Publié le 21 Juillet 2026
Futuro Ancestrale, c'est la rencontre entre le saxophoniste et multi-instrumentiste italien Giuseppe Doronzo, installé à Amsterdam, et les cofondateurs du label Unsounds Andy Moor (guitare électrique) et Yannis Kyriakides (électronique en direct, échantillonnage), avec le renfort du batteur portoricain - américain Frank Rosaly. Elsewhen est le deuxième disque du groupe, dont le nom même annonce la volonté de célébrer les musiques anciennes en les confrontant aux nouvelles musiques, y compris électroniques. Autrement dit, on s'attend à un disque sous haute tension, entre musiques du monde, free jazz et musique contemporaine, le tout avec une bonne dose d'improvisation ! Des instruments traditionnels chinois, tchadiens, albanais, côtoient l'électronique.
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Sur le premier titre, "Eye of the Hurricane" (L'Œil du cyclone), Giuseppe Doronzo joue du hulusi, sorte de flûte chinoise composée de trois tubes percés de trous sortant d'une calebasse, dont le son rappelle celui de la clarinette. Sa douceur contraste avec la guitare électrique d'Andy, aux sons métalliques, écorchés. La mélodie sinueuse est emportée dans un rythme blues-rock bien lourd, de plus en plus chargé de décharges rageuses, enflammées. De quoi réveiller l'été engourdi de chaleur !
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La cyla dyjare, double flûte albanaise, se pose sur un socle de gestes percussifs erratiques dans "Ghostline" (Ligne fantôme). Musique bucolique revisitée, bousculée, d'un berger hanté par des esprits manifestement frappeurs, jappeurs ! Des textures électroniques feutrées, râpeuses, rêveuses, s'immiscent entre les hoquets, soubresauts de la batterie, de la flûte, de cette pièce fantasque, apaisée sur la fin.
Le troisième titre, "Scindone", prend son nom d'une ancestrale prière païenne des Pouilles, murmurée par les paysans au soleil avant d'entrer dans les champs. Jolie pièce à l'introduction chorale chantée en italien (ou/et dialecte ?) sur un frottis percussif, elle se développe ensuite librement en nuages de saxophone, étincelles de guitare, presque irréelle. Une atmosphère magique, méditative, se dégage de ses volutes harmonieuses tapissées de textures étranges concoctées par Yannis Kyriakides.
"Elsewhen" sonne comme une cérémonie secrète : pièce plus nettement contemporaine, elle se tisse sur une ligne resserrée, lacérée de guitare, de saxophone très free, de batterie attentive et frémissante, sur un fond bourdonnant de basses. Le saxophone sur "Blind Needle" se débat entouré de sons troubles, comme s'il était, justement, pris dans une aiguille à chas borgne (beautés de la traduction, quand même !). Toutes les textures sont déchirées, le saxophone craque les tissus vers la sortie... "Saturno" (titre 6) est un bouillonnement autour de la guitare déchaînée et du saxophone halluciné, la batterie ponctuant ce pandémonium de fourberies sonores que "Underrun" prolonge de plaintes de saxophone et d'une mixture de guitare enflammée en longue pulsation, avant une pause méditative hantée par les sons d'ailleurs de Yannis Kyriakides.
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Sur "Faló"(cheval, en hongrois ???), Giuseppe Doronzo enfourche le kakaki, une trompe de trois ou quatre mètres de long utilisée en Afrique lors de cérémonies officielles et de rituels, ici le rite nocturne de passage de l'hiver au printemps. L'impressionnante sonnerie est entourée de sons comme d'insectes, devient danse, avec retour du saxophone affolé, sur un mur électronique qui dépayse la cavalcade trépidante, trépignante, achevée par la guitare implacable.
Le dernier titre est pour moi le plus beau, plus épuré, plus dans la lignée des compositions de Yannis, même si le morceau est crédité à Giuseppe, ce qui montre bien l'étroite parenté musicale entre ces hommes. "Driftlight", oui, une lumière dérivante, éclairs de guitare, quelques notes de piano, coups de gong, dans une atmosphère d'orage latent, quand tout prend du relief, le saxophone se faufilant dans cette avancée magnétique, suspendue, cymbales frottées sous le saxo parti dans les aigus, la guitare au plus proche de froissements métalliques, bruit de sonnailles sur la fin du titre, extatique, recueillie...
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Un disque turbulent, entre magie et extase, où les musiques traditionnelles sont emportées dans le tourbillon d'un mélange détonnant de free jazz et de musiques contemporaines inventives.
Paru en juin 2026 chez Unsounds Records / Tora Records (Amsterdam, Pays-Bas) / 9 plages / 46 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
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