Publié le 29 Janvier 2009

David Lang : "Child", Petite rétrospective (2).

   Deuxième disque sur le label Cantaloupe - dont le nom ne désigne apparemment pas autre chose qu'une variété de melon rond à chair orange très sucrée!, Child, sorti en 2003, rassemble cinq compositions de musique de chambre écrites pour différents ensembles européens (français, italien et suédois), toutes interprétées ici par Sentieri Selvaggi, excellente formation à laquelle j'ai déjà consacré un article. L'enfance, avec ses souvenirs, serait le lien entre les titres, qui ont en commun des thèmes, une instrumentation très proche, et une manière très particulière de transformer le flûtiste ou l'altiste en percussionniste.

   "My very empty mouth", le morceau qui ouvre l'album, tient son titre d'une phrase mnémotechnique destinée à retenir l'ordre des planètes : Mercure, Venus, Earth (Terre), Mars..., David ayant oublié le reste de la phrase...et du système solaire! Répétitions tremblées de courts fragments glissants et subtilement dissonants, comme des protestations martelées de douleur ou de jouissance, écartelées entre les éclats de la flûte et le contrepoint grave du violoncelle et de la clarinette basse, conduisent l'auditeur vers une transe insidieuse par un jeu de dérapages et d'amortis, avec un final ralenti, prodigieux lamento d'une intense beauté. C'est le premier chef d'œuvre de ce disque magistral d'un bout à l'autre, qui impose Lang comme l'un des plus grands -peut-être le plus grand en ce qui me concerne, et devant Steve Reich himself, ou à égalité à la rigueur...! "Sweet air" est la dénomination qu'employait un dentiste opérant sur son frère Isaac pour désigner un gaz hilarant destiné à lui éviter les angoisses provoquées par son intervention. Le morceau semble virevolter, léger comme un papillon, aérien. Flûte, clarinette, piano, violon et violoncelle dansent un ballet presque immobile, suspendu, qui s'approfondit après chaque brève interruption jusqu'à une troublante évanescence perturbée par le surgissement imprévu des instruments agités, menaçants, c'est le morceau suivant qui enchaîne, série de micro-tempêtes, "Short fall", hérissé de notes pointues, un tourbillon hanté par le néant..."Stick figure", le titre quatre, fait partie de ces pièces de Lang qui opposent une veine lyrique, mélancolique, incarnée par le violoncelle éploré, le piano à peine effleuré et la clarinette, à sa destruction systématique par une percussion métallique, glaciale de brièveté tranchante : le résultat est bouleversant. Le disque se termine sur "Little eye", où l'on retrouve le violoncelle, cette fois perdu dans des circonvolutions statiques, entouré d'une brume percussive due aux quatre non-percussionnistes qui l'accompagnent : on retient son souffle, tant le morceau ressemble à une sculpture diaphane d'une délicatesse, d'une douceur infinie. Un absolu de ce début de siècle, encore une fois !

Paru en 2003 chez Cantaloupe Music  / 5 plages / 43 minutes environ

Pour aller plus loin :

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 9 décembre 2020)

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Publié le 23 Janvier 2009

Fred Frith et Wu Fei : le label Tzadik à l'honneur...
  
  Le label Tzadik fondé par le saxophoniste, improvisateur et compositeur John Zorn en 1995, se consacre aux musiques expérimentales, avant-gardistes, bruitistes. Plus de 400 titres à ce jour, et un bel éclectisme. Vous le rencontrez un peu plus souvent ici depuis quelques mois, mais je trie, je reste parfois partagé, perplexe, et pas toujours emballé. Bref, je vous propose deux disques très différents sortis en 2008.
  Wu Fei est chinoise, compose pour instruments solistes, ensembles à cordes, orchestres, pour des chorégraphies et des films. Elle joue du guzheng, une cithare chinoise sur table, depuis l'âge de six ans. Après des études de composition en Chine, elle étudie au Mills College avec...Fred Frith, dont il sera question juste après ! La mélodie chinoise qui ouvre Yuan ne m'enthousiasme pas, mais la suite est nettement mieux. "Red carriage" est une impressionnante pièce pour percussion solo, le percussioniste passant du marimba aux tam-tams et au gong. En écoute, j'ai sélectionné "Yuan? Yuan! Yuan!", un solo pour guzheng préparé, autrement dite la rencontre entre la tradition et l'expérimentation dans le sillage de John Cage. La pièce suivante  mêle instruments traditionnels et l'ensemble "Percussions claviers de Lyon". Le disque se termine par "Before I wake" pour piano solo en cinq sections : c'est Stephen Drury -pianiste et directeur artistique du Callithumpian Consort, qui collabora avec John Cage et John Zorn, qui les interprète avec une intensité retenue.
Paru en 2008 chez Tzadik / 9 plages / 42 minutes environ
  
