Publié le 14 Février 2014

   Le pianiste français Nicolas Horvath, ardent défenseur et interprète des musiques minimalistes les plus exigeantes, est à Kiev pour les promouvoir. Deux concerts sont prévus, le premier consacré aussi bien à Philip Glass qu'à Scriabine, illustrant l'éclectisme de ce pianiste curieux. Le second fait partie des défis qu'il aime se lancer : une nuit minimaliste du 15 au 16 février, de 23h à 8h du matin !! Un programme énorme, fascinant...Nicolas est un de ces défricheurs que j'aime à suivre (parfois à précéder, je n'en suis pas peu fier !). Vous savez ce qu'il vous reste à faire, si vous n'avez aucune obligation urgente...(Ce n'est hélas pas mon cas...)

Nicolas Horvath à Kiev - Nuit du piano minimaliste

Voici le programme complet :

Valentin Silvestrov
Quiet Song n°1: Song Can Tend The Ailing Spirit (Baratynsky)
 
John Cage
In a Landscape
Dream
 
Andrew Chubb
Motion One  (NP)
 
Terry Jennings
Winter Sun  (NP)
Winter Tree (NP)
Piano Piece for Christine (NP)
1950 Piece (NP)
 
Victoria Poleva
Lulaby for ….
Trivium
 
Frederic Lagnau
Bagatelle sans modalite (NP)
Wind Mozaics (NP)
 
Simeon Ten Holt
Canto Ostinato  (NP)
 
Morteza Shirkoohi 
Arteeman (wp)
 
Philip Glass
Metamorphosis 1 to 5   
The Olypian - Lighting of the Torch
Trilogy Sonata
2 Pages
 
Jaan Rääts  :
Prelude n° 4 Op33
Bagatellen n°3,4,8,15,22 op50
Madrigaali n° 1,19, op65
 
Liis Viira
Nova Vision  (np)
 
Mihkel Kerem
Piano solo from Nimeta Lood (np)
Prelüüd Nr. 9, 11,12,13,14,15,16    (np)
 
Arvo Pärt
Für Alina
Variationen zur Gesundung von Arinuschka
 
Tomasz Kamieniak
 Nuits a Paris op.53  (NP)
 
Denis Levaillant
une barque sur le Niger
Etude XIV Transe
 
Arnaud Desvignes
Sur une branche morte
 
Fabio Mengozzi
Reverie IV (NP)
Segreta luce (NP)
 
Julius Eastman
Piano 2 I/II/III   (NP)
 
Jeroen van Veen
Minimal Préludes 15 , 17 , 18 , 21 , 23 & 26  (NP)
 
Antonio Correa
Surface 1   (NP)
5 Shorts pieces  (NP)
Day 5 (NP)
 
Regis Campo
Mysterium Simplicitatis  (NP)
 
Alvin Curran
Inner City n°1 & 2   (NP)
For Cornelius  (NP)
 
John Psathas 
Sleeper   (np)
 
Eve Beglarian
Night Psalm   (np)
 
Denis Johnson
November  (NP)
 
John Luther Adams
Nunataks (NP)
 
Jean Catoire
Sonate n°19 Opus 520  (wp)
 
William Susman
Quiet Rhythms Book I: Prologue 3 / 4 /5 / 6  Prologue + Action 7 / 8  (NP)
 
Michael Jon Fink
5 piano pieces  (NP)
 
Svyatoslav Lunyov
Mardongs 1 - Anonim XIV
 
Carlos Peron Cano
Yoga Music (WP)
 
David Toub
 For Four   (np)
 
Svitlana Azarova
Chronometer
 
Lawrence Ball
Piano Suite n°8  (wp)
 
Terry Riley
 Keyboard Study #1
 
Melaine Dalibert
Variations  (wp)
Cortège    (wp)
Gruppetto   (wp)
Ballade   (wp)
 
Morton Feldman
Nature Piece
 
Douwe Eisenga
Simon Song 1   (NP)
 
Kyle Gann
Going to bed  (NP)
 
LaMonte Young
X for Henry Flynt   (NP) 
 
  Du pain sur la planche pour INACTUELLES jusqu'à l'an 3000 !!
Pour aller plus loin
- "Wind mosaics" de Frédéric Lagnau, un compositeur minimaliste français vraiment à découvrir (cliquez sur son nom pour en savoir plus), par Nicolas (Précision : la vidéo commence par "In a landscape"... si vous n'arrêtez pas la vidéo, vous voilà partis pour écouter toutes ses vidéos de musique minimaliste, ce qui est le mieux que je puisse vous souhaiter après tout)  :

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Le piano sans peur, #Minimalisme et alentours

