Publié le 9 Janvier 2026

Armando Balice - Du noir tout autour

Quand la forêt dense des parutions cache un pur joyau...

Retrouvé par hasard dans mon stock de fichiers de disques, plus de deux mois après sa sortie, Du noir tout autour m'a rappelé à lui par son beau titre, en français, ça devient si rare..., et sa couverture, le graphisme de l'excellente maison de disques montréalaise empreintes DIGITALes, d'ailleurs trop peu présente ici, « Mea culpa...»

Un livret numérique (ou papier) exceptionnellement bien fait...

Tellement bien fait que le chroniqueur se voit mal en perroquet, si bien que je vous y renvoie pour l'essentiel : éléments biographiques concernant le compositeur franco-italien Armando Balice ; présentation d'ensemble du triptyque par ce dernier, suivie d'une description détaillée de chaque partie, chacune précédée d'une magnifique épigraphe (respectivement, dans l'ordre : Eugène Guillevic, Gaston Bachelard et Samuel Beckett); sans oublier un brillant commentaire de Guillaume Contré titré Entrechocs lyriques

Le compositeur Armando Balice

Le compositeur Armando Balice

Jardins d'Artifices et de Splendeurs

  Un violoncelle surgit du néant en volutes bourdonnantes, une respiration brusquement arrêtée s'interpose, et tout dérape, s'éloigne en glissendo : c'est le début du premier jardin, "Black Garden", structuré en huit parties comme les deux suivants (x + noir + x + noir + x + noir + x + x). Ici, jamais un geste sonore ne va à sa conclusion. Il éclot, s'épanouit et disparaît, relayé par d'autres, dans un feu d'artifices faramineux. En quelques secondes, on passe du silence aux bruits les plus étranges. "Black Garden", c'est comme une série de déflagrations, de mises à feu, d'explosions, une série d'apparitions sonores, de vives esquisses. Soudain, ce serait un battement de pales d'hélicoptères, l'écho lointain du film de Coppola Apocalypse Now. On patauge dans la jungle des sons, au ras des frémissements et des soulèvements. Ce jardin noir est imprévisible dans sa puissance dramatique, son obscure clarté minée par la disparition. Il éblouit, stupéfie, véritable suite d'illuminations rimbaldiennes d'une tumultueuse beauté, ponctuée sur la fin par le chant envoûtant d'une sirène affolée en boucle crescendo. [ en vidéo, une version de juillet 2019 ] 

   "Empty Garden", que le compositeur considère comme un deuxième volet de la pièce précédente, envisage le vide, non comme une menace ou une absence radicale, mais plutôt comme « la matrice silencieuse de toute création ». La dimension mystérieuse du vide s'entend exemplairement dans ce jardin qui est un chant des origines, l'actualisation d'un potentiel aux surgissements prodigieux. Des pas pressés dans la nuit, des collisions sonores entre la nature et l'artifice. Et le violoncelle au son énorme qui secoue la nuit pour en retirer les foudres dans des passages quasi rock, d'un rock épais, métal en fusion agité de frissons, de tintinnabulements hypnotiques. Dans ce jardin vide, qui marche ainsi ? Une belle peut-être, poursuivie par des désirs, qui pousse des portes, rentre chez elle, source elle-même de visions magiques comme cette cloche qui tinte au loin et ces décharges possiblement torrides dans une atmosphère de mitraillage, de guerre. La musique d'Armando Balice mobilise tout notre imaginaire pour s'en jouer avec délectation. Ne retrouve-ton pas les pas de la marcheuse dans le jardin illuminé de détonations, près d'un temple (?) dont sourd une musique élégiaque poignante ? Une nappe diaprée recouvre le tout de son scintillement énigmatique, comme la matérialisation du vide en lévitation. Suit une invasion onirique d'une puissance tellurique absolument splendide, enthousiasmante, le mélange détonnant de la lumière et de l'ombre annoncé par la dernière phase de la pièce ! Un feu d'artifices ponctué de lourdes déflagrations termine cette composition fabuleuse !

