Publié le 5 Juillet 2010

Nico Muhly : "speaks volumes", dans la cour des grands.

  Nico Muhly, né en 1981, appartient à cette jeune génération de compositeurs influencée par les grandes œuvres conceptuelles du trio minimaliste Reich-Riley-Glass. Après des études en littérature anglaise, il obtient son diplôme de composition à la Julliard School de New York. Il est proche de Philip Glass, dont il est l'éditeur et le claviériste pour de nombreuses pièces, travaille avec Björk, sollicite la collaboration du chanteur Antony. Auteur de musiques de film, il est particulièrement remarqué pour la B.O. de The Reader.

   speaks volumes, sorti début 2007, est son premier disque, qui réunit sept pièces pour petite formation de chambre. Le tout est enregistré et mixé par Valgeir Sigurdsson, producteur et ingénieur du son de la déjà citée Björk et de quelques autres, Valgeir qui sort ces jours-ci son premier album solo. L'islandais imprime sa marque en enregistrant les instruments de très près et en ajoutant un environnement électronique discret et efficace.

   "Clear music" commence par une phrase languide de violoncelle qui s'étire, se déploie peu à peu dans l'énergie retrouvée, s'épanouit au contact du célesta. La harpe apporte son contrepoint plus grave. Et le trio va, plus enjoué ou plus réfléchi, avec de beaux passages transparents, des dissonances calculées, vers sa résolution méditative. Nico Muhly reconnaît deux sources d'inspiration à cette pièce : le motet Mater Christi Sanctissima de John Taverner, compositeur anglais de la Renaissance, et Vespertine ...de Björk ! "It goes without saying" fait dialoguer d'emblée clarinette et harmonium, l'acoustique organique et les machines : morceau tout en tension, en chromatisme ostentatoire, dans une scansion hâchée très reichienne. Les drones percussifs s'invitent pour une envolée auréolée de trouées lumineuses, ponctuée par les bruits de la soufflerie, les frappes sur les touches. Le début de la pièce suivante, "Honest Music" peut faire songer à la musique d'un Michael Nyman : présence emphatique des cordes langoureuses et insinuantes sur un bourdon de clavier. Le violon chante, domine, épaulé par la harpe et des arrangements enveloppants de cordes et claviers, dans un mouvement aéré de stases solo, jalonné de silences et de reprises en chœur, ce qui me fait aussi songer à un autre anglais, Graham Fitkin , c'est frappant notamment sur la superbe fin, proche dans l'esprit de celle de Slow. D'ailleurs, comme Graham, Nico est d'abord pianiste, et un beau pianiste : il suffit d'écouter "Quiet Music", clair obscur austère, où la rareté est densité expressive. Le piano balbutie, tintinnabule brièvement, découpant le silence en lanières de lumière. "Pillaging Music" semble d'abord un clone (assumé comme l'indique le titre), un remix de bien des pièces percussives de Steve Reich, mais en plus dissonant, destructuré : piano, marimba, sorte de gamelan aussi, mènent une danse de trémolos parcourue de silences frémissants. Pièce au final surprenante, pleine de fantaisie. Retour au piano solo avec "A Hudson cycle", morceau choral hanté par Philip Glass cette fois, l'excellent Glass des pièces pour piano : lumineux et émouvant. Le disque se termine avec "Keep in touch" : faux retour au début avec un phrasé solo d'alto,  mais détruit par des froissements, les cordes grincent, grimpent dans des aigus agressifs. tandis qu'une voix se fait entendre. Tout se calme, l'harmonium (et ses clapets bien audibles) apporte sa douceur suave dans laquelle se fond d'abord la voix d'Antony. Le morceau se fait prière miaulante, lamento douceâtre et déjanté, plombé de percussions métalliques. Sans doute la pièce la plus inventive, écartelée entre sentimentalisme et parodie, ferveur et folie, avec son long crescendo incandescent, sa retombée majestueuse et décalée à la fois dans les mélismes gentiment outranciers d'Antony.

    Un disque difficile à classer, entre post-minimalisme et électro. Parler de néo-classicisme à son égard m'étonne. Singulier en tout cas, inspiré et souvent beau, sans rien à jeter comme dirait Georges.

Paru en 2007 chez Bedroom Community / 7 plages  / 54 minutes //

Pour aller plus loin

- le site de Bedroom community, avec une page consacrée à l'album, en écoute intégrale.

- Album en écoute et en vente sur bandcamp :
 

Attendez une douzaine de  secondes avant le début de "Honest Music", un sommet de la musique contemporaine :

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 10 mars 2021)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Contemporaines - Électroniques

Publié le 26 Juin 2010

Autechre : "Oversteps", s'abîmer dans le beau massacre des sons.

