Publié le 24 Février 2026

Eliane Radigue in MemoriamEliane Radigue in Memoriam
Eliane Radigue in Memoriam
Eliane Radigue in MemoriamEliane Radigue in Memoriam

Éliane Radigue (24 janvier 1932 - 23 février 2026)

 Ô Ma sœur lumineuse...

  Les mots me manquent. Sans internet pendant presque quinze jours, je viens d'apprendre son décès. Présente dans ce blog depuis 2016, elle constituait une « catégorie » à elle seule. [ voir dans la colonne de droite ]

  Il me semble que les quelques portraits photographiques rassemblés ci-dessus disent à leur manière l'essentiel. Elle était la Lumière et la Sérénité. Souvent elle m'emportait dans les vagues de Lumière lentement surgies de ses patientes tapisseries de synthétiseurs analogiques. Avec elle, la musique devenait une incantation, le rappel d'Ailleurs perdus qu'elle allait chercher au fond des bobines des magnétophones et des circuits électroniques. 

   Je me permets d'écrire qu'elle fut, sans le savoir, ma sœur dans la Quête d'un Absolu Radieux. Je lui souhaite une éternité aussi pacifique que sa vie.. 

Lire la suite

Publié le 21 Février 2026

Arnold Dreyblatt - Descendants : Music for Four Pipe Organs in One Space

   Né en 1953 à New-York, le compositeur et artiste multimédia Arnold Dreyblatt travaille à Berlin, où il est codirecteur de la Section des Arts Visuels de l'Académie des Arts, depuis les années quatre-vingt. On trouve déjà l'une de ses œuvres, Escalator, sur Renegate Heavendisque de l'Ensemble Bang on a Can sorti en 2001. Créateur d'instruments originaux et de performances techniques, il a développé un système d'accordage en intonation juste [présentation ici et aussi ] qui porte son nom. S'il appartient à la seconde génération des compositeurs minimalistes par l'utilisation dans certaines de ses compositions de la pulsation régulière fournie par le mouvement de l'archet de sa contrebasse, il recourt aujourd'hui à plus d'instruments et à des rythmes plus variés.

   Composé spécialement pour la grande salle de l'Orgelpark d'Amsterdam, Descendants est un nouvel exemple du rayonnement de l'intonation juste, ou naturelle. [Les spécifications techniques sont fournies sur la page Bandcamp du disque.] Particularité : les quatre organistes sont également compositeurs : Claudio F. Baroni, Reinier van Houdt (souvent présent ici !), Arnold Dreyblatt lui-même, et la française Lucie Nezri, active sur La Haye.

Dans le foyer des respirations harmoniques
     Le disque ne comporte qu’une seule longue pièce d’un peu plus de cinquante minutes, organisée en cinq sections. Les quatre orgues différents, historiques ou contemporains, reconstruits ou non, remplissent le hall de leurs notes tenues et de leurs résonances. Descendants prend la forme d’une sorte d’immense canon, chaque orgue entrant après un précédent, mais un canon à superpositions, si l’on peut dire, car plusieurs orgues peuvent sonner simultanément, et donc plusieurs bourdonnements s’empilent alors. La matière sonore ondule très doucement, chatoie. L’auditeur descend dans un puits d’harmoniques aux murs changeants, veloutés. Tandis qu’une lente pulsation anime les masses bourdonnantes des graves profonds, les notes aiguës (ou non) entrantes apportent de nouvelles couleurs et de nouveaux timbres qui ne cessent de modifier une trame en constante évolution derrière sa fausse monotonie. Nous sommes dans le brasier des sons, tantôt dans les braises elles-mêmes, enrobées de vibrations formant un lit de continuités, tantôt dans les vives flammes surgissantes, vite amorties dans le halo montant des harmoniques du soubassement. Arnold Dreyblatt écrit une musique fusionnelle, comme James Turner mêlait ses couleurs dans des tourbillons estompés, des fastuosités embrumées à perdre la vison nette des contours. Peu à peu, on est gagné par cet océan d’une paix suave, à l’ample houle respirante.

