Publié le 4 Juillet 2012

Kate Moore - The Open Road

   Née en 1979 et formée notamment par Louis Andriessen, ayant participé à des séminaires dirigés par David Lang, Julia Wolfe et Michael Gordon, Kate Moore, australienne née en Angleterre et vivant souvent aux Pays-Bas, reçoit depuis quelques années de nombreux lauriers et compte déjà un catalogue impressionnant. The Open Road est un cycle de mélodies inspirées par Song of the open road extrait des Feuilles d'Herbe (Leaves of grass) du poète américain Walt Whitman. L'auditeur est invité à emprunter la route ouverte de la vie pour découvrir les merveilles du monde. Il s'agit en somme d'une invitation au voyage, à la fois physique et métaphysique.

   Je commencerai par mes réticences. J'apprécie peu les deux instrumentaux, "Mystic Trumpeter" et "The Open Road", respectivement titres 8 et 12 : la trompette et l'orgue poussent des hymnes convenus, d'un transcendantalisme pompier qui a failli empêcher de naître cet article, je suis comme cela. Heureusement, le reste est superbe, justifie amplement l'achat du disque. C'est l'alliance de la voix de Michaela Riener et de la harpe d'Eva Tebbe qui porte le cycle.

   L'album s'ouvre sur un solo très sobre de harpe, "Lyre" : quelques notes égrenées, reprises, dans un jeu patient d'infimes variations. Musique de seuil, presque immobile, qui se recueille pour la route à venir.

Kate Moore - The Open Road

   S'élève alors, par-dessus la harpe tranquille, la voix limpide de soprano de Michaela Riener qui, dans "We must not stop Here", dit la conviction qu'il ne faut pas s'arrêter trop tôt, ni longtemps, dans le voyage à peine entrepris. La harpe avance avec obstination, se fait rugueuse, percussive, tandis que la voix s'élance vers les cieux. On va rester à ce niveau jusqu'à "Spin Bird", deuxième solo de harpe, magique : roulements de notes dans une sorte de pulse très intense rythmé par des crenscendos / decrescendos. Entre temps, il y aura eu "Whoever You are, Come Travel with Me", où Michaela a les inflexions d'une Dagmar Krause chantant Kurt Weill ou Hans Eisler, dans une mélodie avivée par des dissonances, des accélérations émaillées de fortissimos. "Journeyers" fait entendre une autre voix, celle d'Eef van Breen, plus charnelle, un peu érayée, sur une véritable chanson de cabaret incantatoire, au dynamisme sans cesse relancé. Par contraste, "Whoever You ar Come forth", le titre 5, est une invite dépouillée, au lyrisme d'abord austère, sur de légers grelots et frottis percussifs bientôt rejoints par le célestat dont les marteaux et les notes hypnotiques accompagnent les montées flamboyantes de la voix. Un des grands moments du disque !

Kate Moore - The Open Road

   La voix semble se perdre dans les sphères éthérées avec "We will Sail" : « We will sail pathless and wild seas ; / We will go where winds blow, waves dash... / Allons ! with power, liberty, the earth, the elements ! / Health, defiance, gayety, self-esteem, curiosity ; / Allons ! from all formules ! / From your formules, / O bat-eyed and materialistic priests ! / The stale cadaver blocks up the passage - the burial waits no longer. Allons ! take warning ! » Avec une détermination farouche, la voix se laisse suavement déraper dans l'inconnu... Une douceur sublime empreint "The Road is before us / You Flaagge'd Walks", au cours duquel d'autres voix féminines et masculines viennent fugitivement s'enlacer à la voix brûlante de douceur de Michaela : si vous n'êtes pas alors conquis, je ne puis plus rien pour vous ! "I Will be Honest with You" - Michaela jouant aussi de l'orgue et parfois doublée par la voix d'Eva Tebbe - a la grâce alanguie d'une mélodie de Purcell : une avancée sereine vers l'intemporelle beauté tant cherchée. "They Too Are on the Road" est une envoûtante psalmodie célébrant dans une ambiance à la fois feutrée et solenelle les "habitués of many distant countries" et tous les marcheurs, contemplatifs, curieux, en route. Cette route qui n'a pas vraiment de fin ni de début occupe le dernier titre, le plus long, plus de six minutes : se scelle à nouveau la pure alliance entre le chant magnifique de Michaela et la harpe d'Eva. La vision s'élargit aux dimensions de l'univers au long de cet hymne chantourné qui coule de source.

   Il est temps d'oublier les scories : voilà un disque admirable !

