Publié le 2 Octobre 2026
[À propos du compositeur et du disque]
Compositeur et instrumentiste australien installé à Copenhague, Calum Builder a une formation de saxophoniste, puis a élargi son champ d'activité à l'écriture pour grands ensembles et à l'expérimentation autour des orgues à tuyaux, d'abord considérés comme des synthétiseurs mécaniques avant qu'il ne reconstruise un orgue à partir de tuyaux d'église récupérés et réassemblés en un système portable, dont il a déjà joué dans des églises, des espaces industriels et des salles de concert, des festivals, dans toute l'Europe. Cet orgue exhibe ses constituants, mis à nu, et Calum Builder le considère comme un autre aérophone en équilibre précaire. C'est celui-ci que l'on entend sur l'album. Les voix de Zola Mennenöh et Johanna Sulkunen évoluent au sein de la matière sonore de l'orgue. Le texte est lui même déconstruit et réassemblé, inspiré de fragments de psaumes. Le disque a été enregistré à l'église Sankt Thomas de Copenhague. Et finalisé par Giuseppe Ielasi, ce qui est un excellent signe !! Trois titres, dont les deux premiers autour de quinze minutes.
L'orgue reconstruit (en haut) Photographie © Örn Ingi Unnsteinsson // Ambiance d'enregistrement (en bas)
[L'impression des oreilles]
Ne vous attendez pas à un orgue tonitruant, grandiose. Cet orgue-là chuinte depuis le silence la plainte des tuyaux. Il est à l'orée d'un bois, surgit de sous les frondaisons comme un ensemble de flûtes et autres cuivres. Il gémit, se laisse envahir par des sonneries mélancoliques, si lentes à s'exprimer qu'on dirait d'un être qui se réveille, bientôt environné des douces voix de Zola et Johanna. "Where Can I Go" est une pièce d'une suprême douceur, nimbée de mystère, qui vous enveloppe peu à peu dans des boucles rêveuses. Ces voix sont celles de dryades ensorceleuses, elles accélèrent le rythme de leurs incantations jusqu'à réveiller l'orgue, qui donne enfin du jeu, je veux dire, de la puissance, oh une puissance sombre et grondante, contrepoint des volutes vocales serrées. Mais tout se calme, l'orgue navigue en ondes troubles et fragiles, revenu à son tutoiement des orées, traversé toutefois de froissements rauques qui ramènent le duo vocal pour un final presque haletant. Nulle doute que voilà l'une des plus belles compositions parues en cette année 2026 !
Le second titre, "Surely", évoque d'abord un concert animal entendu dans les lointains avec ses sons frottés, enroués, sur un fond de très légers sifflements. Musique bruissante, atmosphère magique venue des tuyaux, si bien que les voix semblent émaner du flottement irréel. N'ayant pas les textes des fragments de psaumes, je ne vous dirai rien, hélas, de leur éventuelle adéquation avec la musique de Caleb Builder. De toute manière, c'est une musique magnifique, celle d'un Royaume envoûtant enté sur les ténèbres (on entend bien le mot "darkness", répété), en équilibre instable sur des textures scintillantes, micro crachotantes, et un sous-bassement de bourdons. La pièce se rabat progressivement sur l'intériorité de l'orgue, un monde d'oscillations, de battements, d'une paix empreinte d'une ineffable suavité nostalgique...
Le dernier titre, "Is As Light", que je traduirai volontiers par Est Comme Lumière conjugue bourdons obscurs battants et voix enlacées dans des motifs répétitifs perçant vers la Lumière en une sorte de frénésie joyeuse, avec une pulsation à la Steve Reich absolument irrésistible, qui disparaît deux minutes avant la fin, comme avalée dans le moteur ténébreux de l'orgue qu'on dirait essoufflé jusqu'à se cacher dans ses tuyaux !
------------Builder----------------------------
Voix et orgue tissent de mystérieuses frondaisons sonores aux Portes du Mystère. L'un des grands disques de 2026 !
Paru le 25 septembre 2026 chez Thanatosis (Stockholm, Suède) / 3 plages / 37 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
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