----------------------------------------------

   Un remarquable témoignage du grand retour de l'orgue (à tuyaux !) au cœur des musiques contemporaines ! 

Paru le 1er février 2026 chez Unsounds (Amsterdam, Pays-Bas) / 1 plage / 51 minutes environ

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur Bandcamp :

Lire la suite

Publié le 11 Février 2026

Yann Novak - Continuity

   Après Lifeblood of Light and Rapture en 2021, Reflections of a Gathering Storm en 2022, The Voice of Theseus en 2023 suivi de variations sur le même en 2024, Continuity s'inscrit dans la belle...continuité de la production de Yann Novak, artiste interdisciplinaire et compositeur installé à Los Angeles. Un fragment du texte de présentation vous donnera une idée de son ambitieux projet : « À travers trois longs morceaux, Continuity retrace la tension qui émerge lorsque des structures censées apporter la certitude deviennent les instruments de sa propre destruction. À mesure que nos systèmes de vérification se perfectionnent, ils deviennent paradoxalement des outils de manipulation plus efficaces. Chaque nouvelle couche de transparence semble créer de nouvelles zones d'ombre, de nouveaux espaces où la réalité peut être déformée. Ce qui est présenté comme un accès à la vérité est, en pratique, un moyen de contrôler quelles vérités sont accessibles et comment elles sont présentées. Construite à partir de 28 boucles d'enregistrements de terrain et de synthétiseurs, Continuity reflète la malléabilité même de l'information. Ses sources incluent des sons captés dans l'espace public – où l'acte d'enregistrement lui-même incarne la pulsion de surveillance, transformant l'expérience publique en données privées – ainsi que des messages vocaux capturés documentant l'instrumentalisation des systèmes d'autorité à des fins de manipulation. »

   La musique de Yann Novak joue à merveille des transparences et des ombres, avec une dominante des secondes. Orgue et synthétiseur, sur "Metric of Caution"(Mesure de prudence), le premier titre, évoluent en terrain saturé, opaque, dont surgissent des chœurs ténébreux ou angéliques, on ne sait plus très bien. Les textures se recouvrent, laissent filtrer des bribes. Lorsque le son monte, l'opacité se densifie, tout en ne laissant plus passer que des vents de particules. En somme, le brouillage généralisé devient la règle. "Context Collapse" (Contexte d'effondrement) s'ouvre sur de lourdes percussions et un orgue sinuant dans le brouillard, des fragments mélodiques déchiquetés et réduits à des à-plat en arrière-plan. Il règne une atmosphère lugubre, plombée. C'est un paysage post-industriel dévasté où les décombres émettent encore de faibles vibrations lumineuses, où les courants sonores semblent des hordes de loups tant l'impression d'une sauvagerie absolue d'après l'homme s'installe !

   Quant aux "Zones of Privacy" (Zones d'intimité, titre 3), elles sont envahies de parasites divers, n'émettent plus que des sons tronqués, privés de sens. Dans l'immense halo des systèmes ne s'entend plus qu'une plainte, ou le fantôme d'un hymne, agglomération de millions de messages indéchiffrables, dans une caverne de cauchemars moribonds. 

----------------------------------------------

Yann Novak signe un album d'une puissance noire sur l'effacement du sens dans un monde saturé d'informations.

