techno et alentours

Publié le 24 Août 2026

Barbara Ellison - Murdúchann (Siren Sea Songs)

[À propos de la compositrice et du disque] 

   L'artiste visuelle et compositrice irlandaise Barbara Ellison est fascinée par le caractère spectral de certains univers sonores et visuels. Ses recherches autour de ce qu'elle appelle des fantômes visent à faire naître une présence fantasmatique en explorant des états d'ambiguïté auditive et visuelle. Elle a déjà publié CyberSongs chez Unsounds, un opéra de trois heures intitulé Cyber-Opera. Par ailleurs, trois volumes titrés comme ce nouveau disque et affectés d'un numéro, ont déjà été publiés entre avril 2025 et janvier 2026, mais les numéros ne correspondent pas : il semble que ce soit une série distincte du nouvel enregistrement.

« Murdúchann » désigne en moyen irlandais une créature semblable à une sirène, chanteuse des mers ou sirène marine. Les chants ensorceleurs de ces créatures sont devenus célèbres grâce à L'Odyssée d'Homère. Barbara Ellson a travaillé à partir d'un vaste corpus de voix féminines pour générer des fantômes sonores grâce à des superpositions de couches et des transformations. Une petite partie de la source provient d'un morceau remixé par la compositrice, créé à partir d'extraits de l'album Bleaching Bones de l'Ensemble vocal irlandais Landless, composé de quatre voix féminines.

La compositrice Barbara Ellison

La compositrice Barbara Ellison

[L'impression des oreilles]

Présence des fantômes...

   Le numéro 1 de ces chants de sirènes est titré "idir", « entre » en irlandais, ce que je comprends comme une invite à entrer dans le disque : note bloquée répétée de plus en plus vite, surgissements des voix en coulées croisées et glissantes et revenantes, dislocation en sons brefs résonnants, le tout agrémenté de différents "glitchs". C'est parti pour "glór" (Voix), respirations vocales syncopées, répétitives, échantillon de l'esthétique de Barbara Ellison, entre une curieuse techno vocale et un minimalisme ultra-répétitif. Très vite, la musique produit un effet hypnotique indéniable, un décollement du réel. Ces voix dirait-on machiniques, robotisées, paraissent surgies d'outre-mondes. En même temps, ces chœurs conservent des traces d'émission humaine qui les rendent troublants. La superposition d'un socle synthétique minimal et de voix réduites à leur souffle, à leur trace vibratoire, sur l'étonnant "draíocht" (Magie, titre 4, un peu plus de 15 minutes !) évoque un système bloqué dans lequel viennent se glisser les fantômes tels des cloches, puis des souvenirs de voix comme décortiquées, réduites à une enveloppe translucide. En fait, la pièce semble être une tresse dévoilant peu à peu des cordes cachées dans la torsade en train de se dérouler, de se multiplier magiquement en un crescendo foisonnant vers une extase pétrifiée dont jaillissent des souffles ardents. Quelle musique extraordinaire, authentiquement fantastique avec sa coda de quasi grognements de monstres à demi endormis !

entre / voix / secret / magie / sortilèges / nature sauvage / transformation / frontière / rêve / elle / brouillard / merveilles / seuil / évasion / retour
 

   Sirènes litaniques, mon amour !

   Le court "geasa" (Sortilèges) sonne comme un souvenir de chants médiévaux réduits à des soupirs et à des envolées coupées, tandis que l'ample "fiántas" (Nature sauvage, titre 6, plus de douze minutes) évoque des litanies païennes dans de lointaines forêts. Car les sirènes de Barbara Ellison ne sont pas cantonnées au milieu maritime, elles font apparaître aux auditeurs les paysages mentaux qui les hantent secrètement. Ne sont-elles pas des quintessences, des réductions raffinées qui, en faisant vibrer de manière répétitive certaines cordes enfouies, attirent à elles, dépaysent jusqu'à l'hypnose ? Après quelques minutes où la musique flirte avec la techno minimale, cette longue pièce libère des bouquets de voix, véritable feu d'artifice vocal se figeant dans la répétition d'une syllabe peu à peu rognée, avalée dans le battement percussif...

