hybrides et melanges

Publié le 15 Octobre 2022

Gammelsæter & Marhaug - Higgs Boson

  Rassurez-vous : je ne vais pas vous entraîner dans un cours de physique des particules, j'en serais d'ailleurs incapable... Voici deux particules humaines, norvégiennes, créateurs d'un univers fascinant. Runnild Gammelsæter surprend par sa voix, dont elle joue en prêtresse, en inspirée. Elle manie aussi la guitare, le piano et l'orgue numériques, les cloches, et s'occupe des traitements. Lasse Marhaug est à l'électronique, au synthétiseur, aux objets et au montage. C'est leur deuxième disque ensemble, le premier, Quantum Entanglement, remontant à 2014. Une rencontre décisive les fit se retrouver à nouveau en 2019, à l'occasion d'un concert spécial dans une église d'Oslo. Depuis, il ont accumulé des matériaux débouchant sur ce disque inspiré aussi bien par des cinéastes japonais du structuralisme expérimental que par les illustrateurs français Philippe Druillet et Jean Moebius Giraud, deux créateurs d'univers de science-fiction décalés, visionnaires, ou encore par des photographes de paysages. Je vous passe d'autres références très pointues, sauf une autre, littéraire, au Jeu des perles de verre de Hermann Hesse, pour un processus d'association utilisé par les deux artistes.

   Huit titres entre presque trois minutes et presque dix constituent ce "Higgs Boson", d'emblée très étrange. "The Stark Effect" se développe autour de la voix démultipliée de Runnild et d'une autre voix gutturale, spectrale. La partie vocale mêle longues trainées éthérées et cris, éructations quasi animales. Nous voici en communication avec le Mage, "The Magus", qui est plutôt une mage, entre incantations et murmures. Une pulsation électronique sourde rythme cette vaticination dans l'infra-langage. Tout à fait dépaysant et très impressionnant. Une percussion lourde ouvre le mystérieux "Static Case". Des voix déformées incantent l'espace. On est entre messe mystique et sabbat goyesque. Les "Ondes de Fase" nous plongent dans un océan électronique saturé de voix comme de milliers d'esprits errants aux limites de l'aphasie : prodigieux voyage dans un univers halluciné ! Des "Forces" se déchaînent dans le titre cinq, déchiré de l'intérieur, parcouru de déflagrations prolongées. Titre magnifique, qui fournirait une belle bande-son pour les dérives dessinées de Druillet, tant les voix sont de plus en plus fantastiques. On imagine des créatures se déformant à vue, monstrueuses et terriblement là à nous guetter dans le noir, au bord de l"apocalypse.

   "Propeller Arc" est une véritable Babel des langues, un oratorio pour langues étranges, qui donnent une impression de connu (du grec, de l'allemand, etc.) tout en étant d'un ailleurs indéfini. Puis survient une montagne magique, un orgue déferlant accompagné de vents de poussières : les voix sont incorporées, balayées, réduites pour un bref moment au silence divin. Le septième titre renvoie à nouveau à la physique, le "Hadron Collider" étant l'accélérateur ou collisionneur de particules du CERN. L'idée est celle de collisions entre des univers : entre le monde instrumental, électronique et bruitiste d'une part, et celui des voix. Musicalement, l'intérêt réside dans la résistance des voix aux lourdes vagues écrasantes d'une sorte de métal épais. Rien n'arrête les voix ordonnatrices du monde. Alors surgissent "These questions", effrayantes déflagrations  de drones râpeux, comme si la matière respirait dans un mouvement de désintégration / volatilisation. Une voix seule survole ce cauchemar de science-fiction, puis une seconde, d'autres encore, chantantes ou chuchotantes. C'est peut-être la matière qui s'exprime, la Matière des champs gravitationnels qui est Esprit, enfante l'illusion de Vie : il n'y a rien d'autre que ce continuum, toujours susceptible de susciter les Voix primordiales et éternelles. Grandiose !

Un disque magistral d'une beauté noire, envoûtant d'un bout à l'autre !

Paru en août 2022 chez Ideologic Organ (une maison de disque parisienne) / 8 plages / 44 minutes environ

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Publié le 9 Juin 2022

Jozef van Wissem - Behold ! I Make All Things New

L'ombre fraîche de l'Éternité 

   Imaginez un luth, l'un des instruments fétiches de la musique baroque. Oui, mais un luth que Jozef van Wissem, néerlandais de Maastricht, d'abord guitariste, découvre à New-York grâce à un autre ancien guitariste, Patrick O'Brien. Un luth qu'il décide de sortir du musée et d'intégrer aux musiques d'aujourd'hui. Un luth dont il joue sur plus de dix albums, dont trois en collaboration avec le cinéaste Jim Jarmusch, qui y chante et joue de la guitare ! Un luth qui lui vaudra la consécration à Cannes en 2013 grâce à la musique qu'il co-écrit avec Jim pour son film Only Lovers Left Alive... Une belle histoire, non ?