-------------------

Paru en juillet 2025 chez Room40 (Brisbane, Australie) / 3 plages / 31 minutes environ

Pour aller plus loin 

- album en écoute et en vente sur Bandcamp :

Lire la suite

Publié le 7 Février 2026

Andreas Voelk & Scott Monteith - And All The Clocks Ran Dry

   Prenez un piano électrique (Rhodes) et des effets du côté du musicien canadien Scott Monteith (connu sous le nom de scène de Deadbeat), deux orgues électroniques des années soixante (Vox Continental Baroque 305 et Philips Philicordia) pour Andreas Voelk, une nuit d'improvisation enregistrée par eux deux dans le studio berlinois du second en une seule session, sans surimpressions ni reprises, et vous approchez de And All The Clocks Ran dry (Et toutes les horloges s'arrêtèrent), peaufiné par Lawrence English dans son studio de Negative Space. Les deux musiciens, familiers de la scène électronique, des musiques dub, improvisées,  se laissent aller à leur inspiration tout au long de deux amples paysages ambiants où passent des échos de Cluster, de Popol Vuh, de Moritz von Oswald.

Scott Monteith (en haut) / Andreas Voelk (en bas)
Scott Monteith (en haut) / Andreas Voelk (en bas)

Scott Monteith (en haut) / Andreas Voelk (en bas)

Le Temps exalté

   « Ô temps suspends ton vol » écrivait l'écrivain romantique Alphonse de Lamartine dans l'un de ses poèmes les plus célèbres, Le Lac. Ce grand rêve de l'humanité revient à toutes les époques. Scott Monteith et Andreas Voelk n'ont pas réussi plus que les autres à arrêter le cours du temps, mais ils sont parvenus, et c'est déjà beaucoup, à le distendre, à nous en distraire pour nous plonger dans une vision sonore où basses et bourdons incarnent une temporalité ouverte, non comptée, si ce n'est par une ample et lente, grondante pulsation. Sur ce fond éclosent des nappes plus claires, au rayonnement scintillant, se greffent des textures dérivantes. C'est un paysage qui change à vue, grandiose ou méditatif, de plus en plus hypnotique, envahi parfois de voix synthétiques subliminales. Les bourdons s'épaississent, battent imperceptiblement comme les ailes du Temps. Tout l'espace sonore devient frémissements multiples, succession de chutes et d'apothéoses dans de gigantesques architectures vaguement monstrueuses. On n'est pas loin de l'atmosphère hallucinée de certains fresques magmatiques d'Amon Düül ! Mais les deux musiciens sortent en partie leur création de l'ombre, et la première partie se termine avec une série d'appels lumineux d'une grande force sur une nappe à la Tangerine Dream !

   La seconde partie est au moins aussi belle ! Tumultueuse et somptueuse, elle montre chez les deux musiciens un sens aigu des couleurs, des matières. On y entend des diaprures, des tuilages, des vibratos : ils explorent leurs instruments, en font ressortir les richesses harmoniques et texturées. Leurs orgues ont des fulgurances de guitares électriques épaissies, portées à la fusion. C'est le déferlement d'un orage fastueux qui nous emporte loin dans l'Empyrée, dans un Hors-Temps solennel et superbe. En ce sens-là, oui, ils arrêtent toutes les horloges. Il n'y a plus que la répétition lancinante d'une vague d'orgue diaphane à la poignante nostalgie sur un tourbillonnement de bourdons épais, neuf minutes avant la fin, et l'envol extatique de lames d'orgue tordues, et l'incendie, les cascades de clavier perdues dans le déferlement des basses...

----------------------------------------------

Un très beau début d'année pour le label Room40 avec ce disque à l'imposante beauté flamboyante !

Paraît le 20 février 2026 chez Room40 (Brisbane, Australie) / 2 plages / 44 minutes environ

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur Bandcamp :

Lire la suite

Publié le 4 Février 2026

Ivan Vukosavljević - a mind in the heart
Piano, Spiritualité et Paternité...

   Après The Burning avec l'Ensemble Klang  et  Slow Roads en septembre 2023, le  musicien serbe (installé aux Pays-Bas) Ivan Vukosavljević publie avec a mind in the heart un disque pour piano solo en huit mouvements, réalisé en étroite collaboration avec la pianiste portugaise Joana Gama. L'œuvre explore les attributs mélodiques du chant orthodoxe serbe en recourant à un instrument qui lui est a priori étranger. Mélodie et bourdon sont pris en charge par un instrument harmonique. 

