodies folkloriques, explore le champ harmonique par des glissades, des successions rapides dans les aigus et quelques médiums. On n'est pas très loin de l'impression produite par certaines cornemuses. C'est une danse vers les étoiles, pleine de belles résonances. "Fall", le second titre, est tourné vers le potentiel dramatique de l'instrument, percussif ou gratté comme une guitare, perdu dans l'espace immense, tandis que "Skuggespel" (Théâtre d'ombre ?), le suivant, qui revient aux cordes frottées, a des allures chamaniques, ne démarrant qu'après des bruissements d'ombres et d'ailes, comme si nous étions dans une caverne. Le violon frémit et chante dans une transe désespérée. 

   "Framand" (Étranger) est une courte évocation écorchée tout en pizzicati ponctuée d'explosions percussives. Suit une pièce plus nettement folk d'esprit, "Speglingar "(Reflets), mais traitée comme une étude de résonances. Si "Bestemor Bremen" sonne plus nostalgique, cette évocation d'une noce villageoise pour une grand-mère, est décantée jusqu'à n'être plus qu'un bref souvenir. "Palmyra" s'évade vers des espaces lointains orientaux, avec son violon langoureux. La brièveté des pièces coupe court toutefois le plus souvent à toute nostalgie, faisant de chacune d'elle un condensé de tradition dépaysé vers ses propriétés résonantes et projeté dans l'intemporel. Ainsi "Tit eit Astrud-bilete" hésite entre la plainte et l'hymne, réduit à quelques phrases espacées.

   "Gravsong" (Chant funèbre), troué de silences, est dépouillé de tout excès lamentatoire, ramené à une sobre méditation mystérieuse, avec une dernière partie magnifique de froissements frémissants. Le disque se termine sur "Ettertid" (Postérité), titre le plus étrange, râle des esprits disparus : à sa manière épurée, un manifeste des potentialités expressives du violon Hardanger, ce violon pleinement d'aujourd'hui, passé avec succès à la postérité grâce au talent d'Erlend Apneseth.

   Je regrette un peu l'extrême brièveté du disque et de certains titres, même si je comprends l'intention du compositeur d'aller à l'essentiel, sa volonté de débarrasser l'instrument d'une gangue sentimentale passéiste. Le développement de certains thèmes ou motifs aurait pu mieux encore montrer la modernité de l'instrument. Ne boudons pas notre plaisir, ce disque très pur, d'un expressionnisme si intériorisé, illumine le silence agrandi de ses belles résonances.

Paru fin août 2022 chez Hubro / 10 plages / 28 minutes environ

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Publié le 21 Octobre 2022

Anastassis Philippakopoulos - Piano 1 / Piano 2 / Piano 3

   Du lent ensemencement du silence naît la Beauté, ce feuillage de l'inconnu

   En février 2020 paraissaient les Piano Works du compositeur grec Anastassis Philippakopoulos, interprétées par le pianiste et compositeur Melaine Dalibert. Membre du collectif de compositeurs Wandelweiser, baptisé par le critique Alex Ross dans le New Yorker comme "Les compositeurs du silence (ou du calme)" depuis 2003, il a depuis donné à la maison de disque portant ce nom des œuvres plus anciennes qui lui tiennent à cœur. Ce sont des pièces datant de ses études de composition à L'Université des Arts de Berlin, révisées les années suivantes à Athènes, dans les années quatre-vingt dix. Elles sont interprétées par la pianiste serbe Teodora Stepančić.

   "Piano I", en trois parties, est la composition la plus radicalement dépouillée, réduite à des esquisses mélodiques nimbées de silences. Les notes se succèdent, sans se chevaucher ou s'agglutiner, pour s'allonger contre un autre monde. C'est d'une beauté calme, lumineuse. Puis une note éclate, une autre encore, l'écart se creuse entre les médiums et des graves intenses, sans que rien remette en cause l'ordonnancement secret de cette musique intérieure, à l'écoute. Le temps ne compte, il ne se compte plus, découpé en segments égaux par les notes répétées du début de la troisième partie. Le temps s'approfondit, le temps est une cloche au-dessus du rien, au-dessus de tout ce qui nous échappe et que la musique convoque par ses insistantes répétitions. Ce n'est pas un drame, c'est une sommation entêtée à faire lever les ténèbres, comme lèverait une pâte remuée. Le crescendo percussif donne forme à l'essentiel, la vibration qui est le monde et sa désagrégation, car tout retourne au silence.