   Si l'on ajoute que Jozef van Wissem passe pour un compositeur d'avant-garde, étiqueté "minimaliste", tout en restant un luthiste baroque, on comprend mieux l'admiration de nombre de compositeurs minimalistes (non luthistes !) pour la musique baroque. Ce qui relie peut-être le mieux ces deux courants, c'est la tendance à s'appuyer sur une basse continue, ou tout au moins à développer un continuum sur lequel le contrepoint baroque va greffer de nombreux ornements, tandis que le minimalisme travaille avec des motifs ("patterns") et des boucles. Toujours est-il que j'ai été happé par la musique inspirée de Jozef van Wissem : je ne m'y attendais vraiment pas ! Le premier titre - ah oui, des titres d'Inspiré, de Prophète, qui prennent le large, déjà...pensez "The Cool Shade of Eternity", d'un hiératisme sévère, n'est pourtant pas engageant, mais il nous tire de côté, nous force d'écouter les profondeurs de l'instrument. Le luth sonne, avance comme en claudicant, accompagné sur la fin par des ondes électroniques grondantes. Car pour compléter cette belle histoire, il convient d'ajouter que, de temps à autre, Josef van Wissem ajoute des touches électroniques ! Sans excès, toutefois, car n'oublions pas qu'il a déclaré, dans un entretien : « Le luth va à l'encontre de toutes les technologies, de tous les ordinateurs et de toutes les conneries dont vous n'avez pas besoin. » Il joue sur un luth noir créé spécialement pour lui. Une musique parfaitement inactuelle !

Jozef van Wissem - Behold ! I Make All Things New

   J'ai été vraiment conquis dès le titre deux, "What Hearts must Bleed, what Tears must Fall", presque quatorze minutes intemporelles. On est suspendu aux notes qui s'égrènent, aux boucles envoûtantes : minimalisme baroque ! Un chant qui vient de si loin, une majesté lumineuse et pourtant sombre, un folk noir en effet, des ritournelles entendues au fond des forêts, près des antres antiques. L'électronique sur la fin du morceau lui donne une aura extraordinaire. Cette musique est incantation ! Le titre trois évoque d'abord une ballade folk, agrémentée d'une draperie électronique ambiante, mais le statisme de la pièce exerce un effet hypnotique. La deuxième partie, qui juxtapose les boucles répétitives avec des variations éblouissantes, est superbe !

   À écouter Jozef van Wissem, je me dis qu'il est une sorte de Charlemagne Palestine du luth : il y  a du sonneur en lui. Les titres donnés, à résonance chrétienne, renvoient à une conception de la musique comme contribuant à l'Éveil. Loin de divertir, elle est ascèse, concentration, illumination. Les boucles encerclent notre conscience d'auditeur, pour l'amener à savourer les beautés intérieures de l'Instrument-Monde, beautés réservées à ceux qui savent patienter. La solennité de la piste cinq, au titre prophétique, "Your Flesh Will Rise in Glory on the Day of the Future Resurrection" est magnifiée par une électronique qui la cerne d'un bourdon fluctuant de drones. La pièce, appel fervent à la contemplation de la Merveille qui adviendra, devient un immense mantra authentiquement fantastique, fabuleux. Relisant les titres, on s'aperçoit qu'ils dessinent un itinéraire spirituel. L'avant-dernière des sept pièces ne s'intitule-t-elle pas "Enter Into the Joy of Our Lord" ? C'est la plus longue, plus de quatorze minutes. On s'approche lentement, humblement, le luth reste au plus près des notes espacées, avec des silences comme des stations, les frottements des doigts sur les cordes. Qu'on ne s'imagine donc pas une allégresse débordante ! L'homme s'avance, son luth est son rosaire, grain à grain il se dépouille de l'inutile et médite. Seulement alors il est prêt pour "The Adornment", danse inspirée par la Renaissance, d'abord elle-même dans une giration quasi somnambulique, ralentie, puis enrichie d'une parure électronique suave, aux belles ombres.

   Le disque est publié par Incunabulum Records...fondé par Jozef van Wissem !

Un disque d'une austérité magnifique, inspirée, pour (re)découvrir le luth.

Paru en mars 2022 chez Incunabulum Records / 6 plages / 52 minutes environ

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Hybrides et Mélanges, #Minimalisme et alentours

Publié le 17 Mai 2022

JL Prades - Reversed

   Pour l'amour de la guitare pure...