Publié le 10 Février 2014

itsnotyouitsme - This I

   Quatrième album de itsnotyouitsme, duo constitué par le guitariste Grey Mcmurray et le violoniste compositeur Caleb Burhans, après Everybody's pain is magnificent, double cd de 2011, fallen monuments en 2010 et walled gardens en 2008,  This I installe tout de suite les vastes paysages sonores, mélancoliques et raffinés, des deux comparses, qui jouent ensemble depuis 2003. Rejoints par Theo Bleckmann à la voix çà et là, et par Skuli Sverrisson à la basse, ils savent mieux que jamais sculpter l'espace de griffures de guitare, de virgules de violon tandis que l'air frémit de touches électroniques. Tous les deux fans de Brian Eno, Pink Floyd...et Jean-Sébastien Bach notamment, ils construisent avec rigueur une musique ambiante, électronique, d'une confondante beauté, toujours émouvante, peuplée de voix déchirées et fantomatiques qui se fondent dans les textures amples des morceaux. Les titres se font l'écho d'un monde doucement incompréhensible, frissonnant d'incertitude. "If the Ground Is Covered, Are We Still Ouside ?" demande le premier, plus de onze minutes d'ondulations inextricablement liées qui nous enveloppent de leurs caresses voluptueuses. On se baigne dans cette mélancolie frisée par des soleils couchants multiples, balayée par des vagues surgissantes se perdant dans les arrières d'un univers translucide. "things past are pretty now", le second titre, est le plus post rock de l'album, avec de petites incandescences nerveuses de la guitare électrique. C'est une sorte de danse sur place, tout en courbures, en sinuosités entre lesquelles la voix de Theo s'insinue, à peine détachée de la nébuleuse ambiante, soulignée par des chœurs plus graves à l'arrière-plan, danse qui se cogne doucement à des angles percussifs, comme si l'on se trouvait dans un palais des miroirs où les échos du passé ne cessent pas de mourir.

    Le titre suivant, "Long Tales of Short Lived Victories" est l'un des plus envoûtants de l'album, saturé de réverbérations, d'effets de perspective trouble. Une ligne se déplace dans les airs au-dessus d'un relief dévasté, banquise des victoires célébrées déjà oubliées ; elle se rapproche, s'éloigne, tel un oiseau aux très vastes ailes qui pousserait parfois l'air très fort devant lui avant de disparaître dans un ultime coup d'aile. "Wrinkling Into A Beautiful And Broken World" détisse peu à peu des nœuds de guitare et de butées percussives pour prendre de l'altitude au-dessus d'un monde agité, foré de tourbillons sourds : second moment post rock assez net, sans pesanteur toutefois, sans cette emphase qui plombe trop souvent les compositions de ce courant. On arrive dans une contrée déblayée avec "The You Since Me", pièce très planante, doucement rythmée par la guitare obsédante, incantée par le violon et la voix qui se laisse aller à de belles envolées, sobres et lumineuses. En un sens, une pièce de réconciliation, d'harmonie supérieure entre les mois constitutifs du duo devenu quatuor, qui digèrera sans difficulté les aspérités bruitistes du début de la seconde moitié, en profitera même pour atteindre des couleurs extraordinaires avant de se permettre un ultime et rayonnant survol tandis que sombrent les miasmes d'un monde inquiétant. Le dernier titre, "Sometimes It's Hard Being Alive Seeing Bright Stars In The Sky", élargit et transcende la perspective, tout en lignes diaphanes, en disparitions malicieuses, en surgissements miraculeux de délicatesse. Les sons deviennent ceux d'une ruche cosmique, radieuse, frémissements de milliers d'ailes légères obéissant à l'appel répété de la guitare charmeuse.

   À la confluence du post rock, du post minimalisme, de l'ambiante et des musiques électroniques, itsnotyouitsme continue de nous enchanter !! 

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Paru chez New Amsterdam Records en 2013 / 6 titres / 48'

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 30 juillet 2021)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Ambiantes - Électroniques

Publié le 31 Janvier 2014

Piano Interrupted - The Unified field

   Deuxième disque du pianiste et compositeur britannique Tom Hodge et du compositeur, producteur (et Dj) de musique électronique français Franz Kirmann (alias de François Gamaury), The Unified Field fait aussi appel au violoncelle de Greg Hall et à la contrebasse de Tim Fairhall. Le titre viendrait du livre de David Lynch, Catching the big Fish, une méditation sur les chemins de la créativité dans laquelle il développe des idées qui ne sont pas sans rappeler la théorie des correspondances chère à Baudelaire : ce qui peut paraître isolé dans le réel est de fait relié par un réseau de connexions avec ce qui l'entoure ; l'artiste qui saura établir les connexions trouvera le chemin de son opus magnus ! Venus d'horizons différents, Tom Hodge et Franz Kirmann unifient le champ de leurs mutuelles expériences, ce qui s'inscrit à merveille dans la perspective de ce blog !

   "Emoticon", d'emblée, allie piano et électronique : fragile mélodie prolongée par des échos et réverbérations électroniques, nouvelle ponctuation rythmique. La pièce se fait élégiaque avec l'entrée du violoncelle de Greg Hall, et en même temps se densifie par l'intrusion de textures granuleuses. Construite en boucles larges, elle conserve un bel équilibre entre acoustique et sons synthétiques, bien ponctuée par la contrebasse discrète de Tim Fairhall. "Two or three things" poursuit l'intrication des deux domaines, tout en délicatesse, avec des suspensions miraculeuses. C'est une danse très lente, voluptueuse et tendre. Comment ne pas être séduit ? Nous sommes si loin des pompes, des poses et des décibels inutiles de trop de musiciens de la scène électronique, grands enfants dépassés par la puissance de leurs techniques !

