le violoncelle en majeste

Publié le 13 Juin 2024

Werner Hasler & Carlo Niederhauser - OUT Session [recordings]

   Compositeur, trompettiste et musicien électronique, le suisse Werner Hasler travaille avec ses projets OUT sur des hybrides d'exposition/installation et de performances en direct. Il a joué notamment avec Jon Hassell et Vincent Courtois. Six projets OUT sur deux ans, réalisés avec le violoncelliste hors norme Carlo Niederhauser. sont réunis dans ce nouveau triple vinyle. Si les titres réfèrent aux lieux où ils ont été joués, les œuvres n'ont pas nécessairement été enregistrées sur place, mais l'enregistrement a été fait en pensant à ces lieux précis et aux noms qui leur sont liés : des alpages de la basse vallée de Simmental, des places de Berne vues depuis le toit d'un immeuble de dix-huit étages, une gare de triage avec les graffitis sur les trains, des champs dans la baie de Spiez sur les bords du lac de Thoune (Thun), une serre avec des noms de plantes grasses de la famille des Succulentes.... Ces compositions mettent l'accent sur le contrôle humain en direct interférant avec l'électronique et des procédures automatiques. Des poèmes en allemand de Raphael Urweider sont liés aux différents lieux. Le disque est constitué de six cycles de trois à cinq pièces chacun, vingt-six au total. Werner Hasler y est à l'électronique et aux traitements en direct, Carlo Niederhauser au violoncelle et violoncelle préparé.

Werner Hasler à gauche (par Remi Angeli), Carlo Niederhauser à droite.Werner Hasler à gauche (par Remi Angeli), Carlo Niederhauser à droite.

Werner Hasler à gauche (par Remi Angeli), Carlo Niederhauser à droite.

Violoncelle et électronique à ciels ouverts !  

   L'attaque du disque est grandiose : violoncelle lyrique en longues traînées incandescentes, soutenues par une électronique mystérieuse, lovée dans les harmoniques de l'instrument. La symbiose acoustique-électronique est posée d'emblée. "Hellstaett (road movie)". Frémissante, somptueuse, la musique se développe en larges boucles, en superpositions, gorgée de bourdons, de battements. Dès le début, vous savez que vous êtes emportés dans un grand disque. "Martene (road movie)"(titre 2) confirme l'impression. Le violoncelle élégiaque y est enveloppé d'un halo mouvant, comme d'un fourreau de particules et de micro virgules enroulées sur elles-mêmes. Le dernier de la triade (road movie), "Sueftene", déroule un lamento fantomatique, musique pour apparitions fantastiques, avec une phase centrale de très doux appels se répondant dans un brouillard épais. C'est de toute beauté. La fin de la pièce est agitée d'une émotion frénétique, d'une puissance évocatrice incroyable : on entend le battement de nombreuses ailes, le crissement d'oiseaux inquiétants dans un crescendo fabuleux.

   Suit une série de cinq "rivage" (shore) (titres 4 à 8 inclusivement). Après les cornes de brume mélancoliques et ensorcelantes de "Mad" (titre 4), c'est l'extraordinaire "Wychel", du violoncelle en majesté, épaulé par une électronique de radio-sifflements. Les sons de cordes graves (amplifiées ?) créent un rythme profond, sur lequel un chant d'aigus plein de langueur vient se poser par intervalles. On retient son souffle, tant cette musique dégage une surréelle beauté. N'entend-on pas des archanges déchus dans l'aérien et énigmatique "Glooten" (titre 6) ? Comme une plainte, fracturée et torturée, grondante encore... Pizzicatos et bourdons irisés nous transportent ensuite ("Ghei", titre 7) sur un rivage sonore étrange où tout s'enlise. Le plus court (shore), "Lerau" (titre 8), moins de deux minutes, poursuit cette impression d'enlisement inéluctable, comme appelé par des échos de l'autre côté.

   La série des quatre (roof) s'ouvre avec le sublime "Vilette" (titre 9), chant d'une suavité post-édénique cherchant à s'élever éperdument avant de retomber dans un marais de formes troubles glougloutant au ras de l'horizon sonore. Cette musique métamorphique est véritablement habitée. "Bremer" est une esquisse de souffles d'une délicatesse diaphane, "Insel" un chapelet de boursouflures fragiles s'effilochant dans des lointains évaporés peuplés de fantômes d'oiseaux. Un autre chant monte, tout en glissements, "Neufeld" (titre 12), peu à peu gainé de bourdons légers, et c'est le fur et à mesure d'une accélération totalement folle, suivie d'une asthénie vaporeuse.

