Publié le 17 Janvier 2026

Laura Cetilia - gorgeous nothings

[À propos de la compositrice et du disque]     

   Mexico-américaine de seconde génération née et élevée à Los Angeles, la violoncelliste Laura Cetilia est à l'aise dans les entre-deux. Compositrice, artiste, enseignante, elle travaille des sons aussi bien acoustiques qu'électroniques, traditionnels ou expérimentaux. Membre avec Mark Cetilia (électronique et synthétiseur modulaire) du duo électro-acaoustique Mem 1, elle fait partie du collectif de compositeurs-interprètes, Ordinary Affects, qui a interprété des œuvres d'Alvin Lucier, Christian Wolff, Michael Pisaro ou Jürg Frey. On la retrouve, seule ou non, sur une trentaine de disques depuis 2004.

   gorgeous nothings comprend trois pièces de durée croissante : la pièce éponyme (le "s" en moins), solo pour violoncelle et voix interprété par elle-même ; "six melancholies", trio pour violon, violoncelle et vibraphone interprété par Ordinary Affects, et "soil + stone", avec sa voix et le duo de violoncelles n/ether qu'elle a formé avec la violoncelliste Hannah Soren, interprète notammentde la musique de Linda Catlin Smith.

   Le si beau titre, magnifiques riens en français, est emprunté à un recueil de poèmes d'Emily Dickinson paru sous ce titre en 2012, recueil qui regroupe les fac-similés de cinquante-deux poèmes écrits par la poétesse sur des enveloppes.

Laura Cetilia / Photographie © Mark Cetilia

Laura Cetilia / Photographie © Mark Cetilia

[L'impression des oreilles]

Envols ineffables des presque riens...

    Frissonnements de violoncelles espacés de silences, sur lesquels vient se poser la voix comme la peau même des sons, c'est "gorgeous nothing"(magnifique rien). Un lamento en deçà de toute mélancolie manifeste, au ras des cordes si doucement frottées, au ras des harmoniques à peine bourdonnantes : la voix et le violoncelle s'épousent, se fondent en des volutes très allongées. On ne sait plus où finit le violoncelle et où commence la voix, parfois rentrée dans la gorge sans être vraiment du chant de gorge. "gorgeous nothing" chante la beauté du presque rien, de l'intériorité infiniment fragile, discrète, repliée sur les cordes caressées. 

  "six melancholies", ce pourrait être du Morton Feldman par la raréfaction de la matière sonore, la lenteur trouée de silences. Mais aucune dérive, aucune errance : la ligne est tenue, celle de répétitions obstinées d'un geste commun du violon et du violoncelle, une montée, ou plutôt une apparition presque figée. Nul doute que la fréquentation de Jürg Frey ne soit pour quelque chose dans cette composition à la très douce austérité. L'entrée du vibraphone, qui marque probablement le début de la seconde mélancolie, apporte des gouttes de lumière sur le halo trouble des cordes. La ponctuation vibrante transcende le poignant de la mélancolie, l'aère, si bien que la troisième mélancolie se lève vraiment et se met à chanter, ô bien chastement, sans affect dramatique. La mélodie est à nu, semble en suspens dans ses répétitions, elle se tient aux portes d'un étrange mystérieux suggéré par des sons allongés en quasi sifflements. Un peu plus de deux minutes avant la fin, une tentation solennelle anime la pièce, elle s'affirme comme Mélancolie majuscule, mais sans dramaturgie pathétique, dans un dépouillement tranquille, une respiration maîtrisée.

    La troisième pièce, "soil + stone", plus de vingt-deux minutes, a une durée presque double de la seconde. Les deux violoncelles jouent une suite de notes étirées dans une grande proximité, jusqu'à mêler leurs vibrations : chaque élongation, de plus en plus longue, se termine par un silence avant la suivante. Alors lèvent à l'intérieur des torsions, des abrasements, des buissons de sons. D'un geste simple naît au bout de quelques minutes une forêt sonore d'une somptuosité inattendue, renaissante et plus touffue après chaque silence, bientôt visitée par la voix de Laura Cetilia, posée sur les faisceaux harmoniques bourdonnants. Et cela ne cesse de s'amplifier, de devenir fastueux, naturellement, sans virtuosité ostentatoire ni surenchère, pour retourner insensiblement, croit-on, vers la simplicité initiale, mais le chemin de retour est plus étrange, le paysage sonore se métamorphose extatiquement dans une calme exaltation en clair-obscur avant de se dissoudre dans les nuées.

Avec gorgeous nothings, disque d'une humble et sublime beauté frémissante, Laura Cetilia se hausse au niveau des plus grands compositeurs de notre temps. Cette belle maison de disques qu'est elsewhere music ne s'y est pas trompée !