   "Cross Hands" confirme cette voie de la simplicité, de la limpidité. Le piano marche, puis court sur une corde, sans la toucher dirait-on, soutenu à peine, avec une immense délicatesse, par le violoncelle et la contrebasse. Comme j'aime cette légèreté aérienne, cette griserie soudain réfrénée, cette invention, mine de rien, de nouvelles perspectives sonores qui surgissent au détour d'un phrasé, s'aplatissent à chaque fois qu'elles pourraient devenir emphatiques. Cette musique est modeste, et d'autant plus belle. "Darkly shining" est un premier aboutissement de ce parcours : pièce planante et raffinée, chatoyante comme une étoffe aux mille plis, elle se déploie en jouant de son velouté un peu trouble. Le titre éponyme est plus syncopé, marqué par des frappes percussives étagées, bientôt relayées par des irruptions de nappes synthétiques lointaines, aux limites de la perception, et survient le piano, calme et chantant, tout se tait devant lui, quelques sons percussifs comme si l'on toquait à la porte, apesanteur...Ambiance de jungle tout au début de "An accidental fugue", curieux raccourci entre somptuosité médiévale des cordes, jazz discret de la contrebasse, fougue post minimaliste bien tempérée du piano, intrusions électroniques, sonorités de clavecin. Rien d'hétéroclite pourtant, tout étant récupéré au final dans une envolée orchestrale d'un beau lyrisme.

   La suite ne déçoit pas, le cocktail fonctionne à merveille, dosé, toujours intrigant. On pourra trouver "Open line" facile, mais j'aime sa fluidité, sa transparence, ses micro percussions, son piano ou clavier qui picore de la dentelle, son côté Kraftwerk très doux !! "Camara obscura" reste dans l'oreille, bijou minimaliste serti d'échappées langoureuses de violoncelle, étoffé de dérapages et de brouillages percussifs, avec des laisser-aller, oui, comme des abandons, des chutes lentes et des résurrections miraculeuses dans la ouate des songes électroniques. "Path of most resistance" poursuit la veine onirique, entre sons moelleux et textures feutrées, nous entraînant de plus en plus loin, le violoncelle alangui, charmeur, on marche avec précaution sur les feuilles à peine craquantes...un dernier scratch comme un soupir...et c'est "Lost Coda", piano préparé brinquebalant, titubant, sorte d'anti techno trouée de coulées harmonieuses recouvertes par une masse de sons graves, sourds, soudain illuminés par un piano naturel qui varie un petit thème tout simple, de plus en plus doucement.

   Un disque subtil et limpide, qui se promène avec aisance dans des champs divers, du minimalisme à la musique électronique en passant par des réminiscences classiques, jazz, créant une musique ambiante d'un nouveau style, aux paysages mouvants, changeants à vue d'oreille (la plupart des titres durent autour de quatre minutes).

Mes titres préférés : "Cross Hands " (3) / "Darkly shining" (4) / "Camera obscura " (8)

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Paru chez Denovali Records en 2013 / 10 titres / 44 minutes

Pour aller plus loin

- la page consacrée à l'album sur le site de Denovali (avec quelques titres en écoute).

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 29 juillet 2021)

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Publié le 20 Janvier 2014

Jeri-Mae G. Astolfi - Here (and there)

   Jeri-Mae G. Astolfi, pianiste canadienne, s'intéresse activement aux nouvelles musiques. Je la découvre à l'occasion de son dernier disque, Here (and there), consacré à l'alliance entre piano et électronique, "médias fixés" comme il est signalé à propos de plusieurs des six pièces réunies ici, chacune signée par un compositeur différent, certaines d'entre elles spécialement composées pour elle.

  "Crystal Springs" (2011), en ouverture, évoquerait la beauté des sources du même nom dans l'Arkansas. Signée Phillip Schroeder, compositeur prolifique né en 1956, poly instrumentiste et notamment pianiste, la pièce, au départ très calme, rêveuse même, développe une série de vagues liquides de plus en plus animées, démultipliées par des échos, à partir de la suite de Fibonacci.  Les matériaux "fixés" sont les sons électroniquement manipulés d'une basse électrique, d'une cymbale suspendue et de l'intérieur du piano. C'est brillant, léger, euphorisant en diable ! Une entrée qui démontre que, décidément, les musiques contemporaines ne ressemblent pas (ou plus) du tout à l'image terne, compassée, d'une série de stridences ou discordances fastidieuses, et c'est tant mieux !

   "Swirling Sky" (2011), d'un jeune compositeur familier des musiques électroniques, Ed Martin, retracerait les moments paisibles passés à regarder les nuages en formation étendu dans l'herbe. Le contemplatif se perd progressivement dans les vagabondages de son imagination, nous dit le compositeur.  La pièce est d'abord assez lente, égrenant les notes avec une immense douceur, les laissant résonner. Le rythme s'accélère, avec un dialogue entre le piano et des halos électroniques fascinants, des glissendi vers des notes préparées, des tourbillons de plus en plus prononcés avant un retour au calme, une aura méditative finale.

      "green is passing" (1999, révisée en 2006) est une composition de Jeff Herriott alliant une couche de réverbérations électroniques très discrètes au piano. Une pièce qui prend son temps, sans rythme perceptible, quelques brefs motifs épars, des esquisses de boucles, ouvertes...Une très belle méditation, délicate et émouvante dans son dénuement, qui me donne envie de parcourir l'œuvre de Jeff.