"claochlú" (Transformation, titre 7) joue sur des boucles de plus en plus rapides au point de rapprocher certaines voix d'instruments inconnus. La pièce devient pure scansion. "Teorainn" (Frontière) commence par une longue queue de comète, la coulée étirée de la profération initiale ramenée à son bourdonnement de base avant le surgissement d'autres voix plus étranges, plus archaïques dirait-on, venues de rituels brûlants ! "aisling" (Rêve, titre 9) se développe dans un brouillard épais, pièce ambiante irréelle traversée de voix éthérées, avec une coda mystérieuse à la limite du chuintement, de la murmuration (j'assume l'anglicisme, pour une fois - je pense à un autre disque !) diaphane. Retour à des boucles répétées avec "si" (Elle), au rythme lourdement marqué par un bloc sombre et des glitchs presque humains (voix transformées ?) en deux séries parallèles encadrant les voix féminines : prodigieux !

   Le dernier titre avant les bonus, "ceo" (Brouillard, titre 11) prend une dimension quasi orchestrale, semble sombrer dans les marais sans fond de l'Hadès, Hadès dont il ramène des voix sinueuses, fantomatiques, évoquant notamment le premier titre, pour en épuiser la substance dans une fin d'une immense douceur.

   Et les bonus ? Généreux et tout aussi réussis, à commencer par l'envoûtant "iontai"(Merveilles, piste 12), au montage audacieux, abrupt ! On entend des échos des chants irlandais traditionnels, si grandioses, dans "ealú (Évasion, piste 14).

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   Un disque stupéfiant, enivrant, monument de la musique répétitive pour voix et électronique.

On imagine un tel disque utilisé pour la séquence des sirènes du film L'Odyssée de Christopher Nolan, séquence hélas si anodine et à la bande originale sans intérêt. Mais ce serait rêver à une poésie qui est la grande absente du film.

Paraît le 4 septembre 2026 chez Unsounds Records (Amsterdam, Pays-Bas) / 11 plages + 4 bonus numériques de 19 minutes / 1 heure et 31 minutes environ au total.

Pour l'instant en écoute totale sur le site Soundcloud

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Publié le 17 Octobre 2025

Angelina Yershova / Ynaktera - Time for Change

  Ce n’est pas une nouveauté : j’ai retrouvé le disque par hasard dans un de mes répertoires. Mais peu importe, au fond ?
Cette collaboration entre la pianiste et compositrice kazakhe Angelina Yershova et le producteur de musique électronique Ynaktera, installé à Rome, mérite notre attention. La première a fondé la maison de disques Twin Paradox Records pour y enregistrer ses neuf albums précédents. De formation classique, elle a développé un langage musical personnel en intégrant à ses compositions une dimension électronique, elle-même ayant obtenu un diplôme dans ce domaine au Conservatoire de Musique électronique de Santa Cecilia à Rome. Quant à Ynaktera, il est venu à la musique électronique après quinze années pendant lesquelles il jouait de la guitare acoustique et électrique. Fondateur d'un collectif d'arts électroniques, il dirige aussi un label expérimental, Stochastic Resonance.

   À partir des thèmes du changement climatique et de l'eau, les deux musiciens nous donnent neuf titres toujours surprenants. Leur musique est tour à tour brillante, intrigante, mystérieuse ou étrange. Entre techno et musique électronique expérimentale, Time for Change séduit par son inventivité constante. "Awakened Goddess" (titre 1) se développe dans une atmosphère glauque, avec de magnifiques moments de piano post-minimalistes dans la seconde partie. "Global Ocean Warming" est une pièce ambiante flottant dans une atmosphère mystique de voix cachées, peu à peu animée par un sourd pilonnement percussif. "Walking on Water" prend des allures de techno extatique...

"Shamanic Morse Code" (titre 4) part dans des contrées étranges, étonnant poème électronique techno. "One Planet" baigne dans des effluves et flux élégiaques, piano miroitant, en vives éclaboussures. "Everything is connected" (titre 6) serait digne d'un Ryuichi Sakamoto et de son complice Alva Noto, sans une dérive jazzy quelque peu mièvre. Le titre suivant, "Perpetual Spin" offre une plongée dans des gouffres inquiétants lardés de déchirures, micro-faillés. "Cluster Light" forme avec "For Miracle" un diptyque contrasté : après les chatoiements techno du premier, les envolées mélancoliques du second...