   "Piano II" commence par la répétition métronomique d'une note, bientôt accompagnée, entourée par une autre, une deuxième, qui éclosent, appelées par l'énigmatique scansion. D'autres encore se joignent au battement nu, comme des vêtements de lumière plus ou moins trouble autour de ce qu'il faut bien nommer un appel. De petites grappes naissent, oiseaux frêles chantant à peine un cantique tout en éclats brefs. Cette première partie est miraculeuse. La seconde revient à une introspection méditative, jouant des longues résonances et de légers chevauchements de notes. L'ombre de Morton Feldman est là, dans cette avancée erratique, ces boucles ouvertes, mais la toile est plus trouée peut-être, plus répétitive, ruminante, sans jamais toutefois lasser ou assommer l'auditeur, en le laissant rêver la musique manquante, se remémorer la musique perdue, son infinie et indicible douceur. La lenteur extatique de la pièce conduit à un ravissement ineffable.

   "Piano III" explore des zones intermédiaires avec une pudeur sensible. Il y a là des traces, des restes, entre lesquels le piano avance à pas prudents, débusquant parfois des gisements, sous forme de bouquets, d'éclats fugaces. Le silence y jette son manteau pour tout amortir, la musique s'en enveloppe pour ne rien heurter. La musique est l'autre nom du respect de l'Inconnu qu'elle cherche, et qui la traverse, l'informe quand elle sait ne pas trop en faire. Pas question de virtuosité, de brio : le pianiste doit retenir ses doigts, il interroge, caresse, serviteur et desservant du Mystère qui ne cesse de sourdre comme une source inépuisable dans les espaces entre les notes, dans la durée conquise par l'écoute patiente, reposée. Alors survient la Lumière, celle de la troisième partie. Elle peut cingler comme un fouet, trancher dans les harmoniques, illuminer, implacable ; très vite, elle abandonne sa rutilance, elle sait que l'essentiel est dit, que le silence suffit à son épiphanie.

Paru en juin 2022 chez Wandelweiser Records / 8 plages / 1 h et 10 minutes environ

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Publié le 19 Octobre 2022

Nick Storring - Music from Wéi 成为

   Huitième album, et troisième chez Orange Milk Records, Music from Wéi 成为  est le fruit de la collaboration du musicien et compositeur de Toronto Nick Storring avec la chorégraphe Yvonne Ng, qui l'a invité à écrire une pièce pour cinq danseurs en résidence. Habitué à construire des œuvres multicouches recourant à de nombreux instruments, Nick Storring, pour éviter de déplacer en avion tous ces instruments, a choisi d'employer un piano, tout simplement. Mais un piano qui, au cours des quatre années de maturation du disque, peut être à queue, droit, ou préparé, et parfois relayé par un disklavier (piano piloté par ordinateur : voir ici un des pionniers de cet instrument, Kyle Gann). Le canadien utilise des médiators, des maillets, des archets, même électroniques, pour tirer du piano le spectre de sons le plus large possible. Il recourt à des micros variés, y compris à des micros de contact, pour enregistrer au mieux la musique.

   Le piano dans tous ses états. Un piano orchestre à lui tout seul. Frappé, frotté par un archet ou un médiator, il est tour à tour cristallin, métallique,  donne des sons continus ou discontinus, des ondes glissantes. Imprévisible. Une pluie très fine, des arpèges mouillés, au ras du mystère. Je ne peux m'empêcher de penser à l'aventure tentée par Stephen Scott dans Vikings of the sunrise ou The Deep Spaces. Je ne sais pas si Nick Storring connaît cette extraordinaire odyssée musicale parue sur l'incontournable label New Albion Records. Chaque partie du cycle est une série de séquences d'une incroyable fraîcheur. La réussite étonnante du disque tient à l'aération de la musique, jamais pesante. La deuxième partie méditative joue heureusement de trois niveaux : un piano "classique" en boucles majestueuses, un arrière-plan chatoyant et un piano sonnant comme... un clavecin ou un instrument oriental genre santour. L'auditeur est confondu par la splendeur sonore de l'ensemble, la grâce de ses petites mélodies enchâssées dans les glissendis du piano. On respire, on écoute cette musique tutoyant l'indicible sans hâte. Et l'on se trouve transporté dans des courants puissants, eux-mêmes se transformant à vue en friselis délicats.

   Un torrent très Philip Glass : c'est le début de la troisième partie, bel hommage indirect à l'un des maîtres du minimalisme. Très vite, la musique dérape vers d'autres dimensions, parcourue par des courants toujours minimalistes, mais comme retournée par une immense douceur, par des sources jaillissantes. Les drones tournoient lentement, piquetés par un piano qui semble s'évaporer. Les parties IV et V sont réunies sur le titre 4 : flux aquatiques insaisissables, exploration des tréfonds du piano. Puis des notes glissées, le glas d'un piano préparé, comme immergé. C'est une partie fantastique, dans les bas-fonds obscurs de l'instrument. Une partie magique au seuil de l'inconnu qui gronde en sourdine, avant de laisser filtrer des énergies troubles, toujours plus déferlantes. Magnifique crescendo pulsant pour finir.