Kate Moore - The Open Road

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Paru en octobre 2010 / Belle édition très limitée du Cd avec livret présentant tous les textes et des photographies de Simon Del Favero, apparemment autoproduit / 13 titres / 50 minutes.

Pour aller plus loin

- À noter qu'elle vient de sortir un nouveau disque, disponible seulement en vinyle ou en téléchargement...Et qu'une de ses compositions figure à la fin du dernier double album du Bang On A Can All-Stars, Big, Beautiful, Dark And scary, dont je vous reparlerai peut-être.

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 27 avril 2021)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Contemporaines - Expérimentales, #Grandes Voix

Publié le 24 Juin 2012

Gul de Boa - Le Chant des peaux si bleues

Il n'est jamais trop tard pour découvrir un artiste qui s'est accompli dans votre dos, en catimini. Gul de Boa en est ainsi à son cinquième album. Et ça fait sacrément du bien d'entendre de vrais textes sobrement et efficacement mis en musique. Et en français...

Meph. - Arrête, tu plaisantes ? Il n'anonne pas en anglais comme tous les fatigués de la langue et les pressés de gagner du pognon en s'exprimant dans la langue du marketing souriant qui n'a plus rien à voir avec celle de Shakespeare ?

Dio. - En amoureux de la langue, il la cajole pour parfois la disloquer à la manière d'un Jean-Pierre Brisset : ainsi, le chant des possibles devient au fil des redites le chant des peaux si bleues. La voix tour à tour incisive et limpide ou plus grave et rocailleuse, bien timbrée, se fait mordante, sensible, s'emporte et s'enflamme dans un environnement musical plutôt rock, très électrique. Splendide guitare sur plusieurs titres, "Le Pavé numérique" dès le départ, ou "Cocotte minute", et surtout les magnifiques "La fucking guitar" et "Un peu".

Meph. - Guitare, contrebasse, batterie : et basta, pas besoin de tout un équipement technologique élaboré. Une touche de piano çà et là, rien de plus.

Dio. - Avec des textes en prise sur notre quotidien, mais vu avec malice, comme dans le premier titre, "Le Pavé numérique", ou le parodique "Cocotte minute", histoire d'un petit malfrat d'aujourd'hui intoxiqué par la société de consommation dont « Les cocottes sont (l')unique proie". Mais je me doute que certains titres ont plus particulièrement ta faveur...

Meph. - "Masochiste", confession hilarante d'un adepte de Sacher-Masoch. Ici, amour rime intérieurement avec...labour, délicieux à-peu-près : « Tape-moi sur le système / Prends moi le chou / Pousse-moi à bout / Fais-moi monter dans les tours / Sur mes grands chevaux / De labour, mon amour, / Et aux rideaux. » Et puis "Ton cul", plus pudique que ne le laisse penser le titre, et j'aime ce genre de décalage. Belle dialectique entre l'âme et le cul, pour une fois à égalité, sans fausse pudibonderie. Ou "Immature", une évocation d'un séjour peu conforme dans une maison de retraite : rebelle jusqu'au bout, Gul, dans ce monde dégoulinant de bonne conscience.

Dio. - La veine satirique est en effet réjouissante. Dans "Les Nouvelles du Dimanche", « Les sourires sont de mise et les souris soumises / Tranchent de géants gigots à des gendres idéaux. ». Verlaine revu par Queneau ou Boris Vian !!

Meph. - N'oublions pas des chansons...d'amour, voire méta...physiques.

 Dio. - "La fucking guitar", notre préférée, non ? La guitare chaude, en boucles insistantes et en longues trainées fulgurantes, sur un texte superbe. Je ne résiste pas au plaisir d'en citer le second couplet : « Tu sais petite moi des sirènes / J'en ai connu de plus coquines. / Elles avaient des yeux de Chimène / Et des mâchoires de requine. / Elles naviguaient entre deux mers / Poussées par les courants d'air chaud, / Là où s'accouplent les chimères / Aux dieux des reality show. / Sur les larges flots furibards / Tous secoué par les embruns, / Je ne faisais pas le malin. / Sur les larges flots furibards / Je composais des airs marins / À la fucking guitar. »

Meph. - Comme quoi on n'est pas contre l'anglais, à partir du moment où il est assimilé, couché dans notre langue comme dans un édredon de plumes fines.

Dio. - Je fonds à l'écoute de "24h", chant d'amour bouleversant pas si éloigné de la fougue folle d'un Léo Ferré, de "Mi ammazi (tu me tues)", voix et guitare, percussions frottées et sourdes...