                                        
Fred Frith et Wu Fei : le label Tzadik à l'honneur...

      Et le voilà, enfin, il rôdait depuis un moment, cherchant où rentrer sur ces pages... Je ne vais pas retracer toute la carrière de ce cofondateur d' Henry Cow, groupe phare de la pop progressive expérimentale des années soixante-dix, improvisateur inventif et imprévisible, que l'on a vu aux côtés de beaucoup de musiciens importants. Incroyable Fred Frith, qui enseigne la composition et l'improvisation au Mills College déjà évoqué plus haut, qui se métamorphose une fois de plus. Car Back to Life est un disque de piano et de musique de chambre!  Avec un certain humour  et des "instruments" inattendus en sus, vous l'imaginez bien.  Le pianiste  Daan Vandewalle y interprète les sept pièces des "Seven circles" qui parsèment le disque, alternant avec des compositions pour ensemble de chambre. J'ai sélectionné pour l'écoute "Elegy for Elias", admirable trio pour le violon de Gabriela Diaz, le marimba de William Winant et le piano de ...Stephen Drury !

Paru en 2008 chez Tzadik / 7 plages / 46 minutes environ

Rien à vous proposer en écoute, alors un petit tour dans la technologie des larmes, ça vous ira ?

Pour aller plus loin :
- un site sur la cithare guzheng.

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 9 décembre 2020)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Hybrides et Mélanges

Publié le 21 Janvier 2009

Leo Ornstein, "Fantasy and metaphor" : le piano, instrument de transport(s)!
   Retour aujourd'hui vers un compositeur américain encore très peu connu, que la pianiste Sarah Cahill nous propose de découvrir. Je fais confiance, depuis quelques disques, à cette instrumentiste exigeante, infatigable défricheuse qui nous ramène des pièces magnifiques, à laquelle on doit déjà le beau disque consacré à Kyle Gann sur le même label New Albion Records - dont vous n'aurez pas manqué de remarquer qu'il est un de mes labels préférés.
  La trajectoire de Leo Ornstein, né en 1893 et mort en 2002 - vous avez bien lu, il est mort à l'âge de 108 ans, est étonnante. Pianiste prodige d'origine ukrainienne, formé au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, il est contraint d'émigrer avec sa famille aux États-Unis en 1906 pour fuir les pogroms. Installé à New-York, il est tout de suite accepté à l'Institute of Musical Art, école qui deviendra la prestigieuse Juilliard School. En 1911, il donne ses premiers concerts. Suivent les premiers enregistrements, mais le jeune Leo se passionne pour de nouveaux mondes sonores, affectionne dissonances et rythmes complexes. Le voilà futuriste, d'avant-garde, stupéfiant son auditoire par des compositions qui dérangent toutes les habitudes d'écoute. Il est au départ copieusement sifflé, déclenche presque des émeutes. On l'admire aussi : sa virtuosité fait pâlir nombre d'interprètes, et certains le considèrent comme un remarquable compositeur. Grâce à lui, le public américain découvre Schoenberg, Scriabine, Debussy, Ravel, Stravinski. Il attire les foules, sa gloire est au sommet entre 1915 et 1920. Puis il abandonne les concerts, disparaît, se retire avec sa femme, enseigne. Il ne cessera pas de composer, surtout pour le piano, avec un regain créateur dans les années soixante-dix et quatre-vingt. On l'oublie beaucoup, on lui reproche de ne plus être à l'avant-garde, car il a changé. Il ne se soucie plus des modes, mélange les styles, passant de la tonalité à l'atonalité, d'un lyrisme "ravélien" aux délices d'une virtuosité débridée. Lorsque Sarah Cahill lui rend visite en novembre 2000, il est encore lucide. Il voudrait mourir pour suivre sa femme, décédée après avoir été son épouse tant aimée pendant 67 ans, qui a inlassablement noté sa musique, transcrit ses improvisations. Mais il n'est pas si facile de mourir, constate-t-il. À sa mort en 2002, il laisse plus de 1800 pages de musique pour piano...