   La sixième partie est la plus décalée, rythmée par un piano utilisé de manière percussive. Où sommes-nous ? Pas très loin du rock, même du jazz. La musique est puissamment découpée, rutilante de mille sonorités, peu à peu informée par une pulsation que nous retrouverons dans les parties suivantes, la VII et la VIII réunies dans le sixième titre.

Disons-le tout de suite : après l'hommage à Philip Glass, c'est ici une variation à la Steve Reich. Une variation brillante, inspirée, et pas du tout servile. Il y a des moments proliférants qui m'évoquent les meilleurs moments d'un compositeur anglais que j'aime beaucoup, Graham Fitkin. Le piano se diffracte, bondit tel un étalon fougueux, poussé par une impulsion irrésistible. C'est sans doute le moment virtuose du disque, soudain éthérisé dans un infra friselis, prélude extatique à un réveil des puissances enfouies, au retour du piano ordinaire, brillant, suprêmement impérial dans sa coda méditative.

   Un disque vraiment superbe, voyage éblouissant dans les arcanes du piano.

Paru en août 2022 chez Orange Milk Records / 6 plages / 50 minutes environ

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Publié le 15 Octobre 2022

Gammelsæter & Marhaug - Higgs Boson

  Rassurez-vous : je ne vais pas vous entraîner dans un cours de physique des particules, j'en serais d'ailleurs incapable... Voici deux particules humaines, norvégiennes, créateurs d'un univers fascinant. Runnild Gammelsæter surprend par sa voix, dont elle joue en prêtresse, en inspirée. Elle manie aussi la guitare, le piano et l'orgue numériques, les cloches, et s'occupe des traitements. Lasse Marhaug est à l'électronique, au synthétiseur, aux objets et au montage. C'est leur deuxième disque ensemble, le premier, Quantum Entanglement, remontant à 2014. Une rencontre décisive les fit se retrouver à nouveau en 2019, à l'occasion d'un concert spécial dans une église d'Oslo. Depuis, il ont accumulé des matériaux débouchant sur ce disque inspiré aussi bien par des cinéastes japonais du structuralisme expérimental que par les illustrateurs français Philippe Druillet et Jean Moebius Giraud, deux créateurs d'univers de science-fiction décalés, visionnaires, ou encore par des photographes de paysages. Je vous passe d'autres références très pointues, sauf une autre, littéraire, au Jeu des perles de verre de Hermann Hesse, pour un processus d'association utilisé par les deux artistes.

   Huit titres entre presque trois minutes et presque dix constituent ce "Higgs Boson", d'emblée très étrange. "The Stark Effect" se développe autour de la voix démultipliée de Runnild et d'une autre voix gutturale, spectrale. La partie vocale mêle longues trainées éthérées et cris, éructations quasi animales. Nous voici en communication avec le Mage, "The Magus", qui est plutôt une mage, entre incantations et murmures. Une pulsation électronique sourde rythme cette vaticination dans l'infra-langage. Tout à fait dépaysant et très impressionnant. Une percussion lourde ouvre le mystérieux "Static Case". Des voix déformées incantent l'espace. On est entre messe mystique et sabbat goyesque. Les "Ondes de Fase" nous plongent dans un océan électronique saturé de voix comme de milliers d'esprits errants aux limites de l'aphasie : prodigieux voyage dans un univers halluciné ! Des "Forces" se déchaînent dans le titre cinq, déchiré de l'intérieur, parcouru de déflagrations prolongées. Titre magnifique, qui fournirait une belle bande-son pour les dérives dessinées de Druillet, tant les voix sont de plus en plus fantastiques. On imagine des créatures se déformant à vue, monstrueuses et terriblement là à nous guetter dans le noir, au bord de l"apocalypse.

