Publié le 7 Août 2020

Claudio F Baroni - Motum

   Compositeur de musique expérimentale, Claudio F Baroni vit et travaille à Amsterdam. Il a étudié le piano et la sonologie en Argentine, puis la composition au Conservatoire Royal de La Haye, notamment avec Louis Andriessen. Motum signifie "mouvement", thème central des trois pièces rassemblées sur l'album.

   La première composition, in Circles II, en quatre mouvements de durée assez voisine, chacun entre huit et neuf minutes, est pour quatuor électronique, interprétée par l'Ensemble Modelo62. Le quatuor est composé de claviers (Teodora Stepancic), d'un violoncelle (Jan Willem Troost), d'une guitare électrique (Santiago Lascurain) et de percussions (Klara van de Kettrij). Dès le début, on glisse sur les sons par une série de glissandos : ils se succédent, se chevauchent, se mêlent, de telle sorte qu'on ne sait plus très bien à quel instrument on a affaire. Ce sont des corps sonores en mouvement qui nous entraînent dans un monde de traînées lumineuses, de résonances mystérieuses. Nous sommes comme environnés d'auras sonores à la courbe sensualité, ponctuées de touches percussives délicates. Le second mouvement  prend des allures orientales épurées avec les percussions qui sonnent comme des gongs, des bols chantants : c'est splendide, je pensais à Kaija Saariaho et ses Six jardins japonais. L'attention portée au son, saisi à la fois dans son origine et son développement dans la durée, ne sont pas sans rappeler aussi l'esthétique raffinée de Giacinto Scelsi. C'est une musique de l'intensité, non par la puissance, mais par la présence, la qualité harmonique, qui fait de chaque pièce une cérémonie. Peu à peu, on ondule avec la musique, son balancement extatique, comme dans le troisième mouvement, où les glissandos semblent s'enrouler autour de notre âme qu'ils caressent avec une infinie suavité. Le quatrième mouvement joue plus avec des notes percussives de hauteurs différentes, le clavier se faisant piano pour se mêler aux percussions. Les couleurs sont somptueuses. La pièce propose une série de plateaux hiératiques, comme une longue montée contemplative. Un chef d'œuvre !

   La seconde composition, Solo VIII-Air pour orgue, est interprétée par Ezequiel Menalled et le compositeur lui-même.  C'est un orgue qui semble respirer, tout entier enraciné dans des frottements à la limite de l'imperceptible, des drones. On y entend l'air devenir musique par une série de lentes et imprévisibles métamorphoses. Des surgissements, des grondements, soulèvent quelque chose de tellurique, de formidable. L'air rentre en fusion, il est fracturé de puissantes explosions graves, striées d'échappées plus aiguës. Nous sommes dans l'antre de Vulcain, au cœur d'une fournaise pulsante en expansion. Le son se volatilise, dirait-on, pour se solidifier en strates, en blocs filants qui s'échappent, s'éloignent, pour ne laisser subsister que la forge rougie traversée de sons déchirants, déchirés, et tout retourne vers le silence... D'une impressionnante, foudroyante beauté.

   Le Quarteto Prometeo interprète Perpetuo Motum, dernière œuvre du disque, fabuleux opéra ou ballet pour cordes glissantes qui s'entrecroisent, tissant une toile frémissante en perpétuel mouvement comme le veut le titre. D'où une dimension vertigineuse qui pourrait saturer et fatiguer l'oreille s'il n'y avait des chutes de tension, des ralentis bienvenus pour la reposer. Mais c'est indéniablement la pièce la plus difficile, à moins de l'écouter à volume plus doux que les précédentes, même si un long descrecendo occupe la seconde moitié de ces douze minutes et treize secondes.

Pièces préférées : les deux premières, qui occupent les quatre cinquièmes de l'album.

