Publié le 14 Septembre 2026
PERVERTS IN WHITE SHIRTS est le duo d'électronique expérimentale zurichois formé par l'artiste multi-disciplinaire Nathalie Greier et le franco-britannique Dave Phillips, actif depuis le milieu des années quatre-vingt sur les scènes métal indépendantes et leurs alentours bruitistes, qui qualifie son œuvre de protestation rituelle.
Leur nouvel album puise dans les fragments musicaux de plusieurs sectes et groupements fanatiques, notamment de la secte des Enfants de Dieu, au sein de laquelle Nathalie Dreier semble avoir passé une partie de son enfance. Cette matière première est transformée, réinventée, littéralement parfois explosée pour en subvertir les finalités idéologiques d'endoctrinement, non sans maintenir l'ambiguïté, le malaise attaché à des souffrances mais aussi à des délires qui ne cessent de hanter l'imaginaire collectif et d'attirer des ferveurs nouvelles.
Ma Vérité vaut la vôtre
(Chants de Subversion)
On reconnaîtra dans le disque des ritournelles scandées par des cloches, des chants lancinants, tout l'attirail sonore indispensable à la fascination des adeptes. Le duo s'approprie en effet ce matériau, dont il tire des effets perturbants. Prenez "Zigoku" (titre 20), il évoquera des psalmodies vaguement bouddhistes, qu'il subvertit en y ajoutant des cris qui pourraient être de souffrance. "You'll Never Be Alone" (titre 21) semble un labyrinthe dans lequel on aspire à se précipiter, les voix tournant sur un fond hypnotique et trouble. Ce jeu de la subversion produit des monstres sonores fascinants. Le disque s'apparente à un jeu de massacre et de réenchantement paradoxal. Chaque chanson transgresse les lois du bon goût en nous entraînant pourtant dans des couloirs séduisants et ténébreux, transformant une bluette, "You'll Fall in Love With Me"(titre 22) en une incantation perverse, post-punk. Il arrive que surnage un titre presque limpide au début, très vite piraté, coulé par des intrusions intimes bouleversantes ("Selah", titre 24).
Ne boudons pas notre plaisir. Les deux musiciens sont les maîtres d'un spectacle coloré, aux méandres séduisants. Ici, la pop meurt et renaît plus intrigante, comme dans l'étonnant "Freedom" (titre 26), si parodique. Le quasi minimaliste "It Hurts" ((titre 27) joue en virtuose avec la souffrance sublimée.
Le clou de ce long double-album est évidemment le dernier titre, de vingt-neuf minutes, "Shangri-La", évocation hallucinée de ce paradis terrestre imaginaire que serait le shangri-la. Voix sussurrantes et ensorceleuses, vortex de bruits inquiétants, tout nous transporte dans un autre monde, irréel, faussement féérique, dont l'effet premier est d'annihiler la personnalité en occupant le tissu sonore, totalement envoûtant, à base de sortes de mantras plongés dans une brume irréelle. Version les sirènes d'Ulysse, dans L'Odyssée ! Avec les monstres qui guettent la chute des âmes transportées par les chants insupportablement beaux ! Le morceau est rythmé par un métronome implacable : on ne saurait échapper à la séduction, à la dissolution dans le chœur extatique ! Le tournoiement de voix enfantines est en écho au nom choisi par le duo, qui n'est pas sans connoter des mœurs pédophiles souvent associées à la secte des Enfants de Dieu. Il n'est pas impossible que ce mécanisme inexorable ne soit pas là pour indiquer la perspective eschatologique du Jugement Dernier, d'autant que l'atmosphère se fait peu à peu étouffante, assourdie, ralentie comme par des poids très lourds, juste avant un trou de quasi quatre minutes ! Et une reprise très rock, métal, pour l'annonce d'un Royaume farouche...
Parmi les grandes réussites du début du disque, mon article passant d'emblée au titre 20, signalons le diabolique "Love is The Only Weapon" (titre 2) sur le délire des masses hystérisées, le lancinant "Truth" (titre 3), aux mélodies plaintives et courbes, l'impressionnante "Dedication to the Trackling of The Beast", avec une voix déformée égrenant un chapelet de paroles comme un catéchisme infernal...la superbe chanson pop "Song of David" (titre 7), disloquée et transformée en tribune idéologique sabotée.. À vous de découvrir les autres pépites !
Paru le 4 septembre 2026 chez Misanthropic Agenda (Houston, Texas) / 28 plages / 1 heure et 54 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
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