Publié le 23 Septembre 2026
[À propos des compositeurs et du disque]
Minnets Långa Kedjor (Les Longues Chaînes de la Mémoire) est la première œuvre enregistrés par deux musiciens suédois amis de longue date : Mats Erlandsson, compositeur et artiste sonore, dont le travail se caractérise par l'usage de sons tenus et bourdons (drones), de sons analogiques ou numériques synthétisés ou enregistrés, d'enregistrements de terrain modifiés et de bandes magnétiques traitées ; et Gus Loxbo, actif dans le domaine des musiques improvisées surtout en tant que contrebassiste, dont le premier album solo Trådknaster, sorti en 2021, a été enregistré...par Mats Erlandsson !
Par ailleurs, Mats Erlandsson a enregistré plusieurs disques avec Yair Elazar Glotman : j'avais célébré leur très beau Glory Fades, paru l'an dernier sur le même label, et, bien avant, repéré Negative Chambers paru chez Miasmah en 2017.
Le disque est né d'associations et de souvenirs géographiques, poétiques et imaginaires. Cette matière première a été transformée par Mats Erlandsson dans la tradition de la musique électroacoustique par montage, traitements numériques et travail sur bande analogique. Sur le plan acoustique, Mats est aux guitares électriques et acoustiques, à la cithare, aux percussions, Gus à la contrebasse. On entend les cloches et accents de Daniel M Karlsson sur le titre 8, et la voix de Maria W Horn pour les présentations.
[L'impression des oreilles]
Dans la Forêt des Sons
Ce qui frappe dès l'abord, c'est la proximité des sons, puissants, amplifiés. Ils résonnent, ils craquent, bruissent. Nous sommes dans la forêt des sons. Une forêt magique constituée de rets sonores, où tout est suspendu à l'apparition et à la tenue des sons. Ne sommes-nous pas parvenus au sommet d'une montagne (Ils ont gravi la montagne, titre 1), avec en face La Falaise du Magicien (titre 2) ? La musique de Mats Erlandsson et Gus Loxbo est cérémoniale, rituelle. Chaque son semble sculpté pour en tirer le maximum de mystère. On attend une venue, on est pris dans les toiles lentes des résonances, des glissendos. Quelque chose s'intensifie, la cithare presque brutale en accords plaqués sur la contrebasse bourdonnante. Et puis cela se met à flamber dans une atmosphère toujours hiératique comme dans le superbe second titre, au point que l'album prend alors une coloration nettement post-rock.
La Chambre de cuivre ("I Kopparkammaren", titre 3) est tapissée de tintements comme de bols chantants, de coups de sortes de gongs. L'auditeur se trouve dans la position d'un adorateur hypnotisé, envoûté par la beauté des traînées sonores radieuses. Il faut attendre le quatrième titre pour qu'un peu d'agitation vienne brouiller les lignes, encore est-elle vite récupérée, injectée dans des boucles solennelles. Disons que la musique alors s'épaissit, que le Mystère s'approfondit. Et gronde longuement la contrebasse, filent les sons synthétiques, les frottements percussifs dans le superbe cinquième titre, Suspendre des fleurs autour du cou ("Häng blommor om halsen"), véritable rituel où l'on croirait entendre de micro halètements !
Avec le titre éponyme (titre 6), sévère et religieux, la musique semble en lévitation extatique avant d'exploser en gerbes lourdes de guitares brûlées, de cithare incantatoire. Il faut signaler le potentiel poétique de cette musique ciselée, à la fois coupante, brute, et tissée de filaments vibrants, de frottements saccadés. Les lentes torsades du septième titre Des cascades ("Fallens dag") sont exemplaires de cette musique pétrifiante, à la beauté glacée et incandescente. Le titre suivant, c'est ce qui reste d'une ballade folklorique entêtante, décantée jusqu'à l'os du son, ramenée à une boucle vrillante, tranquillement ensorceleuse avant son explosion en salves ralenties. Arrivés là, la fin du disque ne vous décevra pas, à mijoter dans les cendres ("I askan", titre 9) de textures sulfureuses, pour mieux jouir Dans un crépuscule symétrique ("I symmetrisk skymning", titre 10) d'une mélancolie embrumée d'un lyrisme sobre !
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Au croisement d'une électroacoustique splendide et d'un post-rock décanté, le disque de Mats Erlandsson et Gus Loxbo est une merveille !
Paru le 18 septembre 2026 chez XKatedral (Stockholm, Suède) / 10 plages / 1 heure et 8 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
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