   Que peut-on encore attendre de "Light Garden", dernière pièce du triptyque ? Ce sont des amorces d'étincelles, les vrilles entêtantes de chants d'entités inconnues, des forages et des déchirements électriques. C'est la mise à feu de forces magnifiques, une exultation des matières en flamme. Et un chien qui aboie dans la nuit pendant l'orage, avant de grands froissements grondants. Ici le naturel côtoie l'artificiel : nulle opposition, une mutuelle émulation pourrait-on dire. Surgie de l'ombre, la lumière déferle, vibre, rayonne, et se métamorphose sans cesse sur fond de croassements de corbeaux. Le leitmotiv du feu d'artifice continue d'informer une masse sonore volontiers magmatique, éruptive, qui peut d'un moment à l'autre se calmer pour rappeler les bourdons de la musique indienne. D'autres pas encore animent latéralement cette composition avant de revenir au premier plan et de s'éloigner, annonciateurs de nouveaux surgissements impétueux. Armando Balice brosse alors une fresque apocalyptique d'une grandeur sauvage, un véritable incendie de la Lumière piquetée de sombres éclats et de zébrures multipliées.

----------------------------------------------

Un disque magistral, d'une rare somptuosité. Un des événements discographiques de l'année 2025 !

Paru le 19 octobre 2025 chez empreintes DIGITALes (Montréal, Québec) / 3 plages / 1 heure et 6 minutes environ

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur Bandcamp :

Lire la suite

Publié le 7 Janvier 2026

Arvin Dola - O Ghost

O Ghost est le premier album du compositeur et artiste sonore madrilène Daniel Mesa sous son nouveau pseudonyme d'Arvin Nola. De formation classique, il s'est orienté vers des styles assez différents comme la musique industrielle ou techno, ou plus nébuleuse ("shoegaze"). Il chante aussi dans le duo de jazz doom Tera Ho !

   La musique de ce disque serait inspirée par le concept philosophique d'hantologie proposé par Jacques Derrida et ensuite popularisé dans divers domaines comme la musique, le cinéma, la photographie ou les jeux vidéo. Les œuvres relevant de ce principe sont construites à partir de traces en provenance du passé. En somme, l'absence, la perte, ne sont pas définitives ni totales : elles persistent sous la forme de souvenirs spectraux. Chaque composition est une série d'apparitions sonores successives qui viennent hanter le présent...Tout cela se rattache en littérature et en musique à la très ancienne veine élégiaque. Frappé par des deuils intimes, Arvin Nola fait vivre les fantômes du passé à l'aide de synthétiseurs analogiques, d'enregistrements de terrain, de guitares et de voix traitées.

Arvin Dola

Arvin Dola

Lamentos fantomatiques...

   Après quelques hésitations, je me suis laissé emporter par ce disque volontiers grandiloquent et dramatique qui ne manque pas de vraie grandeur. Les draperies diaprées du premier titre, "Geology of Absence", creusent des abysses, car l'absence est d'abord un creux, un vertige, duquel remontent les spectres disparus. Les stries lancinantes de la seconde partie mettent en œuvre cette hantologie déferlante, irrépressible, suivie d'une dérive très douce, le beau "The Drift" peuplé d'un feuilletage de voix traitées, traversé de craquements soudains. Tout oscille lentement, se déforme comme sur la très belle pochette d'Irene Gaumé.

    "Resurrecting the Father (Canon)", inspiré par la mort du père du compositeur, est à mi-chemin entre requiem et ambiante. Le titre déploie ses toiles funèbres déchirées de froissements comme si dans la cathédrale du souvenir l'ombre du père lévitait dans les semi-ténèbres : c'est grandiose et poignant. "Specters of Me" (titre 4) lui répond par la vision presque bucolique de son propre Moi dans une expectative diaphane, de lointaines trompettes évoquant le Jugement Dernier comme toile de fond ultime à ces flottements évanescents. Toute une imagerie catholique s'invite obliquement dans ces pièces baignées d'une religiosité indéniable (Espagne oblige ?). "Thorn in my Flesh" s'inscrit dans la tradition d'un dolorisme qui plaisait tant à Baudelaire. Les textures brouillées, tuilées, sont comme l'Épine s'enfonçant dans sa chair en lentes et longues vrilles suscitant une extase trouble dans la lignée des romans frénétiques, une agonie majestueuse de jouissance masochiste...

  "Lofi Sign" (titre 6) engage le disque dans une veine atmosphérique bourdonnante. Les vagues de synthétiseurs s'entremêlent, s'opacifient dans un maelstrom ralenti d'une mélancolie sans fin. "Rafah" relierait le disque à d'autres traumatismes, historiques cette fois. La pièce semble une forêt de sirènes et de voix engluées dans un nuage épais de particules : élégie pour une ville détruite !