   À deux reprises, en 2008 pour la sortie du double cd d'Imagho Inside looking Out, et en 2013 pour celle de Méandres, j'avais rendu compte de la carrière du guitariste lyonnais Jean-Louis Prades, sous le nom d'Imagho lorsqu'il faisait appel à quelques collaborateurs. Aujourd'hui, en parallèle au projet évolutif Imagho, il sort son premier disque sous son nom, sous le titre Reversed. Pourquoi ce titre ?  Parce que ce disque, nous dit-il, résulte du choix qu'il a fait de désapprendre son instrument depuis bientôt dix ans. Guitariste gaucher, il a décidé de repartir à zéro et ceci sans aucun repère, en n'utilisant que des guitares de droitier tenues à l'envers, privilégiant ainsi la recherche, le tâtonnement, la réflexion. C'est un disque de guitare solo, sans effets, sans arrangements, qui privilégie le son et l'émotion. Tous les titres sont enregistrés en une prise. JL Prades utilise trois guitares, une acoustique GUILD D25M en acajou de la fin des années soixante-dix et deux électriques, une FENDER de 2011 et une autre guitare en acajou, italienne, une Galanti Grand Prix de 1967. Quatre titres à l'acoustique, dix à l'une des deux électriques, la Galanti seulement sur deux. Vidéos en plan fixe, enregistrées en direct.

JL Prades - Reversed

   Dès "Vénus (solitaire, brillante)" on entre dans une cérémonie intime. Comme Vénus, la guitare se mire en ses résonances, tranquille et sûre de sa beauté, simple sans appareil. Ici, rien ne presse, ce qui compte, c'est la beauté du son : "Travis" se développe moelleusement sur un matelas de silences, les notes sont des virgules tremblées. Le crissement des cordes, parfois, comme le glissé d'un trapéziste sur un fil...

   "Alpenglow", acoustique, est une pastorale lumineuse, délicate, "Brian" une ode mélancolique aux résonances électriques vacillantes, profondes. Acoustique encore, l'hommage à un autre guitariste amoureux du son, Charlie Rauh. On trouvera plus loin l'hommage pudique au guitariste Adrian Belew (King Crimson notamment, auquel JL Prades a déjà fait référence par le passé) sur la Galanti électrique ,"Songs for Adrian Belew". Le jeu rentré de la Fender nous vaut un "Violet" sourd et frémissant, en cascades froissées, vraiment superbe ! "Silhouette", le titre le plus jazz si l'on veut, fait miroiter ses lignes, tandis que "Barre" se laisse aller à des moments introspectifs, des ralentis, pour le plaisir d'entendre le son s'échapper comme une fumée paisible. Avec "la Fille du Croque-Mort", le guitariste est à la croisée du folk et du jazz, autour d'une petite mélodie servant de refrain à ce morceau plus rapide, qui court vers sa fin... La guitare devient draperies pour l'étonnant "In Circles", qui tourne dans nos oreilles, s'éloigne et revient mystérieusement comme pour nous hanter. Par contraste, "Dolomites" est là, bien en avant, qui cogne, la montée est raide, on s'accroche, et on monte à son rythme en posant bien les pieds. peut-être pour atteindre le "New World", le plus long titre avec presque six minutes. Là, chaque note se déploie, parfois comme une fusée de feu d'artifice, dans le ciel de silence. C'est une extase sereine, des gerbes de graves magnifiques, avec des étincelles abruptes. Le sommet de l'album ! Terminons par "Une valse" galante...à la Galanti électrique !

   Un disque limpide, qui coule de source, pour le bonheur d'écouter les cordes chanter sans un lourd appareillage technique ou informatique... L'habillage noir et blanc de la pochette et du livret convient parfaitement à cette musique nimbée d'une grande paix lumineuse.

  

Paru fin février 2022 chez Images Nocturnes / 14 plages / 43 minutes environ

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Publié le 19 Avril 2022

Clara Engel - Their Invisible Hands

Il n'y a pas d'endroit comme nulle part  

   D'emblée, j'ai été sous le charme, envoûté par l'entrée déchirante de l'album. Sur des vers du poète irlandais William Butler Yeats, melodica et chœurs, et la voix murmurante à la limite de l'indistinction. Une émotion extraordinaire, le texte repris ensuite distinctement par la voix caressante et sombre, comme une litanie :

Come away, O human child!
To the waters and the wild
With a faery, hand in hand,
For the world's more full of weeping than you can understand.