Paru le 20 novembre 2025 chez elsewhere music (Jersey City, États-Unis) / 3 plages / 44 minutes environ

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Publié le 14 Janvier 2026

David Shea - Meditations

   À l'occasion de la republication par Room40 de Una Nota Solo en 2023, je m'étais livré, en même temps qu'à un brève notice biographique, à un récapitulatif de ma fréquentation de ce musicien qui m'est cher. J'y renvoie le lecteur curieux.

   Avec Meditations, David Shea assume un virage déjà amorcé et plus ou moins sensible dans ses albums les plus récents. Le disque regroupe huit pièces fondées sur la pratique de la méditation selon les enseignements bouddhistes. On peut le considérer comme une suite de l'album Rituals paru en 2014. Des fragments du Sūtra du cœur du Boudha sont lus au cours du disque. Ce Sūtra est lu intégralement dans la dernière composition, "Shava". Les musiciens sont enregistrés en direct, en groupe, dans un espace et une atmosphère partagés et gérés par David Shea lui-même, qui tient à ce que le disque forme comme une conversation entre musiciens, langues et sources sonores. Meditations associe instruments anciens et modernes avec des technologies numériques : sheng (shō japonais, orgue à bouche), bols chantants en cristal // vibraphone, guitares acoustiques, guitare électrique et guitare MIDI, piano et piano électromagnétique, échantillonnage et spatialisation.  

Dans la grotte sonore de l'Illumination 

 "A Sutra" commence à la guitare acoustique, sur une boucle tranquille, accompagnée d'un chant d'oiseau, mais la pièce s'étoffe vite avec le piano électromagnétique, le piano et une autre guitare. De longues résonances baignent le flux sonore harmonieux, intense. N'imaginez toutefois surtout pas une méditation béate et molle, c'est du David Shea, texturé d'oreille de maître, spatialisé magnifiquement. C'est une musique d'éveil, de splendeur rayonnante. Bol chantant en cristal et piano ouvrent "A Sunset Walk", pièce saturée d'harmoniques, bruissante de sheng, dans un dialogue dense de l'orgue à bouche avec le piano : les modulations chatoyantes du sheng contrastent avec la vivacité du piano, parfois tout en attaques bourdonnantes. Cette marche au coucher du soleil se change peu à peu en illumination extasiée. "Sitting in a painted cave" est d'abord un dialogue de guitares, mis en espace par des textures électroniques. Le texte parlé du Sūtra vient s'y fondre, laissant la musique foisonner en une tapisserie sonore enivrante, comme si la grotte peinte se mettait à vivre de toutes ses fresques pour le méditant assis là ! Les souvenirs de cette exaltation sont au cœur du morceau suivant, plus intériorisé. Sheng et piano se détachent sur des bourdons profonds et des voix d'enfants (?). L'atmosphère flottante, magnétique, est tessiture du mystère, bientôt hantée d'autres voix féminines. La grotte peinte descend en nous dans une brûlante et douce fascination... 

[ Le concert du 18 octobre 2025 en direct, pour le lancement du disque, n'est pas le disque : elle en donne une idée. Et surtout... c'est une merveille ! ]

 Le calme, "Stillness" (titre 5), n'est pas chez David Shea ce qu'on croit, une approche du silence extérieur. La matière sonore, par sa densité, envahit notre esprit. Ses vrilles et ses lances se tordent dans des percées étincelantes, dans une fulgurance qui vise à annihiler la pensée. Ne plus penser, c'est cela le vrai silence, quand on est perdu dans le cœur radieux qui ne se tait que lorsqu'il a atteint son but. "The Morning I Awoke" nous ramène par ses premiers accords au tout début du disque. Archets et vibraphone stratifient davantage l'espace sonore, véritable caverne (ou grotte) où se mêlent tous les sons en un flot coloré, entre agitation et calme, qui finit par se vaporiser en traînées calmes. Le sūtra du cœur ("Heart Sūtra", titre 7) s'ouvre comme un raga indien avec notamment une sorte de vina. La voix sourde de David surplombe une houle sonore profonde. Tout vient du Dedans : la musique plane, rituelle et extatique, soutient la profération du texte sacré, presque chanté à la fin. "Svaha", piano somptueux et chants bruissants, est une psalmodie radieuse, rythmée, approfondie par le chant de gorge en commun et la récitation des mantras.

David Shea écrit une musique luxuriante d'une splendeur extatique. Regardez la couverture, et retrouvez-vous au cœur de ses méditations.