Meph. - On aime sans restriction, pour tout dire, et on salue un frère qui nous rassure : on ose encore penser, chanter à mots nus, charnus, prononcés jusqu'à l'os.

Dio. - J'allais oublier : j'ai souvent pensé à Marcel Kanche !

Meph. - Ingrat, tu ne lui as encore consacré aucune chronique.

Dio. - Je ne suis pas toujours à l'aise avec ses textes, et surtout ses musiques, même si je lui reconnais une originalité indéniable. Qu'il écoute Gul de Boa !! Eh, dis, tu as remarqué sur la pochette ?

Meph. - La main sur la cigarette absente, remplacée par une croix rouge ?

Dio. - Dire qu'on en est là, aujourd'hui, avec la liberté...

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Paru voici peu chez Royale Zone - Accès digital / 13 titres / 40 minutes

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 25 avril 2021)

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Publié le 19 Juin 2012

Matmos - L'électronique décomplexée (2)

(Suite de l'article précédent)

Dio. - Supreme Balloon paraît deux ans plus tard sur le même label, Matador Records.

Meph. - Et nous sommes d'emblée prévenus : aucun microphone n'a été autorisé. Cent pour cent pur jus de synthétiseurs et d'ordinateurs. Aucun objet, escargot (voir "Snails and lasers for Patricia Highsmith" dans l'album précédent), instrument ou voix. Des modèles de synthétiseurs de toute taille, anciens ou non. Et quant aux invités, quel que soit leur instrument d'origine, ils respectent la règle : ainsi la pianiste Sarah Cahill, si présente dans nos colonnes, joue du Korg MS2000 sur "Les Folies Françaises" de François Couperin (pièce très raccourcie...).

Dio. - Relecture malicieuse qui fait songer à la bande originale d'Orange mécanique de Kubrick. Il y a un côté outrageusement kitsch qui m'avait écarté de l'album au début.

Meph. - Môsieur veut du beau tout de suite ! Et pourtant l'auditeur un peu patient se trouve emporté dans un flux coloré de sons moelleux, rebondissants, et déposé dans des jungles exubérantes, même sur d'imprévues pages planantes. Les musiciens s'amusent comme des petits fous. Ce n'est pas parce que "Polychords" commence avec un air faussement martial, genre Kraftwerk, qu'on va être enrôlé dans une armée de robots patibulaires : les machines dérapent assez vite, glissent, couinent pour nous réserver une fin délicate et calme. "Mister Mouth", avec sa voix synthétique, éructe de partout, le vilain, se dégonfle en longues traînées flasques, ronflantes. Tu as dû souffrir, non ?

Dio. - N'empêche que j'y suis revenu, et qu'après le débridé "Exciter Lamp and the Variable Band", véritable moulinette infernale à dézinguer des airs de fête foraine, j'ai été récompensé par les vingt-quatre minutes du titre éponyme succédant à "Les Folies Françaises" déjà évoqué. Là, on a pris le large. Finis les hoquets, les quolibets synthétiques : une envolée, ample, de sons étirés, qui pourrait faire penser à un groupe comme Gong, en moins éthéré tout de même car revu par un Terry Riley en pleine période musique indienne avec ce tabla électronique qui nous accompagne une partie du morceau.

Meph. - Moins éthéré ? Écoute mieux vers les huit minutes. Ce qui est très beau, c'est la palette de timbres des synthés qui se chevauchent, s'entrelacent dans un infini nettement moins dramatique que chez beaucoup.

Dio. - Je te rejoins. "Supreme Balloon" est un long hymne à la chaleur radieuse de ces synthétiseurs. Le duo Matmos rutilants. Les sons sont gorgés d'une énergie joyeuse, galvanisante. Déprimés qui lisez ceci, consommez cet album sans modération, jusqu'à l'ivresse de vivre enfin retrouvée !

Meph. - Amoureux des musiques planantes, prenez place sur leur tapis volant pour aller très haut. Ennemis farouches des musiques électroniques pour qui électronique équivaut à froideur, raideur, sautez à pieds joints sur vos préjugés médiévaux ! Les synthétiseurs se gondolent dans les espaces intergalactiques, finissent par concocter un voyage onirique...

Dio. - Magnifique, osons le terme. Il faut toujours aller jusqu'au terme, d'ailleurs, pour apprécier les choses. La fin du voyage est rêveuse, sereine... Et le dernier titre de l'album, "Cloudhoppers",  est à l'avenant, tout en chatoiements fluides, en torsades légères...