   Le dernier titre, "Act of Heresy", est l'un des plus hantés de l'album, dramatique à souhait, une sorte de messe noire frémissante et altière ponctuée de grondements énormes et de voix à la fois désincarnées et gémissantes.

----------------------------------------------

Entre musique ambiante et musique atmosphérique, Alvin Dola creuse un sillage élégiaque à son meilleur lorsqu'il se laisse aller à une dramaturgie ténébreuse et grandiose dont "Thorn in my Flesh" et "Act of Heresy" sont les sommets troubles et un rien sauvages !

Paru en septembre 2025 chez Dragon's Eye Recordings (Los Angeles, États-Unis) / Espacio Vacío (Espagne) / 8 plages / 38 minutes

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur Bandcamp :

 

Lire la suite

Publié le 2 Janvier 2026

Zane Trow - Ibis

   Je suis heureux de commencer l'année avec un disque de Zane Trow paru en octobre 2025. Ce sera le cinquième à figurer dans ce blog. Pour tout renseignement biographique, je vous renvoie à mon article consacré à la réédition de For Those Who Hear Actual Voices "(20th Anniversary edition)". Zane Trow fait partie de ceux qui entendent de vraies voix. Arthur Rimbaud se revendiquait Voyant, Zane Trow est un authentique Entendant, bâtissant de disque en disque un univers sonore unique...

   Le disque prend son titre d'un groupe d'ibis que le compositeur fréquente depuis plusieurs années dans la portion de zones humides et de berges autour de la petite ville de Slacks Creek (Queensland, Australie) où il a effectué les enregistrements de terrain pour ce disque. L'habitat des oiseaux est appelé à céder la place à un « développement grossier » selon ses propres termes... Zane utilise des synthétiseurs analogiques, numériques et virtuels, des sons trouvés, des dispositifs sonores, des échos et des retards numériques, des percussions. Le tout a été créé au studio Vector de la même ville sous la haute supervision de Lawrence English.

[L'impression des oreilles]

Fragiles paysages mystérieux...

    La musique de Zane Trow a une présence émouvante. Dès "Channel", une percussion lourde et profonde, mais comme en partie dématérialisée, rythme un friselis de cloches, raclements, grésillements. Étrange canal d'une radio inconnue qui nous parviendrait de très loin pour nous envoûter ! "Ibis" commence avec des balbutiements, des voix tordues, sur un fond lancinant d'appels, comme un dialogue impossible, un essai peut-être de rendre la voix des ibis..."Eonganj" (titre 3), la plus longue pièce, avec presque huit minutes, semble à mi-chemin entre rêve et cauchemar, agitée de battements semi-liquides et de troubles poussées, peuplée de bruits proches mais non reconnaissables. On se tient au seuil d'un monde incertain, dont les manifestations très douces ne laissent pas d'être fascinantes. "Rotunda" est doué d'une énergie machinique qui accueille des éléments envahissants : faut-il y entendre l'annonce de l'irruption du « développement » dans les zones où vivent les oiseaux ? La fin d'un monde qui proteste à sa seule manière en fin de la composition, par des envols successifs ? "Stalune" serait alors le déferlement des présences humaines dans l'ancien royaume des oiseaux, persistant à travers de micro chants incrustés dans l'assourdissement imposé, et des échos magnifiques, magiques, de ce monde disparu.

Et puis c'est "Xenvonlv" (titre 6), au titre mystérieux [j'y décèle ENVOL, VOLVE, XENON, LOVE, LONE, NONE...] dont la musique indiciblement belle semble surgir de toute part. Le rêve d'une musique sans aspérité, douce, nuageuse, neigeuse, d'une irréalité obsédante, dans laquelle vient se poser une cloche, peut-être celle (traitée) du camion de glaces qui passait tous les mois dans sa rue depuis une vingtaine d'années. Je ne sais pas pourquoi, soudain, je pense à Patrick Modiano... peut-être à cause du sentiment de flottement, d'impermanence fragile, distillée par cette musique au charme discret, prête à se dissoudre dans les méandres de la mémoire !

Si les oiseaux reviennent au premier plan dans "Waterwyattin", accompagnés de quelques bruits urbains, c'est pour être enrobés dans la suavité des synthétiseurs, transportés avec une infinie douceur, comme si ce monde déjà n'existait plus vraiment en dépit d'une fin quasi documentaire. Ce que confirme l'aérien "Interupt", fine toile animée de sourds mouvements, comme digérés, traces oniriques des oiseaux métamorphosés roucoulant à l'intérieur de la prison sonore, soudain traversée brièvement par un vent puissant. "909" prend de la hauteur, de la couleur, sorte de mélancolique chant du cygne...