Paraît début janvier chez Room40 (Brisbane, Australie) / 8 plages / 1 heure et 4 minutes environ

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Rédigé par Dionys

Publié dans #David Shea, #Musiques Contemporaines - Expérimentales

Publié le 13 Janvier 2026

CoH et Wladimir Schall - COVERS

  [À propos des compositeurs et du disque] 

 Ivan Pavlov, alias CoH, et Wladimir Schall, deux artistes multimédias et musiciens électroniques, aiment rendre hommage à leurs artistes préférés, John Everall [ Coh plays Everall, Hallow Ground, 2017)pour le premier et Erik Satie et ses Vexations pour le second [cassette parue en 2020 ]. "COVERS" présente leur réinterprétation de pièces plus ou moins inconnues : deux d'entre elles inspirées de dessins animés soviétiques, une autre développée à partir d'un motif de quatre notes de Sergueï Rachmaninov, une autre encore à partir d'une œuvre originale inexistante (!!). une nouvelle version d'un morceau d'un disque antérieur de CoH, vu à travers l'œuvre de Morton Feldman ; on reconnaîtra enfin deux à la manière de Satie à la  Ryuichi Sakamoto... Selon eux, les sept pièces de « COVERS » ont été conçues comme « une série de manœuvres visant à exposer en détail et avec une honnêteté absolue les rouages ​​de la musique, sans pour autant masquer les défauts de ses instruments traditionnels ni ceux des compositions elles-mêmes ». Ils partent de compositions pour piano qu'ils manipulent numériquement et auxquelles ils appliquent un traitement électronique pour interroger les failles de la mémoire.

[L'impression des oreilles]

Les étranges paysages de l'insondable Nostalgie

   À première écoute, on se dit que c'est une pochade. Tiens, du Satie au ralenti, servi dans une ouate épaisse, avec des basses lourdaudes, un piano dépaysé de réverbérations. Après tout, le premier titre, "MERRY XMAS MR ERIK" nous y invite. Et puis on s'aperçoit que le morceau file ailleurs, l'air de rien, du côté de la nostalgie et de ses langueurs douteuses. "KOHTAKT", pour les non-soviétiques, ne parlera pas. Mais on est dans la brume, avec un vent de neige, la taïga à perte de vue, hantée par des loups subliminaux. C'est une musique à demi-gelée, une musique tombale, qui prend soudain des allures sépulcrales, une élégie déchirante en dépit des traitements débouchant sur une boue sonore ahurissante. Le titre suivant, "OKOLO KOLOKOLA", est celui qui a tiré l'album à moi. Dans la glu pâteuse des résonances amplifiées et déformées se débat une silhouette en train de se défaire, un dinosaure mémoriel. Les boucles étirées confèrent à la pièce une impressionnante grandeur. Cette partition pour les confins prend une splendeur noire à donner envie de couler dans les strates insondables de ce monde fossilisé, inhumain.

"SOII Blanc" pourrait être une danse pataude saturée de graves, de bruits plus ou moins industriels amoncelés en piles électrifiées. Pour un peu, ce serait du rock pour cosmonautes en apesanteur, alourdis par des équipements hyper molletonnés. Avec "SNOWFLAKES", c'est un autre très beau moment d'étrangeté miraculeuse, dans un monde raréfié de piano hésitant au bord de l'écroulement sur fond de bourdons légers, de déflagrations et de craquements, de pétillements comme sur les vieux vinyls.

    La "GNOSSIENNE À RYUICHI" (titre 6) nous embarque dans les armoires surchargées de la mémoire. Hors le piano sonnant comme un instrument exténué en émettant des notes pointues, tout est plombé, et la mélodie si reconnaissable, si inoubliable, se fraye un chemin dans les décombres. Une merveille de délicatesse, un hommage bouleversant ! Le disque se termine avec un autre clin d'œil, "STAROST NE RADOST" (Joie et Tristesse), en mi-teinte amusée, sorte de pièce de bastringue en écho à Satie.

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Titres préférés : 1) "OKOLO KOLOKOLA" (titre 3)

2)  "KOHTAKT" (titre 2) / "SNOWFLAKES" (titre 5) / "GNOSSIENNE À RYUICHI" (titre 6)

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Sept titres échappés de la Mémoire, costumés d'une grâce étrange et émouvante par un retravail numérique et électronique fascinant.

Paru fin décembre 2025 chez Hallow Ground (Lucerne, Suisse) / 7 plages / 41 minutes environ

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Publié le 11 Janvier 2026

Abigail Toll - Idol

   Inspiré par la découverte de l’hypogée préhistorique de Ħal Saflieni (Île de Malte), Idol est le second album solo de l'artiste sonore, compositrice et chercheuse anglo-allemande Abigail Toll. Sa musique minimaliste ou électroacoustique fondée sur des bourdons s'intéresse aux aspects physiques et métaphysiques du son dans l'espace. Elle cherche notamment comme le son persiste à travers les fréquences de résonance des sites architecturaux et des paysages.La musique du disque, composée de flûte, bourdons électroniques et voix, utilise les fréquences résonantes du site, qui comprend une cinquantaine de salles sur plusieurs niveaux où furent inhumés six à sept mille individus. Ces fréquences sont censées exercer une action puissante sur les sensations corporelles et renvoient à la figure et à l'archétype de la déesse que l'on a bien voulu voir dans la statuette de femme endormie découverte dans une salle du fond du deuxième niveau. De là le titre de l'album...

