musiques ambiantes - electroniques

Publié le 9 Novembre 2022

Giulio Aldinucci - Real

   Encore une découverte majeure ! L'artiste sonore italien Giulio Aldinucci en est à son vingt-cinquième disque, si j'ai bien compté. Beaucoup avec de belles couvertures, de beaux titres qui font signe, qui nous disent que nous avons affaire à un chercheur de beauté. Real est son quatrième album chez Karlrecords. Pourquoi ce titre, Real ? Le compositeur précise : « Les médias numériques avec lesquels nous vivons façonnent et définissent la réalité en la filtrant, nous laissant courir le risque de vivre sans ce qui nous est propre et unique. Mon nouvel album exprime un besoin de quelque chose d'absolu et d'authentique. « Real » est une réflexion sur la possibilité infinie de transformation sonore, la capacité que nous avons de créer de nouvelles réalités en transmutant le paysage sonore qui nous entoure et le paysage sonore intérieur en nous, ne serait-ce qu'en l'imaginant.»

   

Un beau portrait du compositeur

Un beau portrait du compositeur

    Je retiens le mot de « transmutation ». Giulio Aldinucci utilise sons de terrain et matériel électronique, comme beaucoup, mais il transmute ce matériau de base en y injectant des voix éthérées, un lyrisme épuré, ce qui confère à sa musique une résonance sacrée . Dès "Deep Space Shelter", on entre dans un univers de soieries froissées, de murmures tremblés : des voix vivent là, dans les lointains, et l'électronique se voile, on ne sait plus ce qui est voix ou pas. Un premier titre magnifique, suivi par "Come in Un Respiro", grandiose par ses vocalises à la Arvo Pärt sur des vagues d'orgue. C'est une musique qui respire, en effet, qui emporte par son souffle puissant et délicat. "As The Horizon Disappears" est un mur électronique vibrant, grondant, illuminé par l'orgue en boucles envoûtantes, qui semblent nous entraîner vers le néant. Absolument splendide !

   "Smoke over the River"est une sorte de lamento aux couleurs orchestrales magnifiques, comme un concert de larmes se résorbant dans un drone sombre juste éclairé de touches de clavier. Un bijou ! Plus épique, "Mythological Void" prend l'allure d'un hymne ambiant de voix incrustées dans une texture électronique en mouvement. Tout se mêle dans un tissu froissé somptueux d'une grande puissance, comme dans une cathédrale cosmique. La fin est d'une suavité rêveuse à tomber..."Every Word, in Summer" poursuit dans la même veine épique, plus magmatique, au bord du déchirement. Les textures semblent fissurées, vibrent de manière saccadée. On se rend compte du feuilletage impressionnant des couches sonores !

   Dans ce contexte, "Hyperobject A" semble un ovni. Pièce percussive, presque africaine par certains côtés, elle réintègre toutefois la galaxie Aldinucci par le miroitement des textures électroniques, en boucles tordues, et l'apparition de voix fondues dans la transe. Après cet écart, "Asymptotic Embrace" renoue avec le lyrisme sublime. Une voix perchée dans les nuages, puis deux, une masculine et l'autre féminine, planent au-dessus d'un mouvement perpétuel de drones et de cordes synthétiques.

   Un disque splendide, d'une rare élégance, qui redonne à l'électronique une dimension humaine, transcendante.

Paru mi-octobre 2022 chez Karlrecords / 8 plages / 42 minutes environ

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Publié le 1 Novembre 2022

All That We See or Seem

  Deux Poèmes épiques des Éléments

   « Lâchez, Vanha, la rage d'une tempête terrestre ! Détachez les éléments, ouvrez complètement le ciel ! Sur la Terre, laissez prévaloir une tempête incessante, afin que dans ma poitrine je ne ressente pas la misérable douleur. » (Eino Leino)

   Comment commencer normalement avec un tel disque ? Un double orage épique extraordinaire, qui traverse l'être et nous propulse dans le cœur grondant des Éléments...

   Ils ont osé prendre comme nom de groupe et titre de l'album un fragment du poème d'Edgar Allan Poe, A Dream within a dream, et ils sont bien fait. Tous les esprits et les démons sont là dans les deux longs morceaux de l'album, chacun autour de trente minutes. Le groupe réunit la britannique Ellen Southern (voix, enregistrements de terrain, percussions), le finlandais Gruth (concept, production, électronique) et la finlandaise Johanna Puuperä (autre voix, violon, synthétiseur modulaire).