Paru en juin 2018 chez Unsounds / 6 plages / 62 minutes environ

Pour aller plus loin :

- la page d'Unsounds consacrée à Motum

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

Claudio F Baroni, photogrphie par Isabelle Vigier, 2018

Claudio F Baroni, photogrphie par Isabelle Vigier, 2018

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Publié le 20 Juillet 2020

Machinefabriek with Anne Bakker - Oehoe

   Oehoe est la rencontre de l'expérimentation électronique de Rutger Zuydervelt, alias Machinefabriek, prolifique et bouillonnant compositeur néerlandais régulièrement présent sur ce blog, avec les improvisations vocales sans parole de sa compatriote Anne Bakker, altiste et violoniste. Les deux artistes ont déjà plusieurs collaborations à leur actif, par exemple Short Scenes sorti fin 2018. Rutger enveloppe les vocalises et les arrangements minimalistes de cordes d'Anne dans des paysages sonores sortis de son imagination, puisque nulle parole n'indique un sens prédéfini.

   Une courte introduction nous plonge dans un onirisme océanique mœlleux, sorte de chant de sirène qui appellerait l'auditeur à venir se noyer dans les volutes vocales. Le titre suivant contient d'ailleurs le mot "sirène". Laquelle semble rejointe par des miaulements, des ronronnements de synthétiseurs. On se laisse glisser dans une douce hypnose rythmée, agrémentée de friselis de cordes. Le troisième titre éponyme fait songer à la polyphonie de la Renaissance, le clavier se fait clavecin pour une extatique suavité. "Harrewar", d'abord plus dissonant, bruitiste, n'est pas dénué d'un lyrisme orchestral aux accents dramatiques, avant une splendide coda en apesanteur, la voix en échappée libre sur un battement obstiné. Tout semble se brouiller avec "Stuiver", les cordes enchevêtrées avec l'électronique, mais la voix se détache, à la fois presque médiévale et moderne par ses parasitages. L'atmosphère est étrange, hantée par des surgissements divers comme au ralenti. Pour la deuxième version de "Oehoe", le clavecin revient, ponctue la voix doublée par les cordes, l'ensemble est doucement solennel. "Schim" navigue en eau profonde, tout paraît nous parvenir par écho à travers une grande épaisseur liquide, avec des frottements caverneux. La sirène n'est plus qu'une ombre émettant des souvenirs de sons. Elle ressurgit au premier plan de "Stemmig", court interlude en forme d'incantation fantaisiste. Le titre suivant, "Voorwaarts" (Vers l'avant), le plus long de cette série de pièces assez courtes avec ses presque cinq minutes, pourrait être une gigue, mais enveloppée d'une gangue sourde, qui prend l'allure d'un morceau de techno minimale habité par des phrases élégiaques décalées de cordes et un intermittent habillage électronique tout en rondeur glauque. L'album se termine avec la troisième version du titre éponyme, à nouveau habile détournement de musique ancienne avec clavier/clavecin et polyphonie raffinée un peu explosée.

    Rien à dire : c'est du beau travail sonore, plaisant à écouter. Je regrette pour ma part que rien ne soit développé. Je comprends le projet, on a évidemment le droit d'écrire des pièces courtes, des esquisses qu'il appartient à l'auditeur de prolonger. Peut-être ai-je trop écouté les longues pièces antérieures de Machinefabriek...

Paru en juin 2020 chez Where to know ? Records / 10 plages / 27 minutes environ

Pour aller plus loin :

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

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Publié le 19 Juin 2020

Michael Vincent Waller- A song

   Depuis ses débuts en 2014 avec Five Easy Pieces puis Seven Easy Pieces  pour piano solo, je défends l'œuvre de Michael Vincent Waller, jeune compositeur new-yorkais qui a étudié avec La Monte Young et Bunita Marcus. Ont suivi trois albums : The South Shore en 2015, un ensemble de petites pièces pour piano ou musique de chambre ; Trajectories en 2017 pour piano, avec deux pièces pour piano et violoncelle ; puis Moments en 2019 pour piano solo (surtout) et vibraphone solo.