   Le cycle de quatre (trainspotting) est marqué, lui, par la puissance de mouvements lourds, violoncelle dans les graves, fondu parmi les fumées électroniques. Monde quasi chtonien de "Shrimp 158", sorte de sirènes abyssales de "Pateeek", on circule entre des masses erratiques, inquiétantes. C'est un cycle noir, opaque. "Rrrolir" (titre 15) en est la clef de voûte, hymne ténébreux tout en vibrations, frottements, jaillissements de bourdons râpeux. Une ambiante électronique sombre de toute beauté ! Que "Hbbillns", le titre suivant, prolonge par une féérie fascinante de demi-sifflets et d'ombres mouvantes...

   (alp), le cinquième cycle, donne du monde pastoral une image rien moins que conventionnelle. Le mystère domine des atmosphères magiques. "Naren" (titre 18) en est le chef d'œuvre décanté, magnétique. Violoncelle sépulcral, violoncelle sorcier, aux déflagrations lourdes et profondes comme l'abîme, aux envolées somptueuses, diaprées, doublées de faisceaux électroniques de bourdon ! Sur le titre suivant, "Gestele", la flûte folle d'un folklore renouvelé s'étire sur un lit de violoncelle, bientôt grinçant, enrichi de collages sonores dépaysants. "Drune" prend l'allure d'une incantation d'une hypnotique lenteur, s'élargissant peu à peu en vaste chœur de trompes, puis se perdant en zigzaguant dans les nuages. "Taan" superpose une sorte de marteau-piqueur mou et une toile translucide à l'arrière-plan, l'ensemble perturbé par des froissements d'origine inconnue, des souvenirs déformés de cloches de vache aplaties : on imagine le château du comte Dracula surgissant soudain de cette ambiance oppressante !

   Le cycle (botanical), composé de cinq pièces, est tout aussi réussi que les précédents. Ces compositions aux floraisons étranges, animées de sourdes poussées, forment un bouquet onirique d'une extraordinaire beauté : "Hoya Kerrii", "Phedimus", "Matucana", "Lithops", "Sedum", il faut dire vos noms, écouter ces deux hommes épouser vos croissances prodigieuses, se glisser entre vos épines, tenter de devenir plantes-cailloux. Au pays des métamorphoses, on ne sait plus où est le violoncelle, où est l'électronique, saisis par un chant intemporel aux vibrations aussi succulentes que les plantes qu'elles évoquent.

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   Une splendeur de plus de deux heures. Un chef d'œuvre de luxuriances étonnantes, d'atmosphères mystérieuses, par deux musiciens inspirés.

Paru en mai 2024 chez Everest Records (Berne, Suisse) / Triple 12" vinyl / 26 plages / 2 heures et 11 minutes environ

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Voici deux des poèmes de Raphael Urweider :

1) pour (shore)

am ufer
im hafen bimmeln die drähte an den masten
der segelschiffe wie glocken von kleinvieh
eine möwe steht im aufkommenden sturm regungslos drohend wie eine drohne
alles ist ufer was nicht wasser ist
aber das ufer wird ungefähr
jetzt beim eindunkeln
franst aus bei starkregen
zittert im basston vom langen donner
wo vorher noch rote abendsonne war
glänzt nun der see wie frisch gegossenes blei unter den aufblitzenden adern der wolkenhirne sie rollen den hang herunter wie der hang selbst

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sur la côte

Les cables des mâts tintent dans le port

des voiliers comme des cloches de petit bétail

Une mouette reste immobile dans la tempête qui approche,

menaçante comme un drone

Tout ce qui n'est pas de l'eau est une banque

mais le rivage devient approximatif

maintenant, quand il fait noir

s'effiloche sous une forte pluie

tremble dans le ton grave du long tonnerre

là où avant il y avait encore un soleil rouge du soir

Maintenant, le lac brille comme du plomb fraîchement coulé sous

les veines scintillantes des cerveaux des nuages. Ils dévalent la

pente comme la pente elle-même.

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2) pour (botanical)

die welt ist ein gewächshaus

draussen stürme kälte dunkelheit

und drinnen abgedichtet wir


wir sind sukkulenten eine sammlung

fett und saftpflanzen oft mit spitzen

gegen getier wir sukkulenten sind


genügsam starren oft an den himmel

aus glas starren nachts auf fallende

flocken oder tropfen starren tags


in die blinde sonne die immer heisse

wir bewahren verstecken unseren saft

unter unserer fetthaut geben nicht auf


geben nicht her bleiben so stehen

nur manchmal blüht uns etwas
nur für kurze zeit und wir sind schön

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Le monde est une serre,

à l'extérieur il y a des tempêtes, l'obscurité froide

et à l'intérieur nous sommes enfermées.