Abigail Toll photographiée par Julia Lee Goodwin

Abigail Toll photographiée par Julia Lee Goodwin

"Double Origin" repose sur la contrebasse de Caleb Salgado, jouée en longues notes tenues formant des volutes résonantes dans lesquelles se coule une autre partie de contrebasse en écho dans un registre un peu moins grave. Littéralement, la contrebasse bourdonne, quelque part non loin de la cornemuse ou de la tampura indienne : elle est la persistance de la résonance, qui accueille ensuite la voix de Michaela Tobin, la flûte et l'électronique d'Abigail. Les basses profondes font vibrer l'espace sonore devenu un Temple immémorial. Ce début hypnotique ne laisse pas de fasciner !

   "Language of Echos" plonge à l'intérieur du son, de son oscillation lancinante, de ses courtes irisations. Nous sommes au cœur de l'hypogée, dans les salles souterraines, assistant à la survenue de sons anciens, enterrés depuis des siècles. Cette langue d' échos est celle de la terre, une langue aux sons curieusement pré-industriels, c'est la terre qui travaille de ses sourds marteaux-piqueurs telluriques ! On atteint les couches poétiques de "Utterances", sur un texte d'Ella Schoefer-Wulf avec la voix supplémentaire de Yalda Younes : comprendre la langue des échos déjà là dans la profération du texte doublé par l'autre voix. La flûte d'Abigail surplombe les mots, les éthérise accompagnée de poussées électroniques mystérieuses. Le poème devient oracle, parole semi-sauvage dans le battement fou d'oiseaux noirs et le bourdonnement qui ne finira pas. Maintenant, venez contempler et adorer l'idole. Les sons bruissent et rayonnent autour d'elle dans une transe lumineuse. "Idol", c'est la forme noire inconnaissable sur la couverture, comme une montagne d'harmoniques stratifiées, une fontaine sonore, gouffre de graves en échappées continues, submergeantes. C'est la granulation épaisse des antiques murmurations extasiées...

   Le dernier et plus long titre avec ses quatorze minutes, "Afterimage" sonne comme un rituel archangélique, l'image différée, persistante, d'un culte très ancien ramené à sa quintessence, purifié par les siècles. Les traînées sonores sont les traces diaphanisées de l'immémoriale vénération. L'électronique donne à entendre des superpositions de transparences, avant de convoquer une remontée fulgurante de bourdonnements  invasifs. La flûte se tord sur un geyser d'explosions rentrées, enfermées  dans une queue de comète s'auto-consumant...

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Un disque d'ambiante inspirée, d'une esthétique post-gothique souvent fastueuse.

Documents annexes

1) Difficile de ne pas penser à une autre couverture très célèbre, celle de Within The Realm Of A Dying Sun de Dead Can Dance. C'était en 1987 !

2) Une vue de l'hypogée :

 

Paru en novembre 2025 chez Superpang (Italie) / 5 plages / 42 minutes environ

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Publié le 9 Janvier 2026

Armando Balice - Du noir tout autour

Quand la forêt dense des parutions cache un pur joyau...

Retrouvé par hasard dans mon stock de fichiers de disques, plus de deux mois après sa sortie, Du noir tout autour m'a rappelé à lui par son beau titre, en français, ça devient si rare..., et sa couverture, le graphisme de l'excellente maison de disques montréalaise empreintes DIGITALes, d'ailleurs trop peu présente ici, « Mea culpa...»

Un livret numérique (ou papier) exceptionnellement bien fait...

Tellement bien fait que le chroniqueur se voit mal en perroquet, si bien que je vous y renvoie pour l'essentiel : éléments biographiques concernant le compositeur franco-italien Armando Balice ; présentation d'ensemble du triptyque par ce dernier, suivie d'une description détaillée de chaque partie, chacune précédée d'une magnifique épigraphe (respectivement, dans l'ordre : Eugène Guillevic, Gaston Bachelard et Samuel Beckett); sans oublier un brillant commentaire de Guillaume Contré titré Entrechocs lyriques

Le compositeur Armando Balice

Le compositeur Armando Balice

Jardins d'Artifices et de Splendeurs

  Un violoncelle surgit du néant en volutes bourdonnantes, une respiration brusquement arrêtée s'interpose, et tout dérape, s'éloigne en glissendo : c'est le début du premier jardin, "Black Garden", structuré en huit parties comme les deux suivants (x + noir + x + noir + x + noir + x + x). Ici, jamais un geste sonore ne va à sa conclusion. Il éclot, s'épanouit et disparaît, relayé par d'autres, dans un feu d'artifices faramineux. En quelques secondes, on passe du silence aux bruits les plus étranges. "Black Garden", c'est comme une série de déflagrations, de mises à feu, d'explosions, une série d'apparitions sonores, de vives esquisses. Soudain, ce serait un battement de pales d'hélicoptères, l'écho lointain du film de Coppola Apocalypse Now. On patauge dans la jungle des sons, au ras des frémissements et des soulèvements. Ce jardin noir est imprévisible dans sa puissance dramatique, son obscure clarté minée par la disparition. Il éblouit, stupéfie, véritable suite d'illuminations rimbaldiennes d'une tumultueuse beauté, ponctuée sur la fin par le chant envoûtant d'une sirène affolée en boucle crescendo. [ en vidéo, une version de juillet 2019 ] 