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Paru en 2008 chez Matador Records / 7 titres / 44 minutes

(à noter que le vinyle offre un huitième titre, "Orban")

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 27 avril 2021)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Électroniques etc...

Publié le 16 Juin 2012

Matmos - L'électronique décomplexée (1)

Né en 1997, Matmos est essentiellement un duo de musique électronique composé de M. C. (Martin) Schmidt et Drew Daniel, auxquels s'ajoutent différents musiciens au fil des projets. Ils ont travaillé pour Björk, ont tourné avec la harpiste Zeena Parkins. En 2010 sortait Treasure State avec So Percussion, en 2011 on les retrouvait avec des remixes, excellents, sur l'album Quartets de Jefferson Friedman.

Meph. - Et tu étais passé à côté de leur production propre, si j'ose dire !

Dio. - Tout à fait. Mais n'est-il pas toujours temps de rebondir sur INACTUELLES ?

Meph. - D'autant que l'un des deux albums dont on veut parler s'intitule Supreme Balloon, paru en 2008 chez Matador Records...

Dio. - Ne t'y trompe pas : "balloon" désigne ici une montgolfière...

Meph. - Mot magnifique, rien à voir avec la vulgarité de mon gardien de but hautain.

Dio. - N'égare pas le lecteur, veux-tu ? Fragile lecteur...

Meph. - De céder, mon frère, ne t'avise pas.

Dio. - Tu as trop contemplé les couvertures pleines de fantaisie hallucinogène des disques du duo ! Nous commencerons par un disque sorti en 2006 sur le même label.

Meph. - The Rose has Teeth in the Mouth of a Beast, un titre qui s'inscrit parfaitement dans les errements surréalistes de nos derniers articles. Je me sens pousser des dents partout, tel un vampire fier. Mais dis, au passage, tu escamotes les disques précédents, cinq si je sais encore compter...

Dio. - Tu voudrais que je ne sois plus qu'un ramassis d'oreilles massé sur un oreiller de signes sonores ?

Meph. - Un Ganesh oreillipotent, empilement de platines molles chargées par ses trompes véloces.

Dio. - Tu crois qu'on y arrivera ?

Meph. - Dix titres illustrés chacun par une carte postale, en hommage à des célébrités homosexuelles ou transexuelles de tout sexe. Dix titres qui sont d'étonnants portraits musicaux, à écouter dans les moindres détails, bourrés d'allusions et d'anecdotes illustrées qui ne prendront évidemment tout leur sens que pour ceux qui connaissent un peu la biographie de ces personnalités. Ça commence par Ludwig Wittgenstein pour se terminer sur Louis II de Bavière : encadré par deux Ludwig - je ne sais pas s'il y a une contrepèterie...-, en passant par Valérie Solanas, Patricia Highsmith ou William S. Burroughs, qui a droit au morceau le plus long, presque quatorze minutes d'un rag(time) s'ouvrant avec un piano de bastringue parasité par une ménagerie de bruits confus, un coup de feu qui nous permet d'entrer dans le quotidien d'écrivain de William peu à peu recouvert par des percussions envahissantes drôlatiques créant une atmosphère de transe colorée.

Dio. - C'est cela qui est excitant avec le travail des deux compères : des orfèvres amusés, dispensateurs d'une électronique vibrionnante, jubilatoire.

Meph. - Je me souviens de ta tête d'évêque revêche lors des premières écoutes.

Dio. - Tu exagères, Ténébrissime. Mais il est vrai...

Meph. - Que ça te changeait des musiques sinistres dont tu abreuves l'internaute égaré sur tes pages consternantes.

Dio. - Si tu le vois comme cela...En tout cas, j'ai bien changé d'avis sur ce disque vraiment étonnant, qui nous embarque à chaque titre en mêlant des genres qu'on n'imaginait pas ensemble avec une désinvolture...

Meph. - Je dirais une élégance...suprême ! Disco, pop, électro, rock même, musique concrète et contemporaine, jazz, textes dits, et j'en passe, sont le vocabulaire de base d'une musique dont le montage est l'imprévue transcendance.

Dio. - Transe en danse...

Meph. - Tu es enfin au diapason ! Et tu as vu les instruments utilisés pour le "Tract for Valérie Solanas par M.C. Schmidt : « Cow Uterus, Reproductive Tract, and Vagina ; Vacuum Cleaner ; Plastic gloves, Mix. » Quelle poésie, non ? Et de superbes décollages, à la guitare électrique par exemple dans "Public Sex for Boyd Mcdonald", juste avant un passage jazzy moite et décadent.