 

Nous sommes des plantes succulentes une collection

de plantes grasses et succulentes souvent avec des astuces

contre les animaux nous sommes des plantes succulentes économes,

 

regardant souvent le ciel de verre,

regardant les flocons ou les gouttes qui tombent la nuit,

regardant pendant la journée

 

Sous le soleil aveugle et toujours chaud,

nous cachons notre jus sous notre peau grasse

et n'abandonnons pas, ne le donne pas,

 

reste comme ça, seulement parfois

quelque chose fleurit pour nous seulement

pour peu de temps et nous sommes belles

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Publié le 15 Novembre 2023

Nicolas Thayer - in:finite
Nicolas Thayer - in:finiteNicolas Thayer - in:finite

   La musique d'un spectacle de danse contemporaine, commande du Skånes Dansteater, sur trois albums. Né à Londres et installé aux Pays-Bas, Nicholas Thayer a déjà réalisé d'autres pièces pour la danse contemporaine et des ballets. Il a étudié le violon et le piano dès l'âge de quatre ans, découvert le rock à douze ans, puis la musique électronique du milieu des années quatre-vingt dix. Ses premières réalisations se caractérisaient par le goût des bruits forts, des lumières vives. Dorénavant, il crée un monde de connections proliférantes, en perpétuel devenir, où les opposés collaborent. Selon les morceaux, on entendra le violoncelle de Mikko Pablo, les voix de Milda Deltuvaite, Aurélie Journot, Emma Gregory et Galya Sky, avec une large prédominance de l'électronique qui les englobe, les retravaille jusqu'à l'incorporation plus ou moins complète. Chaque titre renvoie, constitué toujours sur le modèle "on + participe présent en -ing", à une sorte de sujet, de territoire, ou plutôt d'atmosphère, je crois, ou encore à la gestuelle des danseurs ("on stretching", par exemple).

in:finite 1, comme les deux disques suivants, propose cinq "facettes", cinq manières d'envisager la connectivité. "On refracting", c'est un monde de respiration sous-marine traversé de battements rapides, de collisions sales, marqué par un rythme très syncopé, sorte de trip-hop minimal inquiétant. "On carrying" lui oppose des voix angéliques transcendant un balbutiement électronique de glitchs et micro-craquements. On retrouve toutefois l'impression d'une respiration difficile dans un milieu liquide, mais le contexte est tout autre, d'ailleurs ponctué par des bols chantants à longue résonance. Après une quasi angoisse, une magnifique sérénité, merveilleuse. Nicholas Thayer nous promène dans des mondes différents grâce à sa palette d'horizons sonores. "On deeping" s'enfonce dans l'étrange, avec des sortes d'appels, des frémissements et des trépidations, une percussion sèche et rapide. Pièce exotique, foisonnante, traversée d'énormes courants. Le violoncelle y dessine quelques arabesques majestueuses, comme le prélude à une cérémonie secrète. "On oiling" gargouille dans les eaux troubles un message perturbé par des surgissements insolites, des changements soudains de tension, dessinant  un voyage dans des ondes amplifiées et déformées. Selon un principe non énoncé de contraste, "on reflecting" joue sur les rencontres harmoniques jusqu'à faire frissonner les textures, fracturées et syncopées dans un palais de miroirs qui les adoucit pour donner une petite musique féérique adorable...

    Le début d'in:finite 2, "on stretching", mêle intimement musique traditionnelle orientale et approche contemporaine. Rythmes indiens et cordes suaves en glissendos dissonants, avec une coda mystérieuse, lointaine. "on mourning" propose une vision non conformiste du deuil : la déploration se fait rythmes lourds accompagnés de claquements sonnants comme des applaudissements. Le deuil est de fait transféré sur le titre suivant, "on floating", thrène envoûtant où violoncelle et voix sont au premier plan. Ce disque semble indiquer un parcours, de la mort à la vie renaissante. Le quatrième titre, "on embodying" (sur l'incarnation) n'indique-t-il pas un après du flottement post-mortem ? Le violoncelle, quasiment en solo, chante une liberté nouvelle, le plaisir de bouger dans un corps. Au centre de ce vaste ensemble, la musique s'est dépouillée de ses aspects les plus contemporains, évolue dans une ambiance médiévale ou renaissante. "on being" marque le sommet mystique d'in:finite. Voix archangéliques, éthérées, frissonnement de textures, une communication s'établit avec un au-delà envoyant un message sous forme de traînée électronique qui suscite l'adoration des voix. C'est vraiment superbe.