Pars, ô enfant humain,

Vers les eaux et la nature

Avec une fée, main dans la main,

Car le monde est plus rempli de pleurs que tu ne peux le comprendre

Their Invisible Hands est le quatrième album en trois ans de Clara Engel, canadienne de Toronto, auteure, compositrice et chanteuse. Un long album de soixante-douze minutes pour treize titres, au long duquel Clara Engel utilise le melodica (harmonica à clavier), du chromodica (variante de l'harmonica), une guitare boîte à cigare (vous avez bien lu, cet instrument existe !), de la talharpa (lyre à quatre cordes à archet jouée dans le nord de l'Europe), une shruti box ou surpeti (sorte d'harmonium indien sans clavier), du tambour à langue en acier (tongue drum), et des percussions trouvées : un instrumentarium peu commun ! Dès le second titre, "Dead Tree March", on entend le parti que tire Clara de ses instruments : marche hypnotique sur un tapis de boucles de guitare boîte à cigare, de percussion sèche, avec le chant de la rauque talharpa . Morceau incroyable, d'un folk intemporel captivant. "Golden egg" a la grâce d'une ballade illuminée, sur des paroles imprégnées d'une atmosphère de légende où il est question de boire la lumière d'un œuf d'or dans le ciel qui jamais ne s'envole et jamais ne meurt. Chaque chanson impose une mélodie, son atmosphère intense entre ombre et lumière. Le très beau "Murmuration" poursuit d'ailleurs une sorte de quête mystique de la lumière : « Viens inonder mon espritrayon de soleil capricieux / plongé dans l'ombre / nuit ton huître chaude / et peu profond bassin // étoilé vairons d'argent / ravissement gelé / école d'échos // le vide et l'océan / laissent tomber leur ancre / la lumière vous déplacera / suivez-la juste après // pas de secret / pas de bénédictions / pas de mensonges / tout n'est que souffle et fuite / tout est fleur et rouille ».

   L'album alterne, parfois groupés par deux, chansons et instrumentaux. Ceux-ci sont d'une envoûtante noirceur étoilée de lumières, comme "Gingko Blues", entre drones, guitare, shruti box. Ils prennent une forme litanique, comme s'ils étaient les éléments d'un rituel immémorial. Le dépouillé "Cryptid Bop", surtout percussif dans les premières minutes, voit émerger un curieux chantonnement dont on ne sait plus s'il est vocalique ou instrumental. "Rowing Home Through a Sea of Golden Leaves" n'est qu'un balancement d'une lente somptuosité : on imagine la mer couverte d'une épaisse brume de feuilles d'or, le mouvement des rames, Ulysse rentrant épuisé à une Ithaque nordique sur les rives desquelles attendent les loups... La dimension incantatoire de ce folk me fait penser à la musique de l'anglais Richard Skelton, dont les compositions sont des poèmes sombres aux éléments.

   Toutes les chansons sont en accord avec la couverture en noir et blanc. On est dans la mémoire d'un monde ancien qui interroge le ciel et les ténèbres, au seuil des légendes et de l'invisible : "I Drink The Rain" , "High Alien Priest", "Magic Beans", "Glass Montain" dessinent un monde étrange, dont le charme pénétrant nous poursuit longtemps. C'est la deuxième fois que j'écris « charme », que j'emploie dans son sens étymologique de « formule incantatoire » ou de « puissance magique ». Dès que j'ai entendu Clara Engel, je n'ai pas pu ne pas penser à une autre prêtresse, Carla Bozulich, que j'appelais la « sibylle foudroyée de l'ère crépusculaire ». Il y a le même feu enfoui dans la voix, ce crépuscule des surgissements. Le grand prêtre extraterrestre ne dit-il pas :  « give me the salve /
and I'll put away my poison dart
drive through cities and ghost towns
find your way back to the stars » ?

"Magic Beans" bondit légèrement sous la frappe du tambour à langue : chanson aérienne pour balayer « all this earthly chatter (tout ce bavardage terrestre) » en plantant des haricots magiques et en se laissant aller aux sorts, aux os croisés. Puis c'est une autre chanson à donner le frisson de la beauté, "Glass Mountain", boucles élégiaques de guitare étincelante et sur la fin la talharpa frémissante d'ombres frottées :

« here's no place like nowhere
and nobody knows
how it ends and what will come after so tell me a story I already know
but lit from a different direction
days wash away like waves in the sand the dead clap their invisible hands
and laugh
glass mountain
no heat and no cold
no fingers of trees
no fires or roads
no daredevils splayed at your feet
and the sun doesn't weep on your shoulder
»

(il n'y a pas d'endroit comme nulle part / et personne ne sait / comment ça se termine et ce qui viendra après / alors raconte-moi une histoire que je connais déjà / mais éclairée d'une direction différente // les jours disparaissent comme les vagues dans le sable / les morts battent leurs mains invisibles / et rient // montagne de verre / pas de chaleur et pas de froid / pas un bout d'arbre / pas de feux ni de routes / pas de casse-cou à vos pieds /  et le soleil ne pleure pas sur ton épaule)

Au passage, on aura reconnu le fragment pris comme titre de l'album. La suite s'enfonce dans l'insomnie de "The Party is Over", blues épuré hypnotique, invitation à « (s)'allonger dans la forêt que la mousse pousse sur (nous) / let me lie in the forest / moss grow over me ». Reste le ronflement des diables pendant que la pluie tombe, tombe enfin, à verse, apothéose pour harmonium, talharpa, drones et chœurs indistincts qui fait écho au premier titre, et la voix d'outre-tombe de Clara, caresse sombre.