Michael Vincent Waller photographié par Tim Saccenti

Michael Vincent Waller photographié par Tim Saccenti

   L'improvisation est pour Michael Vincent Waller avant tout une pratique privée, quotidienne, qui a son existence propre à côté de la composition elle-même. Disons qu'elle est une porte d'entrée plus intime, plus libre, à son monde intérieur, sans qu'il y ait un quelconque hiatus avec l'écriture. C'est une écriture qui prend son temps, cherche, et nous cherchons avec l'improvisateur. Voilà ce qui est fascinant avec A Song, improvisation pour piano solo d'environ vingt-et-une minutes, enregistrée en une seule prise. Une note répétée trois fois, lentement, avec un rebond de deux autres, puis une et deux encore, et une quasi reprise du motif, déjà légèrement varié, A Song avance comme à tâtons, mais avec détermination, doux carillon sur le fil des résonances. C'est une avancée modeste, obstinée, qui revient au motif, qui creuse, qui s'intensifie brièvement, puis le fil se distend, la mélodie se trouve, quelque chose emporte, quelque chose chante, un oiseau dans la pureté de l'aube sur l'arbre qu'on ne voit pas. Un léger balancement, puis autour de six minutes, une cadence monte de très loin. Les arpèges s'enroulent dans un climat de grande douceur, de joie aussi qui suscite des boucles vibrantes. L'émotion gagne en même temps que la ferveur, ponctuée de belles accalmies. Le chant s'est frayé un chemin, le piano joue dans tous les registres, se fait orchestral, buissonne au cœur du chant dans un réseau d'entrelacs introspectifs, tout en cherchant encore au fond des taillis du silence. La musique semble écouter des frémissements inaudibles, auxquels elle répond dans une lente extase, elle emprunte un chemin bordé d'herbes sauvages, est gagnée par une fougue folle éclaboussée d'aigus. Elle s'abandonne au chant, à l'égrènement mystique des notes, à la beauté rayonnante qui l'emplit soudain de frémissements. Elle n'en finit pas d'explorer son thème comme une abeille butineuse avant une coda énergique se résorbant en un ralenti pensif. Cette musique coule de source parce qu'elle se laisse gagner par l'intérieur, sans a prioris dogmatiques, sans volonté d'en mettre plein les oreilles. Bien sûr, des oreilles techniciennes y trouveront tel ou tel schéma, procédé. Ma lecture improvisée a tenté de suivre le chemin pris par Michael dans sa quête inlassable d'une pureté essentielle. Chez lui, le post-minimalisme, est, si j'ose dire, décanté par l'âme, rafraîchi par une naïveté lumineuse, pour le plus grand bonheur de l'auditeur.

Paru en juin 2020 chez Longform Edition / 1 plage / 21 minutes environ

Pour aller plus loin :

- piste numérique en écoute et en vente sur bandcamp :