" Summer phantoms : Nocturne" (2011) de Brian Belet, autre compositeur américain d'électro acoustique, est une pièce dans laquelle se fondent des bruits divers, frottements, allumettes craquées (?), et piano. Elle évolue de manière capricieuse, imprévisible, parfois à la limite de l'audible, et crée une atmosphère mystérieuse, jouant de martèlements intrigants, de dérapages, comme si elle nous invitait à la poursuivre. Musique des interstices, des fractures légères, des griffures, elle apparaît pour mieux se dérober...

  Tom Lopez a composé "Confetti variations"(2012) en pensant à ce que la pianiste lui avait confié, que parmi les compositeurs de musique pour piano, elle affectionnait particulièrement Johannes Brahms et Morton Feldman. Le résultat, c'est l'intrication entre fragments brahmsiens et feldmaniens et sons divers enregistrés. Morceau spectaculaire parfois, torpillant avec allégresse le romantisme à la Brahms, ou plutôt l'enflammant par des réécritures quasi minimalistes, en particulier des strummings haletants, dans une atmosphère orageuse avec ostentation. Et puis tout se défait à partir du milieu, barbote dans des ambiances liquides ; le piano se raréfie, on entend les coassements des grenouilles, Brahms réapparaît pas trop malmené, se résorbe dans un rêve feldmanien parsemé de vrombissements de mouches, de stridences à peine audibles. C'est alors une musique suspendue d'une très grande beauté. Tout semble retenir son souffle dans cette symbiose entre la musique et le milieu.

   Le disque se termine  avec le titre que je préfère, composé par Jim Fox, compositeur qui dirige le label Cold Blue Music à Venice, en Californie, un des labels qui revient dans ces colonnes, l'un des plus singuliers qui soient. Écrit pour Jeri-Mae Astolfi pendant l'hiver 2011 - 2012, "The Pleasure of being lost" allie la lecture d'un texte du naturaliste et grand voyageur Joseph Dalton Hooker librement adapté de ses Himalayan Journals (1854) et des textures électroniques élaborées à partir des timbres et du rythme de la voix de la lectrice, Janyce Collins, le piano bien sûr et des sons de cloches. Une alchimie mystérieuse, d'une somptueuse lenteur, dérive au fil du texte : descente dans l'indicible, dans l'épaisseur fragile des choses. Le piano tisse un contrepoint très simple, tranquille, à ces mots que l'on ne comprend pas toujours, murmurés du bout des lèvres, et pourtant porteurs d'une incroyable émotion, d'un charme inoubliable. Des chœurs de voix lointaines, fantomatiques, contribuent à renforcer l'impression d'irréelle évanescence de l'ensemble. Magnifique !

    Un fort beau disque, vous l'aurez compris, qui ouvre bien des pistes pour les oreilles curieuses. 

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Paru chez Innova Recordings en 2013 / 6 titres / 70'

Pour aller plus loin

- le site de la pianiste.

- la page d'Innova consacrée au disque, avec la composition de Phillip Schroeder en écoute.

 

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 29 juillet 2021)

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Publié le 15 Janvier 2014

Sebastian Plano - Impetus

   Multi instrumentiste argentin de formation classique, Sebastien Plano vient de sortir chez Denovali - ce très beau label indépendant allemand né en 2005, on en reparlera très bientôt - Impetus,  le successeur de Arrythmical Part of Hearts paru voici deux ans, réédité parallèlement par le même label. Un disque qui laisse la part belle à l'acoustique, tout en la magnifiant par un recours élégant à l'électronique..., enregistré et mixé par les soins de Sebastian dans une petite salle, le tout matricé par Nils Frahm dans son studio de Berlin.

   Début très langoureux au violoncelle, avec un curieux contrepoint de cris électroniques, comme des mouettes métalliques. Le premier titre éponyme nous propulse d'emblée dans une contrée qui n'est pas sans rappeler les ambiances des musiques de film de Michael Nyman. L'entrée du piano confirme la tonalité élégiaque, puis tout s'arrête, repart, avec un piano très assourdi. Le morceau évolue de de petite brisure en petite brisure, chaque fois nous entraînant plus loin, grâce à de larges et lentes volutes. Cette musique a un charme fou, on frissonne, portés par les boucles se resserrant et se ralentissant, comme si la boîte à musique avait fini de détendre son ressort. "The World We Live In" poursuit sur le mode gracile sa tentative d'envoûtement : c'est un monde transparent, et puis surgit un mouvement irrésistible, ponctué de percussions frottées, d'instruments frappés tandis que le piano et le violoncelle déploient une grâce lyrique jamais mièvre en dépit de mélodies caressantes. Cette musique agacera les amateurs d'audaces inaudibles, de couinements acoustiques, c'est sûr, tant pis pour eux..."Blue Loving Serotonin" commence par une introduction minimaliste au piano, magnifique, accompagnée très vite par des violoncelles à l'unisson, dans un crescendo à la Arvo Pärt, qui disparaît ensuite pour laisser le piano seul chanter, relayé d'ailleurs par des voix ici et là. Lorsque revient le mouvement de boucles, plus puissant, ponctué de quelques stratchs, soutenu par les violoncelles, le morceau dégage une plénitude extraordinaire, atteint une puissance étonnante. Le disque décolle vers des rivages sublimes, se perd dans un rêve vertical et trouble. À partir de là, je savais que je chroniquerais l'album !