   "Empty Garden", que le compositeur considère comme un deuxième volet de la pièce précédente, envisage le vide, non comme une menace ou une absence radicale, mais plutôt comme « la matrice silencieuse de toute création ». La dimension mystérieuse du vide s'entend exemplairement dans ce jardin qui est un chant des origines, l'actualisation d'un potentiel aux surgissements prodigieux. Des pas pressés dans la nuit, des collisions sonores entre la nature et l'artifice. Et le violoncelle au son énorme qui secoue la nuit pour en retirer les foudres dans des passages quasi rock, d'un rock épais, métal en fusion agité de frissons, de tintinnabulements hypnotiques. Dans ce jardin vide, qui marche ainsi ? Une belle peut-être, poursuivie par des désirs, qui pousse des portes, rentre chez elle, source elle-même de visions magiques comme cette cloche qui tinte au loin et ces décharges possiblement torrides dans une atmosphère de mitraillage, de guerre. La musique d'Armando Balice mobilise tout notre imaginaire pour s'en jouer avec délectation. Ne retrouve-ton pas les pas de la marcheuse dans le jardin illuminé de détonations, près d'un temple (?) dont sourd une musique élégiaque poignante ? Une nappe diaprée recouvre le tout de son scintillement énigmatique, comme la matérialisation du vide en lévitation. Suit une invasion onirique d'une puissance tellurique absolument splendide, enthousiasmante, le mélange détonnant de la lumière et de l'ombre annoncé par la dernière phase de la pièce ! Un feu d'artifices ponctué de lourdes déflagrations termine cette composition fabuleuse !

   Que peut-on encore attendre de "Light Garden", dernière pièce du triptyque ? Ce sont des amorces d'étincelles, les vrilles entêtantes de chants d'entités inconnues, des forages et des déchirements électriques. C'est la mise à feu de forces magnifiques, une exultation des matières en flamme. Et un chien qui aboie dans la nuit pendant l'orage, avant de grands froissements grondants. Ici le naturel côtoie l'artificiel : nulle opposition, une mutuelle émulation pourrait-on dire. Surgie de l'ombre, la lumière déferle, vibre, rayonne, et se métamorphose sans cesse sur fond de croassements de corbeaux. Le leitmotiv du feu d'artifice continue d'informer une masse sonore volontiers magmatique, éruptive, qui peut d'un moment à l'autre se calmer pour rappeler les bourdons de la musique indienne. D'autres pas encore animent latéralement cette composition avant de revenir au premier plan et de s'éloigner, annonciateurs de nouveaux surgissements impétueux. Armando Balice brosse alors une fresque apocalyptique d'une grandeur sauvage, un véritable incendie de la Lumière piquetée de sombres éclats et de zébrures multipliées.

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Un disque magistral, d'une rare somptuosité. Un des événements discographiques de l'année 2025 !

Paru le 19 octobre 2025 chez empreintes DIGITALes (Montréal, Québec) / 3 plages / 1 heure et 6 minutes environ

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Publié le 7 Janvier 2026

Arvin Dola - O Ghost

O Ghost est le premier album du compositeur et artiste sonore madrilène Daniel Mesa sous son nouveau pseudonyme d'Arvin Nola. De formation classique, il s'est orienté vers des styles assez différents comme la musique industrielle ou techno, ou plus nébuleuse ("shoegaze"). Il chante aussi dans le duo de jazz doom Tera Ho !

   La musique de ce disque serait inspirée par le concept philosophique d'hantologie proposé par Jacques Derrida et ensuite popularisé dans divers domaines comme la musique, le cinéma, la photographie ou les jeux vidéo. Les œuvres relevant de ce principe sont construites à partir de traces en provenance du passé. En somme, l'absence, la perte, ne sont pas définitives ni totales : elles persistent sous la forme de souvenirs spectraux. Chaque composition est une série d'apparitions sonores successives qui viennent hanter le présent...Tout cela se rattache en littérature et en musique à la très ancienne veine élégiaque. Frappé par des deuils intimes, Arvin Nola fait vivre les fantômes du passé à l'aide de synthétiseurs analogiques, d'enregistrements de terrain, de guitares et de voix traitées.

Arvin Dola

Arvin Dola

Lamentos fantomatiques...

   Après quelques hésitations, je me suis laissé emporter par ce disque volontiers grandiloquent et dramatique qui ne manque pas de vraie grandeur. Les draperies diaprées du premier titre, "Geology of Absence", creusent des abysses, car l'absence est d'abord un creux, un vertige, duquel remontent les spectres disparus. Les stries lancinantes de la seconde partie mettent en œuvre cette hantologie déferlante, irrépressible, suivie d'une dérive très douce, le beau "The Drift" peuplé d'un feuilletage de voix traitées, traversé de craquements soudains. Tout oscille lentement, se déforme comme sur la très belle pochette d'Irene Gaumé.