   Après l'intermède Quaristice avec ses titres à la brièveté déconcertante ou/et frustrante, Rob Brown et Sean Booth reviennent à des morceaux plus longs (entre trois minutes trente et six minutes trente).

  Et voilà : le chroniqueur atterré relit sa première phrase avec une immense fierté. Il a réussi à ne pas parler de la musique du duo. Il va pourtant falloir s'y frotter...

   La musique semble sortir des limbes : comme une fanfare de synthétiseurs qui se bousculent à la sortie d'un tunnel, c'est "R Ess". Quelques égratignures rythmiques, un beat léger sur des déflagrations erratiques, des échos qui meurent dans de courbes agonies. La planète électronique efface tout repère pour s'emparer de vous. Des chœurs synthétiques ténébreux vous saluent à l'orée de "Ilanders"; des mines explosent, le sol se fracasse, des percussions lourdes défoncent l'air tandis que des mélodies épaisses tournoient dans le vortex des alarmes, somptuosité broyée. "Known(1)" émerge : cithares ou clavecins synthétiques pour une sarabande orientale totalement étrange, beaux étranglements sonores à coups de faux gongs. On marche dans une forêt d'éclats mélodiques, fascinés. "Pt2ph8" poursuit cette espèce d'errance musicale prismatique, en plus paisible, quasi bucolique si le mot pouvait encore avoir un sens dans ce monde minéral qui joue avec délectation des miroirs brisés. Le ralenti s'accentue avec le début  trompeur de "Qplay", tuyaux d'orgue d'une cathédrale aquatique soudain balafrés de percussions froissées. Le morceau jouera du contrepoint entre leurs sonorités épaisses, leurs rythmes irréguliers, et les synthétiseurs lumineux, presque langoureux (un comble, non ?) qui folâtrent dans les espaces vacants.   Cinq titres, et l'on est déjà si loin, si profond. Très loin des draperies parfois pompeuses des débuts, des méditations mélancoliques. Les deux anglais sont de plus en plus des alchimistes minutieux, qui travaillent sur de très petites unités sonores, agencées en séquences labiles, aux multiples chatoiements. Capables d'ouvrir soudain les vannes d'une antique beauté que l'on croyait perdue : "See on see" ruisselle, déferle, dans un luxe de claviers grandioses, radieux. C'est si simple, la beauté, si évident, surtout enchâssée dans un tel monde... "Treale" reprend la route obscure : rythmes lourds de techno aveugle, foisonnement des arrière-plans, un clavier qui chante sur la poussière sonore. Le paysage s'atomise plus encore avec "Os Veix3", magnifique ballade lointaine à la rythmique minimale éclaboussée de crépitements, d'apparitions déformées. La distinction bruit-musique n'a plus de sens, volatilisée par cette avancée de micro échardes sonores sur un champ de mines surgissantes. Autechre atteint ici une perfection sereine, une forme d'élévation troublante à laquelle on a peine à s'arracher. Le carillon de "O=0" nous paraît alors outrageant de grossièreté, mais il s'émiette, se résorbe en glissades, lorgne vers un orient de pacotille caricaturé par un musicien amateur... "D-Sho Qub" en paraît d'abord la résurgence monstrueusement accentuée, affligée d'un rythme agressif, mais très vite laminée, découpée par d'incisives frappes, des silences et des bouffées intenses de sons texturés superbes : sur la carcasse du dragon s'épanouissent des fleurs explosives, et des entrailles décomposées surgissent des chœurs synthétiques plus étoffés qu'au début de "Ilanders" : envolée majestueuse ponctuée de douces décharges nébuleuses. Pas question pour autant de rester dans ces hauteurs lyriques. "St Epreo" nous ramène fermement sur le chemin du chaos maîtrisé, pavé de rebondissements incessants : la mélodie se faufile loin à l'arrière, tandis que les percussions ou sons percussifs lacèrent le premier plan. Même écartèlement pour "Redfall", à la fois cristallin en fond et froissé en surface, et parcouru par un troisième plan intermédiaire où circulent des sons plus ronds ou comme chiffonnés.

"   krYlon" renoue avec l'inspiration de "See on see" : veine merveilleuse des claviers qui se chevauchent dans un savant désordre de sonorités étirées, soyeuses, beaume pour le voyageur-auditeur dont les oreilles sont si sollicitées. Ainsi reposé, l'on aborde aux rivages farouches de "Yuop", mélange de splendeur hiératique aérienne et de plongée dans la matière sonore boursoufflée d'éruptions corrosives : et l'on disparaît dans les sables, absorbé, terrassé par la Beauté, l'impitoyable Beauté.