   Le troisième disque multiplie les perspectives, mêlant les styles dans un brassage audacieux. En ouverture, l'étonnant "on variegating" (sur la diversité) donne le ton, emportant le violoncelle dans une comète électronique agitée de vagues puissantes, puis c'est un passage apaisé aux fines splendeurs, une techno électronique de toute beauté se métamorphosant en grandiose et douce pulsation. Autre sommet de ce triptyque que ce titre d'un peu plus de huit minutes (c'est le plus long). "on growing" est tout aussi hybride, piqueté de glitchs, soulevé par une force inlassable qui fait craquer les textures, avec le violoncelle tendu vers le ciel obstrué. Impressionnant ! "on searching" est déchiré entre la suavité du violoncelle et la vivacité rythmique des frappes électroniques percussives, se frayant une voie dans un univers coloré, diffracté, un énorme ronronnement harmonieux se résorbant en petites touches délicates. À la toute fin, ce sera la pluie, "on raining", la pluie venue des temps lointains, accompagnée de sourdes et grondantes percussions, pour une danse médiévale transfigurée par des transparences, des trouées cristallines, dans un ballet réconciliant le passé avec le présent, avec une brève fin apocalyptique digne des meilleures musiques électroniques d'aujourd'hui. Tout finit par se fondre dans les sinuosités mélodiques de "on melting", dont naît un nouveau chaos saturé de textures agitées menant à une déflagration et à une courte apothéose symphonique.

   Un magnifique parcours ! Une belle rencontre entre violoncelle, voix et électronique. L'utilisation des synthétiseurs m'a fait plusieurs fois penser à Jonathan Fitoussi, auquel je vais m'intéresser à nouveau dans un prochain article.

Mes titres préférés (mais tout est excellent  : 1) "on variegating" (disque 3, titre 1)

2) "on deeping" (disque 1, titre 3

3) "on floating" (disque 2, titre 3) / "on being" (disque 2, titre 5) / "on growing"(disque 3, titre 2) / on carrying" (disque 1, titre 2)...

Trois disques parus respectivement en juillet, août et septembre 2023  chez Oscillations Music (Londres, Royaume-Uni) / 3 disques // 5 plages pour 23 minutes -- 5 plages pour 21 minutes -- 5 plages pour 27 minutes

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Publié le 28 Janvier 2023

Martina Bertoni - Hypnagogia

   Martina Bertoni ! J'avais célébré l'an dernier son premier disque chez Karlrecords, Music for Empty Flats. La violoncelliste et artiste électronique revient avec un disque superbe, qui frappe comme un coup de poing. C'est le sublime premier titre, "Inversion", hommage indirect à Steve Reich par son impulsion irrésistible. Titre cosmique, spatial, bien dans la ligne de l'inspiration du livre de Stanislas Lem Solaris dont la lecture l'a, dit-elle, partiellement inspiré pour l'album, qui retracerait un voyage cosmique imaginaire du Soi se terminant dans un écrasement aveuglant. Rappelons que l'hypnagogie renvoie à la phase d'endormissement, pendant laquelle on peut être sujet à des hallucinations ou rêves lucides puisant leur matière dans les réservoirs du subconscient ou de l'inconscient. Des voix fendent le ciel piqueté d'étoiles, des drones ponctuent l'élan, une immense respiration nous propulse toujours plus loin tandis que des zébrures marbrent l'azur. C'est un départ comme une extase, un fondu des couleurs...

  

   "Collided", le second titre, n'est pas moins impressionnant : entrée en collision de particules, battements des matières, le violoncelle énorme emplit les oreilles de son ronflement magnifique, de son chant monté des profondeurs. Des coups d'archet comme ponctuation de ce lamento suave, rauque parfois... Avec "From E to W", nous voyageons dans une zone de turbulences, les textures électroniques se chevauchent dans un brouillard chuintant, mais une traînée de lumière allume l'espace, des voix suprahumaines saturent l'immensité, le vaisseau spatial avance à sa vitesse de croisière. Il arrive que le cosmos fleurisse, c'est "Orchid", aux diaprures tournoyantes parmi les vents déchaînés. Martina Bertoni construit une fresque grandiose, constamment inspirée, d'une foisonnante beauté.

   Si vous ne fondez pas en écoutant "Hemisphere", je ne peux plus rien pour vous. C'est encore un chef d'œuvre que la compositrice tire de son violoncelle démultiplié, vaporisé par l'électronique, et pourtant langoureux et charmeur, si métaphorique (au sens étymologique) qu'il enchante et fascine ! Avec le dernier titre, "You Sun", nous approchons du soleil, la musique rayonne sourdement, une déflagration monte et éclate : des forces énormes circulent dans l'aura spectrale pulsante jusqu'à un second écrasement.

 Le disque épique et flamboyant d'une compositrice visionnaire ! Une splendeur !

Parution le 20 janvier 2023 chez Karlrecords / 6 plages / 38 minutes environ

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Publié le 3 Décembre 2022

Christoph Dahlberg - Blackforms

  Producteur, musicien, mais aussi plasticien aux prises avec l'acier et le bronze, l'allemand Christoph Dahlberg sort son deuxième disque studio, Blackforms, un album d'ambiance noire, à mi-chemin entre musique de chambre et musique électronique. Les onze titres forment une longue suite austère d'une poignante mélancolie, placée sous le signe du poète Paul Celan (1920 - 1970), dont le premier recueil Der Sand aus den Urnen donne son titre à la pièce d'ouverture (curieusement, "aus" y est remplacé par "in", à moins que ce ne soit volontaire).