Paru en juin 2022 chez Twin Paradox Records (Rome, Italie) / 9 plages / 51 minutes environ

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Publié le 10 Mai 2025

Roland Schappert - C'ant see the Rebel

   Fondateur du label r-ecords.com en 2022, Roland Schapper développe une musique électronique légère, aérée, mélodieuse. Can't see the Rebel est le troisième disque de la maison.

   Avec le premier titre éponyme, ça commence presque comme du Steve Reich, avec une ligne rapide de grappes de notes, sauf qu'une ligne de basse vient souligner le flux caracolant de notes perlées. Roland Schapper construit une musique d'une vivacité gracieuse, dansante. C'est un rêve bondissant se perdant dans les hauteurs, nullement plombé par le rythme implacable.

"Vibe-Coda", toujours dansant, plonge dans les vibrations, les respirations, les chuintements, comme en apnée au-dessus de massifs rocheux, mais il se reventile en aigus, plane avec des contorsions minimales. "Play Again", avec son piano réverbéré, décrit des arabesques précieuses, puis prend un ton plus grave sur un fond de froissements. La pièce se fracture de micro silences, danse dans le vide,  s'illumine de métallisations lointaines, sculptée avec minutie.

Le puissant "Ehrlicher Mond" (titre 4) pilonne à partir d'une ligne scintillante et cabriolante de synthétiseur : la lune honnête du titre, n'est-ce pas cette irréalité folle qui se saisit de la pièce, musique pour un conte de E.T.A. Hoffmann ? Plus proche de la techno, "Kombipakt" se vaporise en multiples plans froissés, d'une densité rentrée, intériorisée. Il rayonne d'une sourde intensité, d'une royale concision, avec une fin joyeusement déglinguée. "Ehrlicher Mond solo" termine l'album par un festival de jeux sonores synthétiques. La matérialité du son est au cœur de l'écriture : les textures s'épaississent, s'irisent, elles diffusent leurs vibrations dans une joie sans mélange.

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L'air de rien, un disque subtil, sculpté dans une ambiance d'euphorie limpide. De la musique électronique vive, non dénuée d'humour.

Paru en mai 2025 chez r-ecords (Cologne, Allemagne) / 6 plages / 27 minutes

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Publié le 7 Avril 2025

T. Gowdy - Trill Scan

Comment résister au charme alchimique de ce que nous propose T. Gowdy pour son troisième album chez Constellations ? J'avais déjà succombé pour Miracles, paru en 2022. Le producteur et musicien montréalais défend une ligne musicale originale. Considérant que le langage modal de l'Europe médiévale est plus proche que la musique dite classique des pratiques musicales des traditions indigènes, il revendique cet héritage, celui de l'École de Notre-Dame au XIIe siècle, comme celui du style brisé du XVIIe siècle, qu'il couple avec sa marque de fabrique de musique électronique analogique. Luth et synthétiseurs, pour aller vite !

T. Gowdy par © Stacy Lee

T. Gowdy par © Stacy Lee

   L'album s'ouvre sur l'angélique "Anonymous IV", polyphonie éthérée juste soulignée d'une ligne bourdonnante, prélude à "Blest Age" (Âge béni), mélodie vocale envoûtante accompagnée d'une rapide pulsation techno, quelque part entre Autechre et Pantha du Prince; Et c'est "Richmond Rd", kaléidoscope hallucinant de techno mystérieuse parcourue de chuchotements syncopés, de percussions étouffées : le meilleur de T. Gowdy, avec une fin foisonnante extatique ! Mais la "Courante" qui suit, inspirée par la pièce baroque du luthiste et compositeur français François Dufault (1604 - 1672), est renversante : le luth converse avec les synthétiseurs, l'électronique, aux textures troubles et sidérantes d'étoiles chutant dans l'infini.

   "Anonymus V" est une autre pièce de techno bondissante transcendée par des voix angéliques. Tout le style de T. Gowdy est dans cette grâce, cette élégance de trames au dynamisme irrésistible. "Materiadiscipuli" associe un chœur compact de voix et une boucle pulsante de luth et d'électronique post-rock, prélude à "Novus Lumen", qui porte à son point d'incandescence la fusion alchimique des genres. Sur une lourde trame post-rock bien enflammée, la voix susurre, souple et serpentine, s'envole très haut, le luth sculpte à vif, dans la masse, annonciateur d'une nouvelle lumière.

