Publié le 13 Janvier 2026
[À propos des compositeurs et du disque]
Ivan Pavlov, alias CoH, et Wladimir Schall, deux artistes multimédias et musiciens électroniques, aiment rendre hommage à leurs artistes préférés, John Everall [ Coh plays Everall, Hallow Ground, 2017)pour le premier et Erik Satie et ses Vexations pour le second [cassette parue en 2020 ]. "COVERS" présente leur réinterprétation de pièces plus ou moins inconnues : deux d'entre elles inspirées de dessins animés soviétiques, une autre développée à partir d'un motif de quatre notes de Sergueï Rachmaninov, une autre encore à partir d'une œuvre originale inexistante (!!). une nouvelle version d'un morceau d'un disque antérieur de CoH, vu à travers l'œuvre de Morton Feldman ; on reconnaîtra enfin deux à la manière de Satie à la Ryuichi Sakamoto... Selon eux, les sept pièces de « COVERS » ont été conçues comme « une série de manœuvres visant à exposer en détail et avec une honnêteté absolue les rouages de la musique, sans pour autant masquer les défauts de ses instruments traditionnels ni ceux des compositions elles-mêmes ». Ils partent de compositions pour piano qu'ils manipulent numériquement et auxquelles ils appliquent un traitement électronique pour interroger les failles de la mémoire.
[L'impression des oreilles]
À première écoute, on se dit que c'est une pochade. Tiens, du Satie au ralenti, servi dans une ouate épaisse, avec des basses lourdaudes, un piano dépaysé de réverbérations. Après tout, le premier titre, "MERRY XMAS MR ERIK" nous y invite. Et puis on s'aperçoit que le morceau file ailleurs, l'air de rien, du côté de la nostalgie et de ses langueurs douteuses. "KOHTAKT", pour les non-soviétiques, ne parlera pas. Mais on est dans la brume, avec un vent de neige, la taïga à perte de vue, hantée par des loups subliminaux. C'est une musique à demi-gelée, une musique tombale, qui prend soudain des allures sépulcrales, une élégie déchirante en dépit des traitements débouchant sur une boue sonore ahurissante. Le titre suivant, "OKOLO KOLOKOLA", est celui qui a tiré l'album à moi. Dans la glu pâteuse des résonances amplifiées et déformées se débat une silhouette en train de se défaire, un dinosaure mémoriel. Les boucles étirées confèrent à la pièce une impressionnante grandeur. Cette partition pour les confins prend une splendeur noire à donner envie de couler dans les strates insondables de ce monde fossilisé, inhumain.
"SOII Blanc" pourrait être une danse pataude saturée de graves, de bruits plus ou moins industriels amoncelés en piles électrifiées. Pour un peu, ce serait du rock pour cosmonautes en apesanteur, alourdis par des équipements hyper molletonnés. Avec "SNOWFLAKES", c'est un autre très beau moment d'étrangeté miraculeuse, dans un monde raréfié de piano hésitant au bord de l'écroulement sur fond de bourdons légers, de déflagrations et de craquements, de pétillements comme sur les vieux vinyls.
La "GNOSSIENNE À RYUICHI" (titre 6) nous embarque dans les armoires surchargées de la mémoire. Hors le piano sonnant comme un instrument exténué en émettant des notes pointues, tout est plombé, et la mélodie si reconnaissable, si inoubliable, se fraye un chemin dans les décombres. Une merveille de délicatesse, un hommage bouleversant ! Le disque se termine avec un autre clin d'œil, "STAROST NE RADOST" (Joie et Tristesse), en mi-teinte amusée, sorte de pièce de bastringue en écho à Satie.
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Titres préférés : 1) "OKOLO KOLOKOLA" (titre 3)
2) "KOHTAKT" (titre 2) / "SNOWFLAKES" (titre 5) / "GNOSSIENNE À RYUICHI" (titre 6)
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Sept titres échappés de la Mémoire, costumés d'une grâce étrange et émouvante par un retravail numérique et électronique fascinant.
Paru fin décembre 2025 chez Hallow Ground (Lucerne, Suisse) / 7 plages / 41 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
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