  Je comprends que les deux anglais en concert jouent dans le noir : cette musique sculptée comme un diamant noir peut alors briller de tout son éclat intérieur, d'une incomparable densité. Depuis 1993, date de la parution d'Incunabula, que de chemin parcouru ! Nulle doute que Quaristice, sorti en 2008, n'ait marqué une étape décisive dans le renouvellement de leur musique : ils cherchaient une nouvelle voie...Oversteps. Un disque à écouter en intégralité pour en apprécier la composition soignée. Un chef d'œuvre ? Il me semble... Je suis en train de réécouter "Os Veix3", sublime...Et les titres, de quoi rêver de surcroît, de quoi se détourner de la laideur des manipulations financières qui jouent avec la vie des gens dans l'impunité la plus attristante.

Plus le temps d'aller plus loin ce soir...

Paru en 2010 chez Warp Records / 14 titres / 66 minutes environ

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 10 mars 2021)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Électroniques etc...

Publié le 16 Juin 2010

Slow Six : "Tomorrow becomes You", parce que nous sommes tissus d'étoiles.

   Private times in public places en 2004 chez If Then Else RecordsNor'Easter  en 2007 chez New Albion Records : deux disques magnifiques du groupe de Brooklyn mené par Christopher Tignor, compositeur, violoniste et concepteur du matériel informatique d'accompagnement. Comment ne pas attendre toujours aussi beau, aussi haut ? Tomorrrow Becomes You, sorti voici peu chez Western Vinyl, m'a d'abord laissé sur ma faim. Il fallait lui laisser le temps de se décanter, qu'il développe son atmosphère propre. C'est chose faite. Accomplissement, pour que triomphe la lumineuse douceur des mélodies brumeuses de ce groupe post minimaliste.
   "The Night You Left New York" commence au ralenti, quelques notes piquées sur les cordes, une guitare qui s'étire, des boucles en volutes tranquilles, puis on rentre dans une ronde étourdissante menée par le violon, des particules de lune dans les cheveux. Les percussions s'en mêlent, la guitare s'électrise, flambée post rock, les étoiles se rapprochent dans la déferlante qui semble ne devoir jamais finir (ce qui en exaspèrera quelques uns, ne niez pas !). Vous êtes arrivés, mûrs pour "Cloud Cover", plus de douze minutes en deux parties. La quintessence de Slow Six : trame minimaliste de motifs répétés, un tissage à plusieurs niveaux qui donne l'impression de s'enfoncer dans une constellation radieuse, avec le martèlement du Rhodes, les spirales du violon et de la guitare, les sons électroniques. Le groupe réussit comme d'habitude une synthèse harmonieuse entre trois courants : post minimaliste et post rock, déjà évoqués, mais aussi ambiante. La deuxième partie de "Cloud cover" nous transporte en effet au-dessus de la mêlée, dans la raréfaction sensuelle des sons, le lent tournoiement des mélodies qui glissent dans l'éther, diaprées d'échos, alanguies de splendeur.

. "Because Together We Resonate" reste en altitude, alchimie de sons synthétiques résonants et de violon distant, se rapproche ensuite pour nous envelopper d'intenses boucles lentes - Slow Six, ou l'esthétique de la lenteur, l'auriez-vous oublié ?

   Plus de quatorze minutes pour les deux parties de "Sympathetic Response System" : c'est peut-être la longue intro de ce titre qui m'avait agacé. Je m'étais dit : « Tiens, Slow Six fait du Slow Six, de la saucisse musicale au mètre. » Je devenais méchant en somme, prêt à haïr ce que j'aimais tant, classique quoi. Oublions donc la première partie, car la seconde est si belle, tellement plus légère, émouvante dans sa robe trouée. Et puis la peau frissonne, vous sentez que ça y est, la musique décolle dans ses dentelles de nuées parcourues d'ondes vibrantes et de frappes percussives. Le piano Rhodes amorce "These Rivers Betweeen Us", sorte de gigue allumée qui brûle sur place, menée par le violon auquel se joignent les autres instruments, avant une brusque dépression suivie d'une reprise graduelle et d'un long final nettement post rock, beaucoup plus conventionnel. Deuxième faiblesse de l'album à mon sens, qui explique aussi le passage du groupe chez Western Vinyl ( à moins que ce ne soit l'inverse !). Oublions. Reste un disque souvent superbe : cinq titres sur sept, tout de même...

Pour aller plus loin

- leur site officiel.

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 10 mars 2021)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Ambiantes - Électroniques

Publié le 5 Juin 2010

High Tone : "Out back", le dub urbain se porte bien.