   La voix accompagne une bonne partie du disque, voix légère(s), pure(s). On la retrouve sur le beau "Pentaarc", boucles vocales sur un battement synthétique, le frétillement du luth et un tapis de bourdons. "Flit" (titre 9) flirte avec une techno minimale de micro-percussions au rythme très rapide sur un lit de bourdons très fins, qui s'alourdit in fine de basses profondes. Plus longue pièce avec un peu plus de sept minutes, "Arislei Bone" juxtapose deux trames rythmiques, une lente et l'autre de plus en plus rapide, reliées par un ronronnement hypnotique de synthétiseurs : comme des os qui s'entrechoqueraient, si l'on suit le titre...Des os à demi dématérialisés pour une danse étrange de techno tribale !

Pour finir, "Strewn" revient à la polyphonie, d'abord a capella, avant l'entrée d'un synthétiseur bondissant et de son prolongement rythmique irrésistible. La composition mute ensuite en chanson pop avec la voix fragile et feutrée de T. Gowdy, puis en brève pure folie post-punk avant de revenir aux voix initiales.

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Un album d'une belle liberté d'allure, flexible et vibrante, brouillant allègrement les frontières entre musique médiévale, baroque et tendances techno post à peu près tout. De la Matière à Bonheur !

Paru en mars 2025 chez Constellation Records (Montréal, Canada) / 11 plages / 43 minutes environ

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Publié le 19 Novembre 2024

Andrea De Witt - (sans titre)

   Collaborateur régulier du label Undogmatisch - il a participé notamment à la trilogie Magnum Opus Collectio series, le musicien italien Andrea de Witt y a sorti son premier véritable album solo, sans titre autre que son nom. Synthétiseur, boîte à rythmes, électronique (piano et voix traités, etc.). Ses compositions sont principalement spontanées, plutôt que fondées sur des modèles ou motifs pré-établis, confie-t-il.

Andrea De Witt
Andrea De Witt

 

   Entre quasi miniatures (1'19 pour le titre 10) et études (à peine cinq minutes pour la plus longue pièce), Andrea De Witt semble nous livrer un journal sonore intimiste. "Mai 5", la première pièce, est une machine hypnotique, de la techno industrielle onirique aux boucles lancinantes. C'est ce titre qui m'a fait revenir à l'album, presque oublié dans l'avalanche des parutions.  "Jun 4", ponctué de scratches et de rayures, rythmé lourdement, joue avec une mélodie sourde. "Aug 5" continue dans une veine techno minimale, ambiance de jungle noyée de brume épaisse. La marque d'Andrea de Witt, c'est un sens aigu de la concision, une manière de travailler le matériau finement  pour un effet maximal, ce en quoi il rejoint l'esthétique minimaliste, mais dans le domaine des musiques électroniques. "Apr 5" (titre 4), surtout percussif, tout en arythmies sculptées, se contente de bouffées espacées de matières granuleuses zébrées de petites déflagrations. Le premier "Pianochrom" introduit quelques pâles couleurs dans ce monde monochrome, en harmonie avec un album décidément intériorisé. Apparemment plus dramatique, "Jul 4" prend un aspect fantomatique avec les voix murmurées enchâssées dans les boucles résonnantes. Quant à "Oct X"(titre 7), c'est le retour à une veine un peu hallucinée, techno-industrielle douce et prenante, "Oct Y" en donnant une version plus rapide et plus ambiante, presque grandiloquente pour une fois dans ses draperies de bourdons (drones). La trilogie d'octobre se termine avec "Oct Z" (titre 9), bourdonnante, incrustée de dialogues téléphoniques (?), une techno minimale étrange. "Setting 7" est un court hymne pour piano étouffé dans une touffeur électronique de halos réverbérés, introduction au deuxième "Pianochrom", la plus longue pièce, bijou hypnotique hanté par des voix traitées, qui m'a fait songer à Alva Noto, par le fin picotement rythmé de la trame. "Amb 523" donne une fin étonnamment mélancolique à l'album : au revoir émouvant, sans boîte à rythmes.