   Une cloche, quelques craquements, des drones, et le violoncelle de Tobias Unterberg : c'est un mélopée sombre qui nous emmène au pays des cendres, celles du titre, "Der Sand der Urnen", des cendres devenues sable à l'issue d'une transformation qu'interprète peut-être la torsion des sons électroniques, avec les coups du piano-marteau du destin ne laissant que des débris.

    L'alliance de l'électronique et du violoncelle se retrouve dans le second titre, "Erebos", où la fragile marche du piano est surplombée par le violoncelle au plus grave (il sonne comme un trombone !) : ne sommes-nous pas dans l'Erèbe, du côté des divinités infernales, de l'Obscurité primordiale ? Pourtant, toute la seconde partie est dans les demi-teintes, le violoncelle revenu dans les médiums puis dans les graves en pizzicatis chante autour du piano tranquille. Beau morceau ! "Ewig Schlaf" (Sommeil éternel) est plus sombre, peuplé de sons amorphes et inquiétants, tout y est feutré, mais une sourde déflagration s'entend sur la fin de cet enfoncement hypnotique. Nous voici au pays des "Blackfoms" (Formes Noires) : violoncelle grave, ponctuations sourdes, sons déchirés. La pièce, d'une austérité magnifique, devient un lamento mélodieux menacé par des fantômes. Quel "Firmament" est possible dans ces limbes, ces fosses ? Un firmament noir, sous la forme d'un rythme espacé, sourd, entre les coups duquel se glissent quelques paillettes troubles d'une lumière vite avalée.

 

    Dans ce monde, ce ne peut qu'être la fin de Dieu ("Gods End", titre 6)), dont le cœur bat au ralenti au début de la composition, avant d'être balayé par des forces sombres, alliage de drones et de violoncelle ensorceleur, puis par un rythme soutenu, brouillé, détruit par de brèves déflagrations, mais qui reprend dans une atmosphère de calme apocalypse, monte en crescendo puissant dans une nuée trouble : encore une splendide réussite ! "Heart Knocks Silent", propose une perspective plus flamboyante, une épopée ambiante, rabattue toutefois sur une traîne élégiaque à la lenteur majestueuse, comme un train vers l'inconnu. Comme dans la pièce 6, "Jezero" nous propulse avec un rythme solide, la musique se rapproche de la techno minimale, se met à carillonner comme dans certains titres de Pantha du Prince, avant de sombrer dans le vide. L'univers synthétique de "Heaven and Hell", d'abord en sourdine, légèrement tintinnabulant, est zébré de poussées de drones, de nuées poussiéreuses, de sortes de glitchs : promenade dans un lieu désolé, inhumain, envahi de sons tordus, étouffés, pleins de griffures. Le violoncelle a bien de la peine à en émerger brièvement sur la fin, encore est-ce avant d'être recouvert. Reste-t-il un peu de lumière ? Le titre "Kristall semblerait en annoncer, mais il déverse des trombes synthétiques troubles, au milieu desquelles le violoncelle tente de faire entendre encore une mélodie, saboté par des dépressions, des pluies obscures de pétillements. La lumière, c'est lui, le violoncelle, une lumière sombre, menacée, mais si belle ! "The Future is Now" donne une conclusion très noire à ce voyage entre pèlerinage et prophétie. Les drones remplacent l'horizon, quelque chose d'énorme monte dans un chaos grandissant de surgissements électroniques, et tout retourne à la poussière, aux cendres...

   Un disque superbe d'une grande tenue, austère, oratorio dramatique pour violoncelle et électronique.

Paru le 2 décembre 2022 chez Teleskop / 11 plages + bonus / 48 minutes environ

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Publié le 1 Mars 2022

Svarte Greiner - Devolving Trust

   Le Chant des âmes perdues

   Prenez un violoncelle. Mettez-le dans les caves-bunkers de la brasserie Schneider (ruinée par les bombardements) à Berlin. Laissez-vous aller à une méditation improvisée, avec un prolongement électroacoustique. Vous obtenez le premier long titre, "Devolving Trust", fabuleuse dérive sonore dans cet espace humide et creux, au noir passé et à la réverbération magnifique. Musicien norvégien installé à Berlin, qui dirige le label Miasmah recordings, Erik K Skodvin, sous le pseudonyme de Svarte Greiner, revient à la veine de ses deux longues formes des albums Black Tie et Moss Garden, une veine qu'il qualifie de "musique zen pour âmes troublées".