   "Propeller Arc" est une véritable Babel des langues, un oratorio pour langues étranges, qui donnent une impression de connu (du grec, de l'allemand, etc.) tout en étant d'un ailleurs indéfini. Puis survient une montagne magique, un orgue déferlant accompagné de vents de poussières : les voix sont incorporées, balayées, réduites pour un bref moment au silence divin. Le septième titre renvoie à nouveau à la physique, le "Hadron Collider" étant l'accélérateur ou collisionneur de particules du CERN. L'idée est celle de collisions entre des univers : entre le monde instrumental, électronique et bruitiste d'une part, et celui des voix. Musicalement, l'intérêt réside dans la résistance des voix aux lourdes vagues écrasantes d'une sorte de métal épais. Rien n'arrête les voix ordonnatrices du monde. Alors surgissent "These questions", effrayantes déflagrations  de drones râpeux, comme si la matière respirait dans un mouvement de désintégration / volatilisation. Une voix seule survole ce cauchemar de science-fiction, puis une seconde, d'autres encore, chantantes ou chuchotantes. C'est peut-être la matière qui s'exprime, la Matière des champs gravitationnels qui est Esprit, enfante l'illusion de Vie : il n'y a rien d'autre que ce continuum, toujours susceptible de susciter les Voix primordiales et éternelles. Grandiose !

Un disque magistral d'une beauté noire, envoûtant d'un bout à l'autre !

Paru en août 2022 chez Ideologic Organ (une maison de disque parisienne) / 8 plages / 44 minutes environ

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Publié le 7 Octobre 2022

Steve Reich - Runner / Music for Ensemble and Orchestra

HyperReich

   Deux premières mondiales pour deux œuvres de même forme, en cinq mouvements fondés sur différentes durées de note. Runner est pour un grand ensemble de vents, percussions, pianos et cordes, tandis que Music for Ensemble and Orchestra est un concerto grosso avec vingt solistes et deux vibraphones et deux pianos. Les deux pièces ont été enregistrées en concert par le Los Angeles Philharmonic sous la direction de Suzanna Mälkki.

Deux pièces en forme d'arc. Tendues vers quelle(s) cible(s) ?

  La splendeur harmonique de Runner (Coureur - ne l'oublions pas...) frappe dès le premier mouvement. Une immense plénitude sonore, une profondeur scandée, mais la pièce change à vue, implacablement rythmée par la pulsation. Comme son titre l'indique trop, elle court, sans jamais s'attarder, passant en revue les paysages sonores reichiens. Suit un deuxième mouvement cristallin, nébuleux, un mouvement lent d'abord guilleret, puis au bref approfondissement élégiaque. Nous voici déjà au quatrième mouvement, presque sur le point de s'envoler, mais toujours la pulsation emporte la pièce. Rien n'a le temps de vraiment s'installer. Cette pièce est symptomatique de notre société occidentale qui court, court ... pour courir. Ce cinquième mouvement, pourtant, que de beautés frémissantes, de beaux gestes orchestraux qui font oublier les frustrations précédentes. On a rarement entendu les cordes aussi vibrantes chez Steve, le temps semble se dilater, enfin, et c'est toute la fin, d'une stupéfiante beauté, comme un immense orgasme distendu. Courir pour en arriver là, oui ! 

   Music for Ensemble and orchestra atteint une densité impressionnante dès son premier mouvement grandiose, assez inédit dans l'œuvre de Steve. Du Steve Reich lyrique, qui se lâche, se laisse aller à la fresque énorme dans le deuxième mouvement, caricaturant certaines déformations sonores d'œuvres antérieures. Du Reich grand spectacle symphonique, qui se replie sur un troisième mouvement plus convenu et s'englue dans un quatrième mouvement assez inégal, trop bruyant dans son enthousiasme rutilant. Enfin, le cinquième mouvement semble se poser, comme s'il vaporisait ses éclats antérieurs pour atteindre autre chose, et là c'est splendide, émouvant, mais la pulsation emporte tout dans une gymnastique aussi intense que vide. Les accalmies laissent espérer un rétablissement, puis on nage dans un concentré reichien...avant une longue coda assez belle en ce qu'elle dissout toute l'emphase précédente. On en arrive au point où l'œuvre... devrait enfin commencer. La flèche une fois décochée, on a comme des gamins suivi sa trajectoire dans les hauteurs grandioses, et puis on l'a perdue, on a entendu qu'elle glissait en s'affaiblissant dans une contrée inconnue.

   Il y a longtemps déjà que Steve Reich construit des pièces courtes, concentrées, parfois éblouissantes, décevantes en raison même du dogme de la pulsation présidant à leur course brève. Aussi les pièces sont-elles des surfaces changeantes comme les images de la télévision, sans point pour s'accrocher. Tout défile dans un cortège animé, chatoyant : on reconnaît tout, étonné lorsque de nouvelles couleurs, de nouveaux gestes, esquissent un autre Steve Reich. On voudrait lui dire de développer, de pousser la porte de l'inconnu, et l'on reste sur sa faim, sauf en de rares moments arrachés au continuum irréversible, comme la fin de Runner, d'une exemplaire réussite.