   "In Between Worlds II", le quatrième titre, est un hymne suave des cordes, un ballet savant qui sonne comme du Bach revu par Nyman ou Max Richter. "Emotions (Part II)" pourait n'être qu'une bluette si la petite mélodie au piano du début n'était hantée par la présence physique de l'instrumentiste, dont on entend un peu la respiration (je sais, c'est aussi un tic très actuel, mais là, c'est juste), et surtout prolongé par une belle cadence de violoncelle et de respirations électroniques, je pensais aux meilleures musiques de René Aubry pour les spectacles de Philippe Genty, on imagine en effet facilement l'évolution de marionnettes quelque part, et comment ne pas songer encore à Nyman pour l'onctuosité mélancolique et raffinée de certains passages tournoyants, la somptueuse lenteur !! "Angels" est une méditation calme au piano et au violoncelle, parsemée d'échos, avec un jeu subtil de démultiplications et d'amplifications. Un bandonéon apparaît aux deux-tiers du morceau, si bien qu'on se retrouve dans le nuevo tango à la Piazzolla, référence incontournable pour un Argentin.

    "All Given To The Machinery", s'il est le titre qui laisse le plus de place à l'électronique comme son titre pouvait le laisser prévoir, est porté par le bandonéon royal comme un orgue et mélancolique comme les anges déchus. Lorsque les cordes le soutiennent dans des crescendos majestueux, que l'électronique vient enrober de soies artificielles l'ensemble, que des failles stratifient le parcours harmonieux, cette musique est simplement divine. Le piano apparaît dans la seconde moitié, d'où un nouvel essor, de nouveaux élans pour escalader le ciel avant la résorption dans des brouillards sonores dont sort "Inside Eyes", une musique au-delà des nuages, voix éthérées, cordes, déflagrations électroniques. Comme souvent dans les pièces de Sébastian, les titres sont en plusieurs séquences nettement structurées par des diminuendos, des arrêts. "Inside Eyes" est de ce point de vue le plus segmenté, abandonnant l'auditeur pendant presque quinze secondes, multipliant fractures et disparitions. Ces silences permettent des métamorphoses, des renaissances, des rebonds conformes à la signification du titre Impetus. J'aime assez cette manière de composer, de briser le cours d'une pièce pour en faire une suite qui se développe le temps qu'il faut, ici jusqu'à l'apothose à l'orgue, aux sons électroniques, aux voix irréelles... avant un ultime avatar presque malicieux, un beau retour au calme.

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Paru chez Denovali Records en 2013 / 8 titres / 56 minutes

Pour aller plus loin

- le site du compositeur

- la page consacrée à l'album sur le site de Denovali 

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 28 juillet 2021)

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Publié le 17 Décembre 2013

Psykick Lyrikah - Jamais trop tard

Des lumières sous la pluie (2004), Acte (2007), Vu d'ici (2008), Derrière moi (2011), et maintenant Jamais trop tard...La ligne claire des titres, pour commencer, un tracé qui est aussi un peu de mon histoire de blogueur...

Meph. - Parce que tu t'es enflammé dès le premier disque déniché dans les bacs de ta radio.

Dio. - Oui. Il y avait la pochette, déjà, à la fois sombre, illuminée, au graphisme alambiqué. J'ai été attiré tout de suite. Et la première écoute a été une révélation. Un rap tellement différent, sensible et brûlant...

Meph. - Lyrique, en somme, dans le sens le plus noble.

Dio. - En effet. J'ai chroniqué avec enthousiasme chaque étape. J'ai vu Arm et Olivier Mellano en concert, je les ai rencontrés.

Meph. - Des gars bien, chaleureux et simples... Mais dis, tu es en train de nous entraîner dans une histoire édifiante ? Tu vas faire pleurer tes lecteurs, et puis tu ne dis pas tout...

Dio. - C'est drôle que ce soit toi...

Meph. - Quoi ?

Dio. - Dans le rôle du confesseur...

Meph. - J'adore prendre les bonnes âmes en flagrant délit de péché ! Ne détourne pas la conversation, accouche...

Dio. - Tu es dur avec moi !

Meph. - Je te rappelle à ta vocation de chroniqueur. Dire toute la vérité...

Dio. - Rien qui me déplaise plus que la critique négative !

Meph. - Tu permets que j'éclate de rire ? Quand tu te lances dans le disque, tu l'écoutes en entier, comme les autres fois.

Dio. - C'est vrai. Je suis pris par les paroles, l'énergie, la puissance de la vision. Voilà, « Des éclats de vie dans les yeux / Frapper les anges, les démons / Tu fuiras les deux / Récrire mieux les rêves et les histoires », c'est un programme formidable, auquel je souscris à nouveau sans réserve.

Meph. - Après "La minute qui suit", c'est "Invisibles", « Fantôme à nouveau, invisible, à crever les bombes / Y voir dans la pluie, le brouillard », avec la participation d'Iris.

