Publié le 22 Novembre 2025
Pour ce nouveau disque, Aidan Baker (guitares, boîte à rythmes, voix et saxophone) et Leah Buckareff (basse et voix) reçoivent le renfort de plusieurs invités qui élargissent la palette instrumentale de leur musique : harpe de Andy Aquarius, cor d'harmonie de Kartini Suharto-Martin, et voix encore de Tristen Bakker, Oskar Bakker-Blair et Lane Shi Otanoyii. Les versions longues ne sont disponibles que sur le double vinyl. Les fichiers numériques des titres sont légèrement plus courts (c'est eux que j'écoute).
Comme c'est bon de s'abandonner à la musique lourde, épaisse, puissante, de Nadja ! Le premier titre, "It's Cold When You Cut Me" se met en place très lentement sur une boucle obsédante trouée par la basse. La voix égarée égrène les paroles dans une atmosphère semi-sépulcrale dont surgissent le cor et le saxophone comme deux voix de l'au-delà, guitare et basse grondantes, enfumées, entourées de griffures au milieu de l'incendie étouffé. Dans le genre fuligineux, halluciné, c'est parfait. L'enchaînement avec "Dark, No Knowledge", dont le début est hanté par des voix lointaines, est magnifiquement réussi. Cette fois, nous sommes au cœur d'une cérémonie secrète, la musique lévite dans une polyphonie glauque, monte à incandescence, voilà du métal noir de chez noir, émanation d'implosions en chaîne. C'est le sacre de l'Énergie inverse, fourmillante dans son chaudron gigantesque, sous l'Etna, peut-être, à proximité du Titan Typhon...
Pause apparente avec le troisième titre, d'esprit surréaliste, "She Ate His Dreams From The Inside & Spat Out The Frozen Fucking Bones" (Elle a dévoré ses rêves de l'intérieur et recraché les putains d'os gelés). Un dialogue dépouillé entre la guitare parcimonieuse, lumineuse, dont les notes résonnent, et la basse purement et sobrement rythmique. Que serait-il arrivé à Nadja ? Mais non, vers six minutes, la musique semble s'enfoncer, parasitée par des couches sombres, elle survit avec des gestes ralentis, peu à peu plombée, pour une sorte d'élégie mélancolique d'une grande beauté mélodique, plus touchante d'être contenue et répétée dans une boucle envahie de micro surgissements..., prélude au dernier titre, "Omenformation" (Formation de présages), enveloppé d'un voile noir par le vrombissement des instruments, des voix qui se mêlent à eux. C'est un cocon dense, feuilleté, peuplé de tourbillons ténébreux, zébré de déchirures au point de n'être plus pendant un moment qu'une sorte de sirène enrayée, avant que le cocon ne devienne bateau fantôme, sur les mers étranges des confins, dans un voyage sans fin. Musique épique, héroïque à sa manière par sa grandiloquence sombre...
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Un disque d'ambiante sombre et lancinante, qui excelle à sculpter l'invisible des énergies les plus enfouies.
Paru le 24 octobre 2025 chez Midira Records (Essen, Allemagne) / 4 plages / 1 heure environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
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