   Si Ivan Vukosavljević retrouve le piano, qu'il a longtemps laissé de côté, cela ne m'étonne nullement. Le piano est tout à fait apte à véhiculer des émotions intenses et surtout la spiritualité si chère au musicien, qui a trouvé une partie de son inspiration dans les sermons de Maître Eckhart (vers 1260 - 1328). La naissance de sa fille a été l'autre source vive de ce cycle. 

Le compositeur (en haut) et la pianiste (en bas)
Le compositeur (en haut) et la pianiste (en bas)

Le compositeur (en haut) et la pianiste (en bas)

« Approchons-nous avec foi et amour, afin de participer à la vie éternelle. » Ces paroles de l'hymne Ninia Sili, composé au XVe siècle par Kyr Stefan le Serbe, pourraient être mises en exergue au disque d'Ivan Vukosavljević. Cet hymne est le plus ancien conservé de la tradition orthodoxe serbe qu'il admire tant qu'il considère sa musique au mieux comme une réinterprétation de celle-ci. Pas question pour lui de la dénaturer dans une musique prétendûment nouvelle : il tente simplement d'en conserver et transmettre la dimension sacrée. Dans toute sa démarche, il y a donc une humilité fondamentale. Mettre un esprit dans le cœur... Ninia Sili forme le troisième mouvement du cycle.

   Les Litanies de l'Âme

   Une mélodie réduite à quelques notes, répétée, entrecoupée de silences, c'est le début du premier mouvement éponyme. À partir de cette trame austère, le piano se lance dans une série d'explorations aux notes bien détachées, comme des escalades tenaces, tranquilles, formant un seul mouvement irrésistible vers le Ciel jamais atteint. Et si parfois, le piano se met à dissoner, c'est le signe de notre condition bancale. L'homme qui cherche se met à boiter, mais il persévère. Le piano s'entoure d'une aura résonante qui rappelle le chant de bourdon byzantin. Ce début extraordinaire m'a d'emblée convaincu de soutenir ce disque si éloigné des prétentions modernistes à l'avant-garde, à la nouveauté absolue... Désolé d'avance si les extraits musicaux sont précédés d'un flot publicitaire consternant...

 

   "a citadel", c'est une fontaine de chant, qui ne cesse de rejaillir, d'envoyer ses gerbes avec une grâce majestueuse, entêtée. C'est une allégresse qui monte, celle de l'âme croyante, sans se soucier de rien d'autre, et qui vient mourir dans un bel abandon. "ninia sili" reste un hymne limpide, tout en exubérance liquide, frémissante. Sur un fond bourdonnant de notes enchaînées, la mélodie se dresse à la fois fière, délicatement  et sobrement ornée, et en même temps presque hésitante dans son humilité. Sans doute le quatrième titre, "an announcement", est-il intimement mêlé à la vie familiale du compositeur, à l'annonce de la naissance de sa fille, qui renvoie aussi à l'Annonciation. L'annonce ne cesse d'être reprise, enrichie, d'abord dans une sorte de stupeur, puis avec une gaieté un peu folle, une joie extasiée se traduisant par des rêveries, puis une méditation lucide, qui trouve des accents debussystes pour exprimer le Mystère de la naissance.

   Quelle grâce dans l'apparition de "a virgin" (mouvement 5) ! La mélodie arpégée monte et descend encore et encore, accompagnée de marques d'admiration, puis d'une frénésie joyeuse en amples tourbillons. L'atmosphère se calme progressivement, s'intériorise. "a wife" esquisse un portrait de l'(âme)-épouse, qui se tient devant Dieu dans une liberté d'allure pleine de noblesse et de retenue. Elle irradie doucement, tourne sur elle-même et se met à chanter des louanges, envahie par un tremblement de bonheur, éperdue d'amour.