[ Traductions sous réserve...]

   Attention, cet album possède un charme si puissant que vous serez tenté de l'écouter en boucle, d'oublier le reste du monde ! Du folk hanté, intemporel, mystique et somptueux comme les draperies trouées des rêves qui veulent retrouver le chemin des étoiles.

Paru le 25 avril  2022 (autoproduit) / 13 plages / 72 minutes environ

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Publié le 23 Mars 2022

Slagr - Linde

Sixième album du trio norvégien Slagr, Linde est un album simple, qui repose d'un monde surchargé d'informations, de technologies, de bruits. Pas de logiciel ni d'électronique ici. Trois musiciens amoureux de leur(s) instrument(s) : Anne Hytta au violon Hardanger (variante norvégienne du violon, présentant en plus des quatre cordes habituelles, quatre ou cinq cordes sous-jacentes pour la résonance) ; Katrine Schiøtt au violoncelle ; Amund Sjølie Sveen au vibraphone et aux verres accordés. Huit titres paisibles, harmonieux, sensibles, à l'image de la signification du nom du trio, "slagr" signifiant "air" ou "mélodie". Les compositions prennent leur temps, égrènent des ritournelles intemporelles, certaines venues du folklore, donnant à l'auditeur des moments sereins de contemplation.

    Le premier titre, "Glimmerskyer" signifierait "nuages de mica". Sur une trame répétitive de vibraphone et de verres accordés, le trio propose une musique folk contemporaine de très belle allure. Musique doucement envoûtante, colorée par un violoncelle langoureux et un violon... micassé ! Un air qu'on n'oublie pas, qui s'insinue jusqu'à l'âme. Suit "Tåke" ("Brouillard") : violon brumeux, violoncelle jouant avec retenue un air traditionnel, puis les verres accordés et leurs à-plats résonnants réveillent le violon qui s'envole brièvement avant une coda alanguie. "Søvniøs" ("Endormi") revient à une trame obsédante au vibraphone, rythmée par des frappements d'archets. Le violoncelle dans les graves explore les alentours du sommeil, il apaise toutes les craintes. Le temps peut passer, il n'est plus que douceur, joie mélodique pure. Le titre quatre, "Etterglød" ("Rémanence"), ressemble à une berceuse cristalline sur fond de cordes tremblées. Presque mièvre ? Presque, oui, au bord de l'inconscience, avec deux dernières minutes si délicates qu'ils sont pardonnés ! "Kime" joue avec de frêles résonances au bord du silence : titre magique, en apesanteur. Et "Legende" qui le suit tisse une toile élégante, aux ajours vibrants. L'harmonie, ce mot a un sens chez eux, chez ces artisans du beau son. C'est une veillée au coin du feu, l'heure de s'abandonner à une heureuse mélancolie. Des farfadets réveillent des sons sur "Linde" : verres frottés frétillants, cordes rêveuses... Une courte berceuse pour finir, c'est le sens du huitième titre, "Voggesang" : un brin élégiaque, mais discrète bien sûr, pour endormir petits et grands.

   De la musique pour adoucir les mœurs en ces temps barbares, comme cela fait du bien ! Sans grande théorie, pour le plaisir de (ré)sonner ensemble.

Paru en mars 2022 chez Hubro Music / 8 plages / 40 minutes environ

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Publié le 29 Décembre 2021

Various Artists - Touch

   Sept artistes luttent contre la restriction du contact physique par six pièces sonores. Le son peut-il compenser le déficit de toucher, etc. ? J'avoue être peu perméable à tous ces beaux discours. Ce qui nous intéresse ici, c'est le résultat pour l'oreille. D'habitude, je laisse de côté tout ce qui ressemble à une compilation. Je fais donc une exception, mais en vous prévenant tout de suite. Deuxième exception, je ne fais pas de critique négative en principe, mais là c'est parti... à cause du reste.

   Je n'écris pas cet article pour le troisième titre, "Imagine myself walking with you" de Viv Corringham, insupportable tentative, paraît-il, pour reproduire numériquement son processus de marche et de conversation avec des étrangers. On l'entend longuement tenir des propos sans véritable intérêt, musical ou autre. Peut-être le morceau aurait-il été supportable en enlevant son intervention, car l'arrière-fond n'est pas sans intérêt vocal, avec une polyphonie brouillée, assez troublante, qui n'est pas sans faire penser à certains chants traditionnels orientaux. Je n'écris pas non plus cet article pour le suivant, "Human measures" de Myriam Van Imschoot et Federico Protto, qui disent créer un instrument pour imiter à quoi peut ressembler le toucher en soufflant dans « un système circulatoire de tubes ». Titre informe et tout à fait inconsistant sur le plan musical, à mon sens !