Une des illustrations du livret numérique

Une des illustrations du livret numérique

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Publié le 13 Juin 2020

29 pièces pour piano, alto, échantillonneur et électronique

29 pièces pour piano, alto, échantillonneur et électronique

Image de "Scènes de Seine", film de Christian Jacquemin

Image de "Scènes de Seine", film de Christian Jacquemin

(Nouvelle mise en page + illustrations sonores / Émission du 1er juillet 2007 ) Nouvelle conception, nouvelle parution !
David Shea : Il était temps de lui rendre un vibrant hommage ! Et de souligner l'importance d'un label comme Sub Rosa (cf. l'article, et le site de ce label belge), sans doute l'un des plus radicaux, des plus décalés depuis au moins vingt ans, mais bien sûr fort mal distribué en France. J'ai heureusement fini par trouver un bon filon pour me procurer les disques précieux sous la Rose, ainsi que de très nombreux labels passionnants : nulle doute que l'émission et ce blog y gagneront encore en diversité surprenante. Tout est parti de l'un des derniers disques de David, The Book of scenes, une œuvre pour alto, piano et électronique.
   Né dans le Massachusetts en 1965, David Shea s'installe à New-York en 1985 après des études musicales. Il est alors actif dans des collectifs comme Cobra, se produit avec l'ensemble de John Zorn notamment, travaille comme DJ dans divers clubs, écrit de la musique pour des films. Adepte de l'improvisation libre et de l'électronique, il s'interesse depuis le début des années 90 aux échantillonneurs, qu'il a contribué récemment à perfectionner.Continuant à participer à des concerts, il est attentif à faire de l'échantillonneur un instrument à part entière, qui joue sa partition comme les autres et peut même se produire en solo. Sa production récente associe instrumentistes et échantillonneur pour produire soit des "symphonies" d'un nouveau type, où le matériau acoustique est fondu dans un prodigieux travail sur le son, comme en témoignent les albums Satyricon ou Tryptich, soit des mises en scène de chambre, où l'électronique enveloppe les instruments dans une ambiance sonore qui n'est pas sans rappeler les musiques de film. Chorégraphes et vidéastes font souvent appel à lui, tant ses musiques suscitent des images, comme vous allez le voir. Il a une vingtaine de disques à son actif, participe à de nombreux festivals et vit maintenant à Bruxelles.
   Écrit pour le pianiste Jean-Philippe Collard-Neven et l'altiste Vincent Royer, ce Book of scenes propose vingt-neuf courtes scènes dont le principe exposé par le compositeur est à peu près le suivant : les instrumentistes, en direct, réagissent aux stimuli de leur environnement, échangent leurs rôles, considèrent ce qu'ils viennent de jouer comme des échantillons qu'ils retravaillent, arrangent, abolissant de fait la frontière entre l'acoustique et l'électronique, entre musique écrite et improvisation. Chaque pièce est un microcosme fascinant de précision délicate, avec des moments de grâce, des surprises continuelles : la musique convoque les éléments, les matières, les moments, les formes, pour inventer une beauté sauvage d'une légèreté rarement atteinte. Rien en elle qui pèse ou qui pose, pour paraphraser le poète... Un chef d'œuvre à découvrir !
Image de "Scènes de Seine", film de Christian Jacquemin

Image de "Scènes de Seine", film de Christian Jacquemin

Une symphonie électronique !

Une symphonie électronique !

Sous la Rose, le Diable, probablement...

   Tryptich, à mon sens une véritable symphonie électronique en trois mouvements, même s'ils sont d'origine diverse, est une œuvre ambitieuse, qui brasse cultures et textures dans une constante magnificence sonore. Christian Jacquemin a choisi un extrait de la troisième partie pour sonoriser un petit film étonnant , Scènes de Seine, inspiré par le livre Espèce d'espaces de George Perec (un peu de patience pour la vidéo : une minute avec le texte de Perec en off, puis plus de quatre minutes d'images et musique pures.... L'adéquation entre les images de synthèse et la musique est totale. Exemples d'images au long de l'article.

Image de "Scènes de Seine", film de Christian Jacquemin

Image de "Scènes de Seine", film de Christian Jacquemin

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Publié le 8 Juin 2020

Shannon Wright - Providence

   C'est en remettant en page un article consacré à Antony and the Johnsons que j'ai retrouvé Shannon Wright, à laquelle j'avais alors consacré des lignes rapides. Son album Secret Blood venait de sortir, déjà chez Vicious Circle. Me voici donc à fouiller sa discographie récente. Et j'écoute quelques titres. Et je m'enthousiasme pour Providence. Piano, voix, la veine intimiste. Des mélodies évidentes, des boucles envoûtantes. La voix déchirée, voilée, doucement rauque, caressante, implorante. Des chœurs en écho sur "These Present Arms", dans une atmosphère irréelle, embrumée : « All the harmonies / Swinging side to side / And your eyes reveal nothing  // So goodbye / So long to you / Let's just turn out the light » Chaque texte évoque sobrement, pudiquement, des histoires qu'on sent personnelles, vécues, bouleversantes. C'est "Close the door", une histoire d'amour-propre et de séparation : « You and your pride (?) / ??? / Such a price to pay », qui rapproche subtilement "pride" et "price", le prix à payer. Les mots sont presque chantés du bout des lèvres, mais le piano étincelle, comme s'il chantait une liberté retrouvée. "Someday" chante au contraire que rien n'est perdu, peut-être : «  You and some part of me / Cavaliers / In a softest light / If it was you that cried » Au piano solo, le titre éponyme est nostalgique, lyrique, un peu fou, dans la mouvance d'une belle écriture minimaliste, et l'on pense bien sûr à son association avec Yann Tiersen. Cette musique coule d'évidence, elle tutoie la grâce, la lumière, le mystère. "Wish You Well" nous plonge dans des cercles incantatoires, avec un harmonium enveloppant, des voix échappées en arrière-plan, et la seconde moitié s'abandonne à nouveau au piano seul, qui distille une atmosphère orientalisante, presque soufie d'extase suspendue, comme dans certaines pièces de Georges Ivanovitch Gurdjieff. Très étonnant, superbe ! Ce disque magnifique, trop court à mon goût, se termine avec "Disguises", sur l'enfermement dans les déguisements, les mensonges, tapissé d'échos menaçants en sourdine, avec une coda glissante, aspirante, comme si l'abîme avalait le tout.