    "Resurrecting the Father (Canon)", inspiré par la mort du père du compositeur, est à mi-chemin entre requiem et ambiante. Le titre déploie ses toiles funèbres déchirées de froissements comme si dans la cathédrale du souvenir l'ombre du père lévitait dans les semi-ténèbres : c'est grandiose et poignant. "Specters of Me" (titre 4) lui répond par la vision presque bucolique de son propre Moi dans une expectative diaphane, de lointaines trompettes évoquant le Jugement Dernier comme toile de fond ultime à ces flottements évanescents. Toute une imagerie catholique s'invite obliquement dans ces pièces baignées d'une religiosité indéniable (Espagne oblige ?). "Thorn in my Flesh" s'inscrit dans la tradition d'un dolorisme qui plaisait tant à Baudelaire. Les textures brouillées, tuilées, sont comme l'Épine s'enfonçant dans sa chair en lentes et longues vrilles suscitant une extase trouble dans la lignée des romans frénétiques, une agonie majestueuse de jouissance masochiste...

  "Lofi Sign" (titre 6) engage le disque dans une veine atmosphérique bourdonnante. Les vagues de synthétiseurs s'entremêlent, s'opacifient dans un maelstrom ralenti d'une mélancolie sans fin. "Rafah" relierait le disque à d'autres traumatismes, historiques cette fois. La pièce semble une forêt de sirènes et de voix engluées dans un nuage épais de particules : élégie pour une ville détruite !

   Le dernier titre, "Act of Heresy", est l'un des plus hantés de l'album, dramatique à souhait, une sorte de messe noire frémissante et altière ponctuée de grondements énormes et de voix à la fois désincarnées et gémissantes.

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Entre musique ambiante et musique atmosphérique, Alvin Dola creuse un sillage élégiaque à son meilleur lorsqu'il se laisse aller à une dramaturgie ténébreuse et grandiose dont "Thorn in my Flesh" et "Act of Heresy" sont les sommets troubles et un rien sauvages !

Paru en septembre 2025 chez Dragon's Eye Recordings (Los Angeles, États-Unis) / Espacio Vacío (Espagne) / 8 plages / 38 minutes

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Publié le 2 Janvier 2026

Zane Trow - Ibis

   Je suis heureux de commencer l'année avec un disque de Zane Trow paru en octobre 2025. Ce sera le cinquième à figurer dans ce blog. Pour tout renseignement biographique, je vous renvoie à mon article consacré à la réédition de For Those Who Hear Actual Voices "(20th Anniversary edition)". Zane Trow fait partie de ceux qui entendent de vraies voix. Arthur Rimbaud se revendiquait Voyant, Zane Trow est un authentique Entendant, bâtissant de disque en disque un univers sonore unique...

   Le disque prend son titre d'un groupe d'ibis que le compositeur fréquente depuis plusieurs années dans la portion de zones humides et de berges autour de la petite ville de Slacks Creek (Queensland, Australie) où il a effectué les enregistrements de terrain pour ce disque. L'habitat des oiseaux est appelé à céder la place à un « développement grossier » selon ses propres termes... Zane utilise des synthétiseurs analogiques, numériques et virtuels, des sons trouvés, des dispositifs sonores, des échos et des retards numériques, des percussions. Le tout a été créé au studio Vector de la même ville sous la haute supervision de Lawrence English.

[L'impression des oreilles]

Fragiles paysages mystérieux...

    La musique de Zane Trow a une présence émouvante. Dès "Channel", une percussion lourde et profonde, mais comme en partie dématérialisée, rythme un friselis de cloches, raclements, grésillements. Étrange canal d'une radio inconnue qui nous parviendrait de très loin pour nous envoûter ! "Ibis" commence avec des balbutiements, des voix tordues, sur un fond lancinant d'appels, comme un dialogue impossible, un essai peut-être de rendre la voix des ibis..."Eonganj" (titre 3), la plus longue pièce, avec presque huit minutes, semble à mi-chemin entre rêve et cauchemar, agitée de battements semi-liquides et de troubles poussées, peuplée de bruits proches mais non reconnaissables. On se tient au seuil d'un monde incertain, dont les manifestations très douces ne laissent pas d'être fascinantes. "Rotunda" est doué d'une énergie machinique qui accueille des éléments envahissants : faut-il y entendre l'annonce de l'irruption du « développement » dans les zones où vivent les oiseaux ? La fin d'un monde qui proteste à sa seule manière en fin de la composition, par des envols successifs ? "Stalune" serait alors le déferlement des présences humaines dans l'ancien royaume des oiseaux, persistant à travers de micro chants incrustés dans l'assourdissement imposé, et des échos magnifiques, magiques, de ce monde disparu.