   Runner est à mon sens bien supérieur à Musique pour Ensemble et Orchestre, véritable catalogue parfois proche de la musique de film (la fin insupportable du premier mouvement, tout le début du second, et la lourdeur de la suite..). Les deux cinquièmes mouvements sont les plus réussis, lorsque l'esthétique du plein à tout prix cède la place au rêve, à la vacuité, à une détente étrangère.

   Bien sûr, tout ceci est écrit par un reichien enthousiaste, immergé dans les œuvres du Maître depuis fort longtemps. Et qui a toujours dans les oreilles ces immenses chefs d'œuvre que sont, dans le désordre, Music for 18 Musicians (1976), The Desert Music (1984), Different trains (1988), Piano Phase (1967), Four Organs (1970), Drumming (1971), Six Pianos (1973), Tehillim (1981), Electric Counterpoint (1987), City Life (1995), Proverb (1995), WTC 9/11 (2011)...

Paru fin septembre 2022 chez Nonesuch, l'éditeur de Reich depuis 1985 / 10 plages / 36 minutes

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Publié le 6 Octobre 2022

Mannheimer Schlagwerk - The Numbers are Dancing

   L'Ensemble de percussion de Mannheim (Mannheimer Schlagwerk) a déjà vingt-sept années d'existence. Ce disque, sorti à la fin de 2021 - j'ai failli passer à côté !, est celui de leur vingt-cinquième anniversaire. Pour l'occasion, le directeur de l'Ensemble, Dennis Kuhn, a réuni quatre compositeurs, dont lui-même, avec l'idée de partir du Mallet Quartet de Steve Reich pour explorer de nouveaux territoires musicaux. D'où le sous-titre, "New Works for Mallet Quartet". Dennis Kuhn signe le premier titre, "Leon's House (Epitaph for a friend)"; le pianiste suisse Nik Bärtsch, bien connu chez ECM, le second, "Seven Eleven". Le guitariste américain Stephan Thelen a écrit les trois et quatre, "Russian Dolls" et "Parallel Motion" : il est également mathématicien, ce qui n'est pas étranger à notre affaire ! Enfin, l'allemand Markus Reuter, qui a touché de très nombreux genres, complète le programme avec une pièce en trois parties intitulée "SexGott".

   J'avais repéré l'album, emporté par le torrent des nouveautés et comme trop souvent vite recouvert : tant des musiques, et on a beau en écouter beaucoup, trop, moi le premier... Je suis heureux de lui donner sa place ici, au moment où le grand Steve sort  "Runner". On n'en finirait pas de mesurer l'impact du renouveau qu'il a impulsé vraiment partout.

   C'est un album généreux, à déguster. L'élégiaque premier titre nous prend presque au dépourvu : un tel moelleux dans les frappes des maillets sur les vibraphones et marimbas ! Et puis la source rythmique, bellement jaillissante, qui n'empêche pas une attention à l'autre monde. Il y a là des moments magiques, troublants, dans ce voyage glissant au pays des Morts... qui se réveillent, je vous le jure ! Magnifique début ! La composition de Nik Bärtsch, au tricotage très serré, paraîtra un peu ennuyeuse si elle ne produit pas une légère hypnose en passant d'un cercle à un autre ; ses couleurs éclatent dans le dernier tiers, elles se méritent, avec des accélérations très reichiennes. Une sacrée course...

    Les deux compositions de Stephan Thelen sont le cœur vibrant de ces danses de nombres. Marimba et vibraphone sont renforcés par l'orgue et la clarinette sur l'euphorisant "Russian Dolls" (titre 3). C'est un enchantement qu'apprécieront tous les Reichiens ! Quant à "Parallel Motion" (titre 4), avec deux percussions en renfort de la base marimba / vibraphone, c'est une pièce frémissante emportée par la cavalcade irrésistible des percussions, avec un très beau moment quasi méditatif lové dans le deuxième quart.

    Les dieux du sexe sont convoqués pour la dernière partie du disque. "Sexgott" se décline en "I. Mars", "II. Venus" et "III. Eros", ce qui me paraît corroborer ma lecture de la musique de Steve Reich dans un article que j'avais titré "Le Triomphe d'Éros". Trois pièces miraculeuses de grâce tintinnabulante : un éros apaisé loin des grandes fugues et des ivresses spectaculaires, à contre-courant, tel un ascète concentré sur ses petits tournoiements.

Mes titres préférés : le 1, "Leon's House" et le 3, "Russian Dolls", puis le 4, "Parallel Motion".

   Un grand disque de percussions précises et bien remontées.

Paru en décembre 2021 chez Solaire Records / 7  plages / 60 minutes environ

Pour aller plus loin :

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

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