----------------------------------------------

Zane Trow signe un nouveau disque d'une ambiante électronique raffinée, onirique, au bord de l'évanescence, peuplée de présences fantomatiques bouleversantes.

Paru en octobre 2025 chez Room40 (Brisbane, Australie) / 9 plages / 42 minutes environ

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur Bandcamp :

Lire la suite

Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Ambiantes - Électroniques

Publié le 25 Décembre 2025

Les disques de l'année 2023

J'avais compté 72 disques après déjà quelques éliminations.  Belle moisson ! Puis, au cours de l'élaboration de cette liste, d'autres ont disparu, ils n'arrivaient pas à s'imposer : qu'ils me pardonnent. Tout classement est injuste, varie selon les moments. Des regroupements se sont imposés, qui m'ont parfois surpris moi-même. L'intérêt d'un classement, c'est de prendre du recul, d'écouter en surplomb, pour surprendre des filons, des lignes de force. Les regroupements en groupes numérotés sont discutables : j'espère qu'ils vous permettront, chers lecteurs, de trouver plus facilement vos bonheurs musicaux. Au final, il reste 67 disques pour 47 maisons de disques. C'est beaucoup, et c'est peu si l'on songe à tout ce que je n'ai pas écouté...La création musicale se porte bien.  

Je ne fais figurer dans cette sélection que des disques d'une durée d'au-moins vingt-cinq minutes environ : désolé pour les deux titres ou autres parutions courtes. Avec une notable exception, et pour cause...en première position !

La couleur et la taille des polices des compositeurs ne sont pas indifférentes. La présence du rouge dans chaque bloc dit assez que le classement a ses limites.

   Liens vers les articles sur les titres des disques. Pour alléger l'ensemble, j'ai renoncé partiellement aux illustrations de couverture (sauf pour le premier groupe et deci delà) et aux extraits musicaux.

Les disques de l'année 2023Les disques de l'année 2023
Les disques de l'année 2023Les disques de l'année 2023

1.  Dans les antichambres de l'Absolu

[(26 minutes seulement), mais c'est :

[ David Lang               shade                          (Cantaloupe Music) ]

Éliane Radigue          Occam Delta XV            (Dame / Collection QB) 

Julius Aglingskas             blue dusk                              (autoproduit)

Erik K Skodvin            Nothing left but silence         (sonic pieces)

 

Giovanni Di Domenico / Silvia Tarozzi / Emmanuel Holterbach

             L'Occhio Del Vedere                                           (elsewhere music)

 

 

 

 

Linda Catlin Smith              dark flower.               (Redshift Music)

 

 

 

 

 

 

 

Lisa Stenberg                                         Monument                          

                              (Fylkigen Records)

 

 

 

 

 

 

 

Ivan Vukosavljević              Slow roads               (elsewhere music)

 

 

 

 

 

 

Fredrik Rasten                       Lineaments                                (Sofa)

 

 

 

 

 

 

2. a/  Le piano recourbera le Temps...

 

Jürg Frey     Les Signes Passagers                                    (elsewhere music)

 

 

 

 

 

 

 

François Mardirossian    Satie et les Gymnopédistes   (Ad Vitam Records)

 

 

 

 

 

 

 

François Mardirossian / Thibaut Crassin     Pianisphere Vol.1. 

                                                                                                 (Ad Vitam Records)

Dominique Lawalrée       De Temps en Temps (Nicolas Horvath, piano)       

                                                                (1001 Notes / Nicolas Horvath Discoveries)

William Duckworth          The Time Curve Preludes (Emmanuele Arciuli, piano + Costanza Savarese, soprano)                                                  (Neuma Records)

Frédéric Lagnau           (Piano : Denis Chouillet)           (Montagne Noire)

2. b/ Crêtes poétiques

Germaine Sijstermans / Koen Nutters / Reinier van Houdt

                                  Circles, Reeds, and Memories         (elsewhere music)

 

Kate Moore        Ridgeway                                                 (Unsounds)

 

 

 

 

 

 

Delphine Dora & Michel Henritzi  Si nous faisons du bruit, le temps va encore recommencer                                                                (For Evil fruit)