 

Dio. - Et un autre très grand moment, la magnifique "Semen Song for James Bidgood", superbes arrangements de harpe, cordes, piano et piano préparé autour de la voix d'Antony Hegarty.

Meph. - À se damner une seconde fois. Un chef d'œuvre délicat et brûlant. Sans parler du truculent, de l'inénarrable "Banquet for King Ludwig II of Bavaria", cors et tuba ronflants, soprano miaulante, vaisselle, le summum du kitsch. Désopilant de grandiloquence, ce qui n'exclut pas l'émotion quand on entend le clapotis de l'eau à la fin, évocation sonore de la noyade du souverain dans le lac de Starnberg. Je ne regrette même pas de n'avoir pas fait mon golf hier.

Dio. - Superbe ballot ! On va terminer en images : autour de l'article, quelques unes des cartes du beau portfolio.

Meph. - Tu as raison. Supreme Balloon, ce sera pour l'article suivant. Il paraît que l'internaute moyen est très pressé...


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Matmos - L'électronique décomplexée (1)

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Paru en 2006 chez Matador Records / 10 titres / 55 minutes

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 27 avril 2021)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Électroniques etc...

Publié le 7 Juin 2012

Nurse with Wound (2) / Graham Bowers - Rupture

Pour le deuxième article consacré à Nurse with Wound, j'ai choisi Rupture, l'avant-dernier disque de NWW (si la liste que j'ai consultée est exacte), une collaboration de Steven  Stapleton, le pilier du groupe, et du compositeur et sculpteur Graham Bowers. Les deux hommes s'admiraient réciproquement, d'où l'idée d'une collaboration. En résulte cette œuvre en trois parties, censée "illustrer" les soixante-trois minutes vécues par le cerveau après une congestion célébrale majeure. Je me méfie de cette volonté illustrative, ancienne dans la musique, pourtant par essence l'art le plus abstrait. Aussi ne me placerai-je guère sur ce plan. Ce qui compte pour l'auditeur, c'est ce qu'il entend : cela lui plaît-il ou non ? Bien sûr, il sera frappé par l'espèce de chaos sonore dramatique qui l'entraîne irrésistiblement il ne sait pas très bien où. En ce sens, l'album s'inscrit parfaitement dans le projet global de NWW : une musique imprévisible, d'une liberté folle. Tous les repères sont abolis : musique contemporaine, expérimentale, qui semble instrumentale sans qu'on puisse affirmer où s'arrête la part électronique, liée à l'usage d'échantillons. L'écoute devient elle-même une aventure, tant l'oreille découvre au fur et à mesure des paysages orchestraux mouvants, puissamment ponctués par des percussions sonores, des irruptions de chœurs. "A Life as it Now is", le premier titre, donne le programme de cette folie magnifique, grandiloquente et troublante, fidèle à la volonté dadaïste, surréaliste à la racine du projet de Stapleton. Peu m'importe cet arrière-plan pseudo-médical, pourtant relayé çà et là par des battements cardiaques appuyés : j'entends cet énorme brassage de strates musicales, un travail qui rejoint celui d'un  Pierre-Yves Macé par exemple.

     Le deuxième titre, "Is not What It Was" (continuation de la phrase amorcée dans le premier titre) commence avec deux pianos, peut-être plus, qui se répondent en écho, doublés par des sons synthétiques distordus, puis par de puissantes poussées orchestrales entre lesquelles s'imiscent des voix désincarnées. Tout se disloque, se fragmente dans un jeu de failles, dérapages, pour créer un paysage sonore étrange et fabuleux. La virtuosité du montage de couches m'évoque alors le meilleur de la production de David Shea,  Tryptich ou Satyricon plus particulièrement. La musique prolifère comme une matière organique, charrie des échantillons fondus dans une masse qui change à vue d'oreille (si j'ose dire !). Pas de doute, il s'agit là des poèmes symphoniques d'aujourd'hui, cinématographiques, sidérants. Surgit une messe noire litanique levée sur un continuum dramatique, roulements sourds, unissons, frémissements prolongés. Quelle puissance visionnaire !! Hugo serait ravi devant ce nouvel Oceano nox, cette poésie frénétique parcourue de mouvements extraordinaires, agitée de chevauchées cauchemardesques. Et le cœur encore, toujours : battements du sang, tempête de flux, décharges. Comme à chaque fois chez NWW, il a fallu passer par le sas du premier titre, ce chaos perturbateur qui risque de laisser sur le carreau l'auditeur accroché à des structures repérables...