Et puis c'est "Xenvonlv" (titre 6), au titre mystérieux [j'y décèle ENVOL, VOLVE, XENON, LOVE, LONE, NONE...] dont la musique indiciblement belle semble surgir de toute part. Le rêve d'une musique sans aspérité, douce, nuageuse, neigeuse, d'une irréalité obsédante, dans laquelle vient se poser une cloche, peut-être celle (traitée) du camion de glaces qui passait tous les mois dans sa rue depuis une vingtaine d'années. Je ne sais pas pourquoi, soudain, je pense à Patrick Modiano... peut-être à cause du sentiment de flottement, d'impermanence fragile, distillée par cette musique au charme discret, prête à se dissoudre dans les méandres de la mémoire !

Si les oiseaux reviennent au premier plan dans "Waterwyattin", accompagnés de quelques bruits urbains, c'est pour être enrobés dans la suavité des synthétiseurs, transportés avec une infinie douceur, comme si ce monde déjà n'existait plus vraiment en dépit d'une fin quasi documentaire. Ce que confirme l'aérien "Interupt", fine toile animée de sourds mouvements, comme digérés, traces oniriques des oiseaux métamorphosés roucoulant à l'intérieur de la prison sonore, soudain traversée brièvement par un vent puissant. "909" prend de la hauteur, de la couleur, sorte de mélancolique chant du cygne...

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Zane Trow signe un nouveau disque d'une ambiante électronique raffinée, onirique, au bord de l'évanescence, peuplée de présences fantomatiques bouleversantes.

Paru en octobre 2025 chez Room40 (Brisbane, Australie) / 9 plages / 42 minutes environ

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Ambiantes - Électroniques

Publié le 25 Décembre 2025

Les disques de l'année 2023

J'avais compté 72 disques après déjà quelques éliminations.  Belle moisson ! Puis, au cours de l'élaboration de cette liste, d'autres ont disparu, ils n'arrivaient pas à s'imposer : qu'ils me pardonnent. Tout classement est injuste, varie selon les moments. Des regroupements se sont imposés, qui m'ont parfois surpris moi-même. L'intérêt d'un classement, c'est de prendre du recul, d'écouter en surplomb, pour surprendre des filons, des lignes de force. Les regroupements en groupes numérotés sont discutables : j'espère qu'ils vous permettront, chers lecteurs, de trouver plus facilement vos bonheurs musicaux. Au final, il reste 67 disques pour 47 maisons de disques. C'est beaucoup, et c'est peu si l'on songe à tout ce que je n'ai pas écouté...La création musicale se porte bien.  

Je ne fais figurer dans cette sélection que des disques d'une durée d'au-moins vingt-cinq minutes environ : désolé pour les deux titres ou autres parutions courtes. Avec une notable exception, et pour cause...en première position !

La couleur et la taille des polices des compositeurs ne sont pas indifférentes. La présence du rouge dans chaque bloc dit assez que le classement a ses limites.

   Liens vers les articles sur les titres des disques. Pour alléger l'ensemble, j'ai renoncé partiellement aux illustrations de couverture (sauf pour le premier groupe et deci delà) et aux extraits musicaux.

Les disques de l'année 2023Les disques de l'année 2023
Les disques de l'année 2023Les disques de l'année 2023

1.  Dans les antichambres de l'Absolu

[(26 minutes seulement), mais c'est :

[ David Lang               shade                          (Cantaloupe Music) ]

Éliane Radigue          Occam Delta XV            (Dame / Collection QB) 

Julius Aglingskas             blue dusk                              (autoproduit)

Erik K Skodvin            Nothing left but silence         (sonic pieces)

 

Giovanni Di Domenico / Silvia Tarozzi / Emmanuel Holterbach

             L'Occhio Del Vedere                                           (elsewhere music)

 

 

 

 

Linda Catlin Smith              dark flower.               (Redshift Music)

 

 

 

 

 

 

 

Lisa Stenberg                                         Monument                          

                              (Fylkigen Records)

 

 

 

 

 

 

 

Ivan Vukosavljević              Slow roads               (elsewhere music)

 

 

 

 

 

 

Fredrik Rasten                       Lineaments                                (Sofa)

 

 

 

 

 

 

2. a/  Le piano recourbera le Temps...

 

Jürg Frey     Les Signes Passagers                                    (elsewhere music)

 

 

 

 

 

 

 

François Mardirossian    Satie et les Gymnopédistes   (Ad Vitam Records)

 

 

 

 

 

 

 

François Mardirossian / Thibaut Crassin     Pianisphere Vol.1. 