   

De haut en bas et de gauche à droite : Melissa Pons / Tomoko Hojo / Alexandra Spence / Joseph Kamaru (KMRU)De haut en bas et de gauche à droite : Melissa Pons / Tomoko Hojo / Alexandra Spence / Joseph Kamaru (KMRU)
De haut en bas et de gauche à droite : Melissa Pons / Tomoko Hojo / Alexandra Spence / Joseph Kamaru (KMRU)De haut en bas et de gauche à droite : Melissa Pons / Tomoko Hojo / Alexandra Spence / Joseph Kamaru (KMRU)

De haut en bas et de gauche à droite : Melissa Pons / Tomoko Hojo / Alexandra Spence / Joseph Kamaru (KMRU)

    Un très beau reste. Quatre titres sur six. Le sixième titre, "Three" de Melissa Pons, en ce moment travaillant au Portugal, est un flux de drones, de poussières électroniques, parfois soulevé d'énormes déflagrations, poreux à des bruits extérieurs reconnaissables (oiseaux, hurlements de chiens notamment) : étrange mixité embarquée pour un vol troublant. Le cinq, "fall asleep" de l'artiste japonaise Tomoko Hojo, mêle chuchotements, voix, cloches, sonneries de pendule et sons divers pour une composition ambiante à l'onirisme enchanteur, d'une magnifique force contemplative après un début d'impressionnantes perturbations chtoniennes. Et je reviens au début ! Le premier titre, "Communion", de l'australienne Alexandra Spence est l'alliance entre un léger tapis de sons tenus et des bruits, des frémissements, des ponctuations rythmiques cristallines, une alliance qui peu à peu débouche sur une lente danse à base de boucles percussives. La voix d'Alexandra ajoute à l'ensemble une touche chaude. Comment ne pas être en communion avec cette beauté fragile, tranquille, ce flottement poétique ? J'ai songé à certaines pièces de l'allemande AGF, surtout sur la fin de ce titre splendide.

   Ouverture magique, suivie de "its not a tangency" de KMRU, alias de Joseph Kamaru, natif de Nairobi. Ce morceau a vaincu toutes mes réticences. Véritable hymne ambiant, charriant voix d'enfants, grésillements et un carillon de drones magnifiques. Un travail sonore vraiment abouti, à la fois émouvant, d'une incroyable résonance imaginaire, emprunt d'une mélancolie souveraine. Magistral !

   Mes titres préférés : 1/ KMRU (titre 2)  2/ Tomoko et Alexandra (titres 5 et 1) 3/ Melissa (titre 6)

Mastérisé par l'orfèvre Lawrence English !

Paru en décembre 2021 chez Dragon's Eye Recordings / 6 plages / 65 minutes environ

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Publié le 23 Novembre 2021

Ros Bandt and The Medusa Ensemble - Medusa Dreaming

   La citerne Basilique, construite pendant la période byzantine, est un imposant réservoir d'eau situé sous l'actuelle Istanbul. Elle témoigne des efforts des hommes pour s'assurer des réserves en eau. Medusa Dreaming  est le deuxième disque du label Neuma records à célébrer ce lieu extraordinaire : Philippe Blackburn avait publié en avril 2021 un disque magnifique intitulé Justinian Intonations, pour voix et surtout électronique. Avec Medusa dreaming - le titre renvoie aux deux colossales têtes de Méduse servant de base à deux des 336 colonnes de ce palais enfoui, comme elle est surnommée - nous avons affaire à une série de onze improvisations de quatre musiciens étonnants, formant le Medusa Ensemble : le turc Erdem Helvacioğlu, compositeur et arrangeur déjà présent sur ce blog, à la guitarviol électrique - une guitare à archet récemment développée - et aux traitements en direct ; Natalia Mann, harpiste d'origine néo-zélandaise qui a travaillé plusieurs années à Istanbul, et intervient avec sa voix prononçant des mots de la langue samoane qu'elle connaît par ses origines ; le percussionniste turc İzzet Kızıl, qui joue de très nombreuses percussions et prononce des mots kurdes ; et le compositeur, Ros Bandt, artiste sonore australien, poly-instrumentiste qu'on entend jouer, selon les pièces, du sifflet à glissière en laiton, du tahru (sorte de croisement entre les vièles orientales et le violoncelle occidental, des flûtes de la Renaissance, de la flûte à bec ténor, des sons tirés de sculptures en verre et en argile, et de harpes éoliennes enregistrés au lac Mungo - lac asséché australien, site d'une des plus vieilles cultures connues sur terre, et d'autres encore, sans oublier l'utilisation de bandes enregistrées de termes en plusieurs langues pour désigner le mot "eau", et enfin l'enregistrement en direct pendant l'enregistrement sous-marin d'une carpe se nourrissant dans les eaux de la citerne, et même l'enregistrement ultrason d'un arbre Rimu, sorte de cyprès géant de Nouvelle-Zélande qui peut vivre jusqu'à deux mille ans ! Ainsi se retrouvent inextricablement mêlés d'une part sons électroacoustiques, instructions sonores et exécution improvisée de l'ensemble, d'autre part extrême modernité des techniques d'enregistrement et de lutherie, sons intemporels d'éléments enracinés dans des lieux immémoriaux et sons acoustiques d'instruments traditionnels. Le disque a été enregistré pendant le deuxième concert donné un samedi soir dans la basilique elle-même, le premier concert, qui réunissait le duo formé par le compositeur et Erdem Helvacioğlu, ayant servi d'essai, de test sonore. Cette présentation assez longue m'a paru nécessaire pour situer ce disque peu commun.