   De retour après une cure de silence, trop occupé ailleurs... J'ai beaucoup hésité à chroniquer ce disque.  Effrayé déjà par le jargon des critiques musicales, qui multiplient les étiquettes incompréhensibles. Une véritable novlangue, qui ne fait plus l'effort de traduire : des initiés s'adressent aux initiés, aux branchés. « Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. » disait ce brave Boileau. Et en français ! Je n'en démords pas.

   De plus, après la première écoute, je me disais qu'on ne le verrait jamais sur ce blog. Je trouvais la musique lourde, envahie par des tics technologiques agaçants. Le premier titre, "Spank", concentrait en fait mes griefs : trop de zébrures, d'échos, l'impression d'être dans une baraque de tir avec une bande d'excités, pouf pouf pouf, je triture le maximum de boutons... Avec le recul et plusieurs écoutes, je ne vais pas crier au chef d'œuvre, certes non, mais ces lyonnais, au fil des titres, parviennent à capter l'attention, à séduire par la grande diversité d'approche du dub, et, curieusement, par un certain humour. La lourdeur de "Dirty Urban Beat" n'est pas dénuée d'une grâce éléphantesque que souligne plaisamment le commentaire final : "this is the most beautiful ugly sound in the world". D'ailleurs, reprocher au dub sa lourdeur n'est-il pas ridicule ? Le dub s'appuie sur la terre, il se dandine tranquillement, indifférent aux moqueries. Il est là pour célébrer le rythme dans son épaisseur. Une fois acceptés ces simples prolégomènes, on peut apprécier cette musique sans complexe, qui charrie des influences très diverses. "Liqor", avec la prestation vocale de l'excellent Oddateee, est, à mi-chemin du reggae et du rap, un morceau bourré d'une belle énergie. "Rub-a-dub Anthem" m'amuse beaucoup, reggae parfait transcendé par les inflexions presque enfantines de Pupa Jim. "Fly to the moon" prend des allures parodiques de dub gentiment braillard, pied de nez à toutes les sauces cosmiques. "Boogie dub Production", d'une folie un peu poussive, ferme la première partie, titrée Dub Axiom, de ce disque à deux faces.

    Je ne cache pas ma préférence pour No Border, huit autres titres qui font preuve d'une belle volonté de renouvellement. Et tant mieux si on oublie les axiomes posés précédemment. "Space rodeo" est un morceau hip-hop mâtiné de pop tout à fait convaincant, rudement mené par le très inspiré Ben Sharpa, avec une très belle fin électrique. "Bastard" prend le temps du rêve, orgue et guitare, glisse dans un climat orageux, tranquillement halluciné, avant une fin très douce, mais oui, vous avez bien lu. Le meilleur se profile avec "Home way", flûte envoûtante surgie d'une lointaine galaxie indienne sur un reggae d'abord aérien, délicat, puis lui aussi incantatoire avec le retour des volutes de la flûte, avant la surprise finale. En voix off, quelques phrases en français, déclamées avec une emphase amusante, ponctuées de coups de cymbales : "J'ai commencé à parler au milieu du silence / J'ai fait en sorte que tous les hommes disposent d'un chemin sur lequel marcher / J'ai ouvert tous les yeux afin qu'ils puissent voir / Mon œil droit est le jour / Mon œil gauche est la nuit / et le Nil prend son élan sous mes sandales." Parodie de discours prophétique qui ne manque pas de sel ! "Propal" s'ouvre sur un vibrato percussif brumeux : nouveaux territoires, décidément, d'autant que les percussions roulantes, les cordes frémissantes, la guitare hawaïenne, une clarinette égarée, dépaysent le dub, et tant mieux. Un nuevo dub, comme on eut un nuevo tango ? Sans doute l'un des plus beaux titres de l'album, de fait inclassable, parfaite musique de film si l'on veut prendre en compte les échantillons de la fin. "Uncontrolable flesh" confirme la mutation génétique du groupe : morceau qui surfe sur les marges du dub, ambiance quasiment lynchienne avec relents de western psychédélique, mixture électrisée et fantômatique, cauchemardesque, peut-être un peu chargé je le concède, mais une belle conclusion. Les oiseaux chantent, de curieux grincements inquiètent, c'est "Ollie Bible" zébré de scratches, à la progression enrayée de hoquets, disques qui tournent à l'envers et sons synthétiques glissants : drôle de titre, agaçant et original à la fois. Le titre suivant, "7th Assault", sera plus consensuel, avec sa rythmique d'acier, son atmosphère étouffante et ses arrière-plans bruitistes, saturés, le tout  se résorbant peu à peu dans une échappée belle assez inattendue : long morceau de plus de sept minutes incanté in extremis par une flûte veloutée et l'insertion d'un court texte dit (dont je n'ai pas identifié l'origine...) : « L'espèce humaine, contrairement à ce que nous avons tendance à croire, est tout à fait au commencement de son histoire. Elle vient seulement de faire, vers l'infini de l'espace, son tout premier pas. La terre est une graine qui commence à germer." Propos que je suis tenté d'appliquer à High Tone, qui termine en beauté son très long album avec "Altered State",  imaginez un dub hanté par un dulcimer, la réconciliation des musiques électro-technologiques et des musiques traditionnelles. Pas si mal, décidément. Et dire que j'ai failli me taire. Voilà ce que c'est, de vraiment les écouter : ils nous emportent, et l'on oublie les scories.