Philip Blackburn                Ordo                             (Neuma Records)

Delphine Dora                    As Above, So Below                     (Recital)

Giovanni Di Domenico         Succho di Formiche.        (Unseen Worlds)  

Andrea Burelli        Sonic Mystics for Poems (of Life and Death of a Phoenix)                                                                                                       (Autoproduit)

Primitive Motion           Portrait of An Atmosphere     (A Guide to Saints Edition)

2. c/ Fastes, dérives et étrangetés électroniques ou électroacoustiques

 

 

Christina Giannone                Reality Opposition             (Room40)

 

 

 

 

 

Gianluca Iadema                    ID[entità]                           (Mille Plateaux)

Flocks                                       Flocks.                               (Zéhra)

Zane Trow                                Quire                                (Room40)

Siavash Amini                        Eidolon                               (Room40)

Nicolas Thayer                      in:finite                               (Oscillations Music)

Eve Egoyan + Mauricio Pauly        Hopeful Monster       (No Hay Discos)

Andrius Arutiunian     Seven Common Ways of Disappearing    (Hallow Ground)

Other:M:Other                Metamorph                                 (Klanggalerie)

David Lee Myers             Strange Attractors                            (Crónica)

@C + Drumming GP              For Percussion                             (Crónica)  

2. d/ Orgue, synthétiseurs modulaires (dont Buchla), piano encore, voix, cloches, et même guitare : glissements dans la forêt des sons

 

 

Zimoun                       ModularGuitarFields I-VI                  (12K)

 

 

 

 

 

Christophe Havard & Jocelyn Robert          Constellation Guérande                                                                                                                                                                                                                                                  (merles)

Egil Kalman     Forest of Tines (Egil Kalman plays the Buchla 200)

                                                                                                      (Ideal recording)

Joseph Branciforte & Theo Bleckman          LP2             (Greyfade)

Live Maria Roggen & Ingfrind Breie Nyhus         Skymt(LabLabel)

Marcus Vergette           Tintinnabulation                                 (nonclassical)

Eva Sajanova & Dominik Suchy             Decision Paralysis                                                                                                                              (Weltschmerzen)

Megan Alice Clune                  Furtive Glances                          (Room40)

Martina Berther / Philipp Schlotter         Matt              (Hallow Ground)

Simon Lanz & Tobias Lanz                Arches                   (Hallow Ground)

 

3. a/ Voluptés Mélancoliques et Ténèbres flamboyantes

 

Carbon in Prose  Salt Water Blood             (Dragon's Eye Recordings)

 

 

 

 

 

 

Mission to the Sun         Sophia Oscillations                        (Felte)

Tom Lönnqvist                  Enter                               (Mille Plateaux)

Øjerum                                      Your Soft Absence                    (Room40)

Richard Skelton               Selenodesy                   (Phantom Limb       

3. b/ Horizons hypnotiques, suaves et mystiques

 

 

Zöj                   Fil O Fenjoon                (Bleeemo Music / Parenthèses Records))  

 

 

 

 

 

 

Manongo Mujica         Ritual sonoro para ruinas circulares      (Buh Records)

Andrew Ostler         Dots on a Disk of Snow               (Expert Sleepers)

Maninkari                      arch of the aorta                         (Autoproduit)

Material Object              Telepath                                 (Editions Mego)

Yann Novak                    The Voice of Theseus.               (Room40)

 

4. Chanson, pop, métal et alentours

Sylvain Fesson                 Origami                                 (Autoproduit)

Sorry For Laughing              Sun Comes                     (Klanggalerie)

Transtilla                        Transtilla III                            (Midira Records)

Houses of Worship              Migration                              (Midira Records)

Puce Moment                 Epic Ellipses                             (Sub Rosa Label)

All Hands_Make Light       Darling the Dawn        (Constellation) 

lury Lech                           Ontonanology                  (Amorfik Artifacts)

Craven Faults                     Standers                            (The Leaf Label)

 

[Reparutions]

David Shea                  Una Nota Solo (2005-2006)                  (Room40)

Thomas Köner                   Daikan                                     (Mille Plateaux)

[Compilations]

Reading Music                  Volume 1                           (Ausculto Fonogram)    

Magnum Opus Collectio Series        Rubedo (et les deux précédents : Nigredo et Albedo, parus précédemment)                                              (Undogmatisch)

 