   "And Never Will Be Again" renchérit sur l'étrangeté des matériaux musicaux, entre hyper romantisme et musique industrielle. L'aspect collage se fait plus sensible, comme si ce long titre de vingt-cinq minutes réécrivait l'un des romans collages de Max Ernst, Une Semaine de Bonté par exemple ou La Femme 100 têtes. C'est prodigieux, jubilatoire, énorme, avec des trombones ubuesques qui caquètent tels des gallinacés déchaînés. Et, d'un seul coup, des moments d'apesanteur, piano en sourdine, grondements lointains, voix balbutiantes qui s'insinuent dans le continuum, du Robert Wyatt - celui de Rock Bottom ! - revisité dans une optique gothique hallucinée. Les époques se télescopent, s'enchevêtrent dans un gigantesque musicorama, prélude à la fin : sans doute l'équivalent musical de ces fameux derniers moments d'un moribond dans le cerveau duquel défile les images de sa pauvre vie, mais ici transfigurées par une créativité débordante. Et il paraît qu'il faudrait se résigner à retourner dans la vraie vie après un tel disque !! Non ! 

   Le meilleur disque de 2011 ? (Tous les sites n'indiquent pas 2011, mais je fais confiance au site officiel, quand même...)

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Paru fin 2011 chez Dirter / 3 titres / 63 minutes

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 25 avril 2021)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Contemporaines - Expérimentales

Publié le 31 Mai 2012

Evangelista - In Animal Tongue

   Carla Bozulich, comment l'oublier ? Elle revient nous hanter avec ce quatrième album, In Animal Tongue, paru à nouveau sur le label canadien Constellation. Si je n'ai pas chroniqué le précédent, c'est plus par manque de temps, surabondance de matière, que défection. Comment ne pas aimer cette chanteuse qui chante comme on aime, avec passion, ardeur, de toute sa voix pleine, flexible. Tout brûle, dès le superbe "Artificial Lamb".

   Elle ne renoncera jamais à jouer les prophétesses, rôle qui lui sied à merveille. L'ardeur, oui, sans doute moins dévastatrice que sur certains titres des albums parus sous son nom, mais d'une intensité bouleversante, soutenue par une guitare obsédante, une percussion sombre et quelques poussées de synthétiseur et notes de clavier. Chevauchant un agneau artificiel auquel elle s'identifie, elle traverse la ville dans un climat halluciné, devenue métal, œil à l'intérieur duquel se reflètent les planètes. "In Animal Tongue" est plus sombre, concentré : temps de déréliction, « No bell was rung, no church was raised, no lord was praised », l'orgue surgit dans une lumière noire, tandis que les créatures s'expriment en langue animale. L'atmosphère est explicitement apocalyptique, le monde envahi par des bêtes chanteuses ensorceleuses. Pas étonnant que le troisième titre nous propose un "Black Jesus" adoré, figure d'Eros triomphant. La voix caresse, soupire, d'une sensualité magnifique, sous-tendue par une basse très sourde. "Bells ring fire" frappe par son dépouillement : basse discrète, et surtout violoncelle comme seul écho à la voix, parfois presque a capella, pour dire la difficulté à être au monde : « Forever I stood aside. To be in the world, I have tried...Holding myself to the sun waiting for just someone. » En attente d'être appelée par son nom pour enfin briller de tout son éclat... Le chant de Carla est invocation, désir immense de voler comme une aile en diamant noir pour enfin être à l'unisson des cloches sonnantes, du feu terminal. "Hands of Leather" sonne comme un interlude, un moment d'accalmie qui laisse brièvement la guitare devenir simplement lumineuse...avant "Tunnel To the Stars", incandescente chanson d'amour où pleurent alto, violon et violoncelle dans une ambiance lourde saturée par la scansion de deux contrebasses. La voix dit le rêve de fusion amoureuse, extatique, qui abolira les frontières de la réalité : « I feel you pushing into me. Every dream is an adventure. My hands folding into you as you sleep in my arms like your body is singing to the stars. ». Comme on est loin des mensonges et des fadeurs écœurantes des bluettes sentimentales ! Un des sommets de ce disque habité ! Le chant d'amour devient mélopée lancinante avec "Die Alone", la voix de Carla doublée en écho par une sorte de voix de gorge hurlant à la mort - l'amour : l'amour veut toujours aller plus loin, ne se satisfait pas de l'ordinaire. Et si le Prince allait venir ? Mais "Enter the Prince", dédié à plusieurs musiciens, dont Prince, dit plutôt la disparition de la lumière : la comète est passée tout près, laissant l'être à ses rêves de naissance véritable. "Hatching", morceau déstructuré, comme passé dans un hachoir géant, correspond peut-être à cette épiphanie tant guettée : la voix semble revenir d'un long voyage, déformée.  Du très beau travail que cette pop mâtinée de post rock, de blues, de gospel, transfigurée par une soif infinie et torturante d'amour.