  "Devolving Trust", enregistré en direct. Le violoncelle dans les graves laisse résonner chaque note, déchire le silence énorme. On s'enfonce encore plus dans le sol. C'est une musique désolée, superbe, traversée de zébrures violentes, avec les sons qui ricochent, reviennent. Du drone naturel, impressionnant, dont s'élève au bout de cinq minutes un chant profond en longues lames vibrantes, parsemé de micro gémissements, de craquements, comme un cercueil qui s'ouvrirait pour laisser sortir les morts-vivants, dont les esprits font grincer le bois et dessinent de frêles entrechats. Musique hantée, sépulcrale, respirations et râles dans les caves d'un passé maudit. Tumultueuse résurrection ponctuée de coups d'archets abyssaux pour un monochrome d'une splendeur confondante. Les sons s'enroulent, s'échappent, rugissent, enveloppent l'auditeur dans un manteau de vivantes ténèbres. Les âmes troublées laissent échapper comme des jappements, des petits cris, on dirait des chauves-souris lacérant l'espace clos. Angoisse et déréliction, et pourtant une beauté bouleversante portée par un rythme ample, lent. Tout retournera au noir sur un tapis intermittent de notes percussives très basses, en dépit de plaintes ultimes, d'une révolte farouche.

Svarte Greiner - Devolving Trust

     "Devolve", la seconde pièce, est un peu comme l'écho de la première, dit le musicien, construite à partir de fragments de la performance précédente : « un écho minimal et inversé, creusant davantage dans l'inconnu ». Plus dépouillée, autour de rayures noires, amplifiées, résonnantes, la pièce n'est pas moins réussie que la précédente. La méditation s'intériorise, tout en courbes retournées vers le dedans, grondantes dans un tapis épais de drones opaques. Une grande paix se dégage de cette prière austère, qui ne sort des graves après six minutes environ que pour s'envoler dans des hauteurs voilées. La pièce s'anime alors, théâtre d'un étrange ballet pulsant à basses fréquences tandis que le ciel est parcouru de notes prolongées, d'éclairs immobiles, de battements d'ailes. Tout se met à tournoyer, dans un mouvement hypnotique saisissant qui ne laisse que les drones et un sillage éthéré, comme si des esprits prenaient possession de l'espace avant de disparaître.

   Un disque extraordinaire, d'une beauté épurée, hallucinée.

Paru en février 2022 chez Miasmah Recordings / 2 plages / 43 minutes environ

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   Si vous aimez la musique d'Erik, je vous conseille aussi le disque The Night Hag, en collaboration avec le pianiste Kreng (alias de Pipijn Caudron), musicien belge qui a déjà collaboré avec Erik, mais aussi avec Kaboom Karavan. Une pièce unique de plus de trente minutes, tapisserie ambiante hypnotique, le piano harmonisé de Kreng enchâssé dans les "miasmachines" d'Erik K Skodvin. Paru en février 2021... à prendre en compte pour ma future liste des disques de cette année 21 !

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Publié le 6 Février 2022

Lucy Railton & Kit Downes - Subaerial

   Violoncelle et orgue : deux capacités à explorer les profondeurs, à exprimer les veloutés vibratoires... La violoncelliste, compositrice et artiste sonore Lucy Railton, qui travaille à Londres et à Berlin, collabore depuis plus de dix ans avec l'organiste Kit Downes, récompensé par un BBC Jazz Award. La rencontre de deux mondes : chez Lucy, sa formation classique et son initiation à la musique électronique ; chez Kit, le jazz avec aussi sa carrière solo chez ECM Records. Deux mondes fusionnés dans la pratique de l'improvisation, à la base de ce disque, fruit d'une session de trois heures enregistrée dans la cathédrale de Skáholt, localité du sud de l'Islande.

   N'attendez toutefois ni jazz, ni classique. La musique du duo est résolument contemporaine, dans le sens où elle est une exploration du son, de ses résonances. Sa fluidité tend à fusionner les instruments, à tout le moins à jouer de leurs proximités. Pas question de rivalité entre eux, ou d'assaut de virtuosité. Les deux instruments poursuivent, nous dit le titre, le subaérien, c'est-à-dire tout ce qui se forme à l'air libre et se dépose ensuite, comme les dunes, les éboulis, certains matériaux. Métaphoriquement bien sûr. "Down to the Plains" est d'ailleurs le titre de la première pièce. L'orgue et le violoncelle dessinent des courbes sonores. Tandis que le violoncelle installe ses radicelles, l'orgue implante doucement l'ensemble, l'irrigue par ses lumières, puis l'osmose entre les deux crée des excroissances puissantes, un bien-être lénifiant sur fond de battement de cloche lointaine. La terre tremble et chante, et danse une très vieille danse si douce. Comme c'est beau ! "Lazuli", le second titre, a dû inspirer l'artiste pour la couverture à dominante bleue - selon moi peu en rapport avec l'album, et d'une modernité vulgaire, je referme cette parenthèse d'humeur. Lazuli : stries de lumière, bourdonnements suaves, élans de velours, extases microtonales et chatoiements répétitifs, tentatives pour saisir l'azur...