   "Myrskymielellä" (Orageusement ou Une tempête dans l'esprit, d'après mon traducteur que j'améliore, j'espère...), le premier titre, est emprunté à un poème de 1891 écrit à l'âge de treize ans par le poète national finlandais Eino Leino (1878 - 1926). L'orgue plane au-dessus d'un magma composé de bruissements aquatiques, de mystérieux sifflements et de lambeaux de voix. C'est un orage qui tourne dans la nuit des Esprits. On entend des respirations, des émanations, des ébauches de mots. Les sorcières sont rassemblées, chuchotent, prononcent des formules incantatoires. L'atmosphère se densifie, se peuple peu à peu. Le violon pose ses plaintes et déchire le ciel, agité de tourbillons troubles. Une percussion lointaine scande le flux, tandis qu'une voix entame une lamentation ou une imprécation, entourée d'autres voix menaçantes, grinçantes. C'est absolument grandiose, je pensais à l'atmosphère foudroyée des disques de Carla Bozulich. J'ai pensé aussi au sublime Grá agus Bás de l'irlandais Donnacha Dehenny. Pour la manière de renouer avec la sauvagerie dévastatrice et dévastée de lointaines origines. Commence en effet alors une véritable cérémonie païenne dans un ciel saturé, parcouru de cliquetis, et des voix comme des comètes, des cris ancestraux, venus de si loin. Les percussions se déchaînent, le violon ressemble à un doudouk, les voix halètent, composent un chœur d'esprits infernaux pour une transe frénétique et magnifique, seule à même de combattre les tourments de la vie.

   Un autre fragment du même poème d'Edgar Poe, "A Dream Within a Dream", sert de titre à la seconde composition. Les fracas maritimes nous accueillent sur ce rivage, sur cette île inconnue. La mer est incessant déferlement, au milieu duquel le(s) violon(s) et les synthétiseurs brodent des variations délicates et majestueuses, tournoyantes et obsédantes. Plus rien n'existe que la beauté terrible des eaux et des ciels, célébrée par des voix libérées de tout vouloir dire, des voix de prêtresses inspirées. Comment ne pas penser à certaines musiques de Dead Can Dance, avec la voix de Lisa Gerrard ? C'est le même univers, la même façon de s'immerger dans le monde primordial, mais avec une différence essentielle : le trio prend le temps de l'épique, s'est donné les moyens musicaux d'une somptuosité à laquelle le duo britannico-australien n'est jamais parvenu, en dépit de très belles réussites. Ici, les voix angéliques hantent un espace immense, habitent une durée d'une densité confondante, celle des rêves qui ne finissent pas de nous tisser d'abîmes. C'est une musique authentiquement vertigineuse, bruissante des mondes disparus, des cohortes d'esprits errants comme des mouettes dérivantes dans le flot et les vents mélangés. C'est la procession infinie des fantômes que nous sommes dans l'Océan des Âges.

Une heure de beauté frémissante, solennelle ou sauvage.

Une réussite exceptionnelle. À l'évidence l'un des meilleurs disques de 2022.

Avec une photographie de couverture sublime, portail de ce monde dans lequel l'homme inconsistant est charrié comme les nuages !!

Paru en octobre 2022 chez Miasmah Recordings / 2 plages / 58 minutes environ

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Publié le 24 Octobre 2022

Dekatron - IV

   Après le piano dépouillé d' Anastassis Philippakopoulos, vous reprendrez bien un peu de musique électronique ? Dekatron est le nom d'un duo formé en 2013 par Iván Sentionaut, un des membres d'un groupe culte de musique électronique cosmique, We are the Hunters, et Miguel A. Ruiz, pionnier de la musique électronique underground espagnole. Je savoure au passage les noms ou pseudonymes de ces musiciens. À côté du très SF "Sentionaut", Miguel A. Ruiz se fait appeler tantôt Orfeón Gagarine, tantôt Michel des Airlines...