Le beau titre donné à ce premier échantillon de compositions de Leo Orstein reflète bien le caractère indépendant de cet homme indifférent à la célébrité, soucieux de suivre sa voie : des fantaisies, certaines assez proches de l'univers de Ravel qu'il aimait tant, et des "métaphores", terme qu'il a indiqué à son fils Severo qui lui demandait comment nommer des compositions variées n'appartenant à aucun cycle. Le choix des pièces revient d'ailleurs à Severo, qui propose un site consacré à son père. Des quinze compositions rassemblées, treize sont inédites. Toutes sont empreintes d'un bonheur harmonique constant. La musique coule d'une source pure et libre, avec une grande aisance, lyrique sans mièvrerie ou grandiloquence. Fantaisies et métaphores enchantent, distillent des sortilèges hors du temps. Mais, me direz-vous, la modernité, l'expérimentation ? Ornstein sait oublier ces diktats pour mieux nous donner à entendre son flux intérieur, pour notre plus grand plaisir. On ne cesse plus de revenir à ces pièces à la grâce fluide, qui transportent comme de vraies métaphores qu'elles sont en effet.

Paru en 2008 chez New Albion Recor / 15 plages / 68 minutes environ
Pour aller plus loin :
- le site officiel de Leo Ornstein, proposé par son fils Severo.

Léon Kroll (1884-1974) : Leo Ornstein at the Piano, 1918

Léon Kroll (1884-1974) : Leo Ornstein at the Piano, 1918

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 8 décembre 2020)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Contemporaines - Expérimentales

Publié le 15 Janvier 2009

David Lang : "Are you experienced ?" Petite rétrospective (1)
Jimi Hendrix Are you experienced ?

   Are you experienced ? est le titre du premier album du Jimi Hendrix Experience, sorti en mai 1967, et du titre éponyme de quelques minutes qui y figure. Vingt ans plus tard, David Lang reprend le titre pour une composition de plus de vingt minutes en six sections qui, plutôt qu'un arrangement, propose d'explorer le côté sombre de l'expérience hédoniste à base de sexe et de drogues évoquée par la chanson-culte. Non sans un certain sens de la dérision, la guitare électrique flamboyante et psychédélique y est remplacée par ...un tuba électrique ! Le narrateur, David Lang lui-même, raconte l'histoire d'un homme qui a pris un coup sur la tête, dont les idées se brouillent et qui finit par entendre la voix de Dieu puis celle des sirènes. Le Nouvel Ensemble Moderne donne consistance à cet étrange voyage intérieur, ponctué par une danse d'esprit encore très reichien, toute en pulsations tremblées jusqu'au surgissement rauque de voix emmêlées. Première composition d'envergure de Lang, elle est suivie d'une pièce pour deux pianos, "Orpheus over and under" (1989), méditation en deux temps sur l'espoir et la perte. Des tremolos constants font vibrer des mirages à l'horizon, escaladent le ciel en vagues successives, de plus en plus amples, intenses, avec des accalmies, des baisses de tension. Un des chefs d'œuvre du musicien, à mon sens. C'est le titre suivant, "Spud", qui explique la surprenante patate de la pochette. Comme une pomme de terre, le morceau orchestral a d'abord une forme, une cohérence, qu'il va perdre pour donner naissance à de multiples germes : une autonomisation qui débouchera sur la vie perpétuée, mais qui, d'un point de vue interne, peut être vécue comme une désintégration et une mort. Le disque se termine sur un duo agité entre un violon surexcité et un piano fiévreux, "Illumination rounds" (1982), pièce la plus ancienne que Lang dit inspirée par une sorte de balle utilisée au Vietnam, dont la trajectoire laissait dans l'air un résidu phosphorescent, si bien que l'ensemble des tirs pouvait donner l'illusion d'assister à un ballet à la fois grisant et terrifiant.