Dio. - Excellent, comme d'habitude. Une musique qui nous explose à la gueule, apocalypse à l'horizon, rythmique puissante, zébrures. Le sang qui bout à l'écouter.

Meph. - Un début selon notre cœur !!

Dio. - J'ai un peu plus de mal avec "Jamais trop tard", le vocodeur lourdingue...

Meph. - Pauvre chéri qui n'a rien compris, c'est la voix des hommes-machines .

Dio. - Je veux bien, mais cette vision binaire...là, je décroche, je suis loin de ce combat qui me rappelle les plus mauvais films américains.

Meph. - J'ai cru reconnaître John Cale au début de "Décembre", superbe échantillon, suivi par un texte comme on aime : « J'ai gardé l'horizon pour moi / Ressenti le vent d'ailleurs / Ce qu'on pourra, c'est épouser demain / Le faire briller à sa valeur » et plus loin « Au creux des roches, sentir la pierre / Nourrir le feu avant de le perdre et qu'il ricoche », un désespoir et un combat « sans baisser les bras », croire encore au monde malgré tout...

Dio. - Le grand Arm, le cœur gros comme une étoile en feu, « Pourtant le cristal brillait », le regard tourné vers le ciel, le sens du temps qui nous désarme, des formules qui font mouche : « J'écrirai le sang pour fuir les drames flous", Christ d'un monde perdu...

Meph. - Et tu voulais garder ça pour toi ? Tu appelles ça une critique négative ?

Dio. - Surtout que j'aime bien "l'Interlude rouge", gauchement mélancolique.

Meph. - Ta délicatesse se braque ensuite ?

Dio. - C'est vrai que "Le souffle" me laisse partagé : trop de machines, un univers sous le signe de l'enfer et de la haine...

Meph. - Moi, j'adore !

Dio. - Je n'en doute pas ! En même temps, il y a de belles formules, une urgence hallucinée, des fragments d'une autobiographie ardente : « J'ai suivi les étoiles un soir sans retoucher ma voix / Laissé la lune m'enlever tout ce qui s'est tu en moi / J'aboierai cette nuit, cette fois comme toutes les autres », c'est Arm le Magnifique !

Meph. - " Les Marches de l'enfer" est de la même veine, en plus poussif...

Dio. - C'est que les marches sont dures à descendre, je suis aussi un peu distant, peut-être parce qu'entre temps j'ai écouté Mendelson, son triple album, je pense en particulier à "L'Échelle sociale". "Le soir pour toi", plus calme, à fleur d'émotion pourtant, ne me convainc pas musicalement, l'ambiance jazzy me paraît factice, inappropriée, et là, pour revenir à Mendelson, il faudrait une vraie unité de composition, une ligne électro-pop plus serrée, moins d'esbrouffe...

Meph. - La fin de ce titre est calamiteuse, non ?

Dio. - Ben oui, ça flotte dans le ouaté, ambiance lounge...Et puis "L'Interlude gris", ces sirènes et ces ronronnements...

Meph. - Dis-le, ce que tu regrettes...

Dio. - La guitare d'Olivier Mellano, créditée sur quatre titres, ne s'entend pas vraiment, noyée sous ce déluge machinique, alors je le dis, je regrette "Acte", le duo parfait entre la voix d'Arm et la guitare d'Olivier.

Meph. - Et que penses-tu de la grande messe rappeuse "Aux portes de la ville", titre choral avec les voix d'Al Benz et Almereyda ? Je te sens sur les charbons ardents...

Dio. - En farouche individualiste, ces allégeances tribales, ce culte des balafres et de l'espèce des guerrriers au mieux me fait sourire. Je reste aux portes...Quant à "Mon visage", la musique est inaudible, une succession de clichés, une mauvaise fête foraine !

Meph. - C'était dur à venir, mais tu finis par cracher le morceau !

Dio. - "La ligne rouge " n'arrange rien, c'est confus, lourd mortel. Je préfère encore les musiques industrielles !!

Meph. - C'est un peu mieux pour "Jour quinze", quand même...

Dio. - Oui, parce que la voix d'Arm est en avant, la ligne est plus claire. J'attends la suite avec mes oreilles d'amoureux déçu, je dis ça pour paraphraser Arm. Qu'il écarte tout ce fatras, qu'il nous assène tous ses mots dits, avec un ou deux chouettes musiciens pour souligner le propos, il n'a besoin de rien d'autre. Une guitare électrique fulgurante, pourquoi pas un piano ou un violoncelle, et on pleurerait d'une telle beauté...

Meph. - Avec la participation de Peter Broderick, le tout mixé par Nils Frahm ?  T'es un sacré rêveur, est-ce que ça serait encore du rap ?

Dio. - On se moque de l'étiquette, si elle colle à la musique pour l'aplatir. De l'épure, pas de la caricature !

Meph. - Alors, ton verdict ?

Dio. - Non mais, pour qui me prends-tu ?? Il n'est jamais trop tard pour rebondir, dit le proverbe dronésien (ici, clin d'œil appuyé).

Meph. - Je le dis à ta place, critique ectoplaste : la première moitié, ça va, ça brûle ; la seconde, rien ne va plus, on nous enfume. Tu as acheté le disque, tu l'as diffusé...