   Chaque mouvement endosse naturellement, à des degrés variables, une forme litanique propre à nombre de liturgies.  La répétition signifie, non l'immobilité ou la pauvreté d'inspiration, mais la permanence, la stabilité, la Tradition en tant que source vive, inépuisable. Répéter, c'est aimer, c'est se laisser envahir par Dieu en se débarrassant de l'ego prétentieux. "For Nata", le septième mouvement, est exemplairement dans cette extase litanique, stupéfiée ou  tournoyante  et folle, dans un émerveillement éperdu, qui n'en revient pas de son ravissement.

   Les admirateurs d'Arvo Pärt retrouveront sa marque dans le beau début du dernier mouvement, "a child". La mélodie filiforme, dépouillée, dans des aigus qui semblent brouillés, avance précautionneusement pour ne pas réveiller l'enfant. On dirait des pas d'oiseaux dans la neige, prémonition des pas à venir de l'enfant qui ne sait pas encore bien marcher et qui observe le monde alentour à chaque pas. Suit un silence, il a pris de l'assurance, de la gravité. Il regarde droit devant lui, sans hâte, et il écoute...

----------------------------------------------

Un disque simplement sublime, parfaitement interprété par Joana Gama. Dans le sillage de Georges Ivanovitch Gurdjieff, Alain Kremski et quelques autres chercheurs d'Absolu...

Couverture magnifique, livret intéressant et précis, prise de son impeccable : du très beau travail !

Paru en janvier 2026 chez TRPTK (Pays-Bas) / 8 plages / 57 minutes

Lire la suite

Publié le 2 Février 2026

Craven Faults - Sidings

   L'artiste et producteur sonore britannique Craven Faults m'a pris dans ses filets à nouveau avec son troisième double album Sidings (Voies de garage).  Standers, en juin 2023, m'avait déjà conquis, malgré quelques réticences. Comme les précédents, il serait enraciné dans le Yorkshire post-industriel où se trouve l'ancienne usine qui l'abrite. C'est difficile  d'en juger à l'écoute, aussi n'en dirais-je pas plus à ce sujet. Ce qui est certain, c'est que la lourdeur que je lui reprochais ne me semble plus un défaut. C'est une caractéristique de cette esthétique hypnotique, post-industrielle et post-pop. Les synthétiseurs modulaires remplacent batterie et basse, boucles et retards soutiennent et font durer des mélodies réduites à quelques notes. Craven Faults est le laboureur d'une musique électronique qui enfonce lentement en vous les socs de ses boucles inlassables.

La musique souvent vous prend comme une mer...   

   Huit titres, dont trois de plus ou moins quinze minutes, les deux premiers et le dernier. Il a raison, Craven Faults, il lui faut la durée. Le temps de nous traîner dans son labyrinthe de reprises, d'appuis percussifs massifs, comme dans "Ganger", le premier titre lancinant, orageux, hanté d'appels comme des lassos, un titre de post-rock minimaliste électronique dont on a peine à ressortir. La répétition obstinée d'une ou deux notes sert de matrice au second titre "Stoneyman" (Homme de pierre, traduction éloquente !), au rythme puissant, implacable, laissant entendre comme des voix enfouies dans les textures tourbillonnantes. L'évocation hallucinée d'un monde industriel transformé en matériau musical fascinant !

     Les plus courtes pièces (entre trois minutes au moins, quand même, et six) ne sont pas insignifiantes pour autant. "Three Loaning End" (titre 4) chaloupe un univers de pluies de suie sur fond de bourdons et de claviers suspendus dans des résonances chaleureuses. "Up Goods Distant, Down Goods Home" (titre 5), ce serait un train de marchandises cheminant parmi les collines, allant son allure nonchalante et obstinée, soufflant et sifflant. "Incline Huttes"(Huttes en pente) commence dans des glissendos, en pente comme son titre, impose son balancement, marque de fabrique du compositeur, ses boucles majestueuses, gorgées de sinuosités mélodiques. L'étonnant "Drover Hole Sike" esquisse un univers plus inquiétant, réchauffé par un lyrisme de voix synthétiques.