Paru en septembre 2019 chez Vicious Circle / 7 plages / 33 minutes environ

Pour aller plus loin :

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

Shannon Wright - Providence

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Publié le 1 Juin 2020

Maninkari, musiques de transe et d'extase

   Maninkari ? Ce sont Frédéric et Olivier Charlot, deux frères, deux parisiens, les créateurs de cette musique "chamanique", comme ils aiment justement à dire. Expérimentale, onirique, extatique, combinant drones et une multitude d'instruments divers, selon les albums : santour, cymbalum, doudouk, alto, synthétiseurs, percussions, tambours de cadre, violoncelle, mélodica, guimbarde, voix, orgue, sons de terrain, bodhrán, zurna, marimba, etc. On le voit : ils manient aussi bien des instruments traditionnels, classiques, que résolument contemporains. Ce qui compte, c'est la création d'une ambiance, d'un climat de méditation, de fusion. Écouter Maninkari, c'est couper les ponts avec la réalité habituelle, rejoindre les grands courants telluriques, les vents dans les plaines de Mongolie, les tempêtes de sable dans les déserts. Leur musique rejoint les traditions ésotériques, soufies, mystiques. Le langage lui-même est emporté dans un continuum qui le fait dériver : là, l'océan rêve dans sa loisiveté, et peut-être rencontrerez-vous le vestige à demi-oublié d'un rêve (the half forgotten relic of a dream). Ils ne cessent de retravailler leurs sessions, comme si toute musique découlait d'une source commune qu'il ne s'agit plus que de remettre en forme, d'habiller d'autres instruments, de dilater, de réinventer de l'intérieur, par le souffle. Depuis 2007, ils n'ont cessé de traverser l'écho (Crossing the echo). Ils ont tiré le diable avec ses cheveux, inventé l'art des poussières. Leurs pochettes sont ornées des dessins étranges d'Olivier Charlot, qui publiera bientôt un livre illustré muet (voir ici) composé de six histoires alchimiques et poétiques dans une atmosphère lunaire en noir et blanc.

Dessin pour Oroganolaficalogramme

Dessin pour Oroganolaficalogramme

Le monde selon Maninkari (cliquez pour agrandir)Le monde selon Maninkari (cliquez pour agrandir)Le monde selon Maninkari (cliquez pour agrandir)
Le monde selon Maninkari (cliquez pour agrandir)Le monde selon Maninkari (cliquez pour agrandir)Le monde selon Maninkari (cliquez pour agrandir)

Le monde selon Maninkari (cliquez pour agrandir)

Discographie sélective :

- Art des poussières (Conspiracy records, 2008)

- Un souffle de voix (Neuropa records, 2009)

- The half forgotten relic of a dream (three:four records, 2011)

- L'Océan rêve dans sa loisiveté (three:four records, 2014)

- Continuum sonore (part 7 > 14) (Zoharum, 2014)

- Oroganolaficalogramme (ferme-l'œil, 2016)

- L'Océan rêve dans sa loisiveté (deuxième session) (Zoharum, 2017)

- L'Océan rêve dans sa loisiveté (troisième session) (three:four records, 2019)