Kit Downes (orgue) et Lucy Railton (violoncelle)
Kit Downes (orgue) et Lucy Railton (violoncelle)

 

   Des formes lourdes tentent de se mouvoir, se replient sur elles-mêmes : "Folding in" a la grâce d'un pachyderme évoluant au milieu de feux follets, d'émanations, d'un mystère émouvant. Mystère d'une fécondation intérieure, d'une transsubstantiation. Des souffles viennent du sol, les drones respirent, le violoncelle se fait le desservant hiératique de ce rituel secret. Après ces trois extraits, "Under The Air" est un glissando fusionnel entre les deux instruments d'un intérêt assez discutable que vous pourrez passer pour écouter les un peu plus de onze minutes de "Torch Duet". Le violoncelle dessine devant l'orgue imperturbable, bloqué sur une note de fond, des motifs élégiaques, sorte de non danse, mais qui, telle Salomé, finit par provoquer la réaction de l'orgue Hérodias, lequel l'entoure de drones, de souffles, avec une langueur grave des plus somptueuses. Autre très beau passage de cette session. L'orgue déploie un raffinement de résonances, dans les aigus ou les graves, qui stimule le violoncelle, et c'est vraiment une torche qui s'enflamme par paliers entre les deux musiciens inspirés. Et quand l'orgue déploie ses torrents, le violoncelle brûle, grince comme un possédé...il reste à balbutier devant l'orgue revenu à une calme respiration chtonienne.

   Le court "Partitions" est bien bavard, sans grande allure. Passez-le pour écouter le dernier extrait de leur immersion islandaise, "Of Becoming and Dying", belle méditation élégiaque post ligetienne qui se dissout dans le néant.

Mes titres préférés : 1) "Torch Duet" (titre 5) et "Down to the plains" (titre 1)

2) "Lazuli" (titre 2), "Folding in" (titre 3), et  "Of Becoming and Dying" (titre 7)

   Presque tout... sauf les deux titres restants : quelle improvisation n'a pas ses temps plus faibles ? Deux musiciens inspirés pour de subtiles fresques sonores méditatives.

 

Lucy Railton & Kit Downes - Subaerial

Paru en août 2021 chez SN Variations / 7 plages / 42 minutes environ

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Publié le 13 Août 2021

Michael Gordon - 8

Après Timber pour six percussionnistes jouant des simantras amplifiés, sorti en 2011, Rushes pour sept bassons en 2014, voici 8 pour huit violoncelles. Michael Gordon, l'un des trois compositeurs co-fondateurs du Bang On A Can All-Stars et de tout ce qui tourne autour (Festival, le label Cantaloupe...), est fasciné par les multiples. Huit violoncelles dans un cercle, environnés par le public, qui, en théorie, peut s'installer à l'intérieur. L'œuvre s'inscrit dans la fascination du compositeur pour les musiques de transe, les musiques extatiques, ce dont témoigne un des ses plus anciens disques, Trance (Argo, 1996). Citons-le : « Ces œuvres [ écrites pour des séries d'instruments identiques ] sont censées produire un état quasiment méditatif, presque extatique, chez l'auditeur comme chez l'interprète. »

8 devrait être écouté en entier, d'affilée, et non en tranche comme le permet le découpage souvent proposé par commodité (ici même, c'est un comble !!), mais en contradiction avec sa finalité. Comme d'autres compostions de Michael Gordon, elle frappera les amateurs de Steve Reich par un vocabulaire familier, peut-être d'abord par ce frémissement de la pulsation, ces saccades serrées, ce battement qui s'enfle et qui décroît. De plus, on peut voir ces 53 minutes comme un vaste canon perpétuel, qui nous enserre peu à peu dans ses harmoniques ondoyantes au point d'abolir tout repère temporel : tout se met à flotter, et l'on peut essayer d'imaginer ce que ressentent les interprètes, et le public, encerclés, traversés par une trame changeante, tantôt légère, tantôt puissante. Avec de bonnes enceintes dans une grande salle, à défaut avec un excellent casque pour retrouver ce sentiment d'immersion, ce tournoiement des entrées et des arrêts, on perçoit la parenté de cette musique avec celle des derviches tourneurs, par exemple. Parenté seulement, car la dimension méditative est associée à la visée extatique. Ce grand calme qui parcourt toute l'œuvre : aucune hâte, aucune frénésie, c'est aussi la différence majeure d'avec le disque Trance ou les derviches tourneurs.