Paru en 1992 chez Composers Recordings Inc. / 10 plages / 60 minutes environ

David Lang : "Are you experienced ?" Petite rétrospective (1)

   Après cette introduction, plongeons dans les œuvres de la maturité, les "monuments", comme j'aime à les appeler, de grands corps tout d'un bloc, au format tout sauf radiophonique ou médiatique. The Passing measures, sorti le premier janvier 2001 (pour être précis, donc pas tout à fait en  2000 comme l'indique le dos de la pochette), est un long poème orchestral, quarante-deux minutes sombres, sépulcrales, pour clarinette basse, orchestre amplifié et voix de femmes, sorte de méditation sur le passage du temps. Voici ce qu'écrit Lang à son sujet : "My piece is about the struggle to create beauty. A single very consonant chord falls slowly over the course of forty minutes. That is the piece. Every aspect of the piece is on display, however - magnified, examined, amplified, prolonged. The soloist's notes are impossibly long, requiring frequent drop-outs for breath and for rest. The players are all instructed to play as quietly as possible, and then are amplified at high volume, in order to make their restraint an issue of the piece. Four percussionists scrape pieces of junk metal from start to finish, as if to accompany the consonance of the chords with sounds of dirt and decay." Il faut évidemment s'immerger dans cet océan, ce poumon géant à la jointure exacte de deux siècles, dans son effort toujours recommencé pour remonter la pente, reprendre souffle, comme un mantra surgi du fond des âges, à la lenteur exsangue et têtue. (à suivre)

Paru en 2001 chez Cantaloupe Music / 1 seule plage / 42 minutes environ

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 2 décembre 2020)

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Publié le 10 Janvier 2009

David Lang : "Pierced", jusqu'à l'os de l'âme...

   Une musique à trembler, qui soulève et qui fend, propulse au pays des choses essentielles, si loin et si près. Une musique inoubliable, un ravage, sublime chaos, chavirement. Il n'y a plus rien, le violoncelle plane au-dessus du volcan frémissant des percussions basaltiques. On n'a jamais rien écouté de tel, tout est arraché dans le décapement suprême des afféteries.

  Cela fait trois jours que je ne parviens pas à écrire ce début d'article. Comment mettre de pauvres mots sur une telle musique ? David Lang est un monstre, l'hybride suprême à la croisée du minimalisme façon Steve Reich, de l'électricité pure à la Jimi Hendrix et de l'écléctisme iconoclaste à la Frank Zappa. Trois références assumées par ce compositeur né en 1957, dont l'œuvre vient enfin d'être reconnue par le prestigieux Pulitzer price for music en avril 2008. Et aucun article en français ne salue ce compositeur génial, qui monte sur les épaules de tous les noms reconnus du minimalisme pour donner à entendre une musique totalement libérée de tous les dogmes, de toutes les chapelles. Pierced, sorti fin novembre 2008 dans la série "American Classics" de Naxos, est une bonne entrée dans l'oeuvre déjà importante de Lang. Trois nouvelles versions de pièces présentes sur des disques antérieurs, et, en ouverture, la composition éponyme, Pierced, faux concerto qui superpose deux lignes, celle du trio Real Quiet, percussion, violoncelle et claviers, et celle de l'ensemble de chambre le Boston Modern Orchestra Project. Comme d'autres compositions de David, elle a une force tellurique sidérante, c'est Vulcain surfant sur le chaos à coup d'enclumes énormes pour donner forme et beauté à l'inconnu, c'est Rimbaud sculptant à chaud sur les cordes magmatiques agitées de hoquets la langue nouvelle, inouïe, barbare et sublime à la fois. On se souvient de la création du Sacre du printemps de Stravinsky en 1913, coup de tonnerre païen et ouverture grandiose du vingtième siècle musical. Le vingt-et-unième siècle vient de commencer le 27 mai 2008 avec l'enregistrement de Pierced (composée en 2007) de David Lang.