Autre dessin d'Olivier Charlot

Autre dessin d'Olivier Charlot

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Hybrides et Mélanges

Publié le 25 Mai 2020

Alvin Curran - Inner Cities
(Nouvelle parution d'un article initialement mis en ligne le 8 mai 2007 après une première émission spéciale consacrée à Alvin. Illustrations sonores en plus )
Le piano intérieur (1)
   En ce dimanche où l'actualité triomphe, il aura pu paraître incongru de diffuser une musique aussi déconnectée de tout que celle d'Alvin Curran. Mais justement, il me semble urgent, vital, d'inviter la musique de la long(ue) distance (ce beau nom de label...) dans le débat, de creuser les apparences pour retrouver le réel enfoui sous le spectacle. Né én 1938, Alvin Curran étudie avec Elliott Carter, fréquente Morton Feldman, John Cage, fonde l'ensemble Musica Elettronica Viva avec Steve Lacy, Richard Teitelbaum et Frédéric Rzewski, ensemble qui, entre 1966 et 1971, se livre à de très libres improvisations. Compositeur éclectique, il écrit des oeuvres instrumentales, électroacoustiques, crée des pièces radiophoniques, réalise des installations sonores qui relient plusieurs pays, collabore à des ballets, bref est incontournable dans l'univers des musiques nouvelles, innovantes, sans pour autant jouir de la notoriété d'autres compositeurs américains de sa génération comme Steve Reich par exemple. C'est que l'artiste rebondit sans cesse, étonne par des projets imprévus ou difficiles à médiatiser, déjoue toutes les étiquettes. A des musiques explosives, tonitruantes, succèdent des compositions méditatives. A côté des collages qui mêlent bruits, cris, cornes de navire, sections déchaînées de cuivres rutilants, il y a la musique pour piano, déjà entendue dans cette émission(voir le 18 février pour un disque magnifique..), trop peu entendue pourtant. Il y a ces Inner Cities, ces onze pièces d'une durée totale d'environ quatre heures trente que le pianiste flamand Daan Vandewalle aime interpréter intégralement dans certains festivals, réunies dans ce coffret de quatre disques (avec livret en français, distribué par Harmonia Mundi) sorti en 2005. Les quatre premières font l'objet de cette première émission spéciale. Trois pièces méditatives, chacune d'une durée comprise entre vingt et trente minutes, et une quatrième pour piano-jouet d'un peu plus de sept minutes : le début d'un cycle majeur, l'un des premiers monuments de la littérature pour piano du vingt-et-unième siècle après les études de Pascal Dusapin. J'ai pensé d'abord à Morton Feldman, pour cette manière de dérégler le temps, de le distendre de l'intérieur, à John Cage pour la fabuleuse liberté, légèreté d'une musique qui semble toujours improvisée, naissante, insoucieuse de sa fin, à Gurdjieff pour sa simplicité, sa limpidité confondante, et puis je n'ai pensé à rien qu'à la musique...Compte-rendu d'une Expérience, ces quelques mots :
  Où vont ces notes, ces sons que la nuit égrène du bout de ses doigts aventureux ? Nul projet, pur jet, dépot de notes rejouées à satiété. Musique obstinée qui glisse dans les failles pour troubler l'inconnu, surprendre les secrets du dedans. Inner Cities, labyrinthes éclos au détour de quatre notes qui ne formaient qu'à peine une mélodie. Rien ne se joue, tout se déjoue, se troue. La musique est avènement, pure et miraculeuse immanence pour qui s'y abandonne dans l'oubli de tout. Il faut accepter de ne plus rien attendre pour que tout nous soit donné par surcroît, par surprise. Alors qu'on pense entendre les pas feutrés de la mort, on découvre les vertus du silence, prélude aux jaillissements cristallins, aux grappes résonnantes, aux escaliers martelés du descendre dans la spirale vertigineuse du moi. Balbutiements sublimes, tâtonnements féconds zébrés de fractures qui nous échouent soudain sur des plages inconnues traversées dirait-on par les sources radieuses de l'Énergie.
 