Titres préférés :

-  "Pianochrom 2M" (titre 10), "Oct X" (titre 7), "Mai 5" (titre 1) et "Aug 5" (titre 3)

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Un beau disque aux confins mystérieux d'une techno minimale raffinée.

Paru en juin 2024 chez Undogmatisch (Berlin, Allemagne) / 12 plages / 39 minutes environ

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Publié le 20 Août 2024

Clark3 - From the edges tongues grow

Brève estivale 8...Un article sans gêne, sans honte, à l'image de la maison de disques berlinoise Shameless Records fondée et dirigée par le musicien Boris Hauf.

from the edges tongues grow (mot à mot « Des bords les langues poussent », titre quasi surréaliste) commence avec "08v3" un titre techno-spatial aux rythmes syncopés, cassés, tout à fait excellent, continue avec le très curieux "stangls", surtout au saxophone (synthétique sans doute), entrecoupé de silences significatifs. De quoi être perdu, mais "cherryy" (titre 3) assène une bouillie disco futuriste post-industrielle réjouissante ! "hw26 om", sur une base downtempo veloutée, est une danse électronique cliquetante, concise et efficace. "five a half" semble de l'ambiante revue par Autechre, fouets cinglants, zébrures troubles, gargouillis inquiétants et glacis synthétiques impériaux.

   Nouveau sommet avec le très inspiré "burslow" (titre 6), ambiante spatiale épique, grandiose et dans l'après-tout, d'une mélancolie déchirée, avec une coda presque pastorale de flûtes dans un crépuscule dévasté ! "may day", dans la ligne des titres 3 et 5, poursuit son œuvre de destruction, puissante musique post-industrielle déglinguée soudain touchée par une grâce inconnue, d'où un passage central percussif méditatif, vite parasité par le retour de démons ricanants et d'un pilonnement terminal... Le court "blödmaschinen" fournit la version hallucinée d'une circulation sanguine machinique, techno bondissante dans un milieu aux textures destructurées. Le titre 9, "Song", n'est mélodie que curieusement, cascades synthétiques et lourds battements, boucle lente et lancinante sur fond de désagrégation, de brume mélancolique soudain trouée par un saxophone perdu au beau milieu de ce nouveau monde synthétique (il l'est peut-être aussi... quoique souvenir du monde ancien !). "aphelion" assène le coup de grâce : train synthétique à grande vitesse lancé dans des champs de fractales répétitives, puis ralentissant en raison de terrains troués !

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Un disque en effet sans complexe, évoluant avec virtuosité dans différents genres de musique électronique futuriste. Parfait pour les nuits estivales !

Paru le 2 août 2024 chez Shameless Records (Berlin, Allemagne) / 10 plages / 41 minutes environ

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Électroniques etc..., #Techno et alentours

Publié le 10 Août 2024

Secret Beaches - Day Sleeper

Brève estivale 5... pour une incursion dans le monde de la techno et de ses environs électroniques. À écouter très fort !

Secret Beaches est le duo formé par Matt Skilling, connu par sa participation au sein de Run Chico Run et ses passages dans des groupes comme Lightning Dust, Trog Eyes, et Lee Hutzulak, engagé dans de multiples projets parallèles (Death Pool, Moth Mouth, Hot Towers...). Avec eux à Vancouver, nous sommes au cœur de la scène indépendante de la côte Ouest, deux mille kilomètres plus au nord que Los Angeles, Hollywood, où se déroule le film MaXXXine de Ti West...

Échantillonneurs, boîtes à rythmes, séquenceurs, synthétiseurs analogiques sont les armes suprêmes de nos deux musiciens pour quatre titres entre sept et plus de dix minutes.

   Le premier titre, "Blackout Blinds", évolue entre dub, glitch et techno, entre la relative chaleur des vagues de synthétiseurs et la froideur minimale de boîtes à rythmes implacables. Belle ouverture stylée, élégante ! "The Poison Pill" est d'emblée plus foisonnant, trouble. S'il se décante, c'est pour décoller, nettement psychédélique, aux battements hypnotiques enrobés de grognements synthétiques : c'est la pilule empoisonnée, n'est-ce pas ?