Paru en 2010 chez Jarring Effects / 16 titres / 79 minutes environ

Pour aller plus loin

- leur site officiel, un peu foutraque, en construction, qui rétrécit votre page internet, curieux...

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 9 mars 2021)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Pop-rock - dub et chansons alentours

Publié le 13 Mai 2010

Sig : "Freespeed Sonata", sonate hip-hop pour le temps présent.

J'avais repéré Sig grâce à l'album Vertigo bound sorti en 2002, à mi-chemin entre musique indienne traditionnelle et musiques électroniques. Puis je l'avais perdu de vue. Quelle surprise de le retrouver dans les nouveautés de la radio, au milieu des disques rock, perdu, tout seul, avec son sous-titre effrayant "Sonate classique hip-hop en quatre mouvements opus 32". Quel bonheur dès la première écoute !! Un piano qui chante, lumineux, instrument central d'une sonate, mais oui, et hip-hop, indéniablement, avec les voix de Joy Frempong ou de Nya.

   Entouré de quelques musiciens talentueux : le saxophoniste Christophe Turki, qui joue notamment avec Erik Truffaz, Marcello Juliani, bassiste du Erik Truffaz Quartet, Christophe Calpini aux percussions. Tous au service d'une composition fluide, rythmée par une trame presque post-minimaliste avec le jeu lancinant des boucles, reprises, échos. L'album décline une grande variété de couleurs, indiquées en français pour chacun des 28 fragments : du "solennel" initial à "automate " pour le final, en passant par "calme et indécis", "éveillé et naïf", "dans la foule", "gai et funky décalé," "poétique et flottant", pour n'en citer que quelques unes. Sig, non content de prouver avec éclat que le piano convient merveilleusement au rap, sort aussi le hip-hop de son image agressive et brutale : si le genre déborde d'énergie intense dans certaines plages, il sait aussi suggérer le rêve, les ombres, comme lors des "Shadows whisper", le délicat, les transparences, la fragilité comme dans le magnifique "Closed eyes". Une fois montés à bord, on se laisse aller, embarqués pour un voyage aux multiples facettes chatoyantes : il y a du Erik Satie dans cet art de la miniature, un Satie qui aurait beaucoup regardé les estampes de l'ukiyo-e, ces images d'un monde flottant, et qui bien sûr serait parfois jazzy. "Cool me out" m'évoque d'ailleurs les excellents Lounge Lizards, c'est dire comme Sig nous promène avec une confondante aisance. Sa sonate est une manière de poème en prose musical qui, "assez souple et assez heurtée", "s'adapte aux mouvements lyriques de l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience", dirait Baudelaire. Une réussite éclatante qui donne envie d'écouter les autres disques de ce musicien voyageur, pianiste et violoncelliste, auteur de bandes originales de nombreux films de par le monde.

Paru chez Makasound, label indépendant plutôt reggae, en février 2010. 28 titres / une heure environ.

Pour aller plus loin

- La page consacrée à Sig sur le site du label Makasound, avec des extraits en écoute.

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 9 mars 2021)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Hybrides et Mélanges

Publié le 4 Mai 2010

Graham Fitkin : "Circuit", la fougue et la si calme lumière.