   Le second titre, Heroin, est un arrangement hypnotique pour voix et violoncelle de la célèbre chanson de Lou Reed :
I have made very big decision
Im goin to try to nullify my life
cause when the blood begins to flow
 When it shoots up the droppers neck
 When Im closing in on death  
Le  chanteur Theo Bleckmann donne une suavité alanguie à cette ode à l'anéantissement qui atteint grâce au dialogue avec le violoncelle une dimension extatique troublante : ô séduisante mort...
   Cheating, Lying, Stealing, troisième titre du programme, date des années 1993-1995 et reste l'une des compositions majeures de David, donnée ici dans une lecture analytique, lumineuse. Quatuor composé par le trio Real Quiet rejoint par le clarinettiste Evan Zyporin, il juxtapose les timbres métalliques des percussions et du piano et les élans lyriques du violoncelle et de la clarinette, le tout dans une structure puissamment charpentée, nerveuse, qui alterne moments de quasi stase et décollements, envols éperdus. Après un tel sommet, c'est How to Pray, dont la première version figure sur Elevated (Cantaloupe, 2005), interprété ici par Real Quiet, un de ces blocs monolithiques qu'affectionne Lang, de la lave pulsante, parcourue de spasmes,
travaillée par des reprises obstinées, traversée de brèves évanescences où le violoncelle reste seul suspendu au-dessus du gouffre. La minéralité abyssale de cette musique m'impressionne au-delà de tout : c'est la prière entre les dents de Sisyphe remontant son lourd rocher dans le Tartare, la litanie coléreuse de Prométhée enchaîné au Causase.
   Wed, morceau présent lui aussi déjà sur Elevated, est un solo de piano de cinq minutes interprété par Andrew Russo de Real Quiet, pièce à la mémoire de l'artiste conceptuelle kate Ericson, morte d'une tumeur au cerveau. Le morceau oscille sur une ligne fragile, entre majeur et mineur, équilibre et dissonance. Pudique, digne, tenu, il n'est pas moins impressionnant que les autres.
  Oubliez l'étiquette "classique" si vous pensez à une musique ennuyeuse et convenue. David Lang est un classique comme Mozart, Bach ou Stravinsky, c'est-à-dire d'abord un immense contemporain qui impose sa marque propre, son univers, change notre écoute, nous confronte à l'absolu avec une salutaire violence. Ecouter David Lang, c'est plonger dans la beauté convulsive dont rêvait André Breton.
Paru en 2008 chez Naxos / 5 plages / 51 minutes environ

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 27 novembre 2020)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #David Lang - Bang On a Can & alentours

Publié le 6 Janvier 2009

Les Disques de l'année 2004 : de Pascal Dusapin à Sonic Youth.
Les Disques de l'année 2004 : de Pascal Dusapin à Sonic Youth.Les Disques de l'année 2004 : de Pascal Dusapin à Sonic Youth.
   Vous attendiez le classement de 2008 ? Mais l'année est à peine écoulée..., et puis bien des disques sortis en 2008 ne nous sont pas encore parvenus. Alors, un petit coup dans le rétroviseur, avec déjà du recul, cela ne saurait faire de mal pour des musiques à déguster, la sélection des grands crus. Classement subjectif, indicatif, non limitatif, sujet à révisions (cruelles ? non !), histoire de ne pas toujours  sacrifier sur l'autel implacable de l'Actualité, qui nous pousse en avant, hue! consomme! oublie! hue! efface le passé, n'aie plus de mémoire !
 

1.      Pascal Dusapin                  A quia                                                 Naïve

2.      Slow six                            private times in public places            If then else records

3.      Michael Gordon                Light is calling                                    Nonesuch 

Les Disques de l'année 2004 : de Pascal Dusapin à Sonic Youth.Les Disques de l'année 2004 : de Pascal Dusapin à Sonic Youth.Les Disques de l'année 2004 : de Pascal Dusapin à Sonic Youth.

