Publié le 23 Juin 2026
Anne Chris Bakker ! Je retrouve Anne Chris ! Je me souviens du choc de Weerzien, en 2013, de Tussenlicht, en 2014, puis j'ai suivi son association avec les frères Romke et Jan Kleefstra, par exemple sur Dize en 2018, son duo avec Romke sous le nom de Transtilla, ainsi Transtilla III en 2023, ses disques en duo avec Andrew Heath, notamment Lichtzin en 2017...Je m'aperçois en faisant ce rapide inventaire d'une partie des articles que je lui ai consacrés qu'il appartient de fait à ce blog dont il est un des (nombreux) piliers. Son nouveau disque solo sort sur la petite maison de disques Driftworks fondée et dirigée par Andrew Heath. Néerlandais, Anne Chris Bakker vivait dans un environnement rural du nord des Pays-Bas. Mais après un voyage en Norvège en 2022, il a déménagé pour s'établir à Averøy, île de la côte ouest norvégienne. Voici comment il présente son disque : « Je me souviens de la route que nous avons prise depuis chez nous vers l'inconnu. De la façon dont nous avons quitté notre maison. Comment nous avons laissé derrière nous ces rues familières et leurs habitants, l'odeur du sol sablonneux, les vastes plaines peuplées de troupeaux d'oies près du lac, et la forêt — avec ses feuillus et ses pins — un peu plus éloignée de notre maison. Pour la plupart, les morceaux de l'album portent les noms de lieux géographiques situés près de la mer. Lorsque je repense à notre voyage en Norvège, je me rappelle toujours à quel point la mer nous a accompagnés. Le scintillement de la lumière à la surface de l'eau lors de notre visite d'un minuscule village de pêcheurs nommé Nyskund, ou la façon dont nous restions là, à contempler longuement la mer dans cette lumière de septembre d'une si grande douceur. » Les caractéristiques de sa musique sont dans ses mots simples : l'émotion, la nostalgie, les éléments...
Enregistré pendant ses déplacements entre les deux pays, le disque utilise seulement un ordinateur portable, un clavier MIDI et un enregistreur pour les sons de terrain.
C'est une musique imprégnée du souffle des grands espaces. Elle respire, ample et lente, chargée de lumières et d'ombres. C'est une musique sans âge qui appelle l'âme, d'où le frémissement de ma peau dès "Fra Inndyr til Rodane" (D'Inndyr à Rondane). Je largue les amarres, happé par les sonorités boisées, profondes, ce chant immémorial des éléments. C'est le bruissement doux du Mystère dont la plupart des hommes des villes sont désormais coupés, orphelins de la Terre-Mère. Cela ruisselle de partout, sourd d'entre les pierres et se répand dans les lointains.
"Langholmen" (titre 2) déploie la splendeur de l'Appel en boucles envoûtantes. Les volutes mélodiques se chargent de voix diaphanes d'une poignante suavité, comme si Anne Chris Bakker écrivait le chœur secret des archanges chantant la Beauté intacte de la Création. Ne sont-ils pas réfugiés à "Fleinvær", localité du nord de la Norvège qui donne son nom au troisième titre ? L'océan, imaginairement, n'a pas de bornes : il est le contenant-contenu, la matrice, ce qui revient toujours et toujours, et qui caresse l'indicible. Aussi le minimalisme ambiant d'Anne Chris Bakker en préserve-t-il la forme naturelle, sans aspérités, sans traumas, dans une inlassable ferveur. Ce qui surgit dans le quatrième titre, "Dønna", c'est la floraison bouleversante de l'âme saisie par la splendeur grandiose du monde-océan, parcouru de courants scintillants, d'oscillations lumineuses. "Nyksund" intègre des bruits de mouvements d'eaux, contrepoint (é)mouvant aux nappes bourdonnantes dans lesquelles se love un piano méditatif tandis que passent de grands oiseaux aux cris stridents... Puis les cordes troubles et frissonnantes chantent "Averøy", l'arrivée au nouveau port pour le musicien conquis : long hymne exalté de la fusion de la mer et des cieux, les eaux levées et poudroyantes dans une salutation majestueuse, somptueuse...
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Un chef d'œuvre, encore un, de ce musicien discret qui écoute le monde primordial, un peu comme John Luther Adams dont il est sans le savoir peut-être un cousin éloigné par la distance et si proche par l'esprit.
Magnifique photographie de couverture, à l'image de la musique limpide et grandiose du disque.
Paru début avril 2026 chez Driftworks (Stroud, Royaume-Uni) / 5 plages / 39 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
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