  Graham Fitkin est revenu à son instrument de prédilection, le piano, comme j'en formulais le vœu à la fin d'un article de septembre 2007 consacré à sa deuxième incursion du côté des lutheries électroniques et des claviers électriques. En France, il est difficile de suivre la carrière de ce compositeur anglais pourtant assez prolifique, mais systématiquement absent des programmations. Né en 1963, il se rattache au post minimalisme bien qu'il soit plus juste de le qualifier de "constructiviste" ou de "structuraliste". Il adore en effet jouer avec des structures complexes pour en tirer des compositions à la fois virtuoses et extatiques. "Circuit", pièce pour deux pianos et orchestre, qui ouvre l'album,  télescope la forme tripartite traditionnelle d'un concerto, un peu comme le ferait un circuit électrique, l'analogie insistant sur la circulation d'énergies qui en résulte. Le début est très reichien avec son ostinato martelé au piano, mais très vite on retrouve la manière Fitkin, ce goût des décrochages, cette façon de bousculer les lignes, de jouer des contrastes et des couleurs. Les percussions se déchainent, l'orchestre dentelle l'arrière-plan, tandis que les pianos caracolent. Puis la vague sonore s'affaisse brutalement, commence un dialogue élégiaque entre les solistes et l'orchestre. Des blocs de notes se développent, s'enrichissent, la tension remonte, l'orchestre gronde, les pianos pulsent, l'énergie fuse entre les grappes, dans les fulgurances. Tout se tait soudain, les pianos se répondent dans une atmosphère recueillie, on imagine des sources pures entre les rocs, l'orchestre se fait diaphane. Miracle, mystère, captage des forces. La composition s'allège, pétule, repart à l'assaut, s'évanouit à nouveau pour recueillir la beauté d'entre les lignes, la grâce des interstices. La baisse de tension caresse les harmonies pour les déployer au vent échevelé de reprises fulgurantes. Les pianos escaladent le ciel. Tout cela serait emphatique et lourd si Graham ne fissurait pas ces masses en ébullition par des décharges salutaires. Seule concession à l'écriture académique, un finale puissant, cuivré, heureusement assez ramassé pour ne pas être amphigourique. Il faudrait considérer la musique de Fitkin comme une sculpture de César, sous l'angle d'un art de la compression dirigée qui recycle et dépayse des matériaux. En ce sens, de même que César se rapproche des Nouveaux Réalistes, Fitkin est un nouveau classique qui se sert de la rigueur structurale pour sculpter un hymne à l'énergie.
  

   La suite du disque est consacrée à quatre pièces pour piano solo et trois autres pour deux pianos. On y trouve le sublime "T1" pour deux pianos : la reprise lancinante d'une phrase ascendante, interrrogation illuminée par les silences et les résonances, dans une écriture qui rejoint les Inner Cities d'Alvin Curran. Et dire que j'accusais Graham de flirter avec la mièvrerie dans ses escapades harpiques... Balayés mes griefs !! Le revoici au mieux de son talent, ce que confirme toute la suite. "Relent" pour piano solo est une longue ligne dédoublée, puissamment dynamique, à la fois d'une grande rigueur et d'une belle allure semi improvisée, qui ne souffle guère qu'à mi-parcours pour rebondir dans la joie étincelante. "Carnal", pour piano solo encore, déploie une chevauchée tumultueuse, heurtée, dans une écriture d'une grande densité dramatique, avant de s'effondrer dans le calme. On oublie tout pour écouter un chant très simple et lent, mais la course reprend, effrénée, avant d'être soumise à nouveau à la loi des contraires, d'être rabattue presque sauvagement sur le silence. Rien de spectaculaire avec la miniature suivante, une des premières pièces reconnues par le compositeur, "From Yellow to Yellow", d'une beauté simple et lumineuse, si loin des tensions qui traversent toute son œuvre ultérieure. Tensions qui travaillent le syncopé "White" pour deux pianos, qui prend parfois l'allure d'un ragtime, l'obsessionnel "Furniture" où le piano se fait mécanique déréglée. Fin tranchante avec "T2" pour deux pianos, écho sans orchestre de "Circuit": tandis qu'un des pianos se fait percussif, l'autre bondit, emporté par une virtuosité ivre d'elle-même, à peine tempérée de brefs ralentis, qui vient se fracasser une fois encore sur le silence. Tumultueux comme la vie, ce disque. Une gangue nerveuse avec un cœur secret de discrètes merveilles.

Paru en 2009 chez Bis Records / 8 plages / environ 69 minutes

Pour aller plus loin

- la page du compositeur

- la page du label Bis consacrée au disque de Graham, avec en écoute à peu près la moitié de chacun des titres.

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 8 mars 2021)

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Publié le 29 Avril 2010

Duane Pitre : "The Harmonic Series", pour découvrir l'intonation juste.