   Enfin, "Far Closes" (Fermetures lointaines), aux synthétiseurs diaprés et tournoyants, est une pièce répétitive superbe. Il y a une forme de poésie épique dans cette musique volontiers planante nous entraînant dans ses immenses girations extatiques.

----------------------------------------------

Massive attaque de musique électronique enveloppante et hypnotique !

------------

N.B. (titre en rouge) Petit détournement du poème de Charles Baudelaire, La Mer...

Paru le 23 janvier 2026 chez The Leaf Label (Royaume-Uni) / 8 plages / 1 heure et 9 minutes environ

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur Bandcamp :

 

Lire la suite

Publié le 30 Janvier 2026

Machinefabriek (6) - Spelonk

    Le chiffre 6 placé auprès du nom est indicatif, car Rutger Zuydervelt, alias Machinefabriek, est présent ici au moins deux fois plus en raison de ses nombreuses collaborations, par exemple avec Bruno Duplant pour Edge of Oblivion en mai 2024, ou avec Giovanni Di Domenico pour Painting A Picture / Picture A Painting en juin 2025.  À côté des nombreuses musiques qui lui sont commandées pour des films, des spectacles divers, il continue de développer une œuvre personnelle spontanée, comme ce nouveau disque Spelonk (Caverne, Grotte), constitué de trois pièces construites à partir d'improvisations retravaillées en un temps assez court avec des pédales d'effets, un oscillateur et des procédés électroniques. Il n'aime pas que les choses traînent en longueur, pour qu'elles gardent une partie de leur spontanéité originelle.

Le compositeur néerlandais Rutger Zuydervelt, alias Machinefabriek

Le compositeur néerlandais Rutger Zuydervelt, alias Machinefabriek

 Dans le sillage d'Edgar Poe et de Lovecraft... 

    Une pièce "courte", un peu plus de six minutes, suivie de deux longues, d'environ dix-huit minutes chacune : "Spelonk" I, II, et III, tout simplement. Rutger Zuydervelt nous invite dans une caverne, la caverne où prennent naissance les sons sculptés de son univers. Bourdons légers, rayonnants, rebonds et craquements, vagues montantes de bourdons plus profonds : nous appareillons sur un étrange navire, pour un cheminement souterrain, sous des glaces peut-être - je me souviens encore du si beau Stillness soundtracks pour le film d'Esther Kokmeijer, tourné au Groenland et en Antarctique. Car on croit entendre des mouvements tectoniques dans ce milieu où tout est assourdi, comme vaporisé. C'est un monde de frémissements, d'esquisses, pour des apparitions fantomatiques.

   "Spelonk II" se fait encore plus diaphane au début. Rutger Zuydervelt travaille des textures intra-lumineuses, si je puis dire, textures qui se déploient en sinueux mouvements lents créant un continuum sonore moiré, au bord de l'évanouissement, mais sans cesse renaissant. Rythmée par des frappes percussives sourdes, c'est une navigation dans des paysages fastueusement étranges, jouant sur des contrastes puissants entre lourds graves abyssaux et aigus ultra légers, tourbillonnants et erratiques. Peu à peu, sur fond de boucles, s'installe une atmosphère hypnotique, hantée par des chants subliminaux. Et l'on arrive aux pays des brouillards opaques, au cœur d'une matière doucement radieuse...

    Au début de "Spelonk III", la matérialité des sons augmente. Une balle rebondissante, des gloussements sonores et de micro virgules espiègles créent un univers à la Joan Miró. Le tout est à nouveau porté par un flux bourdonnant, griffé et faillé. Quelque chose monte, envahit, charrie. La musique de Rutger Zuydervelt circonscrit l'innommable, donne corps à des mondes d'invisibles. Cette fois, « Dans sa demeure de R'lyeh, le défunt Cthulhu attend en rêvant »  dirait-on ! S'il est ici, à sa manière, le cousin musicien de Howard Phillips Lovecraft, Machinefabriek apprivoise l'horreur cosmique et en distille l'envoûtante beauté. 