4.      So percussion                   (sans titre)                                           Cantaloupe Music

5.      Annie Gosfield                   Lost signals and drifting satellites   Tzadik

6.      Psykick Lyrikah                 Des Lumières sous la pluie

Les Disques de l'année 2004 : de Pascal Dusapin à Sonic Youth.Les Disques de l'année 2004 : de Pascal Dusapin à Sonic Youth.
Les Disques de l'année 2004 : de Pascal Dusapin à Sonic Youth.Les Disques de l'année 2004 : de Pascal Dusapin à Sonic Youth.

7.      Zad Moultaka                    Zarani                                                L'Empreinte digitale

8.      Gurdjieff / Tsabropoulos      Chants, Hymns and Dances              ECM New Series

9.      Ross Daly                          Microkosmos                                    L'Empreinte digitale

10.  Sonic Youth                    Nurse                                          Geffen Records                                 

                

 

 

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 27 novembre 2020)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Classements

Publié le 26 Décembre 2008

"The Stroke that kills", survivrez-vous à la guitare électrique ?
   La guitare électrique est l'un des instruments les plus fétichisés, les plus adulés depuis l'avènement du jazz et du rock. Moins d'un siècle après sa naissance dans les années 1920, elle est devenue un instrument de répertoire, et fascine aussi bien les compositeurs de musique contemporaine. Le guitariste Seth Josel, instrumentiste renommé sur la scène contemporaine internationale, nous offre avec The Stroke that kills, paru début décembre 2008 chez New World Records, un florilège incandescent dû à six compositeurs majeurs d'aujourd'hui.
  Le disque décline la guitare électrique en solo ou jusqu'à six instruments, avec parfois adjonction de deux basses. Elle est souvent confrontée à elle-même grâce à des systèmes de retardement : voici la guitare jouant avec la nymphe Echo, jusqu'au vertige, jusqu'à l'incendie comme sur l'extraordinaire premier titre, "Until it Blazes", composition d'Eve Beglarian. Guitare radieuse, transparente, multipliée, poursuivie par les doux échos dans des cercles brûlants où émergent des notes comme des étincelles à la surface de l'océan sonore ; et puis ce crescendo final, la guitare épaissie en lave fulgurante !! Un des titres de l'année, à coup sûr, qui confirme tout le bien que je pense d'Eve (déjà célébrée ici).

Alvin Curran, que je ne présente plus (il a une catégorie à lui tout seul...), signe le second titre, scindé en trois parties de longueurs très inégales, "Strum City I, II, III", une exploration de la guitare à base de strumming, la frappe rapide et répétée finissant par produire des harmoniques ponctuées par les sons graves des deux basses : l'auditeur est emporté dans un maëlstrom, cerné par le mur de guitares sur lequel il finit projeté...il pourra souffler pendant les parties II et III, plus méditatives. Le trip continue avec "Slapback" de Michael Fiday, élève de George Crumb et Louis Andriessen, qui donne un morceau d'allure très rock, inspiré par un enregistrement en concert de Pete Townsend, le guitariste des Who, qui jouait en duo avec le son de sa guitare réverbéré par les murs. Morceau hallucinant à écouter au casque : dans la voie de droite, la performance du guitariste, dans celle de gauche, son écho déclenché un huitième de note plus tard, ce qui finit par créer une intrication formidable de rythmes et de riffs. Avec un final presque cristallin, d'une finesse inattendue après l'orage magnétique ! On doit à David Dramm, un compositeur que je découvre (tout comme Michael Fiday), le titre éponyme, pour trois guitares électriques : strumming très rythmique, d'esprit flamenco au départ (composé pour le Amsterdam Guitar Trio), plus rude aux guitares électriques, morceau à la texture très répétitive qui se charge de résonances superposées, "cassé" au bout de sept minutes par un passage introspectif, comme hésitant, en voie de reconstruction avant une reprise furieuse, syncopée, des batteries de strumming. Arrivé là, l'auditeur est prêt à tout, et ça arrive, voilà une "stoned guitar" pilotée par Gustavo Matamoros, natif de Caracas, émule de Earle Brown et donc proche de la constellation post-cagienne (derrière cet affreux néologisme, vous aurez peut-être reconnu John Cage...), qui fut le directeur artistique du Subtronics Experimental Music and Sound Art Festival de Miami. Mais "stoned" n'évoque aucune substance hallucinogène, seulement la conduite de la pièce : "Avec une pierre, remonte les cordes de la guitare depuis le chevalet jusqu'au sillet de tête." Dérive mon beau délire débâcle des cordes fusion battements navire night en perdition tout se confond dans la torsion des sons...Le disque s'achève sur "Canon for Six guitars" de Tom Johnson, composition nettement plus faible, à l'écriture trop rigide : n'est pas Bach qui veut, je sais, je suis dur, passons. De toute façon, un des albums de l'année !