Dio. - Oui, bien sûr...c'est Arm, quand même ! Et rien à dire sur le livret, avec tous les textes, un visuel sobre, impeccable !

Meph. - Pour un peu, je dirais...Amen ! Au fait, il y a un trou dans ta discographie : tu as manqué "Acte II", paru en juin 2012, deuxième production du duo selon ton cœur...

Dio. - Mea culpa. Tu me fouetteras bien cette nuit ?

Meph. - Une vidéo de ce disque tu mettras sur ton blog pour ta pénitence !!

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Paru chez Ulysse Productions / Yotanka en 2013 / 14 titres / autour de 45 minutes

Pour aller plus loin

- Un extrait de "Acte II" pour me faire pardonner mes méchancetés. Exactement ce qu'on aime chez lui, et le grand Olivier...

 

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 28 juillet 2021)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Pop-rock - dub et chansons alentours

Publié le 12 Décembre 2013

Tim Hecker - Virgins

   Au fil du temps le canadien Tim Hecker construit une œuvre toujours plus élaborée, plus sidérante. Aux synthétiseurs, orgue et harmonium se sont ajoutés le piano, bien sûr déjà présent sur les derniers disques précédents comme Dropped pianos ou Ravedeath, 1972, mais aussi bois et cuivres fondus dans les sons électroniques et les nappes de drones. Entouré de quelques musiciens et avec la participation au mixage de l'islandais Valgeir Sigurdsson, il est au meilleur de lui-même.

   Dès le premier titre, "Prism", l'orgue se démutiplie, s'enraye dans des boucles de plus en plus saturées de particules sonores. Comme un vent s'est levé, qui vous jette dans l'ailleurs.

   Avec "Virginal I", le piano apparaît au premier plan, immobile au centre d'autres boucles plus serrées encore, un piano qui sonne presque comme un clavecin, rejoint par un saxophone très grave qui pulse à la Steve Reich (toujours lui, le grand maître qui hante beaucoup de musiciens d'aujourd'hui), cerné de drones qui se fracasent dans une atmosphère apocalyptique, de cris quasiment subliminaux lovés dans ce maelstrom, avant de s'endormir dans une série de hoquets saccadés accompagnés d'accords lointains, de pointes de hautbois (?). C'est absolument superbe, envoûtant, et je ne comprends rien à toutes ces chroniques qui font la fine bouche, ergotant sur les ratages navrants d'un musicien sans doute trop admiré à leur goût pour les artistes maudits vénérés par une petite côterie d'initiés blafards, s'épuisent en comparaisons fastidieuses. Je me réjouis du succès de ce montréalais inspiré dont il faut écouter les albums de bout en bout, sans coupure, pour en apprécier l'architecture soignée et la sombre beauté. "Radiance", après les éclats du titre précédent, est davantage en sourdine, retenu, discrètement incantatoire avec ses nappes glissées qui nous aspirent à notre insu vers "Live Room", son piano claudicant au milieu de grincements et des bruits de ses marteaux. Atmosphère gothique hallucinée traversée de zébrures erratiques, tout se défait, les sons se déforment, mais tout s'oriente à nouveau dans une marche obstinée sous-tendue par un orgue ronflant, et ce qui est très beau, c'est cette alliance contre nature entre les sons déchirés, disloqués, et les nappes souveraines, enveloppantes de cet orgue si cher à Tim, elles emportent tout, nous enlèvent pour nous déposer avec une incroyable douceur au pied du jumeau "Live Room out", tapissé de clarinettes, hautbois, ourlé d'ondes caressantes tandis que les échos du titre précédent finissent leur voyage et que quelques notes de piano nous achèvent de douceur trouble. "Virginals II" semble d'abord le clone de "Virginal I", car tout se dédouble, se démutiplie dans cette chambre aux prestiges, ce palais des miroirs brisés dont on ne sortira jamais, enfermés dans les boucles minimalistes. Le plaisir de l'auditeur est lié à ces jeux d'échos. Nous errons dans un dédale, nous croyons avancer et nous reprenons les mêmes couloirs, mais ils sont un peu différents, puis si différents qu'on ne reconnaît presque plus rien. D'une certaine manière, la musique de Tim Hecker procède un peu comme le cinéma de David Lynch, se jouant de nous en sapant nos repères, nous dépaysant pour nous entraîner vers des mondes abyssaux. "Black refraction" paraît un havre mélodieux, mais c'est un piège à répétition qui nous jette un charme. Comment résister à du pseudo Brian Eno distordu, torpillé par une touche bloquée ? Seul le bref "Incense at Abu Ghraib", avec ses esprits errants qui strient un ciel de cendre, vous en sortira... pour vous livrer à "Amps, Drugs, Harmonium", autre page vertigineuse enroulée en spirales éraflées d'albâtre incrustré de phrases cristallines-voilées. Vous approchez du mystère, déjà vous portez les "Stigmata I" et "II, encore un dyptique. Tout dérape et se froisse dans le courant sombre, le vent électronique du fond duquel le piano marche tranquille, dans la certitude d'atteindre les vierges recherchées au travers de ces espaces inquiets et inquiétants. Une euphorie noire, marquée par une ligne percussive abrasive, s'empare du deuxième volet, avec une véritable lévitation tremblée, une esquisse de nouvelle pulsation accompagnée de rondeurs boisées, qui se résorbe en bruits et souffles. Vous êtes maintenant à "Stab Variation", tournoiements et sabordements, l'âge de la déconstruction du même, fascinante chambre des tortures sonores transcendée par l'invasion des claviers d'abord diaphanes puis solennels, démultipliés bien sûr pour cette apothéose surréelle, rutilante, somptueuse. Arrivé là, casque sur les oreilles au long de cette chronique improvisée au fil de la musique de Tim Hecker, moi je dis : chef d'œuvre, et je m'incline devant un maître, et je le remercie humblement pour tout ce qu'il vient de me donner.  