Duane Pitre n'est pas un inconnu sur ce blog (voir article notamment). Ce compositeur et instrumentiste qui circule entre New-York et San Diego est l'un des artistes majeurs des nouvelles musiques. Travaillant sur les sons longs, les drones, la microtonalité, il écrit des œuvres qui combinent avec bonheur l'instrumentation acoustique et les sons électroniques. Il a travaillé deux ans sur cette compilation de pièces écrites selon l'intonation juste (je vous renvoie à ma présentation de cette notion), disque paru en novembre 2009 sur le label Important Records. Huit titres, huit compositeurs. On y retrouve sans surprise un extrait du splendide Revelation de Michael Harrison, ce proche de La Monte Young qui fait sonner son piano comme personne. Duane Pitre donne un solo semi-improvisé de ukelin,

instrument à cordes de la famille des cithares, sans frette. "Comprovisation for Justly Tunes ukelin n°1", inspiré au départ par le koto japonais, est une merveille de délicatesse qui joue de la transparence des résonances. Musique limpide de méditation, de joie pure. Le disque s'ouvre avec "Blue Tunnel Fields" d'Ellen Fullman & Theresa Wong. La première est cette étonnante compositrice, née en 1957, conceptrice d'un instrument incroyable, à cordes longues, le "long string instrument", dont les cordes doivent atteindre entre 16  et 60 mètres et être jouées par des mains enduites de résine. Son instrument est depuis le début accordé en intonation juste, dont elle est une pionnière. Le morceau joue sur une succession de sons glissés, étirés, qui créent un continuum ondulatoire fascinant. L'auditeur se sent enveloppé de boucles sonores insinuantes, en perpétuelle métamorphose. J'imagine qu'en concert l'impression doit être extraordinaire, un véritable massage vibratoire. La compilation m'a permis de découvrir James Tenney (1934-2006) compositeur qui fut l'un des interprètes du légendaire "Pendulum Music" (1969) de Steve Reich. Le deuxième titre, "Star Primes" lui est en effet dédié par Greg Davis, artiste de Chicago qui a déjà quelques cds à son actif depuis 2001et qui travaille à la fois avec l'ordinateur portable et des instruments acoustiques. Ses recherches récentes portent sur les drones, ces sons tenus parfois en clusters denses, et sur les très basses fréquences. Ici, ces dernières, synthétiques, sont agitées de microvibrations, pulsent lentement grâce à l'utilisation de systèmes de retardement et d'écho. R. Keenan Lawler utilise une sorte de guitare préparée, guitare résonante à archet pour un extrait de "Bow Shock", longs drones scintillants comme produits par des corps à grande vitesse dans la stratosphère. Retour d'un instrument apparemment plus conventionnel avec l'accordéon de Pauline Oliveros, compositrice qui a théorisé le "deep listening", notion qui distingue l'entendu de l'écouté. Artiste du courant minimaliste et des musiques électroniques, elle joue de son accordéon accordé en intonation juste comme une déesse. L'instrument est transfiguré, éblouissant, si bien que cet extrait de "Beauty of Sorrow" est l'un des sommets du disque. La compilation se termine avec deux titres très différents.  Zachary James Watkins propose une pièce quasi orchestrale, "Country Western" pour un ensemble composé de koto, guitare préparée, violon, clarinette, saxophone, trombone, percussion, tous les instruments en intonation juste, bien sûr, voix et poème, programmation : musique extatique, en lévitation majestueuse. Puis "Stanzas set Before a Blank Surface" de Charles Curtis, nappes d'aigus à l'unisson parsemées de trous noirs, difficile, vraiment expérimental.

  En somme, une compilation indispensable pour aborder les expérimentations musicales d'aujourd'hui et, dernier titre excepté, des œuvres d'une belle tenue, très souvent superbes, qui donnent un sentiment de grande plénitude.

Paru en 2009 chez Important Records / 8 plages / 73 minutes environ

Pour aller plus loin

- le site officiel de Duane Pitre

- le site officiel d'Ellen Fulman.

- pas d'extrait du disque, alors je vous propose une video en public, plus récente que le disque :

 

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Contemporaines - Expérimentales

Publié le 27 Avril 2010

The Album Leaf / Reverse Engineering : promenades électro bucolico-industrielles.

Meph. - Tu tiens vraiment à parler d'eux ?

Dio. - Pourquoi non ? Que leur reproches-tu ?

Meph. - L'ensemble n'est pas trépidant, c'est lent, on s'endort bercé par une cornemuse à fleurs. Un disque pour boy scouts ou bergers ramollis.

Dio. - Toujours à jouer les durs, hein ? Moi, je trouve que Jimmy LaValle, après un bien joli album Into the Blue again sorti en 2006,  nous offre avec ses compères une balade reposante, sans prétention...

Meph. - ...Et sans surprise. L'électro moins l'électricité, ça donne une musique qui ne cesse de s'étirer à la recherche d'une vaine inspiration. On a envie de bailler avec eux.