   La flûte se lance dans l'espace vide où l'on entend les gouttes d'eau tomber, les larmes du premier titre. Invocation élégiaque qui résonne sous les voûtes. Puis d'autres gouttes s'ajoutent à elle, à son clapotement, auquel répondent de nombreux sons percussifs. L'atmosphère est recueillie. Et c'est le premier motif envoûtant, sans doute à la guitarviol, suite de boucles lentes piquetées de percussions diverses. On est pris dans quelque chose, peut-être dans les tentacules de la méduse, emporté vers le fond, comme par un tournoiement hypnotique. Sublime début, d'une beauté ciselée ! Le deuxième titre, "Frozen locks, Athenas Curse", mêle diverses voix un peu déformées, ruissellements divers, frottements percussifs : des esprits , tranformés en pierre (c'est le sens des mots prononcés en plusieurs langues), ont répondu à l'invocation, tout ce palais enfoui vit d'une vie abyssale. Dans le titre trois (et non le deux comme indiqué sur bandcamp ?), on entend la carpe se nourrir : gargouillis, claquements de mâchoires, mastication, bruits auxquels le percussionniste répond par de brefs gestes sonores, à tel point qu'on se sait plus très bien qui fait quoi. Morceau vraiment troublant ! "Ode to Emperor Justiianus" prend l'allure d'une composition de hard rock, avec des riffs épais de guitarviol, des percussions très présentes, le tout de plus en plus saturé : hommage emphatique, monumental au commanditaire de ce lieu d'exception, qui contraste avec le précédent, et le suivant, à la fluidité aquatique, translucide, comme l'indique le titre, "Water through Glass". Pot et sculptures d'argiles, harpe, tarhu troublent l'eau, agitée, brassée, eau d'un rêve très ancien dans laquelle tout sonne étrangement... "Corinthian Song" voit apparaître un des autres motifs de cette suite, avec la flûte ténor de la Renaissance modulant un chant prenant soutenu par des percussions dramatiques. On n'est pas très loin des musiques soufies, tant est grande l'émotion contenue, tant est belle et fascinante la mélopée ! Un des sommets de cet album !

   Voulez-vous entendre l'eau rêver ?  "Water dreaming" vous plonge dans l'eau pour écouter les voix enfouies, les langues qui disent le mot "eau" de si diverses manières. Musique trouble et dissolvante des harpes frissonnantes, du psaltérion et de l'eau en mouvement, que le chant de la flûte a bien du mal à clarifier, qui ne cesse de s'agiter qu'au surgissement triplement répété d'un flux électronique unifié. Le rêve de la méduse, lui, "Medusa Dreaming", retrouve les accents de la musique traditionnelle turque, magnifiés par les amplifications, l'ajout de la harpe si exotique, avec des moments mystiques de quasi extase d'une grande suavité : étonnante évocation sensuelle de cette méduse rêveuse, tout à coup grinçante, cinglante, mais si ponctuellement, comme en jouant les affreuses ! Pièce délicieuse, suivie par "Basilica Dreaming", chœur de voix des esprits qui semblent prononcer une liturgie solennelle sur fond lointain de chuintements des harpes éoliennes. Nous sommes ensuite dans la forêt de Belgrat (ou Belgrad, dans les environs d'Istanbul, dont proviennent les pierres de la citerne), environnés par de sourdes pulsations, les ultrasons de l'arbre Rimu en train de pousser tandis que le tarhu et la guitareviol oscillent entre jubilation pointilliste et soulignements inquiétants, tels des animaux inconnus, sans doute effrayants, conviés à un festin nocturne : atmosphère de forêt hantée, comme on les imagine dans les légendes !

   Le dernier titre, "52 Steps to the Future of Water", est un poème sonore constitué des mots "rêve", "méduse, "pierre", "52 steps", articulés en plusieurs langues, dont le grec ancien, mots dits mêlés au ressac de l'eau, aux interventions improvisées des différents instruments de l'ensemble : c'est une apothéose sereine, la célébration apaisée de ce lieu magique.