   Les mauvaises langues diront qu'il n'y a là rien de bien nouveau. Je le leur concède bien volontiers. Mais cette musique spatialo-cosmique a un charme indéniable. Dès  "Neptuniam Twilight", on est transporté loin. La musique a du souffle, une dimension épique qui la fait échapper au ridicule. Je pense à un groupe comme Hawkwind, et certes pas pour les écraser. Rock spatial pour voyage imaginaire intersidéral, avec guitare, basse et instruments électroniques. Quelques voix donnent l'illusion de cosmonautes conversant dans leur fusée. On est bien avec eux, ambiance psychédélique chaleureuse, boucles tranquillement hypnotiques... Pourquoi bouder son plaisir ? Laissez-vous porter, fermez les yeux et ouvrez les oreilles. "Blind Architects", au rythmes bondissants, c'est dans la lignée de deux français que j'aime bien, Jonathan Fitoussi et Clemens Hourrière pour leur beau Espaces timbrés. Un synthétiseur en boucle frénétique, d'autres qui vrombissent et surgissent dans un nuage de drones : l'odyssée fonctionne à merveille ! Les "Alienation Trips" ont un parfum oriental d'étrangeté : atmosphère chargée d'effluves troubles, de visions, au seuil d'une démence stupéfiante.

   Le voyage se poursuit avec "Ionizing Waves", littéralement balayé par des vagues surgies de partout. La pièce la plus convenue de l'album, à laquelle il manque toutefois le souffle, la folie dans son premier tiers, mais la trépidation rythmique s'enfle et s'accélère, les drones tournent dans la nuit sidérale, plongent l'auditeur dans une somnolence pas désagréable. "Van Allen Belt Drive" renoue avec "Blind architects", foisonnante et tournoyante ceinture de rayonnements électroniques. Après un intermède de voix vocodées, déformées, la composition prend un virage plus inquiétant, sur un rythme clinquant irrésistible pour nous entraîner plus loin encore.

    Des compositions solides avec un parfum des années soixante-dix : la musique électronique se plaît dans les espaces sidéraux.

Paru en septembre 2022 chez Verlag System /  5 plages / 44 minutes environ

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Publié le 13 Octobre 2022

Darkroom - Fallout 4

   Le duo Darkroom, né à la fin des années quatre-vingt dix pour écrire une musique de film (Daylight, en 1998), a aujourd'hui plus de dix albums à son actif. Michael Bearpark joue de la guitare et des pédales, et Andrew Ostler manie synthétiseur modulaire et ordinateur. Fallout 4 est le quatrième album de la série Fallout (le numéro 1 sorti en 2001).

   Trois titres longs, entre presque quinze minutes et vingt-cinq minutes. Et pas une seconde d'ennui pour cette musique ambiante, atmosphérique, qui utilise intelligemment l'électronique pour nous plonger dans un univers sans cesse changeant, rythmé, chaleureux. Le premier titre, "It's Clear From the Air", commence par une belle introduction en glissendis superposés, doucement pulsés : c'est lumineux, tranquille, et vous voilà emportés dans un voyage coloré zébré de crissements de guitares, ondulé par les vagues de drones, de claviers et de guitare qui ne cessent de surgir. Quinze minutes de plaisir sonore !

 

Darkroom par Rob Blackham

Darkroom par Rob Blackham

   Le second titre, "Quaanaaq (Parts 1 & 2)", le plus long, part sur des phrases de guitare en boucle sur un fond de drones épais. D'une atmosphérique plus noire, il se développe lentement autour de textures plus troubles. Après trois minutes, un double battement percussif, l'un sous forme d'une sorte de jappement, fait décoller le morceau, de fait pas très éloigné d'une techno ambiante bientôt soutenue par une batterie synthétique, ou de la musique d'un groupe comme CAN, dont l'ingénieur du son des Lost tapes du groupe, Jono Podmore, a assuré la mastérisation de l'album. La matière sonore s'enfle, se tord en boucles obsédantes, dans un flux qui ralentit autour de treize à quinze minutes, pour se recharger de lumières cosmiques vacillantes et repartir sur un rythme apaisé en décrivant de grands cercles grondants dans lesquels se lovent les notes de guitare et des éclairs. Toute cette seconde partie est une comète hantée d'une vie minuscule et superbe, la guitare dansant très doucement dans les nuages lourds plombés de brèves zébrures. La grande classe, avec une fin extatique !