Evangelista - In Animal Tongue
L'univers visionnaire de Carla Bozulich

L'univers visionnaire de Carla Bozulich

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Paru fin septembre 2011 chez Constellation / 9 titres / 42 minutes environ

Pour aller plus loin

- la page du label consacrée au disque, en écoute.

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 25 avril 2021)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Pop-rock - dub et chansons alentours

Publié le 21 Mai 2012

Duane Pitre - Feel Free

   Duane Pitre propose depuis plusieurs années des compositions pour électronique et ensemble acoustique résolument singulières. D'abord parce qu'il appartient au cercle de musiciens s'intéressant à la microtonalité, et pratiquant d'autres manières d'accorder les instruments comme l'intonation juste utilisée par La MonteYoung, Terry Riley, Michael Harisson. Ensuite parce qu'il écrit pour des formations de chambre à l'instrumentarium varié et inédit. Enfin parce que ses œuvres sont délibérément étirées, jouent sur la durée. Tout pour n'être pas sous les sunlights. Mais tout pour la musique, la meilleure.

      Feel Free, qui vient de sortir sur le label Important Records, prend son titre de l'une des indications de Duane aux musiciens : qu'ils se sentent libres d'interagir entre eux ou non, ou avec les motifs générés par l'ordinateur à partir d'harmoniques de guitare. La pièce se veut ainsi tension entre l'ordre et le chaos, différente à chaque interprétation : ce principe de composition n'est certes pas nouveau en soi, surtout dans le domaine des musiques électroacoustiques, mais, servi par le sextet (la guitare de Duane, violon, dulcimer frappé, contrebasse, violoncelle et harpe) sous la houlette du compositeur, donne en cinq sections une éblouissante série de variations où l'apparent statisme conduit peu à peu l'auditeur attentif dans un état d'écoute contemplative, à un véritable ravissement devant l'océan harmonique découvert au fil du temps. Le fil conducteur du "système musical", mixte d'harmoniques de guitare et de drones, me fait penser aux instruments de la famille de la vînâ dans la musique classique indienne : il assure la continuité et dans le même temps nous fait rentrer en résonance avec la musique en agissant sur notre corps, nous prenant au ventre dès que l'on pousse suffisamment le volume. L'extrême attention aux timbres, à leurs moindres vibrations, me fait aussi penser à la musique traditionnelle japonaise. L'étroite combinaison entre instruments à sons a priori discontinus (guitare, dulcimer frappé et harpe) et instruments à cordes frottées, donc à sons a priori continus (violon, contrebasse, violoncelle) conduit ici à un continuum harmonique de fait, les sons séparés des premiers s'enchâssant dans l'entrecroisement des résonances tandis que les sons continus des seconds sont suffisamment brefs assez souvent pour prendre les caractéristiques des premiers. Le résultat est que la pièce acquiert une vie extraordinaire, ponctuée d'une infinité de micro-événements, de gestes sonores qui donnent à chaque instant sa propre couleur. La musique est devenue prisme miroitant, kaléidoscope en perpétuel et lent mouvement produisant à chaque instant de nouveaux surgissements : elle laisse ainsi échapper des myriades de bulles, et lorsque les cordes frottées s'alanguissent et se font plus caressantes, ce qui arrive aussi au fil des sections II à IV notamment, elle enveloppe dans ses profondes courbes, dans ses sinusoïdes chatoyantes. La section V signe la victoire des drones dans lesquels les différents instruments se fondent pour produire une masse compacte peu à peu simplifiée au fur et à mesure qu'elle s'insinue dans notre cerveau pour s'y résorber.

   Un grand disque d'un compositeur majeur à découvrir de toute urgence.

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Paru en 2012 chez Important Records / 5 titres (une seule pièce de fait...) / 38 minutes

Pour aller plus loin

- deux précédents articles sur Duane : le premier consacré à Organized pitches occurring in time, l'autre à un disque de compilation consacré à l'intonation juste, sous sa direction.