Lire la suite

Rédigé par Dionys

Publié dans #Classements

Publié le 19 Décembre 2025

Martina Berther / Philipp Schlotter - Silence Will Never Die

   Après Matt (2023), Martina Berther et Philipp Schlotter se retrouvent pour leur seconde collaboration sur le même label suisse Hallow Ground. L'album a été enregistré dans la même église du village de Matt (Canton de Glarus, Suisse). Les cinq pièces, entre composition et improvisation, recourent au même orgue, utilisé par les deux musiciens, avec Martina jouant aussi de la basse électrique et du synthétiseur, et Philipp synthétiseur et guitare. L'ingénieur du son Flo Götte les rejoint à la cithare sur le dernier titre, et leur "oreille extérieure" (selon leur propre expression) Anuk Schmelcher à l'orgue sur le quatrième. Faut-il ajouter que la patte de Lawrence English s'est posée sur ce disque, dont le mixage et la finalisation ont été effectués dans son studio Negative Space ? 

Martina Berther et Philipp Schlotter / Photographie © Tom Huber

Martina Berther et Philipp Schlotter / Photographie © Tom Huber

   Aux seuils de l'Obscur...

   Le premier titre "Calm for On Day" allie synthétiseur et orgue pour une méditation austère fondée sur de micro variations tonales. La pièce semble flotter telle un mur animé d'une ondulation interne dans lequel viennent s'incruster des filaments, des stridences, des irisations, le tout exprimant une énergie dense et puissante dont nous suivons les crescendos et decrescendos. Superbe début !

"Gut Feeling" se construit sur un battement de bourdon d'orgue, comme une sorte de moteur pour charrier une cargaison d'enchevêtrements sonores. Cette pièce minimaliste chauffée au noir s'enfonce dans nos entrailles par une pulsation subtile d'une trouble douceur. Après ces deux pièces d'un calme compact, "Suntrap & Light Wind" ménage une soupape. Aérée par la cithare et la basse électrique, la pièce s'ouvre à l'acoustique de l'église, laissant entrer un jour, certes parcimonieux. On dirait une déambulation précautionneuse de fantômes ou de morts-vivants à peine sortis de leurs tombeaux, juste avant la solennelle "Eternal Youth", pièce d'orgue ironiquement funèbre, d'une lenteur ample et magnifique.

"Lookout" ne sonnera pas vraiment un éveil, se tenant au seuil d'un tintamarre de cliquetis, chocs, comme sous la menace d'un enchaînement définitif. C'est une plainte élégiaque fascinée par des profondeurs épaisses, épuisée par ses efforts pour se maintenir à grand peine à la surface de l'obscur inquiétant. Les deux chèvres inquiétantes (et malicieusement grotesques ?)  de la couverture sont les bornes d'un autre monde...

----------------------------------------------

Un disque d'un expressionnisme minimal puissant au charme ténébreux.

Paru en octobre 2025 chez Hallow Ground (Lucerne, Suisse) / 5 plages / 40 minutes environ

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur Bandcamp :

Lire la suite

Publié le 16 Décembre 2025

Dory Hayley, soprano - I Love Evil

  Pas question de terminer l'année sans rendre compte, même trop sommairement, du disque de la soprano Dory Haley I love evil. Cette cantatrice canadienne est une artiste incontournable de la scène contemporaine et expérimentale dans son pays, reconnue sur la scène internationale. Composé de deux disques, I love evil donne sur le premier une nouvelle version de l'un des grands chefs d'œuvre de Morton Feldman (1926 - 1987), "Three Voices", ici interprété dans sa version la plus courante pour un seul chanteur et deux versions pré-enregistrées de lui-même. Dédiée au poète Franck O'Hara (1926 - 1966), on peut présenter la pièce comme une immense invocation envoûtante, une psalmodie étirée, une monodie modulée, répétitive et respiratoire, de soixante-sept minutes. En 1957, le poète avait adressé à Feldman son poème Wind 

Who'd have thought
that snow falls
it always circled whirling
like a thought
in the glass ball
around me and my bear

Then it seemed beautiful
containment
snow whirled
nothing ever fell
nor my little bear
bad thoughts
imprisoned in crystal

beauty has replaced itself with evil

And the snow whirls only
in fatal winds
briefly
then falls

it always loathed containment
beasts
I love evil 

////////// traduction "basique..." :

Qui eût cru 
que la neige tombe… 
Elle tournoyait toujours, tourbillonnante, 
comme une pensée, 
dans la boule de verre, 
autour de moi et de mon ours. 
Alors, cela semblait beau

le confinement 
La neige tourbillonnait, 
                                rien ne tombait, 
ni mon petit ours. 
                               les mauvaises pensées, 
emprisonnées dans le cristal, 
La beauté a fait place au mal. 
Et la neige ne tourbillonne que 
dans les vents mortels, 
brièvement, 
puis tombe. 
Elle a toujours détesté l'enfermement, 
les bêtes… 
J'aime le mal.