   Un disque hors du temps, d'une grande somptuosité sonore, au croisement des musiques ambiantes, contemporaines et expérimentales, mais aussi traditionnelles. L'excellente prise de son, le travail de masterisation d'Erdem Helvacioğlu nous permettent de ne pas trop regretter de ne pas avoir été là ce soir-là, au bord des eaux de toujours...

 

Paru en juillet 2021 chez Neuma Records / 11 plages / 56 minutes environ

Pour aller plus loin :

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

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Publié le 16 Août 2021

Sissel Vera Pettersen & Randi Pontoppidan - Inner Lift

   Où se fondirent tant d'eaux ardentes...

   Deux voix, ensemble, séparément, celles de Sissel Vera Pettersen et de Randi Pontoppidan : simplement, a capella, ou accompagnées par de légers traitements électroniques, une cithare préparée, des bols chantants tibétains. Enregistrées en un jour près de Copenhague. Tout dans le disque est improvisé, même les procédés électroniques sont conçus sur le moment. Rien n'est préenregistré. « La seule méthode est d'ouvrir les oreilles et d'essayer de ne pas filtrer les idées qui nous viennent spontanément. » dit Sissel Vera Pettersen, qui ajoute : « Tout est intuition et communication. Personne ne sait quelle direction va être prise, et cette ouverture nous inspire toutes les deux beaucoup. » De là sans doute le beau titre de l'album : Ascenseur intérieur, en français.

   Elles se sont rencontrées en 2004 au Danemark, ont sympathisé, si bien que, depuis, elles partagent des expériences musicales des forêts scandinaves aux déserts syriens. Toutes les deux sont des improvisatrices vocales dans le domaine des musiques contemporaines et du jazz. Pour les situer rapidement, Sissel Vera Pettersen est la directrice artistique des Trondheim Voices, a collaboré notamment avec Chick Corea, tandis que Randi Pontoppidan a tourné dans le monde entier avec le Theatre of Voice et collaboré avec Joëlle Léandre.

C'est la cithare préparée qui ouvre l'album, par des attaques percussives graves, lentes, et des frottements, puis un rythme évocateur d'anciens rituels... et viennent les voix en longs sons tenus, alternés, si bien qu'on a l'impression d'entendre une voix et son ombre. "Come" est un chant radieux, une psalmodie sans parole, les voix s'entremêlant avec une étonnante fluidité. Le ton est donné pour un album d'une rare élégance : tout y est évident, facile, tout coule de source. On est emporté par un flux sinueux, des inflexions sans cesse changeantes, rauques ou caressantes, proches ou lointaines. Éthéré : le terme me serait venu, elles l'emploient pour leur deuxième titre, "Ethereal". On retrouve la cithare préparée sur "Mazuu", où elle est utilisée comme une cloche qui scande le chant étrange où l'on entend en effet "Mazuu", ce mot qui suscite bien des interprétations - je vous laisse y rêver !, mot répété, avec la second voix utilisée comme une autre percussion par la seule vibration saccadée de la glotte. Tout simplement envoûtant !

   Le titre éponyme est une sorte de mise en gorge jubilatoire, au ras du souffle, miniature de moins d'une minute, transition entre ce "Mazuu" de plus de cinq minutes et le suivant, le plus long titre avec plus de onze minutes. "Raindrops" commence par une introduction instrumentale splendide, alliance de frappes percussives sèches et de tintinnabulement des cordes de la cithare, sur laquelle les voix se placent suavement. C'est une suite de frémissements dans une atmosphère mystérieuse, incantatoire, mais si doucement. Puis les voix s'élancent, elles montent, diaphanes, archangéliques, s'approchent des voix de gorge. La pièce se fait haletante à peine, "raindrops" sert de mantra, tout se met à tournoyer jusqu'au vertige, avec la double ponctuation percussive grave qui accompagne cette fusion lumineuse et folle comme dans une marche sacrée aux délices. C'est un moment absolument sublime  que nous offrent les deux chanteuses inspirées.

   Et l'on n'a pas encore épuisé la beauté de ce disque. La cithare étincelle sur "Traces", court instrumental. "Ohro" est une berceuse ou une sorte de danse a capella des deux voix qui se répondent. "Swimmingly", illuminé par la cithare, prend les allures d'une pulsation quasi reichienne tout à fait incroyable sur fond de drones, les voix micro fracturées (je pense à la couverture). Les bols chantants ouvrent le dernier titre, "Still Safe". Les voix se détachent doucement des harmoniques des bols, les souffles s'allument comme des torches : la cérémonie sera belle, tous les troupeaux des sons sonnent et résonnent, les voix dans le ciel comme des comètes.

   Un disque d'une inépuisable beauté illuminante.

  

Paru en mai 2021 chez Chant Records / 9 plages / 38 minutes environ

Pour aller plus loin :

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