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

 

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 25 avril 2021)

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Publié le 17 Mai 2012

Thomas Bel - Innerly

Et Quelque chose lentement d'ap(dis)paraître...

   Une respiration : notes tenues de violoncelle, environnement sonore spectral, petits chocs sourds. C'est le début de "Souffles et souvenirs", le premier titre de Innerly, deuxième disque (après des œuvres autoproduites) de Thomas Bel, musicien toulousain. Quelques notes de piano rejoignent les lentes inspirations-expirations. Comme si nous étions dans un scaphandre à l'intérieur de nous-même, immergés dans cet ailleurs plus radical encore d'être au plus profond, à l'écoute d'une guitare submergée égrenant un embryon de mélodie. "Notes for Dusk" allie piano et environnement électronique, puis guitare, à la voix lointaine et proche pour un morceau qui confirme l'ancrage dans une ambiante sombre, amoureuse des traînées mystérieuses : « Something slowly appearing (...) Something slowly revealing » me fournit l'idée du titre de ma chronique - pas d'erreur : j'ai bien écrit "ap(dis)paraître" pour essayer de traduire l'ambivalence du mouvement. Chaque titre est comme une peinture de Giacometti, entre apparition et disparition, tissé d'ombres, de silences. Tout est suspendu à la magie des boucles tranquillement lumineuses du piano qui rayonne avant d'être avalé par les couches électroniques. Nous plongeons peu à peu dans la splendeur d'un monde où les strates sonores s'interpénètrent. La voix très loin derrière les motifs hypnotiques tissés par les drones divers, parce que nous sommes de l'Autre côté avec "The Passing Bird", à l'intérieur du chant. La même impression persiste sur les morceaux suivants : la voix sera toujours recouverte, incorporée au substrat musical qui finira par la dissoudre. Ainsi, dans "Grieves", se fond-elle dans la rutilance électronique finale. "Les Heures grises" est comme l'histoire d'un lent effacement : mélodie au piano (clavier) en boucle insidieuse, grésillements, chocs sourds, surplombent une voix exténuée, de dessous, qui s'enfonce inéluctablement, mais par-delà toute tristesse.

   Car ce monde est en demi-teintes, peuplé d'esprits peut-être, hanté de souvenirs. Quelque chose se déplace dans "Pâle", environné de grondements de drones, pour laisser surgir de rares notes plus claires, grignotées, envahies par une courte mélodie plus intense. Je pensais en écoutant cela à un groupe français que j'ai chroniqué en 2008, B R OAD WAY (et dont le nouveau disque ne m'a pas totalement convaincu pour l'instant), ou encore à certains passages du très beau  A silent effort in the night de Louisville paru en 2009. Ce disque se rattache en effet à toute une mouvance musicale attachée à l'exploration de l'infra, aux limites de l'audible, à la confluence de la musique, des bruits et du silence : musiques oniriques, discrètes. On avance dans l'obscur, enveloppés de sillages troubles et doux, frôlés par des présences frémissantes. Le chant de Thomas dans "Inland" se fait hymne fragile à l'avènement du presque rien, du dépouillement. D'impressionnants drones de violoncelles ouvrent "Aux ambrées", en écho au premier titre, pour se résorber très vite dans un quasi silence, revenir parés de traces instrumentales au milieu desquelles s'invitent des cliquetis, comme des sons de cloches. D'aucuns trouveront à un tel appauvrissement volontaire une allure funèbre, sépulcrale : c'est se méprendre sur cette grande voie de la recherche musicale, aux antipodes de la tonitruance et des prouesses. Aux confins surgit parfois une immense délicatesse, ainsi au début du "Mouvement d'Orchidée", ces vibrations harmoniques tenues, en guise de corolle pour la guitare et quelques sons feutrés. Il me semble qu'il y a, dans notre quotidien saturé de bruits et de lumières agressives, de couleurs éclatantes, un besoin d'autre chose, d'une musique qui sache écouter les tressaillements infimes, débusquer les beautés secrètes. C'est le chemin presque initiatique qu'emprunte ce disque à la fois sobre et fouillé, comme en témoigne le bonus 3, "Lingered", mini-symphonie électronique bruissante dont émerge un battement de guitare...Une très belle découverte !

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Paru en avril 2012 chez Annexia Records  / 12 titres / 55 minutes

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

- une version longue et plus acoustique d'"Inland", le titre sept, en concert : soyez patients pour atteindre la seconde partie, d'une rayonnante limpidité !

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 25 avril 2021)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Électroniques etc...