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Paru chez Kranky / 12 titres / 49 minutes

Pour aller plus loin

- le site de Tim Hecker

- Quel extrait vous proposer sinon ? Allez, le si beau et émouvant "Black Refraction" :

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 28 juillet 2021)

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Ambiantes - Électroniques

Publié le 3 Décembre 2013

Braids - Flourish // Perish

Dans l'ombre de Steve Reich !

Meph. - Tu as entendu ? Ils ont des oreilles, Braids ! "Victoria", le premier titre de leur nouvel album, on dirait un remix de Music for 18 instruments de Steve Reich...

Dio. - On ne va pas s'en plaindre ! Enfin une pop écrite comme de la musique, pas seulement des chansons ficelées en série.

Meph. - C'est leur deuxième album, à ce trio de Montréal. Et on se réjouit du mariage très réussi entre pop et musique électronique. Ce qui me plaît énormément, c'est l'association de la petite voix flutée, caressante de la chanteuse...

Dio. - Un parfum de Björk, Kate Bush...

Meph. - Si tu veux...association, disais-je, entre cette voix de chanteuse pour midinettes...

Dio. - Comme tu y vas !

Meph. - Tu ne me connais pas encore ? Je reprends : et un accompagnement vraiment élaboré, alliance de machines et de percussions synthétiques qui enveloppe la voix dans un filet serré, constamment inventif.

Dio. - Ajoute que la chanteuse donne parfois de la voix, elle a du coffre, la petite !

Meph. - C'est vrai ! Les compositions jouent avec cette voix, la démultiplient pour abolir l'écart entre l'acoustique et l'électronique. Incarnation, désincarnation ? Rêveuses, comme le début de "Hossak", le titre 4, à l'atmosphère orientale grâce au pointillisme des claviers, et en même temps décalées par des bruissements d'ailes métalliques, des réverbérations, ralentis.

Dio. - Étranges, aussi. Pense à "Girl", le morceau suivant, délicatement découpé sur fond d'orgue, trois nappes convergentes, si l'on écoute bien : la voix, l'orgue, les percussions résonnantes, c'est superbe !

Meph. - "Together" commence presque comme du Autechre : glacial, piqueté au scalpel, mais l'orgue rajoute de l'émotionnel, et puis la voix très douce vient glisser sur le tout, dans un mouvement de larges boucles parfois bégayantes...

Dio. - On est déjà de l'autre côté de l'album, celui qui n'a plus peur de la durée, avec des titres plus longs, de véritables envolées...

Meph. - De la voix de la chanteuse, mais aussi des mélodies qui meurent dans les lointains...

Dio. - Je ne te savais pas si sensible, mon cher Meph...

Meph. - Il ne faut jamais s'en tenir à l'imagerie catholique...en plus, j'aime les chœurs de "Ebben", autre pièce dépaysante, qui n'hésite pas à casser le fil du chant pour laisser surgir un véritable paysage abstrait de toute beauté. Halte au ronron, vive l'invention, qu'ils nous disent, et là j'applaudis très fort ce patrouilleur de la garde de nuit !

Dio. - "Amends" continue le voyage aux confins, sorte de féérie aux paroles pleines d'humour et de techno ambiante aux recoins superbes, à nouveau discrètement hantée par Steve Reich !!

Meph. - Un régal, surtout dans sa seconde moitié, suivi par une autre merveille, "Juniper", intimiste et sensuelle, voilée d'un brouillard de sons électroniques qui se développe à nouveau pour lui-même, même si le chant revient se couler dans la pâte sonore épaissie, travaillée par des éruptions répétitives et une efflorescence somptueuse.

Dio. - Pour finir sur...Steve Reich, encore, tu en conviens ?

Meph. - C'est évident. Il y a la pulsation, le martèlement, de beaux passages...

Dio. - Récupéré et détourné au profit du chant, non ?

Meph. - J'en conviens...Mais ce n'est pas ma tasse de cigüe...trop de vocalises et de joliesses.

Dio. - Personne n'est parfait. Tu es dur quand même, il y a un vrai plaisir du chant, une folie étourdissante qui a beaucoup de charme. Un fort bon disque, malgré tes réticences. Qu'ils s'émancipent encore plus du format chanson, et on applaudira des quatre mains !

Meph. - Et des pieds fourchus ! Voilà qui nous change de la pop soporifique. Un bouquet de fraîcheur, ce trio ! On les classe malgré tout dans la pop, pour la commodité.

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Paru chez Arbutus Records / Full Time Hobby / Flemish Eye en 2013 / 10 titres / 55 minutes

Pour aller plus loin :

- le site du groupe

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 28 juillet 2021)

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