Paru en 2008 chez New World Records / 8 plages / 61 minutes environ
Pour aller plus loin :
- le site du guitariste, avec quelques extraits d'autres interprétations en écoute (notamment du Berio)
- un site cofondé par le guitariste, consacré à répertorier toutes les compositions consacrées à la guitare. Avis aux amateurs !

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 27 novembre 2020)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Contemporaines - Expérimentales

Publié le 20 Décembre 2008

Zoë Keating : le violoncelle puissance 16 !
  
Zoë Keating
Zoe Keating - one cello x 16 : natoma

   Née au Canada d'une mère anglaise et d'un père américain, Zoë Keating a commencé à jouer du violoncelle dans le placard à balais de son école primaire anglaise. Suit une formation classique à New-York où sa famille a déménagé, elle participe déjà à des orchestres de jeunes ou d'adultes. Une fois réussis ses examens, elle part pour Los Angeles, où elle joue dans des groupes rock. Les collaborations se multiplient, notamment avec Raspoutina, étonnant groupe de chambre-rock, entre 2002 et 2006, avec DJ Shadow ou encore Amanda Palmer. Avec son violoncelle et son ordinateur portable ou son matériel électronique, elle joue un peu partout, dans le désert ou dans les clubs punks, les églises médiévales ou les festivals.
   Elle se consacre maintenant pour l'essentiel à sa carrière solo, utilisant le son naturel de son violoncelle pour produire plusieurs couches sonores. Le son de l'instrument est capturé en direct par plusieurs microphones disséminés sur la table d'harmonie ou le manche, enregistré en temps réel par un ordinateur qu'elle contrôle avec les pieds et réutilisé immédiatement. Le résultat sur one celo x 16 : natoma, premier CD sorti en 2005, est impressionnant. Zoë Keating s'inscrit avec bonheur dans un post-minimalisme décomplexé, entre pop et musique contemporaine. Les morceaux sont rythmés en frappant sur l'instrument, développent des atmosphères envoûtantes à base de boucles et variations sinueuses. L'un des plus beaux titres, Frozen angels, est la musique d'un film de science-fiction éponyme sorti lui aussi en 2005. A chaque écoute des premières mesures de ces anges gelés, je pense au film de Roman Polanski, La Neuvième porte, c'est dire le troublant pouvoir de cette musique à ce moment-là spectrale. Rêverie frémissante ou langoureuse, mélancolie foudroyée, incantation hypnotique, sont distillées par ce véritable orchestre de violoncelles. Je ne sais s'il faut prendre à la lettre le" x 16" du titre, mais toujours est-il que l'auditeur est enveloppé dans la tourmente majestueuse, dans les échos démultipliés des anges déchus. Seule la dernière pièce, legions (aftermath), retravaille le son de l'instrument en l'étirant. Un disque hanté, qui vous hantera longtemps, longtemps...Le disque a été enregistré dans son studio personnel au 964, rue Natoma, à San Francisco.

 

 

Paru en 2005 / 8 plages / 53 minutes environ

Pour aller plus loin :

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

- le site officiel de Zoë Keating.
- Zoe Keating en concert en décembre 2013

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 27 novembre 2020)

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