  Le dernier titre, "Tuesdays Ghost", est une longue dérive de guitares en virgules lumineuses, sur un fond cyclique de drones, ou inversement, le tout ponctué d'un battement profond plus ou moins espacé. On entend aussi des déformations électroniques de voix. Les sons graves montent, tournoient dans un ciel de plus en plus sombre. On est frappé par l'énergie farouche de ce flux parcouru d'incidents sonores, d'épaississements noirs, au tranchant trouble. C'est une musique exaltante, bouillonnante, au bord de l'explosion, qui pourrait durer toute la nuit. Du post-rock flamboyant, somptueux !

   De quoi ouvrir nos nuits sur l'énergie infinie. Un disque inspiré magnifique.

   

Paru le 25 août 2022 chez Expert Sleepers  /  3 plages / 42 minutes environ

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Publié le 8 Octobre 2022

Madeleine Cocolas - Spectral

    Compositrice et productrice australienne, Madeleine Cocolas crée dans le domaine des musiques ambiantes, électroniques. Pour ce disque, elle a utilisé des sons capturés dans son environnement immédiat, constituant ainsi ce qu'elle appelle un journal personnel. Surprise de la beauté de ces sons, elle s'est mise à sentir les liens qui les unissaient, les attiraient les uns vers les autres. Aussi a-t-elle créé des couches par-dessus, pour exprimer certaines émotions déclenchées. "Spectral" est un voyage émotionnel lié à l'immobilité profonde, l'observation et une perception attentive.

   J'étais conquis dès le premier titre , "A memory, Blown Out" (Une mémoire soufflée). Une voix, des voix, s'élèvent très haut sur un fond léger de drones : une beauté envoûtante, comme dentelle diaphane emportée, soufflée. Dès lors, j'étais avec elle, à côté du piano de "Enfold" (Enveloppé(e)), dans un monde calme, intime. Bien, si bien. La musique laisse venir la "Presence" : drones ronflants en sourdine, phrases aquatiques de piano, tout un univers sous-marin, englouti, qui remonte vers la surface dans un flux intense, pour nous recouvrir d'une fine pluie électronique. Au début de "Northern Storm", quelque chose cherche le contact, obstinément, ce sera la marque distinctive de cet orage magnétique aux textures faillées, scintillantes. Dans l'explosion prolongée dansent des mélodies veuves, somptueuses dans leur naufrage ralenti.

   On revient au ras de bruits quotidiens, on entend des enfants, avec "And Then I Watch it Fall Apart" Et puis je le regarde s'effondrer). Un piano se tient en avant, à distance des sons, du chant de lamentation noyé dans le mur. Il assiste impassible au déferlement du monde. Il résiste comme il peut, avalé lui-aussi par la puissance de ce qui ne cesse de surgir et qui va tout recouvrir... "Resonance" donne sa chance à nouveau au piano, témoin privilégié. La voix du premier titre est revenue, elle hante la pièce de son chant éthéré. Encore un titre magnifique, une incantation frémissante soutenue par un très léger battement. "In Waves" prolonge le titre précédent par une promenade mélancolique au pays des sons, avec toujours le piano au premier plan. La guitare de Anthony Cocolas ouvre et scande le dernier morceau, "Rip", avec de brefs accords en boucle, tandis qu'à l'arrière-plan vit l'autre monde, en plein surgissement invasif, au point de menacer la guitare de vaporisation - elle réapparaît brièvement à la fin.

   Un très beau disque d'ambiante sensible.

Meilleurs titres : "A Memory, Blown Out" (1), "Presence" (3), "Northern Star" et "And Then I Watch it Fall Apart" (4 et 5), "Resonance" (6)

Paru en juillet 2022 chez Room40 / 8 plages / 41 minutes environ

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Ambiantes - Électroniques

Publié le 28 Septembre 2022

Radboud Mens - Continuous Movement
Radboud Mens - Continuous Movement

   Radboud Mens ? Sous ce nom énigmatique (pour moi en tout cas), se cache un artiste sonore et compositeur qui travaille depuis 1982, qui a produit son premier album de drones en 1995. Depuis de nombreuses années, il conçoit lui-même ses propres instruments acoustiques, ses installations sonores. Il songeait depuis une vingtaine d'années à une sorte d'album total, combinant esthétique glitch, techno minimale, rythmes dub, ambiantes à base de drones. Il en résulte ce double album de seize titres. Fascinant !