   Le troublant vers final donne son titre à l'album, dont le deuxième disque est consacré à quatre commandes inspirées par Three Voices à quatre compositeurs canadiens contemporains.

******************

La soprano Dory Hayley

La soprano Dory Hayley

"XYZ" (2023) de Jordan Nobles est une lente dérive aux lignes ondulantes de petits segments phoniques, comme une traînée d'infimes comètes mystérieuses. Une très belle pièce !

"Shadow/Light" (2021, en trois parties) de Katerina Gimon est tout aussi convaincante. Aux couches superposées de la voix de Dory sur ses propres textes poétiques, la compositrice, ajoute un traitement en direct et des sons de terrain, comme les grondements de la première partie, "Storm & Silence", tout à fait magnifique, crépusculaire. Quelques bruits quotidiens (sonneries notamment) accompagnent "Time Soup", routine répétitive jubilante, précédant la "New Light" de la dernière partie, atmosphérique, maritime par ses clapotis et les ondes de son chant de sirènes  dangereuses, enchanteresses, à se précipiter sur les rochers...

   Que suivent quatre scènes d'après Macbeth, par Rodney Sharman est dans la logique onirique de ce second disque. Les sœurs étranges ("Wyrd Sisters") de la première scène ne sont-elles pas jeteuses de charmes ? Elles savent si bien pleurer, se lamenter ! Des percussions corporelles accompagnent leurs incantations brûlantes. Nous sommes à mi-chemin de l'opéra dans ces pièces frémissantes, pathétiques, miaulantes.

   La dernière commande est de prime abord la plus déconcertante. "How weird he must think the world is (2021, Il doit trouver le monde tellement bizarre) de Cassandra Miller se présente comme une sorte d'entretien ponctué de rires, entretien qui se dédouble, se multiplie sur fond de voix lointaines, au point de se fluidifier, puis de se déformer de manière grotesque comme dans un miroir vocal magique. Pièce folle s'il en est, elle prend curieusement une dimension océanique, dans un délire proliférant qui réduit le langage à ses articulations minimales pour en extraire une joie quintessentielle, au-delà des mots, d'où surgit un chœur de sirènes - non pas seulement trois, mais innombrables, émettant de longues vagues vocales, avant que nous ne retrouvions très brièvement le ton de l'entretien, sauf que le délire domine l'arrière-plan tel des chants d'indiennes déchaînées, que rien ne saurait plus faire revenir à une formulation claire, les soupirs de la fin et la fausse prière aux mots mangés impuissants : l'étrangeté a définitivement triomphé ! Magnifique pièce jubilatoire !

----------------------------------------

Un bouquet d'œuvres majeures de la musique vocale d'aujourd'hui, interprétées par une Dory Hayley éblouissante.

🎶 🎶 🎶 🎶 🎶 🎶 🎶 🎶 

Paru fin septembre 2025 chez Redshift (Vancouver, Canada) / 2 cds / 10 plages / 2 heures et 6 minutes environ

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur Bandcamp :

Lire la suite

Publié le 13 Décembre 2025

Mario Verandi - Face Against Sky

  L'hiver approche, avec son manteau de longues nuits. Nous avons besoin de douceur, besoin d'oublier les horreurs des "actualités", comme on les appelle si abusivement. Le dernier disque du musicien argentin Mario Verandi, installé à Berlin, ravira tous ceux qui sont fatigués des disques prétentieux, secs à force d'expérimentations abstraites. Il est sorti au début de cette année, je le rattrape maintenant. On lui doit aussi le très beau Remansum, paru en juin 2020, et un disque consacré au synthétiseur Buchla, Eight Pieces for the Buchla 100 Series.