Dio. - Tu es injuste. A Chorus of Storytellers, paru chez Sub pop Records, ce sont claviers mélodieux, rythmiques détendues, guitares lumineuses. Des titres gentiment post-rock, un tantinet ambient. Pour qui cherche la douceur, voilà une musique moelleuse, qui n'a pas peur d'être bucolique, rêveuse. Écoute "Summer Fog", nappe électronique et violons en apesanteur, un andante pour aujourd'hui...

Meph. - ...qui pèse des tonnes, j'en suis tout ankylosé. En apesanteur, tu parles, nous sommes aux antipodes de la légèreté. "Until the last", j'attends toujours que ça décolle, parce que pour ce qui est de piétiner dans la gazon spongieux de la section de cordes, mâtinée d'un brin de cuivres, je me sens tout visqueux, liquoreux. Et ne me parle pas de lyrisme, sinon je t'ensoufre !

Dio. - Je n'insisterai donc pas, d'autant que Jimmy n'est pas une voix impérissable.

Meph. - C'est toi qui l'as dit...

Dio. - J'aime toutefois sa diction détachée, à distance, une assez belle nonchalance.

The Album Leaf / Reverse Engineering : promenades électro bucolico-industrielles.

Passons au deuxième album du trio suisse Reverse Engineeering, Highly Complex machinery, sorti en début d'année chez Jarring Effects. Cela te convient mieux ?

Meph. - L'énergie est là, tu ne diras pas le contraire ?

Dio. - J'avais déjà évoqué leur premier disque, Duck & Cover, sorti en 2006 sur le même label. C'était impressionnant, glacial, massif.

Meph. - Oui. Un groupe marquant de la scène électronique, qui allie cette fois la puissance des musiques industrielles à la fantaisie hip-hop. Avec toujours quelques titres instrumentaux plus abstraits, comme on dit.

Dio. - L'entrée dans une nouvelle ère, celle d'un lyrisme implacable, dès le premier titre éponyme. Voix désincarnées, rythmes démultipliés en rafales de claviers, plus aucun instrument reconnaissable. D'où peut-être le recours au rap, manière d'humaniser une musique qui pourrait sembler trop machinique...

Meph. - Discutable, le rap transforme le flot verbal en mitrailleuse, en machine percussive. Chaque mot est une balle, une unité jaillissante, bondissante. Le langage se métallise pour mieux se fondre dans le beat.

Dio. - Que penses-tu des intervenants ?

Meph. - M. Sayyid, du duo de hip-hop électro new-yorkais Airborn Audio, présent sur deux titres en solo, assure comme un dieu...

Dio. - Comme tu y vas, ça m'étonne de toi, tu dérailles !

Meph. - Tu n'as rien compris ! Comme un dieu, trop bien fait, trop beau. Il manque un grain de méchanceté.

Dio. - Tant mieux. Tu as entendu la fin de "Six clicks", superbe d'abstraction et de plus en plus envahi par une atmosphère de conte de fée, avec des voix féériques, sensuelles. C'est nouveau, ça, chez eux...

Meph. - On ne peut pas se passer des femmes. Jasmine sur "Instant Art" fait son enjôleuse au cœur des rythmes graves, des scratches. Et puis il y a Diyala sur l'étonnant "World in reverse", velouté et envoutânt comme le meilleur de DJ Shadow. Titre inspiré, halluciné, là tu pourrais dégainer ton lyrisme, celui qui brûle, emporte.

Dio. - Je dégaine. "Socially acceptable", qui suit, est aussi une très belle réussite inhumaine. "Harmosaurus", le titre 10, évoque un monstre post-apocalyptique dans une sorte de préhistoire à l'envers.

Meph. - On se rejoint. Assez d'humanité. L'homme n'est qu'une transition. Blu Rum 13, l'autre rappeur, qui apparaît une fois en solo et une autre en duo sur le dernier titre avec M Sayyid, me plaît davantage avec sa voix aigre, acide, une voix à décaper toute sentimentalité.

Dio. - Ne sois pas injuste avec M. Sayyid. Le duo final, "Future Schock", est acéré à souhait, ponctué de lourdes percussions syncopées. Grand...

Meph. - Encore un effort, et on sera au niveau d'Harmonic 313...

Dio. - Beau compliment dans ta bouche !

A Chorus of Storytellers paru en 2010 chez Sub Pop Records / 11 plages / 50 minutes environ

Highly Complex machinery paru en 2010 chez Jarring Effects / 12 plages / 41 minutes environ

Pour aller plus loin

- le site officiel de The Album Leaf, pour se rendre compte que Meph est bien sévère... au fait, la cornemuse n'est peut-être pas imaginaire, on croit l'entendre (sons synthétiques, violons languissants ?)  sur le second titre, "Blank pages", le plus simplement lyrique, si j'ose encore le dire.

 

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 2 mars 2021)

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