                                                                                                 (Ad Vitam Records)

Dominique Lawalrée       De Temps en Temps (Nicolas Horvath, piano)       

                                                                (1001 Notes / Nicolas Horvath Discoveries)

William Duckworth          The Time Curve Preludes (Emmanuele Arciuli, piano + Costanza Savarese, soprano)                                                  (Neuma Records)

Frédéric Lagnau           (Piano : Denis Chouillet)           (Montagne Noire)

2. b/ Crêtes poétiques

Germaine Sijstermans / Koen Nutters / Reinier van Houdt

                                  Circles, Reeds, and Memories         (elsewhere music)

 

Kate Moore        Ridgeway                                                 (Unsounds)

 

 

 

 

 

 

Delphine Dora & Michel Henritzi  Si nous faisons du bruit, le temps va encore recommencer                                                                (For Evil fruit)

Philip Blackburn                Ordo                             (Neuma Records)

Delphine Dora                    As Above, So Below                     (Recital)

Giovanni Di Domenico         Succho di Formiche.        (Unseen Worlds)  

Andrea Burelli        Sonic Mystics for Poems (of Life and Death of a Phoenix)                                                                                                       (Autoproduit)

Primitive Motion           Portrait of An Atmosphere     (A Guide to Saints Edition)

2. c/ Fastes, dérives et étrangetés électroniques ou électroacoustiques

 

 

Christina Giannone                Reality Opposition             (Room40)

 

 

 

 

 

Gianluca Iadema                    ID[entità]                           (Mille Plateaux)

Flocks                                       Flocks.                               (Zéhra)

Zane Trow                                Quire                                (Room40)

Siavash Amini                        Eidolon                               (Room40)

Nicolas Thayer                      in:finite                               (Oscillations Music)

Eve Egoyan + Mauricio Pauly        Hopeful Monster       (No Hay Discos)

Andrius Arutiunian     Seven Common Ways of Disappearing    (Hallow Ground)

Other:M:Other                Metamorph                                 (Klanggalerie)

David Lee Myers             Strange Attractors                            (Crónica)

@C + Drumming GP              For Percussion                             (Crónica)  

2. d/ Orgue, synthétiseurs modulaires (dont Buchla), piano encore, voix, cloches, et même guitare : glissements dans la forêt des sons

 

 

Zimoun                       ModularGuitarFields I-VI                  (12K)

 

 

 

 

 

Christophe Havard & Jocelyn Robert          Constellation Guérande                                                                                                                                                                                                                                                  (merles)

Egil Kalman     Forest of Tines (Egil Kalman plays the Buchla 200)

                                                                                                      (Ideal recording)

Joseph Branciforte & Theo Bleckman          LP2             (Greyfade)

Live Maria Roggen & Ingfrind Breie Nyhus         Skymt(LabLabel)

Marcus Vergette           Tintinnabulation                                 (nonclassical)

Eva Sajanova & Dominik Suchy             Decision Paralysis                                                                                                                              (Weltschmerzen)

Megan Alice Clune                  Furtive Glances                          (Room40)

Martina Berther / Philipp Schlotter         Matt              (Hallow Ground)

Simon Lanz & Tobias Lanz                Arches                   (Hallow Ground)

 

3. a/ Voluptés Mélancoliques et Ténèbres flamboyantes

 

Carbon in Prose  Salt Water Blood             (Dragon's Eye Recordings)

 

 

 

 

 

 

Mission to the Sun         Sophia Oscillations                        (Felte)

Tom Lönnqvist                  Enter                               (Mille Plateaux)

Øjerum                                      Your Soft Absence                    (Room40)

Richard Skelton               Selenodesy                   (Phantom Limb       

3. b/ Horizons hypnotiques, suaves et mystiques

 

 

Zöj                   Fil O Fenjoon                (Bleeemo Music / Parenthèses Records))  

 

 

 

 

 

 

Manongo Mujica         Ritual sonoro para ruinas circulares      (Buh Records)

Andrew Ostler         Dots on a Disk of Snow               (Expert Sleepers)

Maninkari                      arch of the aorta                         (Autoproduit)

Material Object              Telepath                                 (Editions Mego)

Yann Novak                    The Voice of Theseus.               (Room40)

 

4. Chanson, pop, métal et alentours

Sylvain Fesson                 Origami                                 (Autoproduit)

Sorry For Laughing              Sun Comes                     (Klanggalerie)

Transtilla                        Transtilla III                            (Midira Records)

Houses of Worship              Migration                              (Midira Records)

Puce Moment                 Epic Ellipses                             (Sub Rosa Label)

All Hands_Make Light       Darling the Dawn        (Constellation) 

lury Lech                           Ontonanology                  (Amorfik Artifacts)

Craven Faults                     Standers                            (The Leaf Label)

 

[Reparutions]

David Shea                  Una Nota Solo (2005-2006)                  (Room40)

Thomas Köner                   Daikan                                     (Mille Plateaux)

[Compilations]

Reading Music                  Volume 1                           (Ausculto Fonogram)    

Magnum Opus Collectio Series        Rubedo (et les deux précédents : Nigredo et Albedo, parus précédemment)                                              (Undogmatisch)

 

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Classements