   Je n'aime pas tout également. Le premier titre "Conversion" est d'une ambiante glitch peu emballante. Par contre, le titre suivant "Decay (Instant Gratification Mix)" est totalement envoûtant : une techno minimale à ras de drones, du reggae aplati qu'on pourrait écouter jusqu'à la fin des temps ! Le remix suivant "An Enabled Chord", est tout aussi convaincant, une ambiante de drones bien sourds, flamboyant noir dans les ténèbres piquetées de glitchs légers et de sons percussifs. "Cyclic Form (Remix)", conforme à son titre, est une longue traversée paresseuse de paysages arasés. Je préfère le suivant "Tongue (Remix)", une techno ambiante presque radieuse dans son implacable sérénité. "Convolution" a un côté buddien, en dépit des glitchs dansants, puis des éclats enchâssés dans la matière sonore mouvante, de plus en plus mystérieuse au fil de la pièce avec ses molles circonvolutions. Suit un "Continuous" très techno-dub, micro frétillant dans sa robe rapiécée : séduisant ! L'atmosphérique "Polyrythmic Ambient Drone (Remix)" ferme ce premier album avec une composition délicate, élégante, en apesanteur parfois : sur un tapis de vagues ondulées bien rythmées en douceur naissent de courtes virgules scintillantes sans cesse renaissantes. Très belle fin !

   Le second disque est nettement plus ambiant, avec parfois de curieux effets, comme dans "Release", qui prend des allures de raga indien, tant le riche bourdon libère des harmoniques chatoyants. "Start Again" élève sur les ruines d'un paysage sonore une forte pulsation hypnotique, dans un brouillard de textures discrètement exotiques. J'avoue que le rutilant "Again" me paraît très convenu. Passons. "Movement (Remix) " ne me séduit pas plus... Quant à "Again (Reprise)"... je me tais !

   Bref, deux disques qui à mon sens auraient pu fusionner en un, en gardant du deuxième "Modular", "Release" et "Start Again", et presque tout le premier, sauf le premier titre. Mais ce n'est pas à moi de refaire l'édition. Le chef d'œuvre, c'est "Decay (Instant Gratification Mix)", puis "An Enabled Chord (Remix), "Tongue (Remix)" et "Continuous", "Polyrythmic Ambient Drone (Remix)"...

Paraît le 10 septembre 2022 chez ERS Records /  2 cds / 16 plages / 57 + 47 minutes environ

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Publié le 11 Septembre 2022

Nihiti - Sustained

   Trois titres longs (de 9 à 21 minutes) pour cet album d'ambiante noire, répétitive. Nihiti frappe fort avec un premier titre de plus de vingt minutes, "Stellar Observer", une boucle de drones et de vagues électroniques qui déferle inlassablement, reflue. C'est énorme, terrassant, toujours sur le point d'éclater. Très étonnant ! "Tetrachrome", le plus court des trois titres, est un ovni sombre constitué de froissements amplifiés, de textures granuleuses traversant le champ sonore comme des comètes en cours d'explosion. Ma préférence va au troisième titre, "If the Color", titre hanté par une voix fantomale, déchirée, complètement incantatoire. De l'ambiante somptueuse, habitée, sur une boucle de drones et de claviers chavirés. Un hymne hyper-mélancolique, oscillant jusqu'à une extase quasi sépulcrale. Grandiose, terminal, et que tout disparaisse.

   Me voici loin d'une présentation qui parle de "musique rassurante et apaisante". C'est une musique de perdition, royale, absolue. Un chef d'œuvre de la voie négative.

Paru en juillet 2022 chez Lo Bit Landscapes / 3 plages / 43 minutes environ

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Ambiantes - Électroniques

Publié le 9 Septembre 2022

Various Artists - Epiphanies

   Une fois de temps en temps, une compilation... Pourquoi pas ? Celle-ci est publiée par le label suisse (de Lucerne)  Hallow Ground, dont j'aime beaucoup le slogan d'intention : « Pour la Musique et l'Art qui mène aux visions » (For Music and Art that leads to visions). Beaucoup de monde sur ce disque très généreux. Des musiciens liés aux musiques électroniques, déjà connus sur d'autres labels comme Room40 représenté par Lawrence English ou Siavash Amini.