----------------------------------------------

Machinefabriek reste l'un des enchanteurs de la musique électronique !

Paru le 20 janvier 2026 chez Crónica (Porto, Portugal) / 3 plages / 42 minutes environ.

Pour aller plus loin 

- album en écoute et en vente sur Bandcamp :

Lire la suite

Publié le 28 Janvier 2026

[ Suite du I, cela va son dire, comme aurait dit Frédéric Lagnau... ] Attention : il y a encore de fort beaux disques !!!!!!!!!

---------------------------------

4. b/ Sept Visions de Nuit et de Fin du Monde : Lumières brûlées / Désolations (gothico-)ténébreuses et bruitistes, rock ou techno minimales déchirées...

 

 

Merzbow + Nicolas Horvath    Pia-Noise     

 [Piano : Nicolas Horvath ]

(Sub Rosa Label // Bruxelles, Belgique)

 

 

 

 

 

 

Specio        (sans titre)       (Prohibited Records // Paris, France)

 

 

 

 

 

 

 

Bryan Senti & Dominic Bouffard      Killing Horizon       (Naïve // Paris, France)

 

 

 

 

 

 

 

Louie.Lou                          Ljusår                                                                     (Lamour Records // Gävie, Suède)

 

 

 

 

 

 

 

Andrea De Witt       (sans titre)                                                                                      (Undogmatisch)

 

 

 

 

 

 

 

Clark3                         From the edges tongues grow

    (Shameless Records // Berlin, Allemagne)

 

 

 

 

 

 

Mazza Vision      Ohm Spectrum                              (Sub Rosa Label)

 

 


 

 

5. Cinq Suavités et douceurs acoustiques (et un peu électro ou électriques)

 

 

Ken Field            The Canopy                                        (Neuma Records)

 

 

 

 

 

 

 

Loren Connors & David Grubbs              Evening Air                                                   (Room40)

 

 

 

 

 

 

 

Simon Toldham       Fem Små Stykker Med Tid     (Ilk Music // Copenhague, Danemark)

 

 

 

 

 

 

 

 

Bruno Letort      Black Museum        (Soond // Bruxelles, Belgique)

 

 

 

 

 

 

 

Isaiah Ceccarelli         House of Gold        (Sofa Music)

 

 

 

 

6. Sept Étrangetés (plus ou moins) électroacoustiques ou électroniques

 

 

Giovanni Di Domenico / Pak Yan Lau / John Also Bennett

                                 Tidal Perspectives                   (Editions Basilic // Athènes, Grèce)

 

 

 

 

 

 

 

FUJIIIIIIIIIIITA         MMM             (Hallow Ground)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Giraffe             Atoms                      (Stoffe)

 

 

 

 

 

 

 

 

Micah Pick   Frameworks       (Audiobulb)

 

 

 

 

 

 

Luca Perciballi      Sacred Habits         (Kohlhaas Records // Trento, Italie)

 

 

 

 

 

 

 

 

France Jobin                 Infinite Probabilities                   (Room40)

 

 

 

 

 

 

 

 

Ludwig Wittbrodt          Schleifen         (Ana Ott // Rhénanie du Nord-Westphalie, Allemagne )

 

 

---------------------------------------------

  [Compilations]      

 

 

Marcus Fjellström     

      The Last Sunset of the Year  

                                                                                (Miasmah Recordings)

 

 

 

  [Reparutions] 

 

 

 

Sylvain Chauveau     Le Livre noir du capitalisme

                                           (reparution : sonic pieces)

 

 

 

 

 

 

Keiji Haino               Black Blues               (Room40 / Première parution : 2004)

 

 

 

 

 

 

 

 

Zane Trow              For Those Who hear Actual Voices                                               (Room40 /  Première parution : 2004)

 

 

 

Lire la suite

Rédigé par Dionys

Publié dans #Classements, #inactuelles