  Sur son nouveau disque Face against Sky, Mario Verandi est au synthétiseur, à l'électronique, rejoint sur cinq titres par la flûtiste Franziska Salker  et par la voix de Johanna Klein sur le titre sept. Vous aurez remarqué une quasi anomalie par les temps qui courent : la couverture représente une femme le visage extatique tourné vers le ciel. Une représentation humaine liée à une possible jouissance, une signification claire de l'image : tout ce qui a disparu, au profit de l'abstraction systématique - parfois tout à fait à sa place, je ne prétends pas le contraire, au profit d'une laideur ou/et d'une insignifiance orgueilleuse. On ne s'ingénie pas à nous enfumer, on tourne le dos au nouvel iconoclasme dominant, au puritanisme envahissant. C'est à l'image de la musique, une musique entre électroacoustique ambiante et électronique, flottante et rêveuse dans les soieries de ses voiles.

Le compositeur Mario Verandi

Le compositeur Mario Verandi

Le premier titre, "Viento Eco" (Vent d'écho) surgit de quelques coups sourds. Synthétiseurs aux belles transparences, puis aux notes cuivrées, chaudes et profondes, figurent un vent d'enlacements, la flûte lovée au cœur des volutes. Ce vent-là charrie la paix... "Janus" rutile de pierreries, frangé de clapotements. Il en appelle aux dieux depuis des fondements de bourdons majestueux, émouvant les voix synthétiques d'esprits lointains.

"Motionshine" (Brillance mouvante), c'est un radeau descendant un fleuve dans une Asie rêvée depuis la mélodie utilisée comme refrain. Les rives défilent, avec leurs paysages luxuriants, puis l'on arrive au port...Le titre éponyme (titre 4), grandiose, fourmille d'étoiles scintillantes. Le visage renversé boit le flux cosmique parcouru d'objets obscurs, d'astres ténébreux. La pluie renversante inonde et traverse l'être qui se fond avec le cosmos ! Le rêveur aveugle du titre 5 ("Blind Dreamer") avance dans un monde glauque aux remous troubles, aux vagues géantes, et finit par se dissoudre en quelques contorsions. Ah, quel beau titre, "Moons Falling" (Lunes tombantes / ou Chutes de Lunes) ! Mario Verandi ne craint pas d'écrire une musique naïvement spatiale. Son disque respire l'émerveillement face à la gradeur de l'univers. La voix de Johanna Klein, sur "Sky Once Blue" (titre 7) se fond parfaitement dans le velouté profond des synthétiseurs et des textures électroniques. Ce pourrait être une élégie d'adieu au ciel bleu, et c'est le chant d'une rencontre avec un autre ciel prodigieux, d'une beauté surhumaine, où les formes se font et se défont inlassablemen. Le dernier titre, quasiment surréaliste dans sa formulation, "Odd Lips Walking" (Étranges lèvres marchant) est un diptyque contrasté : à une première partie trépidante, rythmée, celle d'une avancée dans un paysage irréel aux textures grenues et opaques, répond une efflorescence de brumes envolées qui recouvre l'avancée d'amples ondes grondantes...

-------------------------------------

Mario Verandi signe un disque d'émerveillement, limpide et exaltant.

Paru fin janvier 2025 chez Play Loud! Productions (Berlin, Allemagne) / 7 plages / 32 minutes environ

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur Bandcamp :

Lire la suite

Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Ambiantes - Électroniques

Publié le 11 Décembre 2025

Peter Adriaansz - Three Vertical Swells [Réécoute]

(RÉ)ÉCOUTES [Série de très courts billets consacrés à des réécoutes consécutives à des plongées dans ma discothèque personnelle...et les articles anciens de ce blog]

Une manière de saluer cette magnifique maison de disques  d'Amsterdam qu'est Unsounds, cofondée par le guitariste et compositeur Andy Moor, le compositeur de musique électronique et artiste sonore Yannis Kyriakides, et l'artiste visuelle Isabelle Vigier. De saluer aussi celui qui fut un temps collaborateur épisodique de ce blog, sous le pseudonyme de Timewind.

Trois houles verticales composées par Peter Adriaansz, compositeur néerlandais né à Seattle (États-Unis) en 1966. Réécoute de la troisième partie. Parmi les interprètes de l'Ensemble MAE, Yannis Kyriakides à l'électronique, et, déjà, je m'en aperçois seulement aujourd'hui, Reinier van Houdt au piano ! Un disque soutenu par des connaisseurs. De la musique contemporaine, et de la meilleure, d'une intacte splendeur...

Lire la suite