   Ce sont musiques de plénitude, gorgées de surprises sonores : électroniques, électro-acoustiques, drones, qui tentent d'approcher par le son le phénomène de l'épiphanie, manifestation d'une réalité cachée nous dit le dictionnaire. Aussi nombre de musiciens brouillent-ils les frontières entre acoustique et électronique, travaillent-ils les textures pour les densifier, suggérer une présence, un mystère au creux des sons.

   Impressionnant début avec "Baldaquin", du propriétaire du label Remo Seeland : un mur de drones se met peu à peu à laisser entendre d'autres couches sonores et à tintinnabuler sur la fin. "Peri-Acoustic-Feedbacks" de A. Frei est un titre étrange à base de raclements percussifs, de sons de cloches, de poussées de drones : un des joyaux de cette compilation ! Maria Horn signe un autre grand moment avec "Oinones Death pt 1", flûte à bec contrebasse et verre frotté : lamento somptueux !

   Dans le sillage de Maria Horn, le troublant "Withinside" de Atmosphere déroule des boucles d'orgue ou de synthétiseur, on ne sait plus très bien, émaillées de crépitements réguliers. C'est également superbe. "Kumo" de FujiIIIIIIIIIta combine les sons d'un orgue construit par ses soins avec un shō, orgue à bouche chinois, pour une pièce post-minimaliste tout en stries sonores... Lawrence English déchaîne les démons dans "Outside the City of God" en jouant des aigus tenus de son orgue avant de les recouvrir par un fond de drones et de draperies délicates. La toile électronique ondoyante de Samuel Savenberg dans "The Endless Present" se craquèle finement pour laisser le passage à d'étranges voix déformées accompagnées de quelques notes éparses. Siavash Amini, dans "Spuming Silver" fond des instruments à cordes dans des textures électroniques miroitantes pour créer une musique ambiante fascinante, lentement fastueuse.

  

   Nous n'en sommes qu'à la huitième piste... Et après ? C'est toujours aussi bon ! Magda Drozd signe avec "Suspended Dreams" une pièce mystérieuse pleine de grésillements, de lourdes et lentes percussions, une sorte de cérémonie exténuée s'enlisant dans les bruits. "Exerpt from Piano Study" d'Akira Sileas nous plonge à l'intérieur d'un instrument qui n'est pas un orgue, véritable moteur de drones ronflants, avec à l'arrière-plan de curieux craquements, les bribes d'une mélodie peut-être, une corde qui grince, comme les traces d'un occupant inconnu. Laurin Huber, sur "Puolipilvistä (Partly Cloudy)", suggère aussi une présence par des bruits divers d'objets familiers et de miaulements, bruits transcendés par des écoulements d'eaux et un flux mélodique de sons tenus. La juxtaposition de cette musique concrète avec la toile ambiante minimale est très belle, émouvante. On revient vers une pure musique ambiante avec "For Alice" de Norman Westberg : accords gras de guitares sur un fond lourd de bourdons. Fascinante abstraction minimale avec "Alternatio - Alternatio" de Miki Yui : ondes sinueuses, gouttes amplifiées sur une texture mouvante.

   Le pianiste et compositeur Reinier van Houdt, interprète notamment de Dead Beats d'Alvin Curran, et dont j'ai chroniqué récemment le magistral double album drift nowhere past / the adventure of sleep, donne avec "Dream tract" sans doute le plus beau titre de cette riche compilation : une somptueuse rêverie électro-acoustique à la fine granulation ponctuée de frappes percussives sourdes, de clapotements et d'indices de présence, avec, dans la seconde moitié, une montée onirique extraordinaire de sons brouillés et de vagues synthétiques à l'arrière-plan. Valentina Margaretti utilise les percussions pour un étrange ballet d'invisibles : frottements, roulements sourds, frappes discrètes, créent une atmosphère surnaturelle. Quant à Martina Lussi, son "Losing Ground", dernier titre de l'album, est un tapis mouvant de froissements sur un fond immobile d'orgue, dont surgit peu à peu un fragment mélodique en boucles serrées, envahi à la fin par des voix synthétiques. Aussi une des très belles Épiphanies de cette étonnante compilation d'un label si bien nommé, Sol Sacré (Hallow Ground) !

Loin d'être un fourre-tout, cette remarquable compilation rassemble des expérimentations sonores qui ne cessent de nous surprendre, nous envoûter en suggérant un ailleurs déjà là entre les plis !

Paru en novembre 2021 chez Hallow Ground   /  16 plages / 1 heure 18 minutes environ

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