Publié le 5 Octobre 2026
[À propos des compositeurs et du disque]
HAARVÖL ? On imagine un groupe scandinave venu du froid, eh bien pas du tout. Sous ce nom, ce sont trois musiciens portugais, Fernando José Pereira et Joāo Faria (sons) et Rui Manuel Vieira (images), parfois rejoints par des musiciens invités, sur ce disque par Pedro Oliveira aux percussions sur le second titre, et Martijn Comes à la guitare sur le quatrième. Actif depuis 2012, le collectif a publié une quinzaine de disques, notamment chez Crónica Electrónica et, comme ici, chez Moving Furniture Records, la maison de disques néerlandaise de Sietse van Erve, spécialisée dans la musique électronique expérimentale.
Le disque serait né en réaction à la tristesse et à la colère suscitées par la réalité de 2024, reposant sur l'idée que révéler la beauté revient aussi à révéler la douleur, nous confrontant ainsi à la douleur. Postulat quelque peu néo-romantique que l'accélération temporelle des années Internet conduit à assez vite oublier, me semble-t-il. Reste la musique, et là, on tient quelque chose de solide, impressionnant ! Six titres entre plus de huit minutes et plus de treize. Les trois musiciens travaillent sur la durée, le silence et l'expérimentation.
[L'impression des oreilles]
Élégies électroniques de la désolation perpétuelle
La musique d'HAARVÖL s'enracine dans le vide, à l'origine, comme l'indique le premier titre (Éviter d'éviter le vide). Elle prend appui, se nourrit de textures encore embrumées, scande le silence à coups sourds, fouille dans le cliquetis informe. Les bourdons, les notes tenues apprivoisent la matière, la font sonner, résonner d'une mélancolie qui est au cœur de leur univers. Une mélancolie magnifique mais discrète, ondulante, étirée comme un vêtement prêt à partir en lambeaux ! L'entreprise paraît délibérée : transgresser le cœur de d'indifférence (titre 2). Nous atteindre, que la douleur-beauté nous submerge au fil du temps, nous prenne dans ses rets de frémissements et d'invasions lentes, ses cymbales à peine agitées sur un fond de splendeur foisonnante. Les bourdons fleurissent, se vrillent de profondeurs granuleuses, rayonnent comme des sources inépuisables, jusqu'à réveiller le sommeil de monstres enfouis, dirait-on.
L'élégie pour ceux dont le temps a été volé (titre 3) est d'abord sous le signe des monstres réveillés, grondants et menaçants, mais bientôt des voix archangéliques nous élèvent vers une transcendance apaisée, aux beautés solennelles. Ce sont des orgues chatoyants aux couleurs fondues, des vagues immenses comme un baume suprême. "A Desiring gesture (disobeying time)" s'enfonce dans l'étrange de sons en volutes sinueuses ou en émissions hésitantes de particules sonores. On croit entendre un harmonium, ou un accordéon, on rentre dans un espace de lévitation temporelle, tissé de sons anciens gorgés de mélancolie. L'émotion devient palpable, fragile et troublante.
Comme un portique avant les ruines perpétuelles, sous-titrées une lamentation pour Gaza : lignes arasées, motifs obsédants, sourdes déflagrations. Dans sa monotonie hypnotique, la pièce déploie un potentiel d'affliction menaçant, insidieux, débouchant sur des fragments d'actualité enchâssés dans la trame hantée de grondements profonds. Le dernier titre, par la redondance du mot « present », adjectif ou nom, rappelle celle des termes évoquant le vide dans le premier : du vide au plein, au trop plein d'une menace qu'essaie de conjurer une harmonie ralentie, tenace, essoufflée par le désespoir, mais si belle encore...
------------Builder----------------------------
Un disque grave de musique électronique hyper mélancolique, d'une beauté souvent déchirante.
Paru le 26 septembre chez Moving Furniture Records (Amsterdam, Pays-Bas) / 6 plages / 59 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
/image%2F0572177%2F20170208%2Fob_fdd513_duane-pitre-bridges.jpeg)
/image%2F0572177%2F20261002%2Fob_ebe266_mfr123-front.jpg)
/image%2F0572177%2F20261005%2Fob_70eb7a_haarvo-l-in-concert.jpg)
/image%2F0572177%2F20261001%2Fob_33ce0b_tht53-front.jpg)
/image%2F0572177%2F20261001%2Fob_f66a8d_re-constructed-pipe-organ-o-rn-ingi.jpg)
/image%2F0572177%2F20261001%2Fob_f480b1_calum-builder-by-adriana-zak.jpg)
/image%2F0572177%2F20260928%2Fob_31c0fd_cst194-front.jpg)
/image%2F0572177%2F20260928%2Fob_8ff3e4_courant-ze-ro-lead-image-2-by-ira-lacd.png)
/image%2F0572177%2F20260925%2Fob_eed896_yanik-soland.jpg)
/image%2F0572177%2F20260925%2Fob_a1b67a_yanik.jpg)
/image%2F0572177%2F20260922%2Fob_e29b9c_xk035-front.jpg)
/image%2F0572177%2F20260829%2Fob_7f032a_stovfigur.jpg)
/image%2F0572177%2F20260915%2Fob_478288_materia.jpg)
/image%2F0572177%2F20260916%2Fob_94da56_giulio-aldinucci-self-portrait.jpg)
/image%2F0572177%2F20260914%2Fob_2fab7e_mar069-front.jpg)
/image%2F0572177%2F20260914%2Fob_0ffdf6_perverts-in-white-shirts.jpg)