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Paru en 2005 chez Long distance / 4 cds / 11 plages / 4h 24 environ

 

(Addendum)

   J'aime bien cette vidéo pour Inner Cities 5, en direct du Horse Hospital de Londres, le 29 juin 2013, six ans après mon article initial. Au piano, Justin Snyder. La vidéo passe au noir un peu avant 4' - pour y rester !, et c'est parfait, dans la mesure où la musique d'Alvin est en effet une œuvre au noir...

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Publié le 24 Mai 2020

Spéciale Graham Fitkin

  (Remise en page et illustration sonore de cet article - non retouché par ailleurs - du 2 avril 2007 effectuée le 22 mai 2020 )

   Graham Fitkin, pour moi, c'était devenu au fil des années surtout Slow, un morceau de plus de vingt minutes qu'un ami m'avait enregistré sur une cassette. Le disque n'était déjà plus disponible. Je l'avais laissé passer, on ne saurait tout acheter, n'est-ce pas ? Je ne pouvais écouter l'enregistrement que sur un appareil radio-cassette dans la cuisine. J'écoutais Slow en faisant des tartes, en épluchant des légumes, et chaque fois la magie opérait, même avec ce son de piètre qualité. Le temps se dilatait, j'aurais pu cuisiner des heures : pâte à tarte et pâte sonore, en somme, faisaient bon ménage. L'énergie vibrante et mystérieuse de cette musique, je suis sûr qu'on la retrouvait dans les plats qui sortaient alors de mes mains. D'autres musiques sont venues me distraire, m'incanter. Je n'ai jamais oublié Slow. Depuis quelques jours, je l'ai même retrouvé, le CD avec son livret, par internet. L'évidence s'est imposée : je devais consacrer au moins un article à Graham, dont j'ai aussi retrouvé la trace. Car sa musique, après la suppression du label Argo, chez Decca, avait disparu des bacs. Je le croyais en panne d'inspiration. Sont rassemblés  ici des extraits de trois des quatre disques publiés chez  Argo dans les années  1990.

Graham Fitkin Hard Fairy

Graham Fitkin  :   Aract / Fervent (pistes 1 et 2, 17' 43)
        extraits de  Hard Fairy (Argo, 1994)  Graham en duo de pianos avec  Eleanor Alberga sur "Aract", puis seul sur  "Fervent". Fougue et intériorité, exubérance et mélancolie alternent selon la manière caractéristique de ce compositeur britannique né en 1963 , qui a travaillé aux côtés de  Louis Andriessen aux Pays-Bas entre 1984 et 1986 avant de fonder à son retour en Angleterre le Nanquidno Group, ensemble qui réunissait quatre pianistes sur deux pianos. La formation fut dissoute en 1990, mais Graham a beaucoup écrit pour un ou plusieurs pianos. Plutôt constructiviste que coloriste, il aime le piano pour sa neutralité. S'il utilise parfois des structures répétitives ou des processus, l'étiquette de minimaliste ne lui convient guère. Il joue de motifs brefs et contrastés qu'il juxtapose dans des structures élaborées : les pièces courtes peuvent évoquer Erik Satie ou Federico Mompou, hors du temps, tandis que les œuvres longues n'appartiennent qu'à lui.

Ci-dessous "Fervent", la version du disque, avec une autre pochette.

                                  Slow (p.3, 24' 51), extrait de Slow, Huoah, Frame (Argo, 1992)

Une constante tension née de la juxtaposition méthodique de nappes d'orgue extatiques, de brisures nerveuses des cordes, et d'une ligne de violoncelle au lyrisme ensorcelant fait de "Slow" une œuvre inoubliable. Aujourd'hui encore, et je troquerais toutes les Neon Bible du moment pour emporter Graham sur une île déserte !
  

Graham Fitkin Piano Circus

                            Log (p.1, 17' 24) de repos élégiaques. D'une beauté frénétique et vivifiante !!

             extrait de Log, Line, Loud (Argo, 1992), est un bel exemple du style Fitkin. Œuvre pour six pianos interprétée par le Piano Circus, formation créée en 1989 pour exécuter Six Pianos de Steve Reich, "Log" enchevêtre de nombreux motifs en une structure au dynamisme incroyable troué çà et là.

 

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Rédigé par dionys

Publié dans #Graham Fitkin