   La sérénité de la pièce tient aussi à l'intrication de la mélodie et des notes basses, une sorte de bourdon percussif qui parfois monte au premier plan lorsqu'elle s'efface en une belle alternance, à une ample respiration tranquille, sûre d'elle.Vers la fin de la pièce, les glissendis ajoutent du liant, épaississent la toile qui se met à scintiller de lents vacillements dans un mouvement de renverse d'une immense douceur. Les violoncelles sont devenus quasiment des harmoniums !

  Une des grandes réussites de Michael Gordon !

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Paru en avril 2021 chez Cantaloupe Music / 1 plage  / 53 minutes environ. [ il existe un autre découpage, peu satisfaisant à mon sens...]

Pour aller plus loin :

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

En bonus, très logiquement, un extrait de l'excellent Trance, paru sur le magnifique label Argo en 1996.

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Publié le 15 Mars 2021

Martina Bertoni - Music for Empty Flats

   Violoncelliste de formation classique et compositrice de musique électronique, Martina Bertoni a très tôt développé sa carrière en direction des musiques et films expérimentaux, ayant collaboré notamment avec Blixa Bargeld. Son travail a reçu de nombreuses récompenses et elle a participé à de nombreux festivals internationaux. Depuis son précédent disque all the ghosts are gone sorti début 2020, elle explore les possibilités sonores de son instrument, qu'elle utilise comme source ensuite traitée, à laquelle elle ajoute de la réverbération, des retours, des très basses fréquences, créant ainsi des sculptures sonores impressionnantes.

   Le titre de l'album, enregistré à Reykjavik et Berlin, vient de son séjour dans la capitale islandaise en hiver. Elle y écoutait beaucoup de musique dans un appartement flambant neuf, mais inoccupé, totalement vide, dans la banlieue de la ville. Il faisait constamment noir, dehors c'était la neige, et l'intérieur de l'appartement lui semblait un lieu dystopique étrange...

   Les amoureux du violoncelle seront surpris : leur instrument disparaît sous les manipulations, mais pour revenir en vagues sourdes de drones, constellées de poussières sonores. Dès le premier titre, "Bits", on est projeté dans un espace immense et sombre, zébré de brisures métalliques, animé d'un souffle puissant. Avec "Bright Wood", des pizzicatis lumineux rappellent les cordes, et déjà les graves grondent, des ondes parcourent le bois brillant comme des appels troublants de cors. L'instrument brame, cerné d'échos lentement tournoyant. C'est comme un lamento, piqueté de lumière à la fin. "in Circles of Thoughts" superpose des cercles calmes de notes distinctes à de grands drapés diaprés et de probables réverbérations tissées en lignes saccadées. Le ciel est plein d'étoiles filantes qui tombent de tous les côtés en d'amples courbes, d'objets sonores qui ne cessent d'agrandir l'horizon. Sans doute le titre éponyme porte-t-il à sa perfection le travail de Martina Bertoni. La vidéo souligne la dimension sculpturale d'une musique plus sensuelle qu'il n'y paraît, dessinant dans l'espace des volutes, des lignes mouvantes où se reconnaissent parfois comme des silhouettes de corps, où surgissent sans cesse des figures géométriques d'une grande beauté plastique. Les couches superposées de textures sonores enveloppent complètement l'auditeur dans un ballet d'une grâce hypnotique !

      Le violoncelle réapparaît tel qu'en lui-même au début de "Fearless", presque sauvage, aux caresses profondes, démultipliées, ravageuses. Quelles splendeur déferlante ! Quelles échappées ensorcelantes ! Et quelle longue coda mystérieuse au pas lourd qui se perd dans une brume frangée de lumière...L'ambiguïté de "moving", qui renvoie soit au mouvement soit à l'émotion, convient parfaitement au plus long titre de l'album, "Moving Nature". On assiste à l'éveil d'un monstre, lent à trouver son rythme, monstre dont on entend le souffle rauque au ras de la matière. Puis tout s'enfle, s'enroule, c'est une suite de spirales ténébreuses parsemées de micro-pointes de tension, puis un mur vertical rayonnant sur lequel ondulent et viennent se plaquer drones et blanches réverbérations. On entend le travail de pousse de cette nature première, qui accouche de phrasés rutilants de violoncelles dans une germination prodigieuse, une incantation tellurique d'une majesté confondante. Cet aspect luxuriant et grandiose de la musique de Martina Bertoni débouche très logiquement sur le dernier titre, "Distant tropics", qui semble empli des barrissements d'invisibles pachydermes sous lesquels l'horizon tremble et s'enflamme à la fois. Une pulsation percussive donne un moment à cette levée sourde une dimension farouche, mais l'embrasement sonore est tel que toute ligne disparaît vite dans des évaporations mouvantes, l'informe reprend ses droits, dissout les fulgurances...

   Un disque d'une foisonnante et splendide, émouvante plénitude sonore !

Paru en janvier 2021 chez Karlrecords / 7 plages / 40 minutes environ

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

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