FLOCKS - Lagoon
Publié le 3 Août 2026
Second album du duo atypique que j'ai présenté lors de la sortie de leur premier album, au titre éponyme du nom de groupe, Lagoon comprend trois pièces, les deux premières d'une dizaine de minutes, la troisième de vingt. Si l'influence de Jon Hassell et de sa "Fourth World Music" est évidente, on ne saurait restreindre le disque à celle-ci. Les deux musiciens créent un univers sonore foisonnant entre rituels tribaux et musique expérimentale, grâce aux instruments à vent et à cordes qu'ils fabriquent eux-mêmes, à l'utilisation d'une percussion persane et d'une électronique subtile où les bourdons (drones) sont omniprésents. La liste des instruments employés est impressionnante : saxophone ténor, bourdons d'ondes sinusoïdales et effets, instruments à vents inventés : shakuhachi aux techniques étendues, pan-ney, ney à eau circulaire, corne de grenouille (!!), autres nys, clarinettes et cors en PVC, pour Werner Durand // daf, kanjira, riq, ghatam, cloches tibétaines, coquilles vénitiennes, cordes inventées, cithare tubulaire en bambou, électronique, pour Uli Hohmann...
Transhumances débridées...
"Whirls" (Tourbillons), c'est le plus "Hassel"des trois titres, avec une sorte de trompette-saxo bouchée envoûtante, une percussion bondissante, et un grouillement que la couverture rend assez bien ! C'est un maelstrom d'appels, de grondements, de frottements, comme le nuage sonore dégagé par un énorme troupeau* de bêtes diverses. Des bouts de mélodie dessinant des motifs répétitifs émergent de ce magma dont l'effet est rien moins qu'hypnotique !
"Tidal" est encore plus immergé dans une trame de bourdons enchevêtrés. Les instruments à vent se relaient pour donner un souffle incroyable à ce miroitement de textures déchirées. Une percussion genre tabla contribue à la dimension hallucinée par son rythme trépidant. FLOCKS crée un courant puissant, celui d'une marée (en effet !) qui charrie et emporte tout sur son passage, les vents prenant par moments l'allure de voix enfouies. C'est profond, chaleureux comme une techno surgie d'une jungle luxuriante.
* Je réalise après coup que FLOCKS, ce sont des troupeaux...
Avec le titre éponyme, le plus long, les motifs intriqués tressent une trame épaisse, proprement hallucinogène, agitée par une polyrythmie changeante. Les vents chuintent, crachotent, ondulent comme des possédés sur le mille-feuille percussif de Uli Hohman, incroyable chamane inspiré des rythmes extra-occidentaux (Asie-Inde, Afrique-Guinée). Des clochent tibétaines se lovent même dans la partie finale de ce flux formidable, irrésistible marche vers le délire le plus total, qui se met à tintinnabuler extatiquement ! Difficile, alors, de ne pas penser aux compositions les plus hypnotiques de groupes allemands comme CAN ou Amon Düül ! Extraordinaire !
Paru fin mai 2026 chez Karlrecords (Berlin, Allemagne) / 3 plages / 41 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
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