   Le titre 3, éponyme, "Day Sleeper" (Daysleeper fut un titre de R.E.M) correspond au contraire à une sorte d'enfoncement dans des zones confuses, ténébreuses. Le dormeur diurne patauge dans la glu de ses rêves, rechercher une issue n'a pas de sens : musique parfaite d'un enfermement éternel ! "Stereo Fountains" serait le réveil du précédent, soudain submergé de fontaines débordantes, et se remettant à vivre dans la nonchalance ou la transe. Il s'abandonne à une frénésie rythmique minimale, à un infra rythme, à des houles profondes. Superbe baptême rythmique exultant !

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L'Esprit n'est que le Corps baigné par le Rythme ! Dormeurs diurnes, lévitez sur les Plages secrètes !

Paru en juillet chez Panospria (Vancouver, Colombie-Britannique, Canada) / 4 plages / 38 minutes environ

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Électroniques etc..., #Techno et alentours

Publié le 6 Juin 2023

OTHER:M:OTHER - Metamorph

     Je n'ai pas hésité : le disque s'est imposé d'emblée, éblouissant, après un premier titre déconcertant, ne vous fiez pas à lui ! Le trio autrichien OTHER:M:OTHER est formé par la compositrice Judith Schwarz, membre de groupes comme Chuffdrone ou Little Rosies Kindergarten,  aux diverses percussions, par l'artiste sonore, compositeur et ingénieur Arthur Fussy au synthétiseur modulaire, et par le poète sonore et pianiste de jazz Jul Dillier au piano préparé. La musique a été enregistrée lors de trois concerts en 2022.

   Percussive, rythmique, expérimentale avec un arrière-plan d'improvisation, la musique de OTHER:M:OTHER surprend par son côté décalé, son refus manifeste des formes attendues. Ainsi, après un court premier titre, "Matrics",  percussif, très vif, d'allure expérimentale presque bruitiste, on passe au mystérieux "Lithosphere", mélodies étranges entrecroisées : un titre magnifique pour un film d'horreur tant la musique se fait fantomale, tout en frottements, grondements de drones, déchaînements éclairs de forces obscures. Le travail du son est d'une incroyable précision, et d'une efficacité redoutable ! "Reaktor" est tout aussi enthousiasmant, piano et percussions hypnotiques, synthétiseur inventif. Musique bouillonnante, percutante, jubilatoire ! Un plaisir, ce trio !

[ En contrepoint, une vidéo qui ne correspond pas directement au disque, en tout cas la plus proche du disque parmi les trois proposées, les deux autres étant à mon goût surtout démonstratives et inutilement surexcitées. ]

     Et le titre 4, "Kin", rituel de science-fiction, messe électroacoustique, un univers totalement étrange ! "Humus I" revient à la terre, nous n'en doutons pas, mais une terre inconnue de brefs gestes sonores, fouissements de taupes dans des souterrains kafkaïens, présences mystérieuses : quelle économie d'écriture, et quel résultat fascinant ! Comme son titre pouvait le laisser penser, "Techtonic" propose une techno nerveuse de plaques enchevêtrées, de l'excellente musique de club, que voulez-vous, ce trio n'en fait qu'à ses oreilles, le piano se lançant même dans un passage jazzy très libre sur fond de percussions bondissantes, avec une fin expérimentale, contemporaine, superbe. "Humus II" continue l'exploration d'un infra-monde intriguant : véritable sculpture sonore bruissant de surgissements métalliques, qui enchaîne sur "Unruh", le dernier titre, à nouveau hypnotique, techno acérée aux multiples roulements percussifs, mini-déflagrations et coups de fouet rythmiques. Morceau de transe absolument extraordinaire, débouchant sur une seconde moitié quasiment méditative, synthétiseur bourdonnant, mélodie élégiaque et batterie aux frappes sèches ou percussion apaisée. 

   Un album étincelant, étrange, animé d'une belle fièvre rythmique.

Meilleurs titres : 1) "Unruh" (le 8), "Lithosphere" (le 2), "Reaktor" (le 3), "Kin" (le 4) et "Techtonic" (le 6)

2) les deux "Humus" (5 et 7)

Ne reste sur le carreau que le 1, en somme...petite mise en oreille des instruments avant le début de la séance !

Paru début mai 2023 chez Klanggalerie